Voila bientôt deux ans qu’Apple a présenté l’iPad, sa tablette tactile avant une commercialisation triomphale qui n’a pas été depuis démentie, même si elle a été sérieusement challengée. Lancée sur les rails du succès voici 14 ans par le retour de Steve Jobs, son cofondateur, aux commandes de la firme, Apple est devenue dans le courant de l’année 2011 ce que ce génie de l’informatique et du marketing avait toujours rêvé : le numéro un mondial de l’informatique grand public.
Le poids de ce géant est désormais tel qu’il devient difficile d’imaginer, pour les prochaines années, le profil d’un concurrent sérieux. Je vous propose, en quatre papiers, de faire le point sur la position d’Apple, ses challengers, les menaces qui pèsent sur la créature de Steve Jobs et enfin faire quelques projections sur les formes que pourront prendre les successeurs des bêtes de concours d’Apple. Car il y en aura !
Première partie : les concurrents vaincus
Loin d’être un simple gadget lancé par une mode éphémère, l’iPad a initié de profonds bouleversements du marché informatique mondial : PC portables, net books et ultrabooks sont des produits qui sont en train de se redéfinir — quand ils ne disparaissent pas purement et simplement — par rapport à ce nouvel arrivant dans la gamme toujours plus large des devices informatiques.
En deux ans, l’iPad a non seulement forgé la norme des tablettes tactiles. Il a aussi réussi le tour de force de devenir le maître-étalon pour mesurer les performances et attraits des autres plateformes “portables” grand public.
La descente aux enfers de RIM
Les lancements de tablettes concurrentes ont été assez nombreux. Leur échec est général. RIM – autrefois enviée pour le succès de son blackberry – connaît une descente aux enfers. La raison, la Playbook, une tablette qui visait le marché professionnel mais qui n’a pour le moment pas su convaincre ses clients potentiels qui lui reprochent une interface de piètre qualité, des services dégradés par rapport au blackberry et surtout un écosystème d’apps virtuellement inexistant face à celui de l’univers IOS d’Apple.
RIM, piégé par un échec industriel majeur a dû provisionner quelques 500 millions de dollars pour en couvrir les pertes. Une somme que certains analystes jugent dangereuse pour la survie même de RIM. RIM et son blackberry connaîtront-ils le même destin funeste que Palm et son PDA, gadget préféré des yuppies au début des années 2000 avant de sombrer pour être racheté par HP qui brade désormais la technologie.
Hewlett Packard en manque d’innovation
Car Hewlett Packard, autre géant US de l’industrie informatique, fait lui aussi partie des vaincus. Numéro un mondial des fabricants de PC, HP n’a pas proposé d’innovations majeures depuis des années malgré le rachat de Palm qui lui a permis de mettre la main sur WebOs, un software pourtant unanimement salué pour ses qualités. HP s’est fait surprendre par la sortie de l’iPad.
Sa propre tablette, TouchPad s’est révélé être un désastre commercial, au point que pour écouler les stocks d’invendus, HP a dû se résoudre à vendre à pertes. Coût de l’opération : près d’un milliard de dollars. De plus, après avoir annoncer vouloir se séparer de son activité de fabrication de PC, fait machine arrière, annoncé la vente de la division WebOs avant de refaire machine arrière puis finalement décider d’en faire un code open source (donc non profitable), HP a totalement brouillé son image et rendu sa stratégie de développement illisible. L’effondrement de son cours de bourse tel que parfaitement visible sur le graphique ci-dessous, en est la conséquence logique. Cet effondrement est vraisemblablement durable car provoqué par des causes — principalement l’inadéquation de l’offre HP à un marché en mutation rapide — qui demeurent à ce jour et n’ont aucune raison de disparaître de sitôt.
Dell et Acer mis en difficulté par l’Ipad
Dell n’est pas fondamentalement en meilleure forme. Certes, la société n’a pas englouti des sommes folles dans la conception d’une tablette graphique avant d’en perdre plus encore suite à un échec commercial. Mais l’iPad vient cependant impacter son activité en provoquant un renouvellement significatif du marché des devices informatiques mobiles.
Première victime : le netbook. Ce PC, petit à la fois par la taille et par ses capacités, avait l’immense avantage d’offrir aux voyageurs un outil bon marché capable de lire des DVD et de surfer sur Internet. L’iPad, de qualité nettement supérieure, referme la porte sur cet avatar cheap du portable. Dell en a récemment tiré les conséquences en annonçant la fermeture de sa division netbook pour se concentrer sur la sortie d’un challenger ultrabook du Macbook Air d’Apple. Autre pari risqué tant cette autre innovation née à Cupertino – un portable ultraléger, sans disque dur mais avec toutes les fonctionnalités d’un portable professionnel- n’a pour le moment trouvé aucun concurrent à même d’offrir pour le même prix les performances, le design et la qualité de fabrication du killer d’Apple.
Acer enfin. Ce constructeur asiatique qui se rêvait comme le nouvel innovateur du marché de l’informatique, a connu des déconvenues sévères. Sa décision d’affronter Apple à la fois sur les marchés des tablettes et des ultrabooks s’est soldée par une double défaite, nette et sans appel.
En fait, la stratégie du suiveur ne fonctionne plus. Apple ne se contente pas d’innover et de lancer de nouveaux produits sur le marché. La marque s’est aussi fait une spécialité du design séduisant et des positionnements marketing qui font de ses créations des marqueurs sociaux.
Stratégie inepte dans un cadre purement professionnel, elle est parfaite lorsqu’elle vise le grand public qui se moque éperdument des débats sur l’univers “ouvert ou fermé” d’Apple. La seule chose qu’il demande, ce sont de très bons produits offrant d’innombrables services qui lui permettent de provoquer l’envie.
La seule marque qui, actuellement, a su croiser le fer avec Apple sur son propre marché est coréenne : Samsung. Mais cette concurrence est partielle — Samsung ne propose pas une gamme d’ultrabooks ou de portable professionnels et surtout la bataille ne se fait pas à armes égales : Samsung ne maîtrise pas l’OS de ses devices.
La semaine prochaine
Les challengers fragiles : Google, Samsung, Microsoft-Nokia
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