Archive pour janvier 2011

La résidence principale au centre de la réforme de l’ISF?

Lundi 17 janvier 2011

Le groupe de travail des parlementaires sur la fiscalité du patrimoine doit se réunir cette semaine au ministère du Budget. Certaines réflexions et pistes ont déjà été rendues publiques, plus particulièrement récemment dans le cadre de la réforme de l’ISF, et non de sa suppression, thèmes autour desquels va se jouer cette grande réforme. Ainsi, Gilles Carrez, le rapporteur général (UMP) du budget à la commission des finances de l’Assemblée nationale, a évoqué, entre autres, la possibilité dans le cadre du maintien de l’ISF d’en exclure pour une bonne partie la résidence principale.

Vers une exonération totale de la résidence principale

La résidence principale bénéficie dans le cadre de l’ISF, depuis 2007, d’un abattement de 30% et M. Carrez souhaiterait aller jusqu’à une exonération intégrale de la résidence principale, toutefois dans une limite de 400.000 ou 500.000 euros, l’abattement de 30% étant maintenu au-delà de ce montant. Cette solution permettrait d’exclure de l’ISF de nombreux contribuables qui sont à la limite des 800 000 euros de patrimoine (seuil d’assujettissement à l’ISF au 1er janvier 2011).

M Carrez ne suit pas le Gouvernement quand il évoque  la suppression complète de la première tranche de l’ISF, pour ne faire acquitter l’impôt qu’à partir de 1,2 million d’euros de patrimoine au lieu des 800 000 euros (une telle mesure représenterait 904 millions d’euros de recettes en moins). Selon lui il est beaucoup plus simple d’utiliser comme marge de manœuvre, la résidence principale, bien non productif de revenus.

Christine Lagarde a confirmé, lors de ses vœux à la presse que le gouvernement envisageait une nouvelle taxation de l’immobilier incluant la résidence principale, actuellement exonérée. En contrepartie, l’ISF qui pèse sur la résidence principale serait supprimé, le coût d’une telle mesure (600 millions d’euros) étant compensé par la suppression du bouclier fiscal.

Un risque d’inconstitutionnalité

A ce niveau, le débat se complique déjà, quand Philippe Marini, le rapporteur général (UMP) du budget au Sénat, rappelle que “la constitutionnalité d’une mesure comme l’exclusion de la résidence principale de l’assiette de l’ISF est loin d’être acquise”.

Pour justifier le caractère sensible de cette piste il rappelle que le Conseil constitutionnel “a, en validant l’existence de l’ISF à l’occasion d’une récente question préalable de constitutionnalité, en septembre 2010, souligné « qu’en instituant un impôt de solidarité sur la fortune, le législateur a entendu frapper la capacité contributive que confère la détention d’un ensemble de biens et de droits » et que « la prise en compte de cette capacité contributive n’implique pas que seuls les biens productifs de revenus entrent dans l’assiette de l’impôt de solidarité sur la fortune »”.

La piste d’un abattement plus large

En tenant compte de ce risque M. Marini préconise plutôt la piste déjà suivie en 2007 (l’abattement ayant été porté alors de 20% à 30%) : celle de l’augmentation de l’abattement sur la valeur de la résidence principale de 30 % à 50 %, le coût d’une telle mesure étant évalué à 272 millions d’euros.

Il faut toujours rapprocher ces chiffres de ceux de la suppression totale de l’ISF qui coûterait près de 4 milliards d’euros au Budget alors que celle du bouclier lui fera économiser 800 millions, soit un montant total de 3,2 milliards d’euros à trouver…

Pour prolonger : relire aussi les articles encyclopédiques de BforBank sur…

Une fin d’année riche en levées de stock-options

Jeudi 6 janvier 2011

La chose ne vous aura certainement pas échappé : pendant le mois de décembre, et souvent juste quelques jours avant la période de « trêve des confiseurs », plusieurs grands patrons français ont exercé leurs stock-options. Il s’agissait, entre autres pour eux, de profiter d’un régime fiscal qui serait plus fortement imposé dès le 1er janvier 2011.

Une plus value potentielle de 100 millions d’euros pour le patron de LVMH

Le plus bel exemple est celui de Bernard Arnaud, le PDG de LVMH, qui a récemment exercé un nombre important de stock-options lors de deux opérations intervenues en décembre : une première d’un montant de 25 980 000 euros à un prix unitaire de 43,3 euros, suivie d’une opération d’un montant de 9 912 729,40 euros, à un prix unitaire de 52,82 euros. Rappelons que le cours actuel du titre du leader mondial du luxe est de 125 euros, ce qui laisse à Bernard Arnault une plus-value potentielle proche de 100 millions d’euros, sur la base de ce cours. Selon un porte-parole du groupe, Bernard Arnault «n’a pas l’intention de vendre ses titres. C’est un investissement dans son groupe». On citera également, mais très loin derrière en terme de montants, le PDG du groupe Danone, Franck Riboud, qui a exercé le 22 décembre 141 330 stock-options pour un total d’environ 3,938 millions d’euros ou encore Christian Labeyrie, directeur général adjoint du groupe de BTP Vinci, qui a exercé 122 000 stock-options, pour un total de 2,95 millions d’euros. La liste est longue

La nouvelle donne fiscale au 1 er janvier 2011

Ces diverses opérations sont l’occasion de résumer les différentes mesures fiscales et sociales qui vont alourdir le régime des stock-options en 2011 et rendre son mécanisme moins attractif. Tout d’abord à partir du 1er janvier 2011, le taux des contributions patronales (exigibles au moment de la décision d’attribution) passe de 10 à 14% et celui de la contribution salariale (au moment de la cession de ses titres et assise sur le gain d’acquisition) de 2,5% à 8%.

Quant à la plus value d’acquisition, taxée selon un barème dont le taux varie en fonction de la durée de conservation des titres et du montant du gain réalisé, elle va, à partir du 1er janvier 2011 être taxable de 31,3% à 53,3% (prélèvements sociaux compris). Pour résumer, si l’on cumule ces hausses, le taux d’imposition de la partie de la plus value du gain d’acquisition (si la cession intervient dans un délai de deux ans à compter de la levée d’options) qui excède 152 500 euros atteindra 61,3% contre 54,60% auparavant.

Quant à la plus value de cession, elle est désormais taxable au taux de 31,3% contre 30,3% auparavant.

Il n’y a cependant pas que des raisons fiscales à l’origine de cet afflux d’opérations du même type. A l’augmentation de la fiscalité, s’ajoute la hausse importante de certains titres ces dernières années (le cours de LVMH a été multiplié par 2,5 depuis le 1er janvier 2008) et les incertitudes autour du redressement de l’économie mondiale. Toutes ces motivations ont poussé de nombreux patrons à tirer profit de la hausse de ces titres avant la nouvelle année, au moins pour ceux qui les ont cédés. Enfin, 2011 doit être marquée par une grande reforme fiscale qui reste une grande inconnue. Dans le doute, certains patrons ont préféré profiter du régime actuel afin d’éviter toute mauvaise surprise…

Pour prolonger : lire l’article didactique de BforBank sur les stock-options.