La montée en puissance de l’économie chinoise fait sentir ses effets sur tous les grands marchés mondiaux, y compris celui de l’art. Dans un pays où la constitution d’une classe moyenne se fait encore à un rythme moins élevé que la création de fortunes considérables ( la Chine compterait 150 milliardaires et environ 4700 millionnaires, en seconde position derrière les USA), les clients potentiels pour le marché privé des œuvres d’art de premier plan se comptent désormais par milliers.
En 2009, France 24 faisait un court reportage (voir ci-dessous) sur les conséquences de la crise économique en Chine. Moins de deux ans après, la situation est repartie à la hausse, une hausse très conséquente. Cette volatilité montre une chose : les chinois fortunés ne voient pas la possession d’oeuvres d’art comme un gadget, mais plutôt un geste qui correspond à leur place dans la société.
La possession d’œuvres d’art est un puissant marqueur social depuis fort longtemps, il suffit de se rappeler du goût des patriciens romains pour les œuvres hellénistiques, comme le montrent les sites campaniens (La célèbre mosaïque de la Bataille d’Alexandre de la villa du Faune à Pompéi n’est pas romaine mais grecque et antérieure à la villa de presque deux siècles). Les riches chinois ne font pas exception à la règle, mais ils en sont à la constitution de leurs collections privées. Quels seront leurs gouts, où vont aller leurs préférences ?
Tout d’abord, à l’art national : la Chine est en train de prendre une place de superpuissance économique et cela va de pair avec une fierté nationale grandissante que nombre de chinois vivent comme le retour à un statut que la Chine a toujours mérité, l’empire du Milieu, le pays au cœur du monde. Certaines ventes récentes en Chine ont vu le prix des objets proposés s’envoler vers des hauteurs encore jamais atteintes. Selon les experts chinois, cette hausse est cependant logique si on compare le prix de l’art chinois à celui de l’art européen :
- selon Zhao Xu, directeur exécutif de Beijing Poly International Auction Co Ltd, la principale société d’enchère d’état, le prix des œuvres chinoises est encore très raisonnable en comparaison d’un Picasso.
- les artistes chinois contemporains, comme Liu Xiaodong font aussi partie du scope de ces nouveaux collectionneurs et va sans nul doute aider à leur publicité dans le monde.
Signe des temps, les galeries prestigieuses créent des succursales en Chine, notamment à Hong Kong, comme la galerie Malingue qui a ouvert son antenne dans l’ancienne colonie britannique en septembre 2010. Loin du style français classique de la maison mère, sise avenue Matignon à deux pas du palais de l’Elysée, la galerie hong kongaise, installée au rez de chaussée d’un gratte ciel très bien situé, affiche un look totalement contemporain à base d’aluminium et de bois rehaussant des murs blancs. La première exposition a présenté au public et aux acheteurs une sélection de Picasso et la galerie, dirigée par Edouard Malingue, le fils du fondateur de la maison, affiche à son catalogue une sélections de peintres européens et chinois du XXème siècle, des valeurs sûres pour un amateur d’art – ou un investisseur.
Marché potentiel
Il faut dire que le marché potentiel est conséquent : le marché chinois aurait plus que doublé en un an, passant de 3,21 milliards d’euros en 2009 à 7,60 milliards en 2010. Il devient alors le premier marché au monde, devant les USA.
Pour le moment, les maisons d’enchères comme Christies ou Drouot ne sont pas autorisées par le gouvernement chinois à venir s’installer sur le territoire « continental », le marché reste entre les mains des acteurs locaux. Cela n’empêche pas les acheteurs chinois d’intervenir déjà sur le marché international, tout particulièrement lors de ventes de prestige, comme ce fut le cas lors de la vente des oeuvres du couple Yves Saint-Laurent Pierre Bergé.
Devons nous alors nous attendre à une nouvelle flambée des prix dans le monde de l’art ? L’argent chinois est là, c’est indéniable et une collection d’oeuvres d’art peut être un outil redoutablement efficace dans une communication corporate. Après tout, François Pinault, créateur du groupe PPR, l’un des leaders du domaine du luxe, est aussi connu comme l’un des plus grands collectionneurs d’art contemporain. Et, détail intéressant, il est aussi propriétaire, au travers de la holding Artemis SA, de la maison Christies …
La bataille de l’art pourrait se dérouler aussi sur le marché des ventes aux enchères. Certains en Chine rêvent déjà de voir Pékin supplanter Londres ou New York comme première place de vente d’objets d’arts.



