En Novembre les retraits effectués par les Français sur leurs contrats d’assurance-vie ont de nouveau été supérieurs aux versements. C’est le 3e mois consécutif que l’assurance-vie connaît un chiffre de décollecte nette qui s’est élevée sur le mois à 3,2 milliards d’euros.
Depuis l’instauration en 2001 par la FFSA (Fédération Française des sociétés d’assurance) et Gema (Groupement des entreprises mutuelles d’assurances) de statistiques mensuelles, c’est la première fois que l’on observe un tel phénomène. Pourquoi cette désaffection des épargnants envers le placement préféré des Français ? désaffection conjoncturelle ou structurelle ?
Trois mois consécutifs de décollecte
Ce chiffre de décollecte (3,2 milliards) pour novembre fait suite à celui d’octobre pour 1,4 milliard d’euros et celui de septembre pour 1,8 milliard. Jamais un solde négatif n’a été constaté trois mois de suite — ni même deux mois d’ailleurs – depuis que ces chiffres mensuels publiés par la FFSA existent, c’est-à-dire depuis juillet 2001.
Lors de la 1re décollecte mensuelle constatée en septembre dernier, on faisait référence à la crise financière de 2008, année qui a connu deux mois de décollecte. Mais en 2008, ces deux mois de septembre et décembre, avaient été séparés par le mois de novembre qui s’était soldé par un chiffre positif.
La FFSA relativise ces chiffres
Tout d’abord, si l’on raisonne en versements, ces derniers atteignent encore 8,2 milliards d’euros en novembre et 115 milliards d’euros depuis le début de l’année. Toujours sur les 11 premiers mois, les versements dépassent de 14.4 milliards les retraits. Enfin, un petit rappel : les encours totaux de l’assurance-vie s’établissent à 1.370 milliards d’euros à fin novembre (source FFSA).
Les explications de cette décollecte sont nombreuses : ce sont à la fois des causes conjoncturelles et structurelles qui sont à l’origine de ces derniers chiffres.
La mise en avant de raisons structurelles
La FFSA a tendance à mettre plus particulièrement en avant les raisons structurelles pour expliquer ces chiffres. Selon Les Échos, la « FFSA nie une quelconque défiance envers l’assurance-vie ».
Le premier motif exposé est le vieillissement de la population. Ce dernier expliquerait une grande partie de ce phénomène, avec le départ à la retraite des baby-boomers qui en général puisent dans leur épargne après 70 ans. L’impact des retraites pourrait se faire sentir d’ici une dizaine d’années avec la montée en puissance de la dépendance et la baisse du taux de remplacement (ratio pension/dernier salaire.) » expliquait le 27 novembre dernier le Cercle des épargnants.
Raisons conjoncturelles
Des taux en baisse constante : les supports en euros sont plus particulièrement touchés par la décollecte avec des baisses de versements qui s’élevaient en octobre à 13 % contre 5 % pour les supports en UC (unités de comptes).
Il est certain que le placement préféré des Français souffre d’une baisse de confiance en raison d’une rentabilité des fonds en euros qui souffre depuis quelques années d’une diminution des ses rendements et d’un éventuel défaut de paiement de la Grèce.
Certains épargnants ont ainsi privilégié des placements d’attente de type livret A et autres livrets. Ces derniers sont également mis en avant par les établissements bancaires, qui nouvelles normes Bale III obligent, privilégient les produits bancaires pour renforcer leurs fonds propres.
D’un autre coté la crise oblige certains épargnants à mettre moins d’argent de côté et à retirer de l’argent en cas de besoin. On peut également avancer le souhait pour certains de se désendetter (remboursements de crédit), ou de renoncer à des endettements plus particulièrement dans le cas de crédits à la consommation.
Les incertitudes fiscales
Enfin, même si l’on considère que l’assurance-vie a été épargnée en 2011 au regard de son régime fiscal, on ne peut pas omettre de souligner toutefois que ce régime de faveur a été quelque peu écorné par les dernières lois de Finances. Si la dernière loi de finances rectificative (septembre 2011) et la Loi de Finances ont épargné l’assurance-vie, cela ne peut pas suffire à réconforter les épargnants alors que la situation budgétaire actuelle nécessitera sans doute de nouveaux grands arbitrages fiscaux après l’élection présidentielle.
En attendant le début de l’année
Les plus optimistes parient sur un rebond en début d’année consécutif à l’annonce des taux servis en 2011 qui sécurisera les épargnants au moins en terme de garantie sur le capital.
Nul doute que si le chiffre de décembre confirme la décollecte, les premiers mois de l’année prochaine seront très attendus, afin de voir si le mouvement enclenché en septembre traduit une rupture après un long cycle de hausse de la collecte.



