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François Bayrou : les « points » sur la table des retraites

Vendredi 23 mars 2012

Petit retour arrière, suite à une actualité de la présidentielle entre parenthèses ces derniers jours. Du côté des mesures proposées sur le terrain économique et financier. Un système de retraite par points et une pension à taux plein à 65 ans : voilà les deux axes de propositions du candidat du Modem, sur le sujet des retraites.

Cela tombe plutôt bien. Les Français considéraient en effet il y a peu que l’on ne parlait pas assez de la question des retraites. C’est pourtant, au plan national, le domaine qui les préoccupent le plus avec le logement (73%) devant le pouvoir d’achat (63%), la crise (43%) ou encore les déficits publics (34%).

Le tout, faut-il le souligner, dans une campagne présidentielle jugée majoritairement ennuyeuse, selon un sondage Ipsos-Logica pour Le Monde-France Télévisons et Radio France.

Traiter le problème de la pénibilité

François Bayrou donne ainsi un coup de pied dans la fourmilière en prônant, dans son programme présidentiel, l’instauration d’un régime de retraite par points. Sa position en détails :

« Cela permettrait d’en finir avec l’usine à gaz actuelle puisque nous fusionnerons tous les systèmes de retraite existants, régimes spéciaux compris. La retraite à points, qui se base sur la répartition, où la solidarité nationale joue pleinement son rôle, offre aussi une grande transparence », estime Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur MoDem du Pas-de-Calais, chargé des dossiers sociaux dans l’équipe de campagne du candidat centriste sur Capital.fr

« L’autre avantage est de traiter le problème de la pénibilité, en bonifiant les points des salariés qui exercent des métiers ou des rythmes de travail difficiles. Enfin, avec ce mécanisme, l’équilibre du régime est plus facile à trouver », ajoute-t-il.

Un débat déjà soulevé lors des primaires socialistes par le candidat radical de gauche, Jean-Michel Baylet (voir le post « Primaire PS et la retraite : les “points” de la discorde »). Et cette solution d’un système de retraites par points adopté par la Suède, par exemple, ne fait pas l’unanimité. Pierre Concialdi, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales rappelait dans le magazine Alternatives Economiques :

« Un système par points attribue des droits à pension mais ne fixe pas le niveau des pensions, qui dépend de la valeur des points, laquelle n’est pas donnée a priori. Un tel système joue sur la distribution des pensions au sein d’une même génération mais ne résout pas la question du financement des retraites. »

Revenir sur une mesure qui pénalise les carrières heurtées

Un autre point est soulevé par le programme présidentiel de François Bayrou : le rétablissement de l’âge légal de 65 ans pour une retraite à taux plein.

« Nous nous sommes toujours opposés au report de l’âge légal à 67 ans pour obtenir une retraite à taux plein. Cette mesure pénalise les Français qui ont eu une carrière heurtée. Je pense notamment aux femmes, qui travaillent à temps partiel ou ont cessé un moment de leur activité pour élever leurs enfants », confie Jean-Marie Vanlerenberghe.

Pour l’heure, la réforme des retraites entrée en vigueur en juillet dernier a prévu que l’âge du départ à la retraite à taux plein, quel que soit le nombre de trimestres cotisés, passe progressivement à 66 ans en 2019 et 67 ans en 2023.

En revanche, pas question pour le candidat du Modem de remettre en cause le relèvement de l’âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans introduit par la réforme de 2010.

« Les candidats qui prétendent revenir sur cette mesure mentent, car ils ne pourront pas tenir leurs promesses », explique son porte-parole.

Sur ce point là, que les politiques se rassurent, les électeurs ont appris à leurs dépens que les promesses n’engagent vraiment… que ceux qui les écoutent.

AB

Primaire PS et la retraite : les « points » de la discorde

Vendredi 7 octobre 2011

parti_socialiste_point_retraiteEnfin la question des retraites a été abordée par les candidats à la primaire socialiste cette semaine lors de leur 3e et dernier débat avant le 1er tour de scrutin ce dimanche. Et il était temps… de constater pour une fois sur ce thème, de véritables divergences entre les 6 prétendants comme nous l’avions déjà évoqué dans le post « Retraite à 60 ans : Martine Aubry plus nuancée ».

Tous les candidats ont beau avoir critiqué à l’unisson la réforme qui a porté l’âge de départ à 62 ans, « la plus injuste », selon Arnaud Montebourg. Tous ont aussi promis une prise en compte de la pénibilité ou des interruptions de carrière des femmes. Tous ont enfin évoqué de nouvelles sources de financement, rapporte le Figaro.

Désaccord sur le retour à la retraite à 60 ans

Mais sur la question du retour à un âge légal de départ à 60 ans, le vernis de l’entente cordiale a vraiment craqué. S’il est élu président, François Hollande a promis que « ceux qui ont 41, ou 41,5 ans de cotisation doivent pouvoir partir à 60 ans. Ce principe sera effectif. » Il annonce aussi une négociation en 2013.

Martine Aubry est sur la même ligne, celle du projet du PS : elle veut permettre à ceux « qui ont commencé à travailler tôt de partir à taux plein à 60 ans ». Quant à ceux qui voudraient partir à 60 ans sans avoir leurs annuités : « Ils n’auront pas leur retraite à taux plein. » Moins claire, Ségolène Royal s’engage sur le symbole : « Le retour à 60 ans sera inscrit à mon premier Conseil des ministres. » Seul Manuel Valls a tenu à préciser les choses : « Nous ne reviendrons pas à la retraite à 60 ans telle qu’elle avait été instaurée. »

Quant au candidat radical de gauche, Jean-Michel Baylet, pas lié par un programme socialiste qui promet le rétablissement d’un départ à la retraite à 60 ans, il ambitionne carrément de changer profondément le modèle français, en s’inspirant de la Suède, note le JDD.

Qu’est-ce qu’alors que ce système de retraites par points adopté par les Suédois ? Chaque salarié y dispose d’un compte retraite virtuel, sur lequel s’additionnent des points, dont la valeur peut varier avec le temps. En outre, le calcul s’effectue tout au long de la carrière, et non sur les dernières années. Une petite partie de la cotisation salariale (2,5 % sur 18,5 %) est placée sur des comptes de capitalisation. Enfin, en s’ajustant automatiquement en fonction de l’âge de la population et de l’espérance de vie, le système suédois évite les dérapages.

« La retraite par points encore pire que les 62 et 67 ans »

Mais le système de retraites par points n’est, ni une nouveauté, la plupart des régimes complémentaires en France l’utilisent déjà, ni une solution miracle.

Il y a déjà 2 ans, Pierre Concialdi, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales rappelait dans le magazine Alternatives Economiques :

« Un système par points attribue des droits à pension mais ne fixe pas le niveau des pensions, qui dépend de la valeur des points, laquelle n’est pas donnée a priori. Un tel système joue sur la distribution des pensions au sein d’une même génération mais ne résout pas la question du financement des retraites. La question du niveau des transferts entre actifs et retraités reste donc posée, comme le sont aussi d’autres questions primordiales qui risquent d’être occultées par une réforme d’apparence technique. »

En clair, explique par ailleurs le magazine Notre Temps, dans un tel régime, le montant de la pension ne peut être connu qu’au moment du départ à la retraite, grâce à la valeur du point en vigueur à cette date. Or, cette valeur peut être une variable d’ajustement pour compenser d’éventuels déséquilibres du régime. Dans l’absolu, et sans garanties précises, la valeur du point pourrait donc chuter et réduire le montant des retraites.

Même le Conseil d’orientation des retraites (COR), qui a étudié en 2008 le modèle suédois, souligne qu’il fonctionne en bénéficiant de perspectives démographiques et d’une situation de l’emploi très favorables. De plus, le système de retraites public suédois était déjà unifié avant la réforme, ce qui n’est pas le cas en France.

Pour enfoncer le clou, sur son blog, Gérard Filoche, inspecteur du travail et militant socialiste affirmait il y a près d’un an : « Le Medef la veut (et il n’est pas seul hélas) : la « retraite par points » encore pire que les 62 et 67 ans ! »

Bref le système de retraites par points a tout d’une fausse bonne idée.

Pendant ce temps-là, des milliers de retraités ont défilé jeudi dans 110 villes de France pour réclamer une meilleure prise en charge de la dépendance par l’Assurance-maladie, et pour protester contre la baisse constante de leur pouvoir d’achat, signale 20 minutes.

Pas sûr que le débat de la veille et la cacophonie des propositions des candidats à  la primaire socialiste les ait vraiment rassurés. Peut-être que la politique en général et l’avenir des retraites en particulier est une chose trop sérieuse pour la confier aux seuls politiques ?

AB