« Je suis le président de la jeunesse de France », a notamment déclaré le nouveau président de la République, lors de son discours place de la Bastille hier soir devant la foule rassemblée pour fêter son élection. Mais les retraités n’ont-ils pas contribué à élire François Hollande ? Ont-ils sanctionné le président sortant ?
Les retraités avaient joué un rôle essentiel dans la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007, en votant à 70% pour le candidat de l’UMP.
Hier, leur choix a-t-il été de nouveau décisif ? C’est la question que l’on peut se poser, au lendemain de l’élection de François Hollande à la Présidence de la République, à la lumière d’un essai : « La minorité silencieuse ».
C’est le titre d’une étude sur les retraités des sociologues Alain Mergier et Philippe Guibert, publié début mai par la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste.
Selon eux, les retraités forment une classe d’électeurs à part entière qui finit par peser dans les urnes.
« Une catégorie politique est en train de naître, qui va prendre de l’importance, compte tenu de la démographie et de l’allongement de la durée de vie », avertit l’un des auteurs interrogé par LeMonde.fr
Car les retraités constituent près du tiers de l’électorat, sont plus marqués politiquement autour d’un clivage droite/gauche et sont davantage partisans que le reste de la population. Mais, surtout, Alain Mergier et Philippe Guibert notent, parallèlement, « une certaine régularité dans la manière dont ils perçoivent la société, laissant apparaître de fait un clivage net avec les actifs », au delà de leur sensibilité politique.
Un discours de désapprobation qu’ils soient de droite ou de gauche
Selon les auteurs, les retraités, quelque soit leur bord politique, ont un discours commun. Cette même parole est avant tout critique et distincte des discours de la vie active, du fait de leur mise à l’écart.
Un discours de désapprobation, structuré en 2 pôles : « l’argent roi » et « l’enfant roi ».
Les retraités s’insurgent à la fois contre l’incohérence manifeste aujourd’hui entre l’argent et le travail mais aussi l’excès de jeunisme qui se caractérise, selon eux, par une « disqualification de la transmission et la déperdition des savoirs ».
Par ailleurs, « les retraités ont une conception commune de l’autorité politique, incarnée par le Général de Gaulle », explique les deux auteurs. De droite ou de gauche, ils plébiscitent la fermeté tout en attendant d’un président qu’il exerce son autorité de façon calme et réfléchie, et non par l’agitation et l’agressivité.
Alain Mergier et Philippe Guibert laissent entendre ainsi que « c’est ce qui conduit une majorité de retraités à trouver que François Hollande, en 2012, incarne mieux la conception gaullienne que Nicolas Sarkozy »
C’est en tout cas ce qui ressort des longs entretiens individuels que ces sociologues ont eu avec 24 retraités représentatifs pour leur sujet d’étude.
« Le vote retraité est décisif »
Autre principal enseignement : le poids électoral des retraités, qui boude moins les urnes que le reste de la population, ne cesse de croître.
« Le vote retraité est décisif, aussi décisif que celui des milieux populaires », soulignent les deux auteurs.
« Leur désir constant de stabilité tant politique qu’économique explique le faible vote des retraités en faveur des extrêmes, leur refus de leur sortie de l’euro et leur souhait de réduction de la dette publique – même si réapparaît dans les différentes causes et solutions proposées le clivage gauche/droite », ajoutent-ils.
Au 1er tour, selon une étude de l’IFOP, les retraités ont voté à 37 % pour le président sortant, à 32 % pour le candidat socialiste François Hollande, à 10 % pour Marine Le Pen (Front national), à 9 % pour Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) et François Bayrou (MoDem).
« L’écart entre M. Sarkozy et M. Hollande était plus faible dans le vote des retraités qu’il ne l’était au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 entre le candidat de l’UMP et Ségolène Royal qui défendait alors les couleurs du PS. Ainsi, à titre d’exemple, pour Ipsos, M. Sarkozy avait obtenu 41 % des suffrages dans cette catégorie, contre 23 % seulement pour Mme Royal », rappelle LeMonde.fr
Qu’en a-t-il été hier pour le 2nd tour ? Difficile, pour l’heure, d’en avoir une idée précise.
Les retraités, même de droite, avaient de sérieuses réserves sur Nicolas Sarkozy
Pourtant, selon un sondage Ipsos l’avantage pour Nicolas Sarkozy était important : il obtenait près de 59 % des intentions de vote, contre 41 % pour François Hollande, chez les retraités.
« Les retraités, y compris ceux qui avaient voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, ne semblent plus retrouver chez lui la conception de l’autorité présidentielle. En outre, les retraités qui se disent de droite, malgré leur fidélité politique évoquée plus haut, expriment ouvertement de sérieuses réserves au sujet d’un candidat qui incarne la conception de l’argent roi. Il serait donc surprenant que l’électorat retraité se prononce en faveur de Nicolas Sarkozy avec une ampleur similaire à 2007 », concluaient dès le 2 mai, Alain Mergier et Philippe Guibert, auteurs de « La minorité silencieuse – Étude sur les retraités », publié par la Fondation Jean Jaurès.
Une minorité silencieuse, que les futur(e)s candidat(e)s pour 2017 devront apprendre à courtiser… ou dont ils devront se méfier !
AB







