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ISF 2011: en attendant le vote…

Mercredi 27 avril 2011

Deux semaines après l’annonce par le Gouvernement le 12 avril d’un certain nombre de mesures relatives à l’ISF dans le cadre de la Réforme de la fiscalité du patrimoine, plusieurs incertitudes subsistent alors que le projet de Loi de finances rectificative sera présenté le 11 mai en Conseil des Ministres pour un vote mi-juillet. Il est utile de faire un premier point sur la réforme en cours, son calendrier et les interrogations légitimes tant sur le plan de sa mise en œuvre que sur son entrée en vigueur.

Les mesures envisagées au titre de l’ISF

Le dispositif présenté consiste en la suppression du bouclier fiscal et de la 1ère tranche d’ISF, qui permet donc d’exonérer les patrimoines inférieurs à 1,3 millions d’euros. S’y ajoute un nouveau barème composé de deux taux : un taux d’imposition de 0.25% pour les patrimoines compris entre 1,3 million et 3 millions d’euros et un taux de 0.5% au-delà, le calcul de l’ISF intervenant alors dès le 1ereuro de patrimoine.

Les incertitudes liées aux effets de seuil

Si quelque 300.000 contribuables doivent donc échapper à l’ISF grâce à un seuil d’entrée  relevé à 1,3 million d’euros de patrimoine, la mise en œuvre du dispositif, tel qu’annoncé et sans autre aménagement pénaliserait ceux qui détiennent un peu plus de 1,3 million ou de 3 millions d’euros de patrimoine, les nouveaux seuils retenus. En effet, ce barème s’appliquant au premier euro, un effet de seuil existe lors de l’entrée dans l’une de ces deux tranches. Ainsi un ménage au patrimoine de 1,3 millions d’euros est exonéré tandis qu’un ménage au patrimoine de 1,3 million et un euro se verra redevable d’un ISF de 3250 euros !

Le gouvernement est donc en train de mettre au point des mesures destinées à éviter ces effets de seuil très dommageables. Ce n’est seulement qu’après connaissance de ces mesures qu’il sera possible de calculer au plus juste l’impôt dû.

Certaines mesures applicables dès cette année

Dès le 12 avril, Bercy avait précisé que certaines mesures de cette réforme pourraient être appliquées dès 2011. Seuls les assujettis à un ISF inférieur à 1,3 million d’euros bénéficieraient de la réforme pour 2011 et n’auraient plus d’ISF à régler. François Baroin, ministre du Budget, a confirmé sur Canal +, mardi 27 avril que les assujettis à l’ISF dont le patrimoine est inférieur à 1,3 million seront exonérés dès cette année. Equilibre budgétaire oblige, la contrepartie consistera à renchérir dès cet été également le régime fiscal des donations et successions.

C’est par contre le barème actuel qui continuerait de s’appliquer pour les assujettis dont le patrimoine est supérieur à 1,3 million, avec les niveaux et taux des tranches en vigueur à partir de ce montant, la réforme ne s’appliquant pour eux qu’en 2012. Pour ces ménages, rien ne changerait dans le calcul de leur impôt, seul l’éventuel décalage de leur déclaration les toucherait. Il est, en effet, très probable que la déclaration et le paiement de l’ISF prévus pour le 15 juin 2011 soit repoussé au 15 septembre 2011 afin d’appliquer dès cette année, l’exonération d’ISF des assujettis au patrimoine inférieur à 1,3 million d’euros. La confirmation de ce décalage devrait intervenir avant le 11 mai.

Les incertitudes sont encore nombreuses

La présentation de la Loi de finances rectificative en Conseil des ministres aura lieu le 11 mai 2011, pour être ensuite proposée, début juin à l’Assemblée Nationale, fin juin au Sénat pour un vote prévu avant le 14 juillet. Certaines des mesures présentées par le Gouvernement peuvent donc être modifiées lors des débats parlementaires.

Enfin ce n’est qu’au moment où seront connues les mesures destinées à éviter les conséquences néfastes des effets de seuils qu’il sera possible de calculer au plus juste l’impôt dû et donc le montant éventuel du don ou de l’investissement en PME destiné à la réduction d’impôt…

Réforme fiscale : le schéma retenu

Mercredi 13 avril 2011

Les grandes options de la réforme fiscale ont été présentées aux parlementaires de la Majorité hier, à Bercy, par  le ministre du Budget, François Baroin. Jusqu’à ces derniers jours, le débat restait encore ouvert, plus particulièrement quant aux sources de financement de la réforme dont le projet sera présenté en Conseil des ministres le 11 mai prochain.

La suppression du bouclier fiscal jointe à un ISF aménagé

La suppression du bouclier déjà décidée et consacrée par la réforme sera donc accompagnée d’un aménagement de l’ISFet non par  sa suppression.  La première tranche du barème de cet impôt sera ainsi supprimée : les patrimoines inférieurs à 1,3 million d’euros n’y seront donc plus assujettis. De même le barème sera simplifié et ne comprendra plus que deux taux :

  • 0,25% pour les patrimoines de 1,3 à 3 millions d’euros
  • 0,5% au-delà de 3 millions.

Jusqu’ici, il existait 6 taux d’imposition allant de 0,55% à 1,8%.  Le Gouvernement a indiqué souhaiter maintenir le dispositif « ISF PME » sous une forme plus modeste précise “Les Echos”.  Cette réforme doit permettre à environ 300 000 contribuables de ne plus être redevables de l’ISF. Un impôt auquel ils avaient été assujettis notamment en raison de la hausse de l’immobilier.

Le paiement de l’ISF repoussé au 15 septembre ?

Francois Baroin a précisé que le Gouvernement souhaite appliquer une partie de la réforme dès 2011. La suppression de la première tranche de l’ISF interviendrait alors cette année. Pour une telle application la date de paiement de l’impôt fixée initialement au 15 juin 2011 serait décalée au 15 septembre. La réforme sera appliquée entièrement en 2012.

Les grosses successions touchées

C’est finalement les successions et les donations qui seront, entre autres, mises à contribution. Concernant les donations, la mesure prise consisterait à  rallonger de 6 à 10 ans le délai donnant droit aux abattements. Elle devrait également supprimer l’avantage lié à l’âge auquel est effectuée la donation. Par ailleurs, les successions de plus de 4 millions seraient plus lourdement taxées.

La taxation des non-résidents

Sont enfin prévues d’un coté une taxation forfaitaire des résidences secondaires pour les non-résidents et une “exit tax” sur les exilés fiscaux. Cette dernière devant s’appliquer dès cette année selon François Baroin.

L’assurance-vie épargnée

L’assurance-vie qui devait être mise à contribution pour financer la réforme a été épargnée. A un an de la présidentielle, les enjeux politiques sont cruciaux : toucher au placement préféré des Français  était risqué. De même la création d’une tranche d’impôt sur le revenu supplémentaire à 45 % a été écartée. ”L’ensemble des mesures proposées ne font pas objection au sein de la majorité mais on peut imaginer qu’il y aura des ajustements lors du débat parlementaire, y compris sur l’assurance-vie ou le relèvement de l’imposition pour les plus hauts revenus”, a cependant déclaré le député UMP Michel Piron.

Le calendrier

L’objectif du Gouvernement est d’obtenir une adoption de la réforme avant le 14 juillet. Le projet de loi sera examiné le 11 mai en Conseil des ministres, puis à l’Assemblée nationale à partir du 1er juin et au Sénat le 23 juin.

Pour prolonger :

De l’IGF à l’ISF avant un nouvel acronyme ?

Vendredi 21 janvier 2011

Dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine, François Baroin, ministre du budget, a confirmé lundi 17 janvier qu’il déposerait fin avril un texte en Conseil des ministres. Entre temps, un colloque devrait intervenir fin février, pour évoquer dans un premier temps les pistes qui seront écartées avant d’évoquer ensuite les pistes retenues.

Si il est désormais davantage question d’une réforme de l’ISF que d’une suppression, à ce stade de la réflexion il y a peu de choses acquises sur le sujet hormis la disparition de l’appellation actuelle : « Le nom disparaîtra. On supprimera ainsi un peu du symbole.» a annoncé François Baroin. A cette occasion, il est intéressant de revenir sur les 30 ans (1981-2011) d’histoire de cet impôt et les principales évolutions qu’il a connues, en attendant le prochain épisode.

Le premier à évoquer le principe d’un tel impôt a été dès 1914, Joseph Caillaux, alors ministre des Finances. Ce projet consistant à mettre en place un impôt annuel assis sur la fortune mobilière et immobilière des personnes physiques et morales, n’ayant pas abouti, il faut donc « attendre » 1982 pour trouver en France l’entrée en vigueur d’un tel impôt.

L’IGF apparaît en 1982

L’imposition des grandes fortunes était une des nombreuses propositions du candidat Mitterrand lors de l’élection présidentielle de 1981 et c’est en 1982 que fut instauré cet impôt appelé d’abord IGF (l’impôt sur les grandes fortunes). A l’époque, il touchait les patrimoines, de plus de 3,6 millions de francs avec une première tranche de 0,5%. Déjà les œuvres d’art, tous les objets de collection de plus de 100 ans étaient exonérés, ainsi que  l’outil de travail. Numériquement, il touchait en 1983, un peu plus de 100 000 personnes.

La France connut une courte période sans impôt sur la fortune de 1986 à 1988, sous un gouvernement de cohabitation avec Jacques Chirac comme Premier ministre.

1988 : la règle du plafonnement accompagne le retour de l’ISF

Avec le retour de la gauche, en 1988, l’imposition sur la fortune fait sa réapparition mais sous une nouvelle appellation et une nouvelle formule. L’ISF était doté d’un plafonnement de manière à ce que le total payé par les contribuables ne dépasse pas 70%, puis 85% en 1991, des revenus perçus dans l’année des revenus. C’est le premier ministre Alain Juppé, sous la présidence de la République de Jacques Chirac qui, en 1996, fit voter, pour limiter les effets du « plafond », un système de plafonnement du plafond !

2006 : le bouclier fiscal

C’est en 2006, que le gouvernement Villepin instaure le bouclier fiscal sous sa forme actuelle et limite, sur demande et calcul du contribuable, ses impôts (IR, ISF, taxes foncières, taxes d’habitation) à 60% des revenus. Comme annoncé lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy renforce ce dispositif en limitant l’imposition à 50% des revenus et en ajoutant à l’assiette des impôts les contributions sociales (CSG et CRDS). Depuis, la loi de finances 2011 a quelque peu « écorné » ce bouclier ( certaines hausses d’impôt étant exclus du calcul du bouclier).

La loi TEPA de 2007

Différents dispositifs ont été mis en place par la loi TEPA en 2007 permettant de réduire l’impôt de solidarité sur la fortune, comme le pacte Dutreil, les investissements au capital des PME, ou encore  certains dons effectués au profit d’organismes d’intérêt général.

La suite de l’histoire sera connue très prochainement…

Pour compléter : vous pouvez revoir cette vidéo publiée sur le site BforBank, traitant de L’ISF et le bouclier fiscal