Archive pour décembre 2011

Retraite à 60 ans : 1 milliard d’euros en 2012

Mercredi 21 décembre 2011

retraite_60_ans_sasastro_flickrEt moi, et moi, et moi… pourrait clamer la jeunesse !

Car ce serait bel et bien un nouveau fardeau pour ses pauvres épaules que de rétablir la retraite à 60 ans pour nos aînés.

1 milliard d’euros l’an prochain et surtout 5 milliards en 2017, c’est en effet ce que coûterait la promesse du candidat PS à l’élection présidentielle (voir le post « Départ à 60 ans : François Hollande bat en retraite… ou presque »), selon les estimations de l’Institut Montaigne dévoilées par Les Echos.

Un chiffrage, d’ailleurs, qualifié de « tout à fait raisonnable » par Michel Sapin, chargé du projet présidentiel de François Hollande, interrogé par le Nouvel Obs.

Le Parti Socialiste avait, en effet, chiffré le coût brut de cette mesure la 1ère année à 2 milliards d’euros, c’est-à-dire sans inclure les indemnités chômage en moins à verser en conséquence.

Tous ceux qui ont commencé à travailler après 20 ans seraient pénalisés

D’après les estimations de ce cercle de réflexion réputé libéral, 150.000 personnes, soit un futur retraité sur 5, seraient concernées par cet assouplissement en 2012.

Le nombre de personnes concernées devrait ensuite mécaniquement augmenter, en raison de l’augmentation de l’âge légal de départ en retraite. Le coût brut du dispositif devrait être de 6,75 milliards en 2017, moins 1,75 milliard de gain grâce à la diminution du nombre de chômeurs âgés indemnisés, soit 5 milliards en net, selon Capital.fr.

« Du coup, on a vaguement l’impression que la proposition de François Hollande ne s’appliquerait pas très longtemps, que ce guichet serait ouvert en 2012, 2013, mais pas au-delà parce qu’il coûterait cher. », analyse Dominique Seux des Echos sur son blog.

« Soit il restera zéro marge de manœuvre pour modifier les autres curseurs, ceux qui concernent la majorité des Français, puisque les hausses d’impôt prévues par le PS seront déjà consommées. Soit, comme cela se murmure, la réforme de la réforme allongera la durée de cotisation pour tous à 42 ans. Et alors tous ceux qui ont commencé à travailler après 20 ans seraient pénalisés, au moins financièrement. Tout en laissant des gros déficits. CQFD. », argumente le journaliste.

Une promesse inéquitable pour les jeunes

Même incrédulité à l’Institut Français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques publiques (IFRAP) qui a estimé, de son côté, ce projet d’étendre la mesure carrières longues aux personnes ayant travaillé à 18 ans à 12 milliards d’euros de 2012 à 2017.

« Cette proposition, sans doute généreuse, n’est pas du tout adaptée à la situation financière de la France et encore moins à celle des régimes de retraite qui sont déjà en déficit de 6 milliards d’euros cette année. », souligne la fondation.

D’autant plus que Frédéric Gonand, auteur de «Réformes des retraites» ­(Éditions universitaires européennes, 2010), professeur associé d’économie à l’université Paris-Dauphine, remarque surtout que le maintien de l’âge de la retraite à 60 ans est inéquitable pour les jeunes dans une tribune publiée dans le Figaro.

« Le débat actuel sur les retraites continue d’oublier le grand enjeu caché de la réforme de 2010 : la protection des intérêts économiques de la jeunesse. », déplore-t-il.

Sans parler, évidemment, de l’avenir de leur propre retraite…

AB

Départ à 60 ans : François Hollande bat en retraite… ou presque

Mercredi 14 décembre 2011

Le candidat socialiste ne rétablira pas l’âge légal de la retraite à 60 ans pour tous, s’il est élu Président de la République en mai prochain. Seuls ceux qui ont suffisamment cotisé (41 ans et demi, soit 166 trimestres) « pourront partir à 60 ans », a-t-il expliqué hier sur RTL au micro du chroniqueur Jean-Michel Apathie :

« Devant les auditeurs, je prends cet engagement : ceux qui ont commencé leur vie professionnelle à 18 ans, qui ont fait 41 années de cotisations, 42 ans, pourront partir à 60 ans. Ceux qui n’ont pas leur durée de cotisation, ne le pourront pas »

Un éclaircissement qui, depuis, suscite de vives réactions notamment sur les réseaux sociaux et en particulier Twitter. Raillé gentiment à droite, notamment par la députée de Meurthe et Moselle, Valérie Rosso-Debord :

François Hollande est surtout critiqué par les militants de son propre camp et notamment Gérard Filoche, soutien de Martine Aubry :

L’ex-inspecteur du travail, membre du PS, qui en profite au passage pour attaquer à nouveau la réforme des retraites :

De son côté, le Premier ministre, s’en est pris lundi aux «circonvolutions» des socialistes sur la retraite à 60 ans. François Fillon craint toujours «l’annulation du gain de la réforme de 2010», c’est-à-dire les 60 ans pour tous, soit «8 milliards supplémentaires» de dépenses annuelles à l’horizon 2018. «C’est juste impossible», prévient-il.

« Si ce n’est pas un enterrement, cela y ressemble beaucoup. » commente Libération.

« Des propos qui excluent donc d’office un rétablissement général de la retraite à 60 ans », conclu LeMonde.fr.

Un simple élargissement du dispositif “carrières longues”

« Il ne l’avait certes pas promis pendant les débats de la primaire socialiste. Mais il n’avait pas non plus contredit ses concurrentes -Martine Aubry et Ségolène Royal- qui prônaient un retour généralisé aux 60 ans », souligne Le Figaro.

« Il se contente de proposer une exception supplémentaire. Il élargit, ni plus ni moins, le dispositif «carrières longues», qui permet aux personnes ayant commencé à travailler très jeunes de toucher une retraite avant les autres. », ajoute le quotidien.

Il existe en effet déjà un dispositif qui permet aux salariés ayant commencé à cotiser tôt de partir à 60 ans ou avant. Il faut avoir démarré son activité avant 18 ans. Les conditions de cotisation varient selon la génération et l’âge de départ, mais elles sont toujours nettement supérieures aux 41 ans et demi en vigueur pour les autres salariés. Il faut avoir cotisé entre 5 et 7 trimestres supplémentaires.

Exemple : un salarié né en 1954 peut partir à 56 ans s’il a commencé à 15 ans et cotisé 43 annuités et un trimestre. Pour un assuré né en 1952 qui a commencé à 17 ans, la durée de cotisation pour un départ à 60 ans est de 43 ans.

De ce fait, une question reste en suspens selon Le Monde.fr : « François Hollande doit encore expliquer s’il compte maintenir cette majoration, ou s’il compte la supprimer pour l’ensemble des carrières longues, ce qui semble plus conforme à ses propos. »

“On travaille plus longtemps pour des retraites de plus en plus basses”, Bernard Thibault

Autant dire que le débat politique sur les retraites n’est pas près de s’achever. D’autant plus que le secrétaire général de la CGT, invité au micro de France Inter ce matin, n’en démord pas :


Bernard Thibault par franceinter

Si François Hollande devient Président de la République, « une des premières décisions doit être le rétablissement du droit au départ à la retraite à 60 ans avec l’examen de mesures spécifiques s’agissant des travaux pénibles ».

« Ce que ne dit pas le Président de la République, c’est que nous avons la double facture : on travaille plus longtemps pour des retraites de plus en plus basses, donc une majorité de gauche, je l’imagine, ne peut pas s’inscrire dans le même sillage ».

En attendant une nouvelle journée de manifestations contre le plan d’austérité du gouvernement aujourd’hui a rassemblé plusieurs milliers de personnes dans tout le pays. Une mobilisation, certes, modeste, mais une forme d’avertissement, tout de même lancé, aux élus de tous bords à l’approche de l’élection présidentielle.

AB

Pour prolonger : relire l’article “François Hollande candidat : son budget envisagé” (sur la rubrique “Impôts et Fiscalité” de BforBank.com)

Retraite : les Français se voient partir à… 66 ans !

Vendredi 9 décembre 2011

age_retraite_francais_prevoirLes actifs ont intégré le recul de l’âge de départ à la retraite puisqu’ils se voient partir en moyenne à 66 ans. C’est l’un des enseignements du Baromètre Deloitte « Les Français et la retraite » administré par Harris Interactive et publié cette semaine. Néanmoins 81 % des actifs s’inquiètent du montant qu’ils toucheront à la retraite.

D’ailleurs, près de 7 Français sur 10 pensent que la réforme des retraites n’est pas suffisante pour préserver durablement notre système par répartition. Aussi, les actifs s’en préoccupent de plus en plus tôt et l’âge moyen passe sous la barre des 47 ans pour s’y préparer. Même les plus jeunes (25-34 ans) se préparent déjà pour 42 % d’entre eux.

D’ailleurs, la retraite est devenue la 1re priorité d’épargne des actifs.

Mais plus de la moitié des actifs se tournent prioritairement vers les produits classiques (comptes sur livrets et assurance-vie), offrant souplesse et sécurité, pour leur effort d’épargne pour la retraite. Les produits existants dédiés à l’épargne retraite ne sont pas privilégiés, ne répondant pas à l’ensemble des préoccupations des Français, à la fois long terme (retraite) et court terme (aide à un proche, prise en charge de soins de santé), souligne Challenges.fr.

Une durée de préparation 3 fois supérieure à leurs aînés retraités

« L’argent dort à la banque. C’est la version moderne de la cassette d’Harpagon enterrée dans le jardin et c’est très mauvais. Mauvais pour l’Économie, parce qu’elle a besoin d’argent pour ses investissements et mauvais pour l’épargnant car cet argent ne fait que suivre l’inflation. », analyse Axel de Tarlé dans son Zoom Eco sur Europe 1.

« On ne peut pas bâtir un avenir la peur au ventre, comme si on devait tout liquider le lendemain et partir avec sa mallette de billets. », ajoute-t-il.

« Nous constatons un manque très important d’information des actifs sur la réalité de leur situation future, en particulier sur leur niveau de revenu à la retraite. Des efforts d’information, de conseil et d’accompagnement doivent voir le jour pour que chacun puisse se prémunir d’une baisse de revenu trop forte et pas bien anticipée par ailleurs », commente de son côté, Fabien Sauvage, Associé Conseil responsable secteur Assurance chez Deloitte.

Les Français estiment, par ailleurs, qu’il leur faudra trois fois plus de temps que leurs aînés pour être prêts, note LeFigaro.fr.

Et il est vrai que l’on peut rapidement se retrouver au dépourvu, comme le disait avec poésie Jules Renard :

“La vieillesse arrive brusquement, comme la neige. Un matin au réveil, on s’aperçoit que tout est blanc.”

AB

Copyrights : Walmink sur Flickr

Retraites en Italie : les larmes en attendant le sang ?

Mardi 6 décembre 2011

L’image a fait le tour du monde. Les larmes de la ministre italienne du travail, Elsa Fornero, sont bouleversantes. Et pas franchement rassurantes.

Que penser en effet des sanglots d’une responsable politique annonçant des mauvaises nouvelles ? Compassion exagérée, aveu d’impuissance ou certitude d’un avenir encore plus sombre ?

Car « Elsa Fornero n’est pourtant pas une enfant de choeur. Economiste de premier plan, elle est l’une des femmes les plus influentes d’Italie. D’obédience libérale, elle a consacré toutes ses recherches aux questions sociales et notamment aux retraites. », rappelle Marianne2.fr.

Une chose est sûre, cet instant fait froid dans le dos des Européens en général et, nous, Français en particulier. Alors imaginons ce qu’ont du ressentir les Italiens à l’annonce de cette nouvelle cure d’austérité de 20 milliards d’euros qui s’ajoutent aux 60 milliards d’euros d’efforts qu’on leur a déjà réclamés depuis le début de l’année. Et notamment les retraités, véritablement sacrifiés sur l’autel de la rigueur.

« Il n’y aura ni sang ni larmes », avait pourtant promis Mario Monti, le président du Conseil italien au moment de sa prise de fonctions, rappelle Courrier International.

« Il y aura quand même eu les larmes », constate l’hebdomadaire en reprenant le titre du quotidien communiste Italien l’Unità : « Il y a de quoi pleurer ».

Poids sur les retraites

Effectivement, ces nouvelles mesures de rigueur vont peser particulièrement lourd sur les retraités.

Le gouvernement de Mario Monti veut relever, dès janvier 2012, la durée des cotisations retraite. Fixée actuellement à 40 ans, elle passera à 41 ans pour les femmes et 42 ans pour les hommes. L’âge de départ des femmes du secteur privé sera porté à 62 ans dès l’an prochain et aligné sur celui des hommes, soit 66 ans, à partir de 2018.

Par ailleurs, le montant des pensions de retraite sera calculé sur la base de l’ensemble de la carrière et non plus sur les derniers salaires perçus.

Elsa Fornero a craqué quand elle a admis que les retraites ne seraient plus indexées sur l’inflation à partir de 2012, sauf pour les deux plus basses tranches de revenus. Bref, la baisse programmée du pouvoir d’achat des retraités.

Et ce n’est pas la reprise gênée de la parole par Mario Monti en soulignant avec une légère pointe d’ironie combien “la ministre a transmis avec efficacité la notion de sacrifices”, rapporte le Figaro, qui rassurera quiconque.

Il y a déjà 3 semaines, le nouveau 1er ministre grec, Lucas Papademos a promis du sang et des larmes à la Grèce pour rester dans l’euro. En Italie, déjà les larmes. Alors à quand le sang ?

AB

Rétablissement de la retraite à 60 ans : 2 Français sur 3 sont pour !

Vendredi 2 décembre 2011

retablir_retraite_60_ansÊtes-vous inquiet(e) pour votre niveau de vie au moment de la retraite et souhaitez-vous le rétablissement de l’âge de départ à 60 ans ?

C’est oui, pour 64 % des Français qui se disent inquiets pour le montant de leur pension et 55 % pour leur niveau de vie, selon un sondage Ipsos publié aujourd’hui pour l’UMR (Union mutualiste retraite) en partenariat avec Liaisons sociales.

Des Français de plus en plus résignés (51 %) face à la réforme des retraites, et « en colère » (50 %) . (Ils étaient respectivement 45 % de résignés il y a un an, en novembre 2010, et 53 % “en colère” à la même époque). L’intégralité des résultats de ce sondage sera publiée lundi dans l’édition mensuelle de Liaisons sociales.

Seulement la moitié des Français a épargné en vue de la retraite

Les Français inquiets ? Il était temps !

« Ils sont plutôt sereins sans pour autant avoir de bonnes raisons de l’être », s’étonnait encore récemment Christophe Gloser, président du groupe de Gestion Fidelity à l’occasion de la parution d’une étude révélant que les Français préparent leur retraite moins bien et plus tard que les autres européens (voir le post « Retraite : les Français moins prévoyants que leurs voisins »).

En effet, 56 % des Français n’ont encore rien mis en place pour leur retraite selon cette étude. A l’inverse, 58 % des Européens ont déjà commencé à se faire un bas de laine.

Un attentisme confirmé, hélas, par ce nouveau sondage. La moitié seulement des personnes interrogées (50 %) a “épargné d’une manière ou d’une autre” en vue de la retraite : 38 % parmi eux ont souscrit au moins un produit d’épargne spécifique retraite.

Pas étonnant, ainsi, que l’avenir nous inquiète si nous ne faisons rien pour le préparer.

Une angoisse plus importante chez les femmes (58 % inquiètes pour leur niveau de vie et 68 % pour le montant de leur pension) et les actifs occupés (74 % inquiets pour le montant de la retraite, 65 % pour leur niveau de vie).

78 % des Français souhaitent que la réforme des retraites soit à nouveau débattue

Malgré tout, les Français restent optimistes quant à l’accès aux soins et la santé au moment de leur retraite pour 61 % des personnes interrogées . 60 % le sont sur leur capacité à vivre de façon indépendante. Des niveaux en nette augmentation depuis un an (respectivement 55 % et 54 % de confiants en novembre 2010 après le vote de la réforme des retraites).

Et il y a de quoi être optimiste. En effet, les mesures des deux plans de rigueur annoncés depuis le mois d’août, et notamment l’accélération du passage à 62 ans du droit à la retraite sont censées permettre de réaliser des centaines de millions d’euros d’économie et, on l’espère, sauver notre sécurité sociale.

Mais paradoxalement, 78 % des sondés souhaitent, par ailleurs, que les mesures votées dans le cadre de la réforme des retraites de 2010, qui a notamment reculé de 60 à 62 ans l’âge légal de départ, “fassent à nouveau l’objet de débats” durant la campagne présidentielle.

Quelque 70 % estiment même que le rétablissement de l’âge de départ à 60 ans, proposé par le Parti socialiste, est “juste”. 67 % d’entre eux souhaitant que cette mesure soit mise en œuvre.

En résumé, les Français, veulent le beurre et l’argent du beurre.

L’espoir fait vivre, comme on a coutume de dire.

Mais pas forcément mieux ni plus longtemps !

AB

Copyrights : dogwatcher sur Flickr