30 Mds d’€. Tel est le chiffre abyssal dévoilé par Challenges.fr. Il résulte de prévisions établies par Florence Legros, professeur à Paris-Dauphine, spécialisé en prévision et prospective appliquée. Référence sur toutes les questions de retraite, elle est également conseiller scientifique auprès du directeur des retraites de la Caisse des Dépôts et Consignations.
Selon elle, dans moins de 20 ans, le régime des retraites sera en déficit de 30 milliards d’euros, si rien n’est fait pour le réformer. Tout dépend, néanmoins, de l’évolution du taux de chômage dans les années qui viennent.
« Dans l’hypothèse – pour le moins optimiste – d’un chômage à 4,5% ; le trou se limiterait à 11,9 milliards d’euros. Mais si en moyenne, il se stabilise sur la durée à 8%, il faut s’attendre à voir le déficit de l’assurance vieillesse atteindre les 18,5 milliards d’euros. », rapporte le site économique.
A titre de comparaison, aujourd’hui, le taux de chômage en France métropolitaine s’établissait à 9,7% de la population active au deuxième trimestre 2012 (10,2% en comptant les DOM).
C’est dire si ces projections sont déjà très optimistes !
Alors, à quoi a bien pu servir la réforme des retraites de 2010, si c’est pour être encore en déficit dans 20 ans, me direz-vous ?
A gagner du temps et éviter la casse !
Car l’économiste a également évalué le niveau du déficit à prévoir si la réforme des retraites de 2010 n’avait pas été entérinée. Avec un chômage à 4,5%, le trou se serait creusé à 35 milliards et à 50 milliards dans l’hypothèse de 8 % de chômage ! Bref, la faillite programmée de notre système de retraite par répartition.
Des pensions de retraite qui risquent de baisser
Ce naufrage des caisses de retraite est la conséquence inéluctable de l’évolution de la démographie française, selon Florence Legros : la proportion d’actifs ne cesse de baisser par rapport aux retraités.
« En 1900, la France comptait 8 personnes d’âge actif (15-64 ans) pour une personne âgée, en 2000 cette proportion est passée à 4 pour 1, et elle tombera à 2 pour 1 en 2050. En clair, les actifs sont de moins en moins nombreux à payer les retraites. », détaille Challenges.fr
Conséquence : les pensions de retraite risquent de diminuer à l’avenir, représentant une part de plus en plus faible des revenus que les retraités percevaient en période d’activité. D’ailleurs, le taux de remplacement, qui mesure cette proportion, ne cesse de baisser depuis dix ans.
D’où la volonté du nouveau gouvernement de taxer davantage les retraités actuels pour sauver les meubles et économiser quelques milliards d’euros.
C’est ainsi que la Cour des comptes, dans son rapport annuel sur la Sécurité sociale, préconise de raboter les avantages fiscaux et sociaux dont bénéficient les retraités. Car notre dette sociale ne peut continuer à être reportée davantage sur les générations futures, préviennent les sages de la rue Cambon.
« Les retraités sont-ils pour autant une génération dorée ? », s’interroge le quotidien La Croix
Il faut le croire puisque longtemps inférieur à la moyenne, le niveau de vie des seniors rattrape désormais celui des actifs. Mais on a bien vu ces temps-ci que ces généralités masquent des réalités plus complexes.
Des retraités pauvres plus nombreux
La récente hausse de la pauvreté n’épargne pas les retraités. En effet, les plus fortes contributions à la hausse de la pauvreté sont en fait celles des inactifs dont les retraités qui représentent 11 % de l’accroissement du nombre de personnes pauvres. Le niveau de vie médian des retraités a diminué de 1,1 % et leur taux de pauvreté a progressé de 0,3 point pour s’établir à 10,2 %.
Mais plus que quelques coups de rabots, il est peut-être temps d’attaquer ce problème de l’avenir des retraites …à la hache !
Et mener, désormais, une indispensable réforme de la réforme, pour enrayer définitivement la spirale du déficit des caisses de retraite afin de ne pas accabler les générations futures.
C’est ainsi qu’une concertation sur les retraites aura lieu à partir du «printemps 2013» comme nous l’avons déjà évoqué sur ce blog. C’est en tout cas ce qu’a annoncé, entre autres, le premier ministre Jean-Marc Ayrault.
Et le processus semble en route car selon Économiematin.fr, l’ancien sénateur Alain Vasselle devrait prochainement perdre la présidence du Haut Conseil du Financement de la Protection Sociale, chargé de conseiller le gouvernement sur ce sujet, au profit de l’universitaire Mireille Elbaum, spécialiste du financement de la protection sociale. Cette ancienne conseillère de Martine Aubry, prône notamment une réforme systémique de la sécurité sociale qui pourrait déboucher sur la mise en place d’un système unifié de retraites par points ou en comptes notionnels. A suivre…
AB