Le microcrédit est qualifié de “l’innovation qui a fait le plus parler d’elle dans la lutte contre la pauvreté ” par Esther Duflo, économiste, spécialiste de la question de la pauvreté. Mais, depuis quelques années, et notamment après la crise de la microfinance en Inde, en 2010, il a aussi ses détracteurs. Faisons le tour de quelques débats qui agitent le monde du microcrédit. Nous reprenons certaines questions posées par Sylvain Allemand dans La Microfinance : la fin de l’exclusion ?
Le microcrédit : une arme contre le chômage en France ?
En France, c’est l’Adie (Association pour le Développement et L’Initiative économique) qui a développé le microcrédit. Depuis sa création en 1989, elle a octroyé plus de 100 000 prêts. Elle a permis de financer 78 000 entreprises et créer 107 000 emplois.
Maria Nowak, fondatrice de l’Adie, est convaincue de l’utilité sociale du microcrédit :
“Un chômeur coûte 13 000 euros par an et même 33 000 euros si tous les frais indirects sont pris en compte. Or une personne à qui l’on prête 2 000 euros pour lancer son affaire réussit le plus souvent à créer son propre emploi. Chacun y trouve son compte”*.
De plus, le microcrédit permet de lutter contre l’exclusion bancaire.
Le microcrédit : une vision libérale de la société ?
Le microcrédit est un prêt consenti à une personne qui crée son emploi. C’est donc un outil qui favorise le micro-entrepreneuriat. Certains y ont vu une vision libérale de la société, où chacun est considéré comme son propre employeur.
À cela, les promoteurs du microcrédit, répondent qu’ « il ne s’agit pas tant de promouvoir une vision libérale de la société qu’une troisième voie entre libéralisme et socialisme, soit qu’elle s’appelle un socialisme libéral ou un libéralisme social », explique Sylvain Allemand. « Sans nier l’importance de l’État providence, il s’agit aussi d’inciter celui-ci à se placer dans une logique dynamique de création de richesse plutôt que dans une logique passive de réparation des dégâts. »
Pourquoi y a-t-il eu une crise de la microfinance en Inde ?
En 2010 la microfinance en Inde a connu une crise très grave. Plusieurs éléments se sont combinés :
L’adoption de pratiques de la finance classique, avec notamment le groupe SKS Micro finance, leader du secteur en Inde, qui est entré en bourse. Son dirigeant voulait démontrer que le microcrédit peut être aussi rentable qu’une autre industrie. L’action de la société a vu sa valeur fondre après son entrée en bourse.
D’autre part, les Institutions de Micro finance (IMF) se sont livré une concurrence exacerbée. Des clients ont subi le surendettement. L’État de l’Andra Pradesh a connu des suicides de paysans, incapables de rembourser leurs prêts.
Suite à cette crise, l’État de l’Andra Pradesh a pris des mesures pour encadrer la microfinance. Par ailleurs, la Campagne du Sommet du Microcrédit, organisation qui recense les IMF, prévoit de créer un label. Ce label repose sur l’importance de la responsabilité et l’éthique des entreprises.
Pourquoi Muhammad Yunus a-t-il été destitué de la Grameen Bank ?
Même s’il n’a pas à proprement parlé inventé le microcrédit, Muhammad Yunus l’a popularisé dans les années 1980. Fondateur de la Grameen Bank 1976, il a reçu le Prix Nobel de la paix en 2006.
Aussi, cela a été un coup de tonnerre quand il a été destitué dela Grameenen 2011. La banque centrale du Bangladesh a pris pour argument qu’il avait dépassé la limite d’âge autorisée aux responsables de banques (71 ans contre 60 ans).
Pour ses supporters, cette décision est politique : M. Yunus avait envisagé de créer un parti alternatif et son opposition au Premier ministre du Bangladesh était connue. “Quelle que soit l’issue de cette affaire, elle témoigne de l’intérêt d’une approche géopolitique de la microfinance “, explique Sylvain Allemand.
Les taux d’intérêts du microcrédit sont-ils trop élevés ?
Quand le microcrédit a été popularisé, dans les années 1970, il existait des usuriers, prêtant à des taux très élevés. Aujourd’hui, certains critiquent les taux d’intérêt élevés pratiqués dans le microcrédit. On évoque des taux de 40 % aux Philippines ou au Kazakhstan, 50 % en Ouganda, voire 85 % au Mexique.
Selon une étude, réalisée par le CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres), le taux médian pratiqué dans 36 pays est de 26,4 %. Ces taux sont plus faibles que ceux pratiqués par les usuriers.
Ils s’expliquent par trois raisons :
- Les IMF paient leurs ressources plus chères que les banques
- Leurs frais administratifs sont plus élevés
- Les taux d’intérêts élevés correspondent au risque pris
* cité dans Vivre mieux dès demain.













