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Des recettes de l’ISF 2011 supérieures aux attentes

Mardi 24 janvier 2012

isf_recette_isamiga76_flickrNous en avons désormais l’habitude depuis de nombreuses années, le gouvernement aurait encore l’an dernier sous-estimé les recettes de l’ISF attendues, selon le journal Les Échos. Après déjà deux réévaluations (en octobre et novembre) ce seraient finalement 4.321 milliards d’euros qui rentreraient dans les caisses de l’Etat au titre de cet impôt.

Trois réévaluations depuis juin 2011

Le montant des recettes de l’ISF avait déjà fait l’objet depuis la réforme votée en juillet 2011 de deux réévaluations : en septembre (+ 306 millions) et en novembre (+120 millions). C’est ainsi la troisième réévaluation qui aboutit à ce chiffre de 4 321 milliards d’euros.

Juste avant le vote de la réforme de l’ISF (juillet 2011), applicable partiellement en 2011, les évaluations du gouvernement étaient donc inférieures de plus de 10%…

Rappel du contexte 2011

La réforme de l’ISF votée en juillet ne s’appliquait que partiellement l’an dernier. Intervenait uniquement une hausse du seuil d’entrée de la taxation (de 800 000 à 1 300 000,00 euros) qui devait permettre à 300 000 contribuables de sortir du périmètre de l’ISF.

La hausse des rentrées fiscale est imputée à la fois à la hausse du secteur immobilier et à une meilleure efficacité des  contrôles fiscaux.

Une bonne nouvelle ?

De meilleures rentrées, c’est une bonne nouvelle pour notre budget. Mais déjà en novembre lors de la précédente réévaluation, Les Échos rappelaient que ces chiffres risqueraient de faire débat… En effet de plus grosses recettes l’an dernier risquent de renchérir le chiffre final du coût de la réforme du barème qui s’appliquera cette année (barème à deux taux).

Explications.

Le coût de cette réforme a été évalué à 1.8 milliard est calculé en faisant la différence entre :

  • le montant de l’ISF qui aurait été perçu en l’absence de réforme soit 4,1 milliards en 2012 et
  • le montant évalué après application du nouveau barème 2,3 milliards.

Le premier paramètre étant revu en hausse, cela revient à accroître le prix de la réforme qui s’élèverait donc à plus de 2 milliards (4 321 milliards -2.3 milliards) contre les 1.8 milliards estimés. Le Gouvernement risque de se voir reprocher une minoration de recettes prévues afin de minorer l’importance du geste fait aux classes aisées.

Une sous estimation constante

Déjà les chiffres 2010 étaient commentées ainsi par Les Échos, il y a juste un an :

“ L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a rapporté en 2010 davantage qu’attendu : 4,4 milliards d’euros sont rentrés dans les caisses de l’Etat l’année dernière via l’ISF, soit 360 millions de plus que prévu par la loi de finances rectificative adoptée en fin d’année, selon une estimation du Ministère de l’Économie et des Finances”.

Est mise en avant la difficulté de prévoir avec exactitude les évolutions des prix de l’immobilier.

De même à l’occasion d’une précédente réévaluation, le rapporteur du budget à l’Assemblée nationale, Gilles Carrez commentait ces constantes sous-estimations gouvernementales : «  A l’exception de 2009, les recettes d’ISF sont réévaluées chaque année en forte hausse depuis au moins une décennie ». Cela n’est donc pas la première fois que les prévisions font l’objet de telles révisions à la hausse

 

F. Mitterrand contre la taxation des oeuvres d’art

Lundi 6 juin 2011

Le plan com’ de cette semaine a en fait débuté… dès le week-end. Dans les colonnes du JDD, le ministre de la culture Frédéric Mitterrand est monté au créneau contre la réforme de l’ISF envisageant une taxation revue et augmentée de la possession des oeuvres d’art. Un sujet en débat pour l’heure au sein de la Commission des finances de l’Assemblée…

Evoquant un “serpent de mer” et une “mesure irrationnelle“, pour “faire payer les riches“, le ministre agite aussi la menace d’une décision qui “entrainerait mécaniquement l’effondrement du marché de l’art“. Et il s’explique :

Les collectionneurs ne vendraient plus en France. Ils cacheraient leurs biens ou les sortiraient du pays. [sans compter] les moyens [à mobiliser] pour faire des contrôles auprès des particuliers. [...] Plus grave encore, elle tarirait les collections de nos musées qui sont enrichies à 90% par des legs et donations de sources privées“.

Manoeuvres

L’argumentaire est d’autant plus signifiant qu’il va à l’encontre… de l’amendement proposé par un député UMP, Marc Le Fur et appuyé au vote par les députés d’opposition, ce malgré l’avis défavorable du rapporteur du budget Gilles Carrez (UMP). On y perd un peu son latin entre palabres et manoeuvres politico-politiciennes d’avant coupure estivale… A minima du cafouillage, voire un manque de coordination dans la parole et l’action de la majorité.

La presse ne s’y trompe pas, qui titre par exemple que le ministre “fait écran” (Boursier.com), alors que “la bataille de l’ISF” est engagée (Les Echos). Une partie d’échecs ou un simple coup de griffes Parlement / Bercy / rue de Valois ?

Réforme de l’ISF : le dispositif de lissage se précise

Lundi 9 mai 2011

Dans  différentes notes précédentes nous évoquions les effets de seuil induits par la réforme de l’ISF. François Baroin avait confirmé que le Gouvernement « travaillait » à l’élaboration de mesures destinées à gommer les effets de seuil pour les contribuables dotés d’un patrimoine juste supérieur à 1,3 million ou 3 millions d’euros. “Oui, il n’y aura aucun perdant par effet de seuil, grâce à un mécanisme de lissage, et nous n’attendrons pas le débat parlementaire pour le dire, cela sera dans le projet de loi.” avait déclaré François Baroin, fin avril.

Le projet présenté le 11 mai au Conseil des ministres

Le projet de Loi de la réforme fiscale du patrimoine doit être présenté mercredi 11 mai au Conseil des ministres et « Les Echos » évoquent ce matin la teneur de ces mesures de lissage qui devraient donc être incluses dans le projet de Loi.

Un petit rappel du contenu de la réforme: si les patrimoines inférieurs à 1 300 000 euros seront exonérés d’impôt, ceux supérieurs à ce montant seront imposés au taux de 0,25% dès le premier euro. Et il n’y aura que deux taux : 0,25% pour les patrimoines allant de 1 300 000 à 3 000 000 euros et 0,5% au-delà. Les effets de seuils à l’entrée des deux niveaux nécessitaient la mise en place d’un dispositif de lissage.

La mesure de lissage évoquée par “Les Echos”

Pour les contribuables dont le patrimoine net est compris entre 1 300 000€ et 1 400 000€, une mesure de lissage serait instituée afin de gommer ces effets de seuil. Le taux d’imposition serait de 0,25% mais l’ISF à payer serait égal à 8 fois l’impôt théoriquement dû moins 24 500 euros, précise le quotidien.

Pour un patrimoine net global de 1 300 000 euros,  l’impôt ne sera pas de 3250 euros (1 300 000 euros X 0.25%) mais de 1500 euros (3250 X 8 – 24500 euros). Cette mesure s’appliquerait jusqu’à un montant de 1 400 000 euros de patrimoine, niveau à partir duquel le lissage devient alors sans effet.

Toujours selon “Les Echos”, pour les patrimoine supérieurs à 3 000 000 €, niveau à partir duquel le taux d’imposition serait de 0,50% dès le premier euro, un même mécanisme serait prévu entre 3 et 3,2 millions, sans plus de précisions… Le voile devrait donc être levé mercredi 11 après le Conseil des ministres.

Crédits photos : Dinornis

ISF 2011: en attendant le vote…

Mercredi 27 avril 2011

Deux semaines après l’annonce par le Gouvernement le 12 avril d’un certain nombre de mesures relatives à l’ISF dans le cadre de la Réforme de la fiscalité du patrimoine, plusieurs incertitudes subsistent alors que le projet de Loi de finances rectificative sera présenté le 11 mai en Conseil des Ministres pour un vote mi-juillet. Il est utile de faire un premier point sur la réforme en cours, son calendrier et les interrogations légitimes tant sur le plan de sa mise en œuvre que sur son entrée en vigueur.

Les mesures envisagées au titre de l’ISF

Le dispositif présenté consiste en la suppression du bouclier fiscal et de la 1ère tranche d’ISF, qui permet donc d’exonérer les patrimoines inférieurs à 1,3 millions d’euros. S’y ajoute un nouveau barème composé de deux taux : un taux d’imposition de 0.25% pour les patrimoines compris entre 1,3 million et 3 millions d’euros et un taux de 0.5% au-delà, le calcul de l’ISF intervenant alors dès le 1ereuro de patrimoine.

Les incertitudes liées aux effets de seuil

Si quelque 300.000 contribuables doivent donc échapper à l’ISF grâce à un seuil d’entrée  relevé à 1,3 million d’euros de patrimoine, la mise en œuvre du dispositif, tel qu’annoncé et sans autre aménagement pénaliserait ceux qui détiennent un peu plus de 1,3 million ou de 3 millions d’euros de patrimoine, les nouveaux seuils retenus. En effet, ce barème s’appliquant au premier euro, un effet de seuil existe lors de l’entrée dans l’une de ces deux tranches. Ainsi un ménage au patrimoine de 1,3 millions d’euros est exonéré tandis qu’un ménage au patrimoine de 1,3 million et un euro se verra redevable d’un ISF de 3250 euros !

Le gouvernement est donc en train de mettre au point des mesures destinées à éviter ces effets de seuil très dommageables. Ce n’est seulement qu’après connaissance de ces mesures qu’il sera possible de calculer au plus juste l’impôt dû.

Certaines mesures applicables dès cette année

Dès le 12 avril, Bercy avait précisé que certaines mesures de cette réforme pourraient être appliquées dès 2011. Seuls les assujettis à un ISF inférieur à 1,3 million d’euros bénéficieraient de la réforme pour 2011 et n’auraient plus d’ISF à régler. François Baroin, ministre du Budget, a confirmé sur Canal +, mardi 27 avril que les assujettis à l’ISF dont le patrimoine est inférieur à 1,3 million seront exonérés dès cette année. Equilibre budgétaire oblige, la contrepartie consistera à renchérir dès cet été également le régime fiscal des donations et successions.

C’est par contre le barème actuel qui continuerait de s’appliquer pour les assujettis dont le patrimoine est supérieur à 1,3 million, avec les niveaux et taux des tranches en vigueur à partir de ce montant, la réforme ne s’appliquant pour eux qu’en 2012. Pour ces ménages, rien ne changerait dans le calcul de leur impôt, seul l’éventuel décalage de leur déclaration les toucherait. Il est, en effet, très probable que la déclaration et le paiement de l’ISF prévus pour le 15 juin 2011 soit repoussé au 15 septembre 2011 afin d’appliquer dès cette année, l’exonération d’ISF des assujettis au patrimoine inférieur à 1,3 million d’euros. La confirmation de ce décalage devrait intervenir avant le 11 mai.

Les incertitudes sont encore nombreuses

La présentation de la Loi de finances rectificative en Conseil des ministres aura lieu le 11 mai 2011, pour être ensuite proposée, début juin à l’Assemblée Nationale, fin juin au Sénat pour un vote prévu avant le 14 juillet. Certaines des mesures présentées par le Gouvernement peuvent donc être modifiées lors des débats parlementaires.

Enfin ce n’est qu’au moment où seront connues les mesures destinées à éviter les conséquences néfastes des effets de seuils qu’il sera possible de calculer au plus juste l’impôt dû et donc le montant éventuel du don ou de l’investissement en PME destiné à la réduction d’impôt…

Réforme fiscale : le schéma retenu

Mercredi 13 avril 2011

Les grandes options de la réforme fiscale ont été présentées aux parlementaires de la Majorité hier, à Bercy, par  le ministre du Budget, François Baroin. Jusqu’à ces derniers jours, le débat restait encore ouvert, plus particulièrement quant aux sources de financement de la réforme dont le projet sera présenté en Conseil des ministres le 11 mai prochain.

La suppression du bouclier fiscal jointe à un ISF aménagé

La suppression du bouclier déjà décidée et consacrée par la réforme sera donc accompagnée d’un aménagement de l’ISFet non par  sa suppression.  La première tranche du barème de cet impôt sera ainsi supprimée : les patrimoines inférieurs à 1,3 million d’euros n’y seront donc plus assujettis. De même le barème sera simplifié et ne comprendra plus que deux taux :

  • 0,25% pour les patrimoines de 1,3 à 3 millions d’euros
  • 0,5% au-delà de 3 millions.

Jusqu’ici, il existait 6 taux d’imposition allant de 0,55% à 1,8%.  Le Gouvernement a indiqué souhaiter maintenir le dispositif « ISF PME » sous une forme plus modeste précise “Les Echos”.  Cette réforme doit permettre à environ 300 000 contribuables de ne plus être redevables de l’ISF. Un impôt auquel ils avaient été assujettis notamment en raison de la hausse de l’immobilier.

Le paiement de l’ISF repoussé au 15 septembre ?

Francois Baroin a précisé que le Gouvernement souhaite appliquer une partie de la réforme dès 2011. La suppression de la première tranche de l’ISF interviendrait alors cette année. Pour une telle application la date de paiement de l’impôt fixée initialement au 15 juin 2011 serait décalée au 15 septembre. La réforme sera appliquée entièrement en 2012.

Les grosses successions touchées

C’est finalement les successions et les donations qui seront, entre autres, mises à contribution. Concernant les donations, la mesure prise consisterait à  rallonger de 6 à 10 ans le délai donnant droit aux abattements. Elle devrait également supprimer l’avantage lié à l’âge auquel est effectuée la donation. Par ailleurs, les successions de plus de 4 millions seraient plus lourdement taxées.

La taxation des non-résidents

Sont enfin prévues d’un coté une taxation forfaitaire des résidences secondaires pour les non-résidents et une “exit tax” sur les exilés fiscaux. Cette dernière devant s’appliquer dès cette année selon François Baroin.

L’assurance-vie épargnée

L’assurance-vie qui devait être mise à contribution pour financer la réforme a été épargnée. A un an de la présidentielle, les enjeux politiques sont cruciaux : toucher au placement préféré des Français  était risqué. De même la création d’une tranche d’impôt sur le revenu supplémentaire à 45 % a été écartée. ”L’ensemble des mesures proposées ne font pas objection au sein de la majorité mais on peut imaginer qu’il y aura des ajustements lors du débat parlementaire, y compris sur l’assurance-vie ou le relèvement de l’imposition pour les plus hauts revenus”, a cependant déclaré le député UMP Michel Piron.

Le calendrier

L’objectif du Gouvernement est d’obtenir une adoption de la réforme avant le 14 juillet. Le projet de loi sera examiné le 11 mai en Conseil des ministres, puis à l’Assemblée nationale à partir du 1er juin et au Sénat le 23 juin.

Pour prolonger :

IRF : ce que les économistes en pensent

Mercredi 9 mars 2011

Supprimer l’ISF pour le remplacer par un impôt sur les plus-values latentes, l’impôt sur le revenu de la fortune (IRF)? Cette option n”a pas été envisagée par les économistes auditionnés par la Commission des finances du Sénat en février dernier (Voir le compte-rendu de cette table ronde ainsi que notre post sur le sujet). A juste titre.

Rappel des principes de ce nouvel impôt

Selon les premiers éléments mis à la disposition du public, il s’agirait d’établir une comparaison de la valeur du patrimoine en début et en fin d’année afin de constater éventuellement une plus-value latente.

Cette plus-value, hors celles relatives à la résidence principale et aux titres de PME non cotées, serait taxée à un taux unique de 19%.

La moins-value latente, éventuellement “dégagée” en cas de baisse de valorisation du patrimoine sur l’année, serait reportable sur les plus-values latentes des dix années suivantes.

Seuls les patrimoines d’une valeur supérieure à 1,3 millions d’euros seraient concernés.

Rejet de principe des économistes

La presse s’est faite l’écho des réflexions des économistes interrogés par le Sénat lors de la table ronde de février dernier (Jean-Hervé Lorenzi, Christian Saint-Etienne, Thomas Piketty et David Thesmar).

D’une façon générale, ce n’est pas tant l’innovation dont ferait preuve ce nouvel impôt qui est rejetée mais l’idée de taxer un revenu qui n’en est pas un, puisqu’il n’est ni réalisé ni disponible.

L’accent est également mis par David Thesmar sur la complexité du système qui nécessiterait d’être “extrêmement perfectionné pour être en mesure d’estimer les valeurs de marché de nombreux actifs”. Thomas Piketty attire quant à lui l’attention sur l’imprévisibilité des recettes fiscales.

Enjeux de la réforme

Rappelons que les enjeux qui gouvernent les réflexions autour du projet de réforme sont ;

  1. d’être neutre vis-à-vis des finances publiques,
  2. de ne pas alourdir la fiscalité des contribuables non assujettis à l’ISF.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué

Même si on peut regretter qu’il n’y ait pas de refonte globale de notre fiscalité, il nous apparaît qu’une correction des défauts de l’ISF vaudrait mieux que l’instauration d’un nouvel impôt imparfait, à dommages collatéraux non évalués (mais certainement pas latents!).

Cette correction serait-elle pour autant pertinente ?

Pour prolonger : lire ou relire par exemple la note relative à la position de la Cour des comptes sur le sujet.

Cour des Comptes : ISF, une réforme “essentielle” ou pas?

Lundi 7 mars 2011

En page 17 de l’édition du jour du quotidien Libération (et aussi en ligne), le journaliste C. Alix revient sur les déclarations qui ont entouré la présentation, vendredi dernier, par la Cour des Comptes, de son rapport que l’on pourrait qualifier (excusez la formule courante) de “comparo” des prélèvements entre France et Allemagne. Une thématique qui ouvrait la porte au sujet, autrement plus “bouillant”, de la réforme de l’ISF… voire de sa suppression pure et simple évoquée.

Ainsi rappelle le journaliste, son premier président Didier Migaud partage l’idée selon laquelle l’ISF de 2011 est soumis à un barème inadapté au rendement des placements constatés sur les marchés“; mais aussi estime que “l’assiette de l’ISF (…) est étroite“; enfin de dire “qu’à se focaliser sur la question de l’ISF on se concentre sur un sujet pas obligatoirement essentiel“. Ce face à d’autres questions fiscales qu’il serait plus urgent de réformer.

L’institution souligne aussi, à la force de la comparaison franco-allemande, qu’il s’agirait pour nous de davantage taxer les plus-values du capital plutôt que la détention du patrimoine. Bingo, la majorité présidentielle peut y voir une forme de justification à ses projets en cours.

Notons que l’AFP a elle davantage retenu l’autre partie de la déclaration du Pdt Migaud : à savoir que l’ISF est “un impôt qui mérite d’être réformé”. Ce que le responsable replace dans un certain contexte franco-français pour le coup, sans comparaison européenne : du fait que  cet impôt ait une “dimension politique et symbolique forte“, et que la réforme de l’ISF soit “d’ailleurs plus un sujet politique qu’un sujet économique“.

Ce contexte, ajouté à celui des Présidentielles 2012 qui se précise, va t-il finalement perturber la prise des bonnes et sages décisions? Ou au contraire, risque de le voir tout bonnement enterré?

Pour prolonger : relire le dossier “spécial ISF 2011” publié sur le site de BforBank.

ISF : allègement ou suppression ?

Vendredi 4 mars 2011

europeanpeoplesparty C’est hier jeudi 3 mars que le premier ministre François Fillon, ainsi que François Baroin, ministre du Budget et Christine Lagarde, ministre de l’économie ont présenté les différents scénarios retenus pour l’ISF dans le cadre de la réforme fiscale qui doit aboutir d’ici l’été. Une première chose est désormais acquise : la suppression de l’ISF pour les patrimoines inférieurs à 1 300 000 euros. Restent ensuite deux options qui devraient faire l’objet d’un choix d’ici un mois et… d’un débat, entre-temps.

L’état des lieux

Payé par plus de 560.000 foyers, l’ISF devrait rapporter 3,9 milliards d’euros à l’Etat cette année tandis que le bouclier fiscal profite, lui, à quelque 19.000 contribuables pour un coût d’environ 665 millions d’euros en 2011. Quelque soit la piste choisie, suppression ou allègement,  la réforme de l’ISF étant supposée être neutre pour les finances publiques, il faudra trouver les recettes adéquates. Elles s’élèvent donc à 3,2 milliards en cas d’une suppression totale de l’ISF, jointe à celle du bouclier fiscal.

La suppression de l’ISF acquise pour les patrimoines inférieurs à 1 300 000 euros

Beaucoup de contribuables étaient devenus redevables de l’ISF, uniquement pour des raisons de hausse de l’immobilier. Pour tenir compte de ce seuil d’entrée (800 000 euros en 2011), jugé désormais trop bas, il a été décidé de le remonter à 1 300 000 euros. Ce sont 300 000 redevables, qui en 2009 rentraient dans cette première tranche au taux de 0.55%, qui seront concernés. “De nombreux contribuables ont été rattrapés à cause de la valeur de leur résidence principale. Est-il juste que ces Français soient soumis à l’ISF ? “, a lancé Christine Lagarde, mercredi 2 mars à l’Assemblée nationale.

Si cette option est acquise, il reste encore au dessus de ce seuil, à fixer un choix entre deux options qui vont être examinées, avant d’aboutir d’ici un mois à la présentation de celle qui aura été retenue.

Un ISF transformé en profondeur…

La solution la plus simple est sans conteste celle qui consisterait à remanier l’ISF en allégeant le barème actuel. Il s’agirait, d’un coté, de réviser l’intégralité du barème, par le rehaussement sensible, désormais acquis, du seuil qui passerait de 800 000 euros à 1 300 000 euros. De même, pour régler le cas des contribuables aisés, grands bénéficiaires du bouclier fiscal (qui serait désormais réservé aux moins aisés), il s’agit de réduire le nombre des tranches à deux aux taux de 0.25% et 0.5%  contre  six aujourd’hui (de 0,55 % à 1,8 %).

Ou la suppression pure et simple de l’ISF…

Il est bien connu que cette deuxième solution a la faveur du président de la république, Nicolas Sarkozy. Cette abrogation alignerait le régime français sur celui de l’Allemagne, devenue le modèle fiscal du Président. Mais la contrepartie d’une telle solution radicale est la nécessité de mettre en place de nouveaux impôts pour compenser cette perte d’environ 3,2 milliards d’euros. « A ce jour, aucune piste sérieuse ne nous a été présentée pour financer ce schéma », s’inquiète déjà le député Gilles Carrez.

…compensée par une taxation de la progression de la richesse ?

Le financement de la suppression totale de l’ISF proviendrait d’un dispositif d’un esprit nouveau et à l’application qui devrait s’avérer complexe. Il s’agit d’une taxation de la progression de la richesse qui toucherait donc uniquement l’accroissement de la fortune. Les particuliers dont le patrimoine se situe en-deçà du seuil de 1,3 million d’euros, en seraient exonérés. Selon les Echos, ce dispositif inclurait la résidence principale pour définir le seuil d’entrée, « mais la progression de sa valeur ne serait pas dans l’assiette de l’impôt. Le taux de taxation serait unique et élevé : entre 15 % et 20 % » . Cette proposition provoque déjà une certaine hostilité des parlementaires, craignant  certains effets pervers comme le député Hervé Mariton, qui confie : « à vouloir faire payer l’impôt par anticipation, on prend de gros risques budgétaires à long terme ».Par ailleurs cette taxation des plus values latentes se caractériserait par une extrême complexité avec la mise en place de crédit d’impôt en cas de baisse de la valeur du patrimoine….

Début avril devrait être annoncée l’option choisie (après les élections cantonales des 20 et 27 mars…), fin avril devrait intervenir le projet de loi, pour un vote d’ici l’été.

L’ISF et le départ des entrepreneurs

Jeudi 3 mars 2011

Malgré l’exonération dont bénéficient les biens professionnels, l’ISF est un sujet qui cristallise l’attention des entrepreneurs.

En effet, ainsi que l’a rappelé Bernard Monassier lors de la deuxième table ronde qui était organisée au Sénat hier, nombre de chefs d’entreprise anticipent l’inclusion de leur “ex-patrimoine professionnel” dans l’assiette de l’ISF lorsqu’ils projettent de céder leur société.

Double taxation

La perspective de voir la plus-value qu’ils ont créée taxée à 31,3%, ajoutée à celle d’une entrée de plein pied de la totalité de leur patrimoine dans l’ISF, motivent en effet un nombre non négligeable d’entrepreneurs à prendre une décision lourde de conséquences pour l’économie : la délocalisation pour la Belgique ou un autre pays.

En transférant leur domicile fiscal à l’étranger avant le cession de leur entreprise, ils évitent ainsi l’imposition au titre de la plus-value ainsi que celle au titre de l’ISF.

Des contribuables hors statistiques qui ne “reviendront pas”

Ces contribuables, qui emmènent avec eux leur famille, ne font pas partie des statistiques qui ne constatent que le départ des personnes déjà soumises à l’ISF. Or, leur départ a des impacts actuels et futurs non négligeables. Ces familles consommeront en effet ailleurs qu’en France et paieront leurs impôts (TVA, impôt sur le revenu, etc) à l’étranger. Un réel manque à gagner pour notre économie et nos finances…

Un enjeu à ne pas négliger

L’arbitrage entre suppression ou réforme de l’ISF,  dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine, doit ainsi prendre en compte cet aspect des choses.

Est-ce que cela sera suffisant pour rassurer les prétendants au départ alors que l’instabilité chronique de nos règles fiscales attisent leurs peurs ? Rien n’est moins sûr…

Pour prolonger : relire par exemple les articles sur les nouveautés ISF de la loi de finances 2011 et sur l’ISF PME.

Les deux voies (entre autres) de la réforme ISF

Jeudi 3 mars 2011

Après avoir envisagé les deux erreurs de la réforme de l’ISF, du point de vue d’un spécialiste, nous poursuivons dans la voie duale. Relancé tout doucement au début de l’année 2011, puis montant en puissance plus rapidement désormais, le débat sur la réforme de l’ISF partage et divise experts et opinion. La crispation est palpable dans le flux d’information des médias. Grosso modo, il y a deux voies pour le gouvernement sur ce sujet fiscal :

  • une réforme radicale qui serait une suppression pure et simple de l’ISF
  • une réforme plus limitée, pour en limiter les conséquences

Dans les titres de presse actuellement en ligne, on sent cette ligne de partage, presque de friction, à la limite de la schizophrénie bien française, il faut le concéder : “L’ISF, un remède imparfait“, sur Challenges.fr qui reprend des propos de François Fillon; qui confirme “la mort du bouclier fiscal” (AFP). C’est aussi la façon de répartir les camps, les strates sociales : dire par exemple “Ceux qui paient l’ISF ne sont pas les plus riches” (RMC), quand Marianne chiffre lui  “50 milliards d’€ pour les 100 000 foyers français les plus riches“.

Reste à savoir si, dans un contexte politique intense vers les présidentielles 2012, une voix du “ni-ni” ou encore dite de la sagesse va l’emporter. Celle que note par exemple Le Point, en reprenant “Bernard Accoyer pour aménager l’ISF“.

Pour prolonger : revoir notre dernière table-ronde, tournée en conférence-live (mai 2010) sur l’ISF