
Jeudi dernier je me suis rendu à cérémonie de remise des Grands Prix de la Finance responsable, dans les locaux du journal Le Monde.
Arrivé en avance, je me suis installé dans un café voisin, pour me préparer tranquillement. Mais à peine assis, une manifestation de pompiers passa sur le boulevard Blanqui avec ses fumigènes et ses pétards. Certains décidèrent de s’arrêter pour boire un coup. En moins de dix minutes le café est littéralement rempli par des dizaines de pompiers en tenue, bien décidés à refaire le monde.
Une demi-heure plus tard, après cette démonstration de solidarité bruyante et conviviale, je me retrouve dans le hall du Monde. Derrière l’immense baie vitrée, après avoir passé le portique de sécurité, j’entre dans le petit monde de la finance solidaire. Je dis “petit” parce que, comparé à la finance classique, la finance solidaire fait figure de goutte d’eau dans l’océan.
C’est un petit monde, car je reconnais deux personnes que j’ai déjà croisées lors de précédentes interviews. J’y reconnais aussi Claude Alphandéry, le président des Grand prix de la finance solidaire, un des pionniers, déjà vu lors d’une conférence sur la nouvelle finance, mais aussi François de Witt, président de Finansol, qui attribue les labels de l’épargne solidaire.
Petit monde, je disais. Mais la finance solidaire est ouverte sur l’extérieure, ouverte aux idées nouvelles. Et elle est en croissance. De plus, elle est créatrice d’emploi.
C’est ce que l’on nous rappelle au lancement de la cérémonie. Crise de l’euro, G20, manifestations d’indignés (et de pompiers) : face à tout cela, la finance solidaire pourrait bien être un instrument (parmi d’autres) de la sortie de crise. Les acteurs présents ce soir-là en sont convaincus.
Le jury nous dévoile les cinq lauréats de ce deuxième Grand Prix. L’an dernier, seuls quatre projets avaient été récompensés. Cette année, un prix “solidarité internationale” est apparu. Sur une centaine de dossiers candidat, vingt-huit projets étaient nominés.
Les Grands Prix de la Finance solidaire 2 011 sont co-organisés par Le Monde Argent et Finansol, avec le soutien de la Fondation Crédit Coopératif, France Active et la Carac et en partenariat avec France Info et Public Sénat.
“Solidarité internationale”: Cocovico, coopérative de femmes en Côte-d’Ivoire
Le projet Cocovico est intéressant pour différentes raisons. Cocovico est un immense marché couvert qui accueille chaque jour de 3000 à 5000 commerçants, à Abidjan. Ce sont principalement des femmes qui vendent des fruits, des légumes, du poisson et autres produits alimentaires.
Rosalie Botti, la présidente de Cocovico, vêtue d’un boubou aux couleurs de la Côte d’Ivoire, a reçu le Grand Prix de la “solidarité internationale”.
Lancé en 1995, le projet a nécessité des constructions en dur. Il a donc fallu trouver un financement (plus d’un million d’euros). C’est alors qu’est intervenu Oikocrédit, un investissement solidaire qui finance des projets dans les pays du sud.
Le projet Cocovico a rencontré beaucoup de difficultés au cours de son développement, à commencer par la guerre civile en Côte d’Ivoire. Mais, même dans ces circonstances, le marché est resté ouvert, épargné par les belligérants. Les tracasseries administratives et la difficulté de trouver un financement n’ont pas manqué non plus pour Madame Botti et les 200 femmes qui portent ce projet.
Un des aspects intéressants de ce projet est qu’il est reproductible ailleurs. Dans certaines régions, ce n’est pas les producteurs de denrées alimentaires qui manquent, mais les commerçants pour les vendre.
Enfin, Cocovico est un projet global qui ne se limite pas à un marché : des logements vont bientôt surgir tout autour.
“Coup de cœur du jury”: Adage, insertion de femmes fragilisées
L’association Adage (association d’Accompagnement Global contre l’Exclusion) obtient le prix “Coup de cœur du jury”.
Elle accompagne des publics fragilisés, principalement des femmes. Sa mission va au-delà de l’insertion professionnelle. Les personnes concernées cumulent plusieurs difficultés : emploi, logement, isolement, et quelquefois analphabétisme.
L’association, située dans le XVIIIe arrondissement de Paris, a mis en place un chantier d’insertion avec l’hôpital Bichât à Paris. Elle a créé quinze emplois d’auxiliaires puéricultrices et d’aides-soignantes.
Adage a bénéficié d’un financement auprès de France Active et de La Nef.
“Moins de 10 salariés”: les doigts qui rêvent, des livres pour enfants malvoyants
Les doigts qui rêvent a reçu le prix des groupes de moins de 10 salariés. Cette association édite des albums tactiles illustrés accessibles aux enfants déficients visuels.
Ce travail artisanal très spécialisé est réalisé par des personnes en insertion. Ces livres tactiles trouvent leur public puisque 30 000 albums ont déjà été vendus depuis 1994.
Ce projet est financé notamment par la MAIF grâce à un Livret d’épargne solidaire, le Livret épargne autrement. Les financement publics sont en baisse. L’association s’autofinance grâce aux ventes de livres.
De 10 à 50 salariés: Terre de liens installe des paysans bio
L’association Terre de Liens a remporté le Grand Prix de 10 à 50 salariés.
Ce placement solidaire, dont nous avons déjà parlé, a pour but d’acheter des terres agricoles pour les louer à des paysans qui pratiquent l’agriculture biologique.
Le projet crée du lien: en finançant des paysans, l’urbain manifeste sa solidarité avec les campagnes. Pour financer Terre de lien, l’épargnant acquiert une action. La foncière compte aujourd’hui 7 000 actionnaires.
Terre de Liens est une association qui accompagne les exploitants agricoles. C’est une foncière qui acquiert des terres. Et c’est un fonds que l’on peut soutenir en faisant un don.
Plus de 50 salariés : le Groupe Archer insère des personnes dans la Drôme
Le Groupe Archer forme et accompagne des personnes en recherche d’emploi. Il développe son activité dans plusieurs domaines: fabrication locale de chaussures éthiques, services à la personne, services aux collectivités et association comme la distribution du courrier et l’entretien des espaces verts.
Avec ses chaussures “made in Romans”, le Groupe Archer fait le pari qu’on peut fabriquer en France. Il privilégie des matières premières locales, des stylistes, modélistes et techniciens, tous anciens salariés des grandes marques romanaises, explique l’entreprise sur son site.
Le groupe est financé par France Active et Garrigue.
photos: épargne sans frontière, Maif,









