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La loi Duflot : les contours se précisent

Jeudi 20 septembre 2012

Pour le gouvernement Ayrault relancer le marché immobilier doit passer entre autres  par des incitations au profit des investisseurs particuliers. Nous savions donc depuis plusieurs semaines que le dispositif  Scellier qui disparaît fin décembre aurait un successeur : la loi Duflot du nom de la Ministre du Logement. Cette dernière a commencé à dévoiler les contours de ce dispositif  lors d’un entretien au Figaro.

Dispositif fiscal plus attrayant

En 2012, après une baisse continuelle toutes ces dernières années, le taux en vigueur du dispositif  Scellier “classique” est de 13% et celui du Scellier “intermédiaire” de 17% pour une réduction d’impôt étalée sur 9 ans. Tous les arbitrages ne sont pas rendus mais le taux de la réduction d’impôt du futur dispositif qui entrerait en vigueur au 1er janvier 2013, devrait être compris entre 17 et 20% de l’investissement et s’étaler entre 9 et 12 ans. Le taux pourrait également être bonifié en cas de bâtiments à très haute performance énergétique.

Comme pour la loi Scellier le plafond d’investissement ouvrant droit à déduction sera de 300 000 euros.

Zonage plus rigoureux, exigences sociales renforcées

Les zones éligibles seront moins nombreuses que dans le zonage du Scellier et ne concerneront que des endroits dans lesquels le besoin de logement se fait sentir. Cécile Duflot souhaite ne pas renouveler les erreurs du dispositif Scellier qui selon la Ministre ont abouti « à construire, dans des zones sans réel besoin, des logements à des loyers trop élevés ». Ne trouvant pas preneur, ces investissements ont été à l’origine de nombreuses difficultés pour leurs propriétaires, rappelle t’elle.

Plus social, le dispositif doit concerner «  des logements dont les loyers seront plafonnés et inférieurs de 20% aux loyers du marché ». Les professionnels du secteur évoquent déjà un « véritable casse-tête » mais la Ministre rappelle que ces loyers de référence seront déterminés « agglomération par agglomération » par des observatoires de loyers en cours de création.

Les plafonds de ressources des locataires seront inférieurs à ceux pratiqués dans le Scellier intermédiaire, afin de cibler davantage ce nouveau dispositif sur les classes modestes et moyennes.

Réactions prudentes de la profession

A l’annonce de ce dispositif Bernard Cadeau qui dirige le réseau d’agences immobilière ORRPI a réitéré sur BFM Radio son souhait de voir mise en place une vraie politique globale et non pas de simples mesures partielles.

De son côté la Fédération Française du Bâtiment note avec prudence que le dispositif  « paraît offrir un bon équilibre entre la volonté du gouvernement de renforcer les contraintes sociales associées à l’aide reçue, et l’impérieuse nécessité d’offrir un rendement acceptable aux investisseurs » .

Dans l’ensemble les professionnels attendent d’avoir davantage de précisions et plus particulièrement relatives au zonage.

Grâce à ce dispositif, le Gouvernement espère atteindre 40 000 logements construits en  2013 contre 30 000 pour le Scellier en 2012, a précisé Cécile Duflot. Ce chiffre est à mettre en parallèle avec la promesse électorale de François Hollande de construire 500 000 logements par an.

2013 : vers une taxation allégée des plus-values immobilières ?

Mardi 18 septembre 2012

Si l’alignement de la fiscalité des revenus du patrimoine sur celle du travail est au programme de la loi de Finances 2013, les plus values immobilières devraient voir leur régime fiscal échapper à une telle modification et bénéficier peut être même d’un allègement supplémentaire temporaire.

Si le maintien du régime actuel de taxation forfaitaire constitue une véritable surprise, les plus values des résidences secondaires pourraient faire néanmoins l’objet d’une réforme du dispositif d’abattement en fonction de la durée de détention. Le but : rendre moins dissuasive la fiscalité entrée en vigueur le 1er février 2012 et créer un « sursaut de ventes » selon le Ministère du Logement.

Le régime actuel

Depuis l’entrée en vigueur de la réforme votée sous le gouvernement Fillon, les plus-values des résidences secondaires ou autres biens locatifs, sont taxées au taux de 19 % (hors prélèvements sociaux de 15,5%). L’exonération totale de la plus value intervient après 30 ans de détention – contre 15 ans auparavant- après application d’un abattement pour durée de détention.

Comme évoqué lors de la campagne présidentielle, il était question jusqu’à cette annonce du gouvernement,  de revenir à un régime inspiré du régime antérieur à 2004 qui imposait les plus values selon le barème de l’IR, consacrant un alignement de leur taxation sur la taxation des revenus du travail.

Le régime des plus values immobilières des résidences secondaires ou tous les autres biens immobiliers échapperait donc -contre tout attente- à cette imposition selon le barème progressif du revenu. Par ailleurs, il ne sera pas touché au régime d’exonération de la plus-value sur les ventes de résidences principales.

Un abattement supplémentaire de 20%

Conformément au régime actuel d’abattement selon la durée de détention, le cédant soumis à la plus-value applique au montant de cette dernière le régime suivant d’abattement pour durée de détention au-delà de 5 ans : 2% entre la sixième et la seizième année de détention, 4% entre la dix-septième et la vingt-quatrième, 8% au-delà.

Il pourrait bénéficier en complément d’une réduction supplémentaire sur le montant de la plus value de 20%. La plus value ainsi calculée sera ensuite taxée à la source au taux actuellement en vigueur de 19% soit un taux global –prélèvements sociaux inclus- de 34,5%.

Fluidifier le marché rapidement

A l’origine de cette réforme se trouve la volonté du gouvernement de « fluidifier le marché immobilier » face à une baisse du nombre des ventes des résidences secondaires constatée depuis l’entrée en vigueur de la réforme votée sous l’ancien gouvernement. En cause: l’allongement ou plutôt le doublement de 15 à 30 années de la durée après laquelle un contribuable peut voir sa plus value totalement exonérée : plus un propriétaire repousse la date de vente de son bien, moins la note fiscale est élevée.

«L’idée est de créer une fenêtre d’opportunité en 2013, pour qu’il y ait un sursaut de ventes», souligne l’entourage de Cécile Duflot.  Il s’agit de « permettre un choc d’offre visant à lutter contre la rétention foncière » complète Pierre Moscovici.

Des arbitrages à rendre d’ici le 28 septembre

En effet le rendez vous a lieu le 28 septembre avec la présentation du Budget 2013, pour être fixé.

Selon le journal Les Echos, la piste trop couteuse d’une exonération aboutissant à une taxation maximale au bout de dix ans a été éliminée. D’autres resteraient à l’étude comme celle qui consisterait à instaurer un régime sans abattement pour durée de détention mais une fiscalité fixe (indépendante de la durée de détention).

Les Echos et le Figaro indiquent que finalement pour accélérer davantage la construction de nouveaux logements la piste qui serait retenue serait donc celle de l’abattement supplémentaire de 20 % sur les plus-values de cessions de foncier effectuées en 2013.

Fin des abattements pour les terrains constructibles

En revanche les terrains constructibles devraient subir un alourdissement de la fiscalité dès le 1er janvier 2013. En cas de vente de terrains à bâtir il serait question, selon le Figaro, de ne plus appliquer les abattements pour durée de détention en vigueur actuellement -de 2%, 4% et 8%-. Là aussi le but est d’accélérer les cessions afin de pouvoir au plus vite construire des logements alors que les abattements incitent au contraire à retarder les ventes pour réduire le montant imposable.

Il y aurait en fait une fenêtre de tir temporaire car dès le 1er janvier 2015, la taxation à 19% devrait être remplacée par une imposition au barème de l’IR sur les terrains constructibles.

Si pour les biens immobiliers, il ‘agit aussi d’un régime transitoire qui sera mis en place en  2013 uniquement dans le but relancer les transactions, nous aurons ainsi connu trois régimes différents applicables sur la vente d’une résidence secondaire en moins d’un an!

 

Immobilier locatif : vers un encadrement plus strict des loyers

Mardi 5 juin 2012

Dans le cadre de sa campagne électorale, François Hollande a annoncé plusieurs mesures susceptibles de modifier la donne dans le secteur de l’immobilier locatif.

Parmi celles-ci figurent l’encadrement des loyers et le souhait d’un retour au régime fiscal antérieur à 2004 pour les plus-values immobilières (nous consacrerons une prochaine note sur le sujet)… La première mesure a été confirmée par la ministre du Logement Cécile Duflot.

Pour lutter contre l’emballement des loyers, elle souhaite que soit fixé le montant maximum d’évolution des loyers des logements vacants. Il s’agit en d’autres termes d’encadrer les loyers lors d’une relocation.

Encadrement des loyers : agir rapidement

“I l s’agit d’une disposition d’urgence pour répondre à la crise du logement », a annoncé la ministre, justifiant ainsi lundi dans Libération le principe du décret. Cécile Duflot souhaite donc agir rapidement : le passage du décret au Conseil d’État devrait avoir lieu fin juin, pour une application dès septembre. Ce décret précédera une grande loi sur le logement qui interviendra en 2013.

C’est l’article 18 de la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs, qui va permettre au ministre de fixer par décret « le montant maximum des loyers des logements vacants » dans les zones caractérisées par une évolution  anormale.

Le blocage des loyers : les grands principes

Pour les zones anormalement chères, cette loi de 1989 permet qu’au moyen d’un décret la hausse des loyers du locataire présent lors du renouvellement de son bail soit limitée à l’indice de référence des loyers appelé IRL.

Nombreux sont les propriétaires qui profitent d’un changement de locataire pour augmenter le loyer. C’est particulièrement vrai dans les grandes agglomérations où la demande de location s’est accrue. Partant de ce constat, le Gouvernement souhaiterait donc étendre le champ d’application de ce décret aux relocations : le nouveau locataire se verra appliquer un loyer identique à celui du locataire sortant. Son loyer continuera ensuite d’évoluer selon l’indice de référence de l’Insee en fonction de l’inflation.

Les grandes agglomérations dans le viseur

Ce futur décret doit “permettre que, dans les agglomérations et les zones où les loyers ont atteint des niveaux insupportables, l’accès à la location redevienne possible”, explique Cécile Duflot.

Ce Paris et les grandes agglomérations qui sont bien sûr visées. Selon l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne, les loyers y ont progressé de 2,4% en 2011, au-dessus de la valeur moyenne (+ 1,7 %), en raison, entre autres, d’un bond de 6 % à la relocation.

Le périmètre géographique reste toutefois à confirmer. Mais selon Les Échos, le Gouvernement souhaite l’élargir sensiblement. Selon le quotidien, y serait en effet ajouté :

  • La zone A telle que définie pour le dispositif Scellier (pourtour méditerranéen et région du Genevois français)
  • L’ensemble de la zone B1 (les villes de plus de 250 000 habitants)
  • 6 villes de moins de 250 000 habitants identifiées comme particulièrement chères : Bayonne, Annecy, Chambéry, Cluses, Saint-Malo et La Rochelle…

Un projet sévèrement critiqué

Autant de la part des professionnels du secteur que de l’opposition politique les critiques pleuvent.

« Le blocage des loyers à la relocation est une idée d’il y a vingt ans, il a été pratiqué après la loi de 1989, mais cela n’a duré que quatre ou cinq ans, car on a vu les effets pervers du blocage sur le manque d’entretien des logements et le désintérêt pour un investissement dans le locatif », a réagi Jean Perrin, président de l’UNPI.

Une annonce qui a également suscité des réactions à droite. “L‘encadrement des loyers envisagé par le gouvernement se traduira par l’arrêt de l’investissement immobilier“, a estimé lundi l’ancien Premier ministre François Fillon, qui la qualifie de contresens. Louis Alliot, vice-président du Front National a dénoncé une mesure visant à rassurer l’extrême gauche.

Certains devraient être ravis de ressortir la phrase mémorable et peu nuancée de l’économiste Assar Lindbeck, socialiste et Suédois. « le contrôle des loyers est le moyen le plus efficace pour détruire une ville, exception faite d’un bombardement »

Vers une concertation

Afin de calmer le jeu, Cécile Duflot a confirmé vouloir collecter  “des données très précises“ et engager une concertation avec tous les acteurs du secteur, publics et privés, associations de propriétaires ou de locataires. La ministre du Logement a souligné proposer ce périmètre géographique, mais ajouter que rien ne sera définitif avant d’avoir rencontré les professionnels. Les consultations devraient être achevées dans une semaine.