Archive pour mars 2011

Donner pour réduire son ISF

Lundi 21 mars 2011

La loi TEPA du 21 août 2007 a intégré plusieurs dispositifs permettant une réduction d’ISF. Les contribuables qui effectuent des souscriptions au capital de PME ou des dons en numéraire ou titres de sociétés cotées au profit de certains organismes d’intérêt général peuvent encore cette année, bénéficier d’une réduction de leur ISF. Parmi ces dispositifs, le don est devenu, en 2011, le seul dispositif qui permet de bénéficier du taux de réduction d’ISF le plus élevé : 75 %.

Alors, avant la mis en place de la réforme fiscale en cours, il est encore possible de faire preuve de générosité en réduisant sensiblement le montant de son ISF.

Un taux de réduction de 75% du montant du don

Pour les souscriptions au capital de PME, la loi de Finances 2011 a supprimé la possibilité de bénéficier d’un taux de réduction de 75% de son investissement. Ne subsiste plus qu’un taux unique de 50% (plafonné à 45 000 euros de réduction d’impôt) que l’investissement intervienne en direct, via un holding, un FIP ou un FCPR.

Par contre, il est toujours possible, de bénéficier de ce taux de 75%  de réduction dans le cas du don, dont le dispositif offre donc le taux de réduction d’impôt la plus élevée. Si la loi de finances a conservé ce taux maximum de 75% pour le montant de la réduction, elle a toutefois apporté quelques modifications au dispositif.

Modifications de loi de finances 2011

Dans la loi de finances pour 2011, deux aménagements ont en effet été apportés au dispositif de réduction de l’ISF au titre des dons à certains organismes. Tout d’abord, le champ d’application de cette réduction, qui était jusqu’alors réservé aux fondations reconnues d’utilité publique, universitaires et partenariales, aux établissements de recherche et d’enseignement supérieur, à l’Agence nationale pour la recherche et aux organismes d’insertion par l’activité économique, est étendu aux associations reconnues d’utilité publique ayant pour objet le financement et l’accompagnement de la création et de la reprise d’entreprises.

La réduction d’impôt a vu son plafond réduit par la dernière Loi de finances, de 50 000 euros à 45 000 euros. Le montant optimum de don pour obtenir la réduction maximum d’impôt est donc de 60 000 euros. Au-delà de ce montant, et contrairement à la réduction d’impôt sur le revenu en cas de dons, l’excédent du don n’est pas reportable sur les années suivantes.

De même, si le montant de la réduction d’ISF est supérieur à celui de l’ISF dû, l’excédent ne peut être remboursé ni reporté sur les années suivantes. La fraction du versement ayant donné lieu à la réduction d’ISF ne peut donner lieu à un autre avantage fiscal (notamment la réduction d’IR pour dons aux organismes d’intérêt général).

La nature du don

Il s’agit tout d’abord des dons de sommes d’argent mais également de dons en pleine propriété de titres de sociétés cotés. Il est important de préciser que ces dons sont exonérés de droits de mutation à titre gratuit (article 757 C du CGI). Par contre dans le cadre de ce dispositif, le gain net réalisé en cas de donation de titres est imposable à l’impôt sur le revenu. Ainsi les plus values seront taxables en 2011 dès le 1er euro.

L’articulation avec les autres dispositifs

Avec la réduction d’ISF en faveur de l’investissement dans les PME (article 885-0 V bis du CGI), le principe est celui de la possibilité de bénéficier des deux réductions d’ISF au titre d’une même année d’imposition. La limite de ce cumul est celle d’un plafond annuel global qui a été réduit de 50 000 euros à 45 000 euros pour l’année 2011.

Deux dernières précisions : les dons pris en compte sont ceux réalisés entre la date limite de dépôt de la déclaration ISF de l’année précédente (15 juin 2010) et la date limite de dépôt de la déclaration qui devra intervenir avant le 15 juin 2011. Par ailleurs, en vertu d’un rescrit du 1er mars 2011, il est admis à nouveau que les donateurs puissent fournir à l’administration leurs reçus fiscaux jusqu’au 15 septembre 2011.

IRF : ce que les économistes en pensent

Mercredi 9 mars 2011

Supprimer l’ISF pour le remplacer par un impôt sur les plus-values latentes, l’impôt sur le revenu de la fortune (IRF)? Cette option n”a pas été envisagée par les économistes auditionnés par la Commission des finances du Sénat en février dernier (Voir le compte-rendu de cette table ronde ainsi que notre post sur le sujet). A juste titre.

Rappel des principes de ce nouvel impôt

Selon les premiers éléments mis à la disposition du public, il s’agirait d’établir une comparaison de la valeur du patrimoine en début et en fin d’année afin de constater éventuellement une plus-value latente.

Cette plus-value, hors celles relatives à la résidence principale et aux titres de PME non cotées, serait taxée à un taux unique de 19%.

La moins-value latente, éventuellement “dégagée” en cas de baisse de valorisation du patrimoine sur l’année, serait reportable sur les plus-values latentes des dix années suivantes.

Seuls les patrimoines d’une valeur supérieure à 1,3 millions d’euros seraient concernés.

Rejet de principe des économistes

La presse s’est faite l’écho des réflexions des économistes interrogés par le Sénat lors de la table ronde de février dernier (Jean-Hervé Lorenzi, Christian Saint-Etienne, Thomas Piketty et David Thesmar).

D’une façon générale, ce n’est pas tant l’innovation dont ferait preuve ce nouvel impôt qui est rejetée mais l’idée de taxer un revenu qui n’en est pas un, puisqu’il n’est ni réalisé ni disponible.

L’accent est également mis par David Thesmar sur la complexité du système qui nécessiterait d’être “extrêmement perfectionné pour être en mesure d’estimer les valeurs de marché de nombreux actifs”. Thomas Piketty attire quant à lui l’attention sur l’imprévisibilité des recettes fiscales.

Enjeux de la réforme

Rappelons que les enjeux qui gouvernent les réflexions autour du projet de réforme sont ;

  1. d’être neutre vis-à-vis des finances publiques,
  2. de ne pas alourdir la fiscalité des contribuables non assujettis à l’ISF.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué

Même si on peut regretter qu’il n’y ait pas de refonte globale de notre fiscalité, il nous apparaît qu’une correction des défauts de l’ISF vaudrait mieux que l’instauration d’un nouvel impôt imparfait, à dommages collatéraux non évalués (mais certainement pas latents!).

Cette correction serait-elle pour autant pertinente ?

Pour prolonger : lire ou relire par exemple la note relative à la position de la Cour des comptes sur le sujet.

Cour des Comptes : ISF, une réforme “essentielle” ou pas?

Lundi 7 mars 2011

En page 17 de l’édition du jour du quotidien Libération (et aussi en ligne), le journaliste C. Alix revient sur les déclarations qui ont entouré la présentation, vendredi dernier, par la Cour des Comptes, de son rapport que l’on pourrait qualifier (excusez la formule courante) de “comparo” des prélèvements entre France et Allemagne. Une thématique qui ouvrait la porte au sujet, autrement plus “bouillant”, de la réforme de l’ISF… voire de sa suppression pure et simple évoquée.

Ainsi rappelle le journaliste, son premier président Didier Migaud partage l’idée selon laquelle l’ISF de 2011 est soumis à un barème inadapté au rendement des placements constatés sur les marchés“; mais aussi estime que “l’assiette de l’ISF (…) est étroite“; enfin de dire “qu’à se focaliser sur la question de l’ISF on se concentre sur un sujet pas obligatoirement essentiel“. Ce face à d’autres questions fiscales qu’il serait plus urgent de réformer.

L’institution souligne aussi, à la force de la comparaison franco-allemande, qu’il s’agirait pour nous de davantage taxer les plus-values du capital plutôt que la détention du patrimoine. Bingo, la majorité présidentielle peut y voir une forme de justification à ses projets en cours.

Notons que l’AFP a elle davantage retenu l’autre partie de la déclaration du Pdt Migaud : à savoir que l’ISF est “un impôt qui mérite d’être réformé”. Ce que le responsable replace dans un certain contexte franco-français pour le coup, sans comparaison européenne : du fait que  cet impôt ait une “dimension politique et symbolique forte“, et que la réforme de l’ISF soit “d’ailleurs plus un sujet politique qu’un sujet économique“.

Ce contexte, ajouté à celui des Présidentielles 2012 qui se précise, va t-il finalement perturber la prise des bonnes et sages décisions? Ou au contraire, risque de le voir tout bonnement enterré?

Pour prolonger : relire le dossier “spécial ISF 2011” publié sur le site de BforBank.

ISF : allègement ou suppression ?

Vendredi 4 mars 2011

europeanpeoplesparty C’est hier jeudi 3 mars que le premier ministre François Fillon, ainsi que François Baroin, ministre du Budget et Christine Lagarde, ministre de l’économie ont présenté les différents scénarios retenus pour l’ISF dans le cadre de la réforme fiscale qui doit aboutir d’ici l’été. Une première chose est désormais acquise : la suppression de l’ISF pour les patrimoines inférieurs à 1 300 000 euros. Restent ensuite deux options qui devraient faire l’objet d’un choix d’ici un mois et… d’un débat, entre-temps.

L’état des lieux

Payé par plus de 560.000 foyers, l’ISF devrait rapporter 3,9 milliards d’euros à l’Etat cette année tandis que le bouclier fiscal profite, lui, à quelque 19.000 contribuables pour un coût d’environ 665 millions d’euros en 2011. Quelque soit la piste choisie, suppression ou allègement,  la réforme de l’ISF étant supposée être neutre pour les finances publiques, il faudra trouver les recettes adéquates. Elles s’élèvent donc à 3,2 milliards en cas d’une suppression totale de l’ISF, jointe à celle du bouclier fiscal.

La suppression de l’ISF acquise pour les patrimoines inférieurs à 1 300 000 euros

Beaucoup de contribuables étaient devenus redevables de l’ISF, uniquement pour des raisons de hausse de l’immobilier. Pour tenir compte de ce seuil d’entrée (800 000 euros en 2011), jugé désormais trop bas, il a été décidé de le remonter à 1 300 000 euros. Ce sont 300 000 redevables, qui en 2009 rentraient dans cette première tranche au taux de 0.55%, qui seront concernés. “De nombreux contribuables ont été rattrapés à cause de la valeur de leur résidence principale. Est-il juste que ces Français soient soumis à l’ISF ? “, a lancé Christine Lagarde, mercredi 2 mars à l’Assemblée nationale.

Si cette option est acquise, il reste encore au dessus de ce seuil, à fixer un choix entre deux options qui vont être examinées, avant d’aboutir d’ici un mois à la présentation de celle qui aura été retenue.

Un ISF transformé en profondeur…

La solution la plus simple est sans conteste celle qui consisterait à remanier l’ISF en allégeant le barème actuel. Il s’agirait, d’un coté, de réviser l’intégralité du barème, par le rehaussement sensible, désormais acquis, du seuil qui passerait de 800 000 euros à 1 300 000 euros. De même, pour régler le cas des contribuables aisés, grands bénéficiaires du bouclier fiscal (qui serait désormais réservé aux moins aisés), il s’agit de réduire le nombre des tranches à deux aux taux de 0.25% et 0.5%  contre  six aujourd’hui (de 0,55 % à 1,8 %).

Ou la suppression pure et simple de l’ISF…

Il est bien connu que cette deuxième solution a la faveur du président de la république, Nicolas Sarkozy. Cette abrogation alignerait le régime français sur celui de l’Allemagne, devenue le modèle fiscal du Président. Mais la contrepartie d’une telle solution radicale est la nécessité de mettre en place de nouveaux impôts pour compenser cette perte d’environ 3,2 milliards d’euros. « A ce jour, aucune piste sérieuse ne nous a été présentée pour financer ce schéma », s’inquiète déjà le député Gilles Carrez.

…compensée par une taxation de la progression de la richesse ?

Le financement de la suppression totale de l’ISF proviendrait d’un dispositif d’un esprit nouveau et à l’application qui devrait s’avérer complexe. Il s’agit d’une taxation de la progression de la richesse qui toucherait donc uniquement l’accroissement de la fortune. Les particuliers dont le patrimoine se situe en-deçà du seuil de 1,3 million d’euros, en seraient exonérés. Selon les Echos, ce dispositif inclurait la résidence principale pour définir le seuil d’entrée, « mais la progression de sa valeur ne serait pas dans l’assiette de l’impôt. Le taux de taxation serait unique et élevé : entre 15 % et 20 % » . Cette proposition provoque déjà une certaine hostilité des parlementaires, craignant  certains effets pervers comme le député Hervé Mariton, qui confie : « à vouloir faire payer l’impôt par anticipation, on prend de gros risques budgétaires à long terme ».Par ailleurs cette taxation des plus values latentes se caractériserait par une extrême complexité avec la mise en place de crédit d’impôt en cas de baisse de la valeur du patrimoine….

Début avril devrait être annoncée l’option choisie (après les élections cantonales des 20 et 27 mars…), fin avril devrait intervenir le projet de loi, pour un vote d’ici l’été.

L’ISF et le départ des entrepreneurs

Jeudi 3 mars 2011

Malgré l’exonération dont bénéficient les biens professionnels, l’ISF est un sujet qui cristallise l’attention des entrepreneurs.

En effet, ainsi que l’a rappelé Bernard Monassier lors de la deuxième table ronde qui était organisée au Sénat hier, nombre de chefs d’entreprise anticipent l’inclusion de leur “ex-patrimoine professionnel” dans l’assiette de l’ISF lorsqu’ils projettent de céder leur société.

Double taxation

La perspective de voir la plus-value qu’ils ont créée taxée à 31,3%, ajoutée à celle d’une entrée de plein pied de la totalité de leur patrimoine dans l’ISF, motivent en effet un nombre non négligeable d’entrepreneurs à prendre une décision lourde de conséquences pour l’économie : la délocalisation pour la Belgique ou un autre pays.

En transférant leur domicile fiscal à l’étranger avant le cession de leur entreprise, ils évitent ainsi l’imposition au titre de la plus-value ainsi que celle au titre de l’ISF.

Des contribuables hors statistiques qui ne “reviendront pas”

Ces contribuables, qui emmènent avec eux leur famille, ne font pas partie des statistiques qui ne constatent que le départ des personnes déjà soumises à l’ISF. Or, leur départ a des impacts actuels et futurs non négligeables. Ces familles consommeront en effet ailleurs qu’en France et paieront leurs impôts (TVA, impôt sur le revenu, etc) à l’étranger. Un réel manque à gagner pour notre économie et nos finances…

Un enjeu à ne pas négliger

L’arbitrage entre suppression ou réforme de l’ISF,  dans le cadre de la réforme de la fiscalité du patrimoine, doit ainsi prendre en compte cet aspect des choses.

Est-ce que cela sera suffisant pour rassurer les prétendants au départ alors que l’instabilité chronique de nos règles fiscales attisent leurs peurs ? Rien n’est moins sûr…

Pour prolonger : relire par exemple les articles sur les nouveautés ISF de la loi de finances 2011 et sur l’ISF PME.

Les deux voies (entre autres) de la réforme ISF

Jeudi 3 mars 2011

Après avoir envisagé les deux erreurs de la réforme de l’ISF, du point de vue d’un spécialiste, nous poursuivons dans la voie duale. Relancé tout doucement au début de l’année 2011, puis montant en puissance plus rapidement désormais, le débat sur la réforme de l’ISF partage et divise experts et opinion. La crispation est palpable dans le flux d’information des médias. Grosso modo, il y a deux voies pour le gouvernement sur ce sujet fiscal :

  • une réforme radicale qui serait une suppression pure et simple de l’ISF
  • une réforme plus limitée, pour en limiter les conséquences

Dans les titres de presse actuellement en ligne, on sent cette ligne de partage, presque de friction, à la limite de la schizophrénie bien française, il faut le concéder : “L’ISF, un remède imparfait“, sur Challenges.fr qui reprend des propos de François Fillon; qui confirme “la mort du bouclier fiscal” (AFP). C’est aussi la façon de répartir les camps, les strates sociales : dire par exemple “Ceux qui paient l’ISF ne sont pas les plus riches” (RMC), quand Marianne chiffre lui  “50 milliards d’€ pour les 100 000 foyers français les plus riches“.

Reste à savoir si, dans un contexte politique intense vers les présidentielles 2012, une voix du “ni-ni” ou encore dite de la sagesse va l’emporter. Celle que note par exemple Le Point, en reprenant “Bernard Accoyer pour aménager l’ISF“.

Pour prolonger : revoir notre dernière table-ronde, tournée en conférence-live (mai 2010) sur l’ISF

ISF : les deux erreurs de la réforme en vue

Mercredi 2 mars 2011

Intéressant article publié sur le site d’information Slate.fr, qui remet en perspective les tractations et hésitations actuelles sur la réforme de l’ISF. L’analyse est signée de Gérard Horny, qui écrit régulièrement pour le journal en ligne au sein d’une chronique : un “journaliste spécialiste des questions financières et patrimoniales” comme il y est présenté. Qui a fait sa carrière au journal Investir. On le situe mieux quand on sait aussi qu’il a signé le livre “La Bourse pour les nuls“…

Dans son exposé au regard de l’ISF, il repère deux erreurs qu’aurait commises le gouvernement Fillon sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy :

  • erreur n°1 : qui relève plus de la tactique globale, avec une présidentielle en ligne de mire; “on ne lance pas le projet d’une réforme fiscale d’ampleur à un an d’échéances électorales aussi importantes
  • erreur n°2 : qui relève de l’analyse de la situation; le problème de la France est ailleurs; “il réside dans le fait que ses dépenses publiques dépassent de beaucoup les recettes

L’expert met aussi les pieds dans le plat avec un argument assez peu entendu jusqu’ici, y compris chez les détracteurs du projet : “vouloir supprimer l’impôt sur la fortune, qui concerne environ 560.000 personnes, c’est prendre le risque de devoir augmenter les impôts de plusieurs millions de contribuables (et électeurs). Et c’est bien ce qui préoccupe beaucoup la majorité“.

Question pour ouvrir le sujet : pensez-vous aussi que la réforme de l’ISF, voire sa suppression en vue, soit une erreur politique et économique?

Pour prolonger : consulter le dossier “fiscalité, les nouveautés de 2011“; la rubrique ISF sur Impots.gouv.fr.