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L’avenir industriel et minier passera par l’espace

Lundi 24 octobre 2011
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Un futur possible : astéroïde amené en orbite terrestre.

Tous les fans de Star Trek le savent, l’espace est l’ultime frontière. Quoi de plus naturel, en somme, pour ce blog, que de commencer à parler de technologies spatiales comme d’un secteur d’avenir pour les investissements ?

Pour bon nombre d’entre vous, l’espace n’est pas un secteur économique mais plutôt une aventure humaine sous l’égide des états qui coûte plus qu’elle ne rapporte. Une danseuse pour riches nations qui en font l’un des terrains privilégiés pour leur jeu de pouvoir et de domination. Ce n’est pas faux mais l’espace est depuis longtemps un domaine qui se révèle très profitable pour des investisseurs bien informés.

Par exemple, la course à la Lune lancée par les USA et feu l’URSS dans les années 60 a permis à l’industrie informatique américaine de bénéficier d’énormes investissements afin de pouvoir équiper les sondes et capsules spatiales d’ordinateurs miniaturisés capables de fonctionner avec des sources d’énergie limitées tout en effectuant les calculs indispensables à bord. De même, les stations de suivi terrestres avaient des besoins informatiques conséquents qui, eux aussi, ont généré des investissements dans des systèmes informatiques plus lourds. Nul besoin de dire que ces percées technologiques ont conféré à l’informatique US une avance qui se vérifie encore maintenant.

Mais la Lune n’est pas un objectif rentable à court terme. Il existe cependant dans l’espace plusieurs secteurs d’activité qui font déjà – ou vont faire – l’objet d’une intense course à l’investissement public et privé. Le secteur des télécommunications en est un et si le leader mondial du lancement de satellites privés est européen, Arianespace, ce secteur est déjà bien avancé.

Un autre est en train de poindre le bout de son nez : l’industrie minière spatiale. En effet, les astéroïdes qui peuplent notre système solaire par millions sont, selon les scientifiques, en partie composés de matériaux métalliques tels que le fer, l’or, le cobalt, le manganèse, le platine et même des « terres rares ». En 1997, on a estimé qu’un astéroïde métallique de taille assez modeste, entre un et deux kilomètres, pourrait contenir des minerais pour une valeur totale de plus de 20 000 milliards de dollars . On considère qu’un astéroïde comme 16 Psyché pourrait à lui seul subvenir aux besoins industriels en fer et nickel pendant plusieurs millions d’années. De quoi construire une véritable industrie en orbite, non ? Les Chinois ne s’y trompent d’ailleurs pas puisque selon certaines informations récentes, leur programme spatial comporte désormais un volet visant à tester les technologies nécessaires à la capture d’un astéroïde et à son remorquage vers l’orbite terrestre.

Cette industrie minière dans les astéroïdes a, jusque-là, rencontré deux problèmes majeurs : le coût d’un lancement spatial depuis le sol terrestre, et la technologie nécessaire pour acheminer ce caillou de l’espace vers une zone où nous pourrions l’exploiter. Ces deux barrières majeures pourraient bien se lever dans les prochaines années. À dire vrai, la seconde est déjà franchie sur le papier et dans les tests faits entre la Terre et la Lune. Mais reprenons dans l’ordre.

1- l’accès à l’orbite terrestre

Pour le moment, nous savons envoyer des objets dans l’espace avec des fusées fonctionnant avec des moteurs à réaction chimique provoquant une poussée énorme. Ces moteurs sont particulièrement gourmands en combustibles de base et le coût d’un lanceur est très élevé. On a bien pensé à des ascenseurs spatiaux mais leurs coûts de construction est horriblement élevé et la technologie qui permettrait de les bâtir, encore en développement, nécessite de toute façon la capture d’un astéroïde.

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Un dirigeable pour accéder aux portes de l’espace ?

Une société américaine, JPAerospace, est en train de développer un nouveau concept, qui utiliserait des ballons dirigeables (j’avais déjà fait un billet sur le potentiel de cette technologie de vol) pour atteindre sans grand effort une station flottant à la limite de l’espace, puis un planeur spatial aux moteurs peu puissants (moins de gravité et surtout très peu d’atmosphère pouvant générer des frottements) qui amènerait la charge en orbite tout en douceur. Ce système, en cours de test, est certes lent mais infiniment moins coûteux !

Selon les calculs de l’ingénieur qui a imaginé ce concept, le prix de l’accès à l’espace pourrait descendre aux environ de 2 dollars le kilo dans les 20 prochaines années. À titre de comparaison, cette fourchette de prix est équivalente à l’offre actuelle de transport de fret chez Air-France – KLM entre l’Europe et l’Île de la Réunion. Ce mode de transport, qui est déjà en phase de test à une échelle réduite, mérite vraiment que l’on s’y intéresse sérieusement.

2 – Le remorquage spatial

La seconde phase est longue : le remorquage spatial. Cela consiste à envoyer un engin robotisé chercher un astéroïde bien défini, le harponner puis le ramener vers notre belle planète Terre. Il faut pour cela des moteurs capables de produire une poussée pendant un temps relativement long. Cette technologie existe : le moteur à ions. L’agence spatiale européenne l’a testé il y a quelques années avec la sonde Smart-1 qui, avec un tel moteur, a fait le voyage Terre/Lune en 13 mois. C’est lent mais le moteur consomme 10 fois moins de carburant qu’un moteur de fusée classique. Moins de poids équivaut à moins d’argent nécessaire.

Ce moteur pourrait donc répondre aux besoins d’un engin ramenant lentement mais régulièrement un bel astéroïde métallique en orbite basse. Certes, l’immobilisation financière serait longue, plusieurs années sans doute, mais est-ce un problème lorsqu’on attend un retour sur investissement qui se chiffre en milliers de milliards de dollars ?

Rêve ou futur possible ?

Restons raisonnables, tout ceci n’est pas pour 2012. Cependant, nous avons tout intérêt à nous pencher sur ce dossier rapidement. Les ressources minières de la planète ne sont pas illimitées et surtout, l’impact écologique de leur exploitation va provoquer un renchérissement constant dans les années qui viennent. L’accroissement toujours plus grand de la population mondiale rendra ces industries de plus en plus impopulaires par les dégâts qu’un accident industriel peut provoquer. Il suffit de se remémorer l’accident d’une usine de traitement d’aluminium en Hongrie pour réaliser à quel point l’industrie minière sur Terre va devoir augmenter ses coûts. Et dans l’espace, point de Danube à polluer…

La relance de la “conquête spatiale” devient en fait un nouvel enjeu industriel. Beaucoup de technologies indispensables sont en cours de mise au point, certaines sont encore dans les cartons mais nous atteignons en ce moment un stade de maturité technologique qui les rends sinon inéluctables, du moins possibles. Et les bénéfices potentiels sont gigantesques.

L’Europe a des atouts à faire valoir dans cette compétition. Son industrie spatiale est performante, elle dispose de capacités d’investissements non négligeables, elle a un savoir-faire dans l’industrie minière de pointe qui ne demande qu’à servir de nouveau. Il manque la volonté. Cette volonté, les investisseurs privés peuvent l’apporter. Le jeu en vaut la chandelle, dans les 15 ans qui viennent.