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TVA sociale : quelles conséquences pour les retraites ?

Jeudi 5 janvier 2012

tva_sociale_retraite_Keith_LaverackNicolas Sarkozy a mis les pieds dans le plat débat, jusqu’ici, de la campagne présidentielle.

En évoquant, lors de ses vœux aux Français, l’idée d’une augmentation ciblée de la TVA pour financer la protection sociale, le Président de la République a savamment jeté le premier os à ronger de cette nouvelle année qui débute pour la meute de politiques, syndicalistes, journalistes et autres observateurs et commentateurs de tout poil.

« Nous sommes l’un des pays européens dont la part des cotisations rapportées aux salaires est l’une des plus élevées. », justifie Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet d’analyses Asterès sur le site de La Croix.

Travail et protection sociale coûtent trop cher

C’est ainsi que pour certains économistes, notre système, hérité des Trente Glorieuses, de financement de la retraite ou de l’assurance-maladie, notamment, par les cotisations assises sur les salaires est devenu insatisfaisant, poursuit le quotidien.

À la fois parce que le coût de la protection sociale est amené à exploser en raison du vieillissement de la population – le « trou » de la Sécurité sociale pourrait atteindre près de 14 milliards d’euros en 2012 – et parce que le coût du travail est trop élevé pour que l’économie française soit compétitive. Déjà, Michel Rocard, avait institué en 1990 la contribution sociale généralisée (CSG) pour que le travail ne soit pas le seul financeur de la protection sociale.

Le principe d’une TVA sociale consiste donc à transférer une partie du financement de notre protection sociale par le travail, sur la consommation en la taxant davantage par le biais de son impôt indirect : la TVA.

Or, spontanément, qui dit augmentation dela TVA, dit augmentation des prix donc baisse du pouvoir d’achat, selon moi.

« Cette TVA sociale s’analyse à la fois comme une mini-dévaluation – on renchérit le coût des importations et on baisse celui des exportations – et une minidéflation salariale. On réduit à la fois le coût du travail pour les entreprises et le pouvoir d’achat des salaires ce qui est économiquement équivalent à une diminution des salaires. En mettant aussi au passage à contribution les fonctionnaires, les retraités et les chômeurs. », anticipe même Alain Madelin dans Les Echos.

« Ce ne sont pas les produits importés qui paient l’impôt mais les consommateurs de ces produits — Mettez une taxe sur les vaches, ce ne seront pas les vaches qui la paieront — dit l’adage. La même facture sociale restera payée par le même nombre de Français », prédit l’ancien ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Juppé.

Les retraités protégés en cas d’inflation ?

« Les retraités n’ont pas à s’inquiéter de la TVA sociale », promet au contraire François Bellanger, le président de la Confédération française des retraites, interrogé par La Croix.

« L’augmentation de la TVA n’aura pas pour conséquence l’augmentation immédiate et corrélative des prix. Le Danemark et l’Allemagne ont déjà procédé à des majorations de 3 points de leur TVA sans créer d’inflation. Les retraités n’ont pas à s’inquiéter de la TVA sociale, car s’il y avait néanmoins une augmentation des prix, ils seront protégés. En effet, le montant des retraites est indexé sur les prix. Les retraités ont tout intérêt à ce que de nouvelles solutions de financement de la protection sociale soient trouvées. Cela permettra de favoriser le niveau de l’activité économique et d’assurer le bon financement de la retraite et de la santé. », rassure-t-il.

Le débat ne fait donc que commencer. Les partisans d’une substitution de la TVAaux cotisations sociales soulignent son caractère favorable à l’emploi et sa neutralité vis-à-vis du financement de la sécurité sociale. D’autres considèrent qu’une telle réforme acte le fait que le futur accroissement des dépenses sociales ne pourra être financé que par une augmentation des cotisations, observe politiquessociales.net.

Recourir davantage à la protection individuelle ?

Selon ce site Québécois de veille sur les politiques sociales et la mondialisation, l’exemple allemand est éclairant.

« Loin d’être équilibré, le “paquet TVA” se solde par un supplément net de recettes pour l’État de l’ordre d’un peu moins de 0,4 point de PIB, dont plus de la moitié est supportée par les ménages, via la hausse de l’inflation. L’Allemagne est l’un des pays de l’UE où les inégalités salariales sont désormais parmi les plus élevées. La mesure mise en place en janvier 2007 en Allemagne s’inscrit en fait dans la suite logique des réformes antérieures de l’assurance chômage et de l’assurance invalidité vieillesse : elle ne fait qu’entériner le choix de limiter la part des ressources nationales affectées aux régimes sociaux contributifs, de favoriser le recours croissant à la protection individuelle, au risque de développer de la pauvreté et de fragiliser une cohésion sociale déjà bien malmenée depuis une dizaine d’années en Allemagne. », conclut Odile Chagny, chercheur affilié à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Économiques).

Bref, un constat bien éloigné de la promesse sociale d’une nouvelle TVA.

Alors qui croire ?

AB

Retraites en Italie : les larmes en attendant le sang ?

Mardi 6 décembre 2011

L’image a fait le tour du monde. Les larmes de la ministre italienne du travail, Elsa Fornero, sont bouleversantes. Et pas franchement rassurantes.

Que penser en effet des sanglots d’une responsable politique annonçant des mauvaises nouvelles ? Compassion exagérée, aveu d’impuissance ou certitude d’un avenir encore plus sombre ?

Car « Elsa Fornero n’est pourtant pas une enfant de choeur. Economiste de premier plan, elle est l’une des femmes les plus influentes d’Italie. D’obédience libérale, elle a consacré toutes ses recherches aux questions sociales et notamment aux retraites. », rappelle Marianne2.fr.

Une chose est sûre, cet instant fait froid dans le dos des Européens en général et, nous, Français en particulier. Alors imaginons ce qu’ont du ressentir les Italiens à l’annonce de cette nouvelle cure d’austérité de 20 milliards d’euros qui s’ajoutent aux 60 milliards d’euros d’efforts qu’on leur a déjà réclamés depuis le début de l’année. Et notamment les retraités, véritablement sacrifiés sur l’autel de la rigueur.

« Il n’y aura ni sang ni larmes », avait pourtant promis Mario Monti, le président du Conseil italien au moment de sa prise de fonctions, rappelle Courrier International.

« Il y aura quand même eu les larmes », constate l’hebdomadaire en reprenant le titre du quotidien communiste Italien l’Unità : « Il y a de quoi pleurer ».

Poids sur les retraites

Effectivement, ces nouvelles mesures de rigueur vont peser particulièrement lourd sur les retraités.

Le gouvernement de Mario Monti veut relever, dès janvier 2012, la durée des cotisations retraite. Fixée actuellement à 40 ans, elle passera à 41 ans pour les femmes et 42 ans pour les hommes. L’âge de départ des femmes du secteur privé sera porté à 62 ans dès l’an prochain et aligné sur celui des hommes, soit 66 ans, à partir de 2018.

Par ailleurs, le montant des pensions de retraite sera calculé sur la base de l’ensemble de la carrière et non plus sur les derniers salaires perçus.

Elsa Fornero a craqué quand elle a admis que les retraites ne seraient plus indexées sur l’inflation à partir de 2012, sauf pour les deux plus basses tranches de revenus. Bref, la baisse programmée du pouvoir d’achat des retraités.

Et ce n’est pas la reprise gênée de la parole par Mario Monti en soulignant avec une légère pointe d’ironie combien “la ministre a transmis avec efficacité la notion de sacrifices”, rapporte le Figaro, qui rassurera quiconque.

Il y a déjà 3 semaines, le nouveau 1er ministre grec, Lucas Papademos a promis du sang et des larmes à la Grèce pour rester dans l’euro. En Italie, déjà les larmes. Alors à quand le sang ?

AB

Le cri d’alarme des retraités

Mercredi 12 octobre 2011

cri-alarme-retraites

« Il fait son âge Jean-Pierre, 70 ans dont 55 d’une vie de labeur en cuisine. Pourtant sa retraite aujourd’hui c’est 530 € par mois. Pas assez pour vivre décemment et payer à sa compagne les prothèses auditives dont elle a besoin. Alors Jean-Pierre s’est remis au fourneau, 8 heures par jour.

Pareil pour René, 68 ans, sur la paille après un divorce difficile. Cet ancien patron vend occasionnellement des perceuses dans les grandes surfaces pour compléter ses 720 € de retraite. Ils sont comme ça de plus en plus nombreux à avoir repris un travail après 60 ans… »

Ce n’est pas une fiction d’anticipation ni la prédiction la plus pessimiste des pourfendeurs de la réforme des retraites. C’est déjà une réalité, aujourd’hui, en 2011, en France, 2 tranches de vie de retraités en difficulté présentées par Harry Roselmack, dimanche dernier sur TF1.

« Retraités au travail », c’est le reportage consternant diffusé dans 7 à 8.

1,3 million de retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté

Une situation vécue, hélas, par des milliers de retraités mais tous, ne peuvent pas se remettre au travail. Et on ne peut pas, décemment, obliger ceux qui le pourraient à renoncer à une retraite tant désirée et espérée.

Il ne restait donc plus qu’à ces mal lotis de notre système social à faire entendre leur voix. Ils ont donc crié leur misère dans la rue jeudi dernier, titrait 20 minutes.

Une manifestation pour dénoncer le report de la réforme de la dépendance et la baisse de leur pouvoir d’achat. Car les seniors sont de plus en plus nombreux à s’appauvrir. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, en 2009, plus d’ 1,3 million de retraités vivent ou plutôt « tentent de vivre » en dessous du seuil de pauvreté. Une situation intolérable pour Jean-Paul Tripogney, le représentant UNSA-Retraités, interrogé dans le cortège de la manifestation par l’AFP.

Des retraités inquiets d’abord des mesures anti-déficit annoncées par le gouvernement l’été dernier, notamment la hausse des mutuelles, liée au doublement de la taxation des complémentaires. Une augmentation qui va peser sur leur pouvoir d’achat, déjà dégradé et sur leur capacité surtout à bénéficier des mêmes soins de santé qu’avant, met en garde Nadine Prigent, secrétaire confédérale à la CGT.

« On a de plus en plus de retraités qui fréquentent les Restos du cœur, le Secours catholique, le Secours populaire et qui sont hébergés par leurs enfants parce qu’ils ne peuvent plus payer leur loyer », renchérit, au micro de France Info, ce responsable CGT-Retraités de l’Allier venu à Paris pour manifester.

Un minimum de pension au niveau du SMIC

Les séniors réclament donc une revalorisation des pensions de retraite. La dernière en avril dernier, 2,1%, est jugée insuffisante par l’intersyndicale au regard de l’inflation. Celle-ci exige une augmentation significative des retraites en particulier pour les basses pensions, un minimum de pension au niveau du SMIC, ainsi qu’une nouvelle modalité d’indexation des pensions basée sur l’évolution des salaires et non plus sur celle des prix.

Autre raison de mécontentement : la décision du gouvernement de reporter à 2012 la réforme du financement de la perte d’autonomie. Leur revendication phare : une grande réforme de la prise en charge des personnes en perte d’autonomie, quels que soient l’âge et le handicap, souligne le site web d’Europe 1.

Et pendant que les retraités grognent, les socialistes, qui leurs ont apporté leur soutien, cafouillent néanmoins sur l’avenir des retraites, résume ce télézapping du Monde.


Peut-être que l’ultime débat télévisé de ces primaires du PS entre Martine Aubry et François Hollande, à 20h35 ce soir sur France 2, offrira une lueur d’espoir à ces milliers de retraités à bout de souffle… ou pas.

En attendant surtout que les autres futurs candidats à l’élection présidentielle s’expriment aussi sur l’avenir de nos retraites, seule certitude déclarée par la voix-off du reportage de 7 à 8 sur TF1 dimanche dernier, à propos de Jean-Pierre et de sa compagne :

« Le bonheur d’être ensemble, voici la dernière fortune qu’ils leur restent ».

AB

Copyrights : milom sur Flickr

Allongement de la durée de cotisation retraite : “ce n’est qu’un début”, Marc Horwitz

Mercredi 17 août 2011

La durée de cotisation va-t-elle encore s’allonger ? La retraite par répartition va-t-elle disparaître ? Aurons-nous de quoi vivre à la retraite ? Tant de questions que nous sommes amenés à nous poser et partager en famille ou entre amis pendant ces vacances suite à l’entrée en vigueur de la réforme des retraites au début de l’été.

Alors autant interroger un expert, Marc Horwitz, spécialiste des questions sur la protection sociale pour le magazine Que Choisir et auteur de « L’avenir des retraites – 25 questions décisives » paru chez Armand Colin.

Comment analysez-vous la décision d’allonger la durée de cotisation ?

Marc Horwitz – Audio 1

Marc Horwitz – Pour moi, ce n’est vraiment qu’un début. Si la logique de la loi Fillon de 2003 continue, on va avoir, à peu près, tous les 3 ans un réajustement de la durée de cotisation. Le vrai soucis est : que fait-on pour que les gens puissent cotiser ?

Il n’y a pas de boulot. Les gens sont « foutus » à la porte dans les grandes entreprises. A partir de 45 ans on considère qu’ils sont nuls ! Et dans l’administration à 65 ans on leur dit « au revoir Monsieur, on n’a plus besoin de vous, revenez comme contractuel ça nous coûtera moins cher. »

Le niveau des retraites en France n’est quand même pas élevé. Parce que la plupart des gens n’ont pas tout à fait, ce qu’on appelle, le taux plein qui est en fait 55% du plafond de la Sécurité Sociale. On est à 45% de moyenne et on va descendre à 40% dans les années qui viennent car les gens ne cotisent plus au plafond. Il y a tellement de gens qui ont eu des emplois avec des hauts et des bas ! Donc si on n’arrive pas à trouver du boulot pour les seniors, toutes les mesures qui peuvent être prises c’est une diminution du pouvoir d’achat des retraités.

Notre système de retraite par répartition sera-t-il vraiment maintenu ?

Marc Horwitz – Audio 2

MH – Je crois qu’il faut rassurer les gens. Effectivement, comme c’est du salaire différé, c’est à dire que les gens qui ont un salaire mettent de côté une partie de ce salaire pour avoir une retraite, la répartition ne posera pas de problème.

Elle sera plus ou moins élevée mais il y aura toujours assez d’argent pour qu’une partie des nouvelles générations payent pour les générations qui partent à la retraite.

Bien évidemment plus les nouvelles générations partent tard, plus c’est facile.

Mais ce que je viens de dire n’est exact qu’à une condition, que les seniors aient des salaires, qu’ils travaillent.

Or, ce qui est certain, c’est qu’on doit avoir 70% des gens de 60 ans et plus qui ne sont pas actifs, qui ne reçoivent plus un salaire. Ceux-là perçoivent soit une pension, soit des allocations chômage, soit , éventuellement, ils sont en incapacité de travail et ils ont des allocations de la Sécurité Sociale. Le problème de la répartition c’est celui-là !

3- Comment bien préparer sa retraite ?

Marc Horwitz – Audio 3

MH – Le meilleur conseil est de cotiser le plus tôt possible sur des plans qui permettent d’avoir, à 65 ans, une petite partie de ses revenus qui viennent de ces plans là. Ce sont les plans d’épargne retraite ou les plans d’épargne retraite d’entreprise. Si vous prenez ça, c’est déjà une base.

AB