Charité bien ordonnée commence par soi-même. Un proverbe appliqué au pied de la lettre, semble-t-il, par les sénateurs pour leur retraite. Le règlement de la caisse de retraites du Sénat, publié par le site d’informations Mediapart (accès payant) révèle que les “dignitaires” de l’institution, c’est à dire, les sénateurs ayant occupé des responsabilités au Palais du Luxembourg, ont droit à un bonus sur leur retraite. Et quel bonus ! Des suppléments de revenus allant de 700 à 5000 euros.
Il leur suffit pour cela d’occuper une de ces hautes fonctions (président de groupe, de commission, secrétaire de bureau…) pendant trois ans seulement, pour toucher plus tard un complément de retraite. Selon Mediapart, les cotisations seraient, qui plus est, très peu élevées, de l’ordre de quelques centaines d’euros à peine.
Une règle d’autant plus gênante qu’elle a été modifiée très récemment.
Des retraites mirobolantes
« D’autant que depuis 2008, à lire le règlement de la Caisse des retraites du Sénat, il suffit d’avoir occupé un poste de dignitaire pendant trois ans. Alors qu’auparavant, il fallait avoir exercé la fonction pendant au moins six années. En clair, tandis que les Français voyaient reculer l’âge auquel la retraite est attribuée à taux plein, les sénateurs s’octroyaient, en cachette, une réduction de la durée d’années nécessaires pour toucher leur supplément de pension. »
Le site illustre le cas de ces dignitaires aux retraites mirobolantes avec l’exemple de Michel Charasse, qui a été sénateur pendant 25 ans, et, de 2001 à 2005, questeur, en charge des finances de la Chambre.
« Il se voit verser par la Caisse des retraites du Sénat plus de 8.740 euros par mois. Auxquels s’ajoutent plus de 4.470 euros au titre de sa pension supplémentaire de dignitaire. Soit 13.210 euros en brut, l’équivalent de 2,4 fois l’indemnité parlementaire de base actuelle. Sans compter ses autres retraites d’élu local et de fonctionnaire, et son actuelle indemnité de « Sage » de 12.000 euros net par mois (qu’il touche dans son intégralité, comme l’a confirmé le Conseil constitutionnel à Mediapart). »
Contactés par le site d’enquête, le Palais du Luxembourg et Michel Charasse n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.
“des privilèges insupportables pour les Français”
A quelques jours des élections sénatoriales (dimanche 25/09/11) et, surtout, moins d’un an après avoir voté l’une des mesures-phare de la réforme des retraites, qui repousse donc de 65 à 67 ans l’âge de la retraite sans décote quel que soit le nombre d’années de cotisation, ces informations ont de quoi irriter.
« C’est une sorte de village d’Astérix, isolé du monde, sous une bulle, une sorte de noblesse, a estimé sur RMC, le journaliste Yvan Stéfanovitch, auteur de “Le Sénat : Enquête sur les superprivilégiés de la République”. Et donc Gérard Larcher, le président, essaie de mettre un peu d’ordre, mais il n’a pas de baguette magique. Mais il faut qu’ils fassent attention, parce que si la situation sociale se tend, c’est des privilèges qui vont devenir insupportables pour les Français ».
D’autant plus que l’on a toujours considéré le sénateur comme étant un vieux sage et le sénat comme un conseil des anciens, un rassemblement de gens expérimentés aptes à orienter les lois de manière à préserver les institutions indispensables au bon fonctionnement de la société.
Et si justement c’était l’occasion d’une prise de conscience illustrée par la fable de La Fontaine ?
Ne plus être un simple lièvre,
« Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, / Pour dormir et pour écouter / D’où vient le vent, il laisse la tortue / Aller son train de sénateur. »
Pour préparer sa retraite et réfléchir à différentes sources de revenus aussi, « Rien ne sert de courir; il faut partir à point ». Et le plus tôt sera le mieux !
AB
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Mots-clefs : caisse des retraites, cotisations, mediapart, réforme, retraites, sénat, sénateurs



Intéressant point soulevé. Qui me rappelle un reportage que j’ai réalisé pour un magazine, en 2004, au Sénat. Comme n’importe quel élu local, expert, visiteur ayant eu la chance de parcourir les arcanes de l’institution, on est en effet immédiatement surpris, voire choqué par les lambris de la République.
Une expression qui prend ici tout son sens, tout son poids. Entre les dorures, les voitures de luxe garées parfois dans sa cour, les volutes de cigares fumés par untel… on se demande où l’on est exactement. En sus du fait que cette administration emploie pas moins de… 1200 fonctionnaires au service des sénateurs (et des citoyens certes), et dispose d’un budget de fonctionnement de 346 millions d’euros en 2011.
[...] Un train de vie de sénateur retraité… qui déraille ! - Arnaud Balme, notre blogueur spécialiste de la retraite revient sur le bonus perçu par certains sénateurs retraités. [...]