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Planet Finance, du microcrédit à l’économie positive

Mercredi 1 août 2012

Les 13 et 14 septembre se tiendra, au Havre, un Forum sur le thème de l’économie positive et responsable, sous le haut patronage du président de la République. Organisé par l’ONG Planet Finance et la ville du Havre, l’événement a pour ambition d’être le rendez-vous mondial de l’économie positive et responsable qui est « un mouvement qui vise à replacer l’humain au cœur de l’économie et du monde tel qu’il est en train de se transformer ». Il rassemblera 500 participants internationaux, experts, dirigeants, leaders du monde universitaire, politique, syndical.

Pour en savoir plus j’ai interviewé Arnaud Ventura, vice président de Planet Finance, qui a co-fondé l’ONG en 1998 avec Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand. Il raconte la genèse et la croissance de l’ONG, et développe sa vision de l’économie positive.

 

Pouvez-vous raconter votre parcours et expliquer comment vous en êtes venu à créer Planet Finance avec Jacques Attali ?

J’ai fait partie de l’équipe qui a créé Club Internet, en 1996. Puis je suis parti en Asie où j’ai participé à la création du premier fournisseur d’accès à Internet en Thaïlande. Là, j’ai pu être exposé au travail des Organisations non gouvernementales (ONG) comme Enfants du Mekong, Médecins sans frontières, etc. Ça a éveillé mon intérêt pour la solidarité. Et je me suis fait la réflexion : si une ONG avait accès à la technologie et à Internet, elle pourrait améliorer son efficacité.

Après cette année en Thaïlande, j’ai été recruté par BNP Paribas pour une mission en Argentine. J’ai aussi poursuivi mon idée d’aider les entreprises de microfinance grâce à Internet. J’en ai parlé sur un forum Internet et deux jours après j’ai reçu un message de Jacques Attali me disant que lui aussi s’intéressait à ce sujet. Je lui ai envoyé des informations sur ce projet. Il m’a tout de suite répondu. Nous nous sommes rencontrés et nous avons conçu un business plan de ce qui s’appelait alors Planet Bank en 1997. Nous avons contacté Muhammad Yunus, qui était déjà un spécialiste reconnu de la microfinance. Nous l’avons rencontré lors d’une de ses venues en France. C’est ainsi qu’on a lancé ce projet qui avait pour but d’utiliser les nouvelles technologies pour développer le secteur de la microfinance.

Nous avons créé Planet Finance en 1998. Nous avons débuté avec deux mécènes, Michel David-Weill, de la banque Lazard et Benjamin de Rothschild. Notre ONG était très petite au début, même si elle était déjà assez visible grâce à la notoriété de Jacques Attali.

 

Comment a évolué votre ONG, Planet Finance, à mesure que le secteur de la microfinance s’est développé ?

Chez Planet Finance, nous avons développé un réseau à l’international en créant des programmes et des bureaux sur le terrain. En 2005, nous comptons des bureaux dans une quarantaine de pays, des programmes dans une soixantaine de pays et on appuie des centaines d’institutions de microfinance.

A partir de 2005, voyant que le secteur change et que beaucoup d’investisseurs s’y intéressent, nous faisons évoluer notre ONG. Certaines activités financées par des dons peuvent devenir pérennes, c’est pour quoi on décide de créer des sociétés pour atteindre les deux objectifs : notre mission sociale de lutter contre la pauvreté par le développement de la microfinance, mais aussi un objectif de profitabilité pour servir des investisseurs. Nous créons alors des filiales et nous transformons l’ONG en un groupe. L’ONG gère la partie assistance technique. L’ONG et la fondation sont actionnaires de sept entreprises. Par exemple, FinanCité soutient des entreprises en France. Microcred finance des micro entrepreneurs dans les pays émergent. Planet ResponsAbility finance des institutions de microfinance. Planet Garantee propose des assurances. Planet Rating réalise des évaluations. Le groupe compte plus de 1700 salariés dans 40 pays et on prête directement ou indirectement près de 700 millions d’euros à des entrepreneurs.

 

Comment est apparue cette idée d’économie positive et responsable ?

L’idée part du constat suivant. La microfinance est l’exemple d’un secteur qui vient du social et qui s’est beaucoup développé grâce à l’aide d’investisseurs responsables. De nombreux acteurs de ce secteur ont à la fois un objectif de rentabilité financière mais aussi des objectifs de performance sociale. La microfinance a évolué dans ce sens, tout comme de nombreux acteurs comme le social business.

Et en parallèle à cela, on voit les entreprises classiques développer des programmes de responsabilité sociale (RSE). Au début, certaines le font dans un but de communication. Mais des entreprises prennent conscience que la responsabilité sociale doit faire partie de leur cœur de métier. L’économiste américain Michael Porter a écrit un article qui a fait beaucoup de bruit sur la « valeur partagée ». Les entreprises, pour être pérennes et avoir un avantage compétitif sur leurs concurrents doivent être des entreprises sociales et doivent s’intéresser à autre chose qu’à leurs profits à court terme. Si l’entreprise ne s’intéresse pas à fournir un vrai service au client ou si on traite mal ses salariés, cela va se savoir rapidement et l’entreprise sera perdante. Si l’entreprise n’est pas bien intégrée dans l’environnement local, que l’on pollue l’environnement, elle sera également perdante. Au-delà de l’article de Porter, un mouvement global rassemble des entrepreneurs qui estiment que la création de valeur pour l’ensemble de la société est essentielle.

 

Pourquoi avoir organisé ce forum et qu’en attendez-vous ?

Nous avons pensé qu’il n’y avait pas beaucoup d’endroits où des acteurs de ces deux mondes, convaincus par ces visions et ces valeurs, pouvaient se retrouver. D’autre part, il n’y avait pas beaucoup de prise de conscience de cette évolution de l’économie. L’idée de ce mouvement lancé au Havre, c’est de faire participer et d’illustrer en deux jours cette vision de l’économie. Les quatre types d’acteurs présents lors du Forum sont des entrepreneurs sociaux et des entrepreneurs classiques, des économistes, des acteurs de la sphère sociale (syndicalistes et représentants d’ONG) et des représentants de l’État. Tous ces acteurs ont leur rôle à jouer, dont le chef de l’État qui nous fait l’honneur d’être présent. Par la suite, nous voulons monter un club autour de cette économie-là et nous sommes aussi en train de lancer web TV pour partager les bonnes pratiques de ce qu’on a appelé l’économie positive. Notre objectif est que les entrepreneurs prennent conscience que la création de valeur va au-delà de la création de valeur pour les actionnaires.

Capital investissement et finance responsable : l’étude 2011

Vendredi 16 mars 2012

Vous connaissez sans doute le capital investissement (ou private equity) ? Si non, pour vous remettre à jour, sachez qu’il consiste à prendre des participations dans le capital de petites et moyennes entreprises, généralement non cotées. Ces investissements risqués et nécessitant un temps de placement long sont à suivre : ils peuvent générer une rentabilité importante. C’est pourquoi je vous en parle, outre l’opportunité d’une étude récente dont on dispose.

Les investisseurs en capital sont parfois perçus « comme recherchant une rentabilité très élevée et rapide de leurs capitaux au détriment des autres parties prenantes, en particulier des salariés qui paieraient un lourd tribut lors de leurs interventions », explique Xavier Mahieu dans son article « Le private equity, acteur méconnu de la finance durable »*.

La réalité n’est pas aussi sombre, comme le montre une étude réalisée en 2011 par Novethic auprès de sociétés de capital investissement françaises (Pratiques ESG des investisseurs en capital). Elle révèle un intérêt croissant des investisseurs en capital pour l’Investissement Socialement Responsable (ISR). En voici aussi les principaux enseignements…

Un processus d’investissement responsable

Selon Novethic, « le nombre de sociétés de capital investissement ayant initié une réflexion pour intégrer des critères ESG à court terme dans leurs processus d’investissement confirme que ce type d’acteurs porte un intérêt croissant à l’intégration de critères ESG dans leurs activités ».

Un tiers des sociétés de gestion ont formalisé une politique ou une charte explicitant la façon dont elles prennent en compte des critères ESG dans leurs investissements, sur les 74 ayant répondu à l’enquête de Novethic. Près de la moitié des sociétés déclarent former leurs salariés à la prise en compte des enjeux ESG.

La gouvernance et les critères sociaux sont le plus systématiquement pris en compte par les investisseurs en capital. « Pour nombre de sociétés de capital investissement, l’évaluation ESG se limite encore aux enjeux de gouvernance. Ils sont en effet davantage pris en compte dans les analyses que les enjeux environnementaux et sociaux, ce qui n’est pas surprenant étant donné la relation de proximité des sociétés de gestion avec la direction des entreprises », explique Novethic.

Les principes pour l’Investissement Responsable

En France, trente et une sociétés de capital investissement ont signé les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI). Ce cadre mis en place sous l’égide des Nations Unies permet aux investisseurs d’intégrer des considérations environnementales, sociales et de gouvernance dans les processus d’investissement. Les PRI publient notamment un guide destinés aux investisseurs en capital : « Le capital investissement responsable : guide des investisseurs institutionnels » (source : UN PRI).

Ce guide détaille les rôles des investisseurs et des sociétés de capital investissement. L’investisseur a un rôle qualifié de passif : il délègue à la société la gestion de l’investissement et du risque. C’est pourquoi il doit s’assurer que la société de gestion « dispose des politiques, des systèmes et de l’expertise nécessaires pour intégrer les considérations ESG dans ses décisions d’investissement et de suivi ».

De son côté, Novethic souligne que les investisseurs « pourraient ainsi inciter les sociétés de capital investissement à aller plus loin dans leurs démarches ESG, via le suivi d’indicateurs de performance et la demande d’un reporting associé ».

Les pratiques d’exclusion

Les sociétés de capital investissement n’hésitent pas à exclure des secteurs d’activité. Cela les distingue des sociétés de gestion d’actif françaises qui pratiquent peu l’exclusion.

Les investisseurs en capitaux excluent en priorité des secteurs tels que la pornographie, l’armement, le tabac, les jeux de hasard et l’alcool. Ils rejettent massivement le travail des enfants et le travail forcé. Cela dit, la plupart des investissements sont réalisés en France ou en Europe où la législation est suffisamment forte sur ces sujets.

L’impact des enjeux ESG sur la décision d’investir

L’évaluation ESG peut avoir un impact sur la décision d’investir. Dans 45% des cas, elle peut même conduire à refuser d’investir dans une société et dans 12% des cas elle peut conduire à revoir un investissement à la baisse.
En revanche, l’impact financier ne peut pas encore être clairement mesuré, dans 83% des cas… Certaines sociétés observent un meilleur climat social au sein des entreprises en portefeuille. Celles qui effectuent des mesures notent des améliorations d’indicateurs tels que le taux de rotation des effectifs, le taux d’accidents et leur gravité, l’indépendance des administrateurs, les émissions de CO2.

Mieux gérer les risques

L’évaluation de critères ESG est souvent orientée vers la gestion du risque. Elle vise « la prévention des risques importants ou de conformité vis-à-vis, soit des exigences réglementaires », souligne Novethic.
La meilleure gestion du risque est une motivation citée par 64% des sociétés interrogées. Viennent ensuite la volonté de répondre aux exigences des investisseurs (51%), le souci de réduire le risque de réputation de la société de gestion (46%) et d’améliorer la valorisation des participations (43%).

Les sociétés de capital investissement françaises sont regroupées au sein de l’AFIC (Association Française d’Investissement en Capital). L’AFIC compte 280 membres actifs, qui sont des sociétés de gestion et 200 membres associés, qui sont les professions parties prenantes à l’exercice du métier : conseils, auditeurs, intermédiaires financiers, banques, etc.

En France, les professionnels du capital investissement gèrent près de 80 milliards d’euros, selon l’AFIC.
L’AFIC regroupe les professionnels du développement durable dans le Club développement durable ou le club cleantech, réunissant des investisseurs impliqués notamment dans les énergies renouvelables.

* in La Finance durable, sous la direction de Pascal Grandin et Dhafer Saïdane.

Grands Prix de la Finance solidaire 2011

Lundi 7 novembre 2011

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Jeudi dernier je me suis rendu à cérémonie de remise des Grands Prix de la Finance responsable, dans les locaux du journal Le Monde.

Arrivé en avance, je me suis installé dans un café voisin, pour me préparer tranquillement. Mais à peine assis, une manifestation de pompiers passa sur le boulevard Blanqui avec ses fumigènes et ses pétards. Certains décidèrent de s’arrêter pour boire un coup. En moins de dix minutes le café est littéralement rempli par des dizaines de pompiers en tenue, bien décidés à refaire le monde.

Une demi-heure plus tard, après cette démonstration de solidarité bruyante et conviviale, je me retrouve dans le hall du Monde. Derrière l’immense baie vitrée, après avoir passé le portique de sécurité, j’entre dans le petit monde de la finance solidaire. Je dis “petit” parce que, comparé à la finance classique, la finance solidaire fait figure de goutte d’eau dans l’océan.

C’est un petit monde, car je reconnais deux personnes que j’ai déjà croisées lors de précédentes interviews. J’y reconnais aussi Claude Alphandéry, le président des Grand prix de la finance solidaire, un des pionniers, déjà vu lors d’une conférence sur la nouvelle finance, mais aussi François de Witt, président de Finansol, qui attribue les labels de l’épargne solidaire.

Petit monde, je disais. Mais la finance solidaire est ouverte sur l’extérieure, ouverte aux idées nouvelles. Et elle est en croissance. De plus, elle est créatrice d’emploi.

C’est ce que l’on nous rappelle au lancement de la cérémonie. Crise de l’euro, G20, manifestations d’indignés (et de pompiers) : face à tout cela, la finance solidaire pourrait bien être un instrument (parmi d’autres) de la sortie de crise. Les acteurs présents ce soir-là en sont convaincus.

Le jury nous dévoile les cinq lauréats de ce deuxième Grand Prix. L’an dernier, seuls quatre projets avaient été récompensés. Cette année, un prix “solidarité internationale” est apparu. Sur une centaine de dossiers candidat, vingt-huit projets étaient nominés.

Les Grands Prix de la Finance solidaire 2 011 sont co-organisés par Le Monde Argent et Finansol, avec le soutien de la Fondation Crédit Coopératif, France Active et la Carac et en partenariat avec France Info et Public Sénat.

“Solidarité internationale”: Cocovico, coopérative de femmes en Côte-d’Ivoire

Le projet Cocovico est intéressant pour différentes raisons. Cocovico est un immense marché couvert qui accueille chaque jour de 3000 à 5000 commerçants, à Abidjan. Ce sont principalement des femmes qui vendent des fruits, des légumes, du poisson et autres produits alimentaires.

Rosalie Botti, la présidente de Cocovico, vêtue d’un boubou aux couleurs de la Côte d’Ivoire, a reçu le Grand Prix de la “solidarité internationale”.

Lancé en 1995, le projet a nécessité des constructions en dur. Il a donc fallu trouver un financement (plus d’un million d’euros). C’est alors qu’est intervenu Oikocrédit, un investissement solidaire qui finance des projets dans les pays du sud.

Le projet Cocovico a rencontré beaucoup de difficultés au cours de son développement, à commencer par la guerre civile en Côte d’Ivoire. Mais, même dans ces circonstances, le marché est resté ouvert, épargné par les belligérants. Les tracasseries administratives et la difficulté de trouver un financement n’ont pas manqué non plus pour Madame Botti et les 200 femmes qui portent ce projet.

Un des aspects intéressants de ce projet est qu’il est reproductible ailleurs. Dans certaines régions, ce n’est pas les producteurs de denrées alimentaires qui manquent, mais les commerçants pour les vendre.

Enfin, Cocovico est un projet global qui ne se limite pas à un marché : des logements vont bientôt surgir tout autour.

“Coup de cœur du jury”: Adage, insertion de femmes fragilisées

L’association Adage (association d’Accompagnement Global contre l’Exclusion) obtient le prix “Coup de cœur du jury”.

Elle accompagne des publics fragilisés, principalement des femmes. Sa mission va au-delà de l’insertion professionnelle. Les personnes concernées cumulent plusieurs difficultés : emploi, logement, isolement, et quelquefois analphabétisme.

L’association, située dans le XVIIIe arrondissement de Paris, a mis en place un chantier d’insertion avec l’hôpital Bichât à Paris. Elle a créé quinze emplois d’auxiliaires puéricultrices et d’aides-soignantes.

Adage a bénéficié d’un financement auprès de France Active et de La Nef.

“Moins de 10 salariés”: les doigts qui rêvent, des livres pour enfants malvoyants

finance_solidaireLes doigts qui rêvent a reçu le prix des groupes de moins de 10 salariés. Cette association édite des albums tactiles illustrés accessibles aux enfants déficients visuels.

Ce travail artisanal très spécialisé est réalisé par des personnes en insertion. Ces livres tactiles trouvent leur public puisque 30 000 albums ont déjà été vendus depuis 1994.

Ce projet est financé notamment par la MAIF grâce à un Livret d’épargne solidaire, le Livret épargne autrement. Les financement publics sont en baisse. L’association s’autofinance grâce aux ventes de livres.

De 10 à 50 salariés: Terre de liens installe des paysans bio

L’association Terre de Liens a remporté le Grand Prix de 10 à 50 salariés.

Ce placement solidaire, dont nous avons déjà parlé, a pour but d’acheter des terres agricoles pour les louer à des paysans qui pratiquent l’agriculture biologique.

Le projet crée du lien: en finançant des paysans, l’urbain manifeste sa solidarité avec les campagnes. Pour financer Terre de lien, l’épargnant acquiert une action. La foncière compte aujourd’hui 7 000 actionnaires.

Terre de Liens est une association qui accompagne les exploitants agricoles. C’est une foncière qui acquiert des terres. Et c’est un fonds que l’on peut soutenir en faisant un don.

Plus de 50 salariés : le Groupe Archer insère des personnes dans la Drôme

Le Groupe Archer forme et accompagne des personnes en recherche d’emploi. Il développe son activité dans plusieurs domaines: fabrication locale de chaussures éthiques, services à la personne, services aux collectivités et association comme la distribution du courrier et l’entretien des espaces verts.

Avec ses chaussures “made in Romans”, le Groupe Archer fait le pari qu’on peut fabriquer en France. Il privilégie des matières premières locales, des stylistes, modélistes et techniciens, tous anciens salariés des grandes marques romanaises, explique l’entreprise sur son site.

Le groupe est financé par France Active et Garrigue.

photos: épargne sans frontière, Maif,

Les agences de notation sociétale renseignent les investisseurs engagés dans l’ISR

Mercredi 3 août 2011

Depuis la crise financière, le grand public a beaucoup entendu parler des agences de notation financière. Elles ont été montrées du doigt lors de la crise des subprimes, accusées d’avoir sous estimé le risque*. Elles sont, aujourd’hui encore, sur le devant de la scène, à l’occasion de la crise de la dette en Europe. L’actualité est rythmée par leurs décisions d’abaisser la note de tel ou tel pays trop endetté.

C’est dans ce contexte que se sont développées, principalement depuis les années 1980, des agences de notation d’un autre genre : les agences de notation sociétale. On les appelle aussi des agences de notation extra financière.

Il convient de bien distinguer ces agences de notation sociétale des agences de notation financière. Les agences de notation financière évaluent la capacité d’un emprunteur à rembourser sa dette. Les agences de notation sociétale évaluent la performance des entreprises dans les domaines sociaux, environnementaux et de gouvernance.

Un jugement global sur les entreprises

Ainsi, les agences de notation sociétale évaluent les entreprises (ou, pour certaines, les Etats) à l’aide de critères qui mesurent leur impact sociétal.

« A partir de l’exploitation des informations sociales, environnementales et du gouvernement d’entreprise, l’analyse sociétale vise à appréhender la réalité d’une entreprise à partir des données qu’elle communique et les informations révélées par d’autres parties prenantes (les ONG, les médias, etc.). Elle permet ainsi de porter un jugement global sur la situation de l’entreprise analysée. »

(source: Le guide des organismes d’analyse sociale et environnementale, publié par l’Observatoire sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (Orse)).

Notation déclarative ou sollicitée

Ces informations sont destinées aux investisseurs engagés dans une démarche d’Investissement Socialement Responsable (ISR). Plus rarement, ce sont les entreprises elles-mêmes qui demandent à être notées  : c’est ce qu’on appelle une notation sollicitée, par opposition à la notation dite déclarative.

Des approches variées

Les agences de notation sociétale ont développées différentes approches :

  • approche d’évitement : elle consiste à exclure de l’investissement certains secteurs : le tabac, l’armement, l’alcool, la pornographie, le nucléaire, etc.
  • approche de performance : elle se réalise par une sélection de critères positifs pour évaluer les performances sociales et environnementales des entreprises.
  • approche « risques et opportunités »: elle fournit à l’investisseur une vue globale sur les risques et opportunités d’une entreprise.

Les agences de notation sociétale en France

Il existe une trentaine d’agences d’analyse sociétale dans le monde. En France, on en distingue principalement quatre :

Vigeo : cette société fondée en 2002 par Nicole Notat, est un des leaders européens avec un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros (source: rapport annuel 2010). Elle réalise des notations d’entreprise et d’organisations mais aussi d’États. Elle est basée à Paris, Bruxelle, Milan et Casablanca. Vigeo exerce aussi une activité de conseil auprès des entreprises.

BMJ Ratings : cette société, fondée en 1993, intervient principalement en mode sollicité, c’est-à-dire à la demande des entreprises ou des collectivités territoriales.

Ethifinance : créée en 2003, cette agence de notation extra financière intervient principalement auprès des PME. Elle a notamment développé le Gaia index, une base de données extra financières dédiée aux valeurs moyennes.

Innovest France : la société américaine Innovest a ouvert une entité en France.

Les agences en débat

Dans la tourmente de la crise financière, les agences de notation financière n’ont pas été épargnées par les critiques. Les agences de notation sociétale ont aussi eu droit à quelques débats houleux. Au sein du monde des investisseurs, des critiques se sont faites entendre, comme nous le rapportions il y a quelques mois.

Certains reprochent notamment aux agences de notation sociétale de trop se reposer sur des déclaration des entreprises et de ne pas faire suffisamment de visites sur le terrain.

Dans un contexte économique difficile, les agences de notations sociétales misent sur l’essor de l’ISR pour se développer. « Le salut de la notation viendra du développement du marché de l’ISR, développement qu’accompagnera le renforcement législatif, notamment avec l’obligation du reporting extrafinancier », estime un responsable du Forum pour l’investissement responsable (FIR) (source: Les Echos, article en accès payant).

* à lire: l’article « Agences de notation » dans Les 100 mots de la crise financière, de Bertrand Jacquillat et Vivien Levy-Garboua (Puf, collection « Que sais-je? »).

Copyrights : Adnan Yahya sur Flickr

L’engagement actionnarial dans une stratégie ISR (2/2)

Mercredi 13 juillet 2011

Quels sont les objectifs de l’engagement actionnarial ? Quels sont les moyens mis en place par les investisseurs et les sociétés de gestion dans leur dialogue avec les entreprises ? C’est ce que nous verrons dans ce billet qui prolonge le précédent où nous avons défini l’engagement actionnarial.

Les objectifs de l’engagement actionnarial

L’engagement actionnarial peut répondre à différents objectifs, comme l’indique une étude du centre de recherche Novethic*:

1 – Optimiser la valeur

L’engagement actionnarial peut être un moyen, pour l’investisseur, de mieux maîtriser l’évolution de son investissement. Il s’applique aux entreprises sous performantes financièrement et les incite à des améliorations de leur gouvernance ou leurs pratiques environnementales ou sociales.

2 – Réduire le risque de réputation

On connaît le risque lié à une campagne médiatique négative. Les investisseurs sont sensibles à ce sujet: ils évitent d’investir dans des entreprises soumises au risque de réputation. L’engagement permet d’identifier ce risque et d’inciter les entreprises à améliorer leurs pratiques.

3 – L’engagement militant

Certains investisseurs mettent l’accent sur un thème particulier : défense des droits humains, protection de l’environnement, réduction de la pauvreté, etc. Pour eux, l’engagement actionnarial est un moyen d’agir dans ces domaines. L’ « engagement dans une optique militante est plutôt l’apanage des ONG et associations », souligne Novethic.

Les moyens de l’engagement

  • Dialogue avec l’entreprise

La démarche d’engagement suppose le dialogue avec l’entreprise. Des rencontres avec les dirigeants donnent lieu à des demandes concrètes. Le dialogue se poursuit sur le long terme, ce qui permet de mesurer les progrès accomplis.

Dans cet esprit de dialogue, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a lancé en 2010 un outil de dialogue avec les entreprises sur les questions de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : CorDial pour « Corporate Dialogue ».

Le FIR rassemble des acteurs de la chaine de valeur de l’ISR. La plateforme CorDial a pour but l’amélioration des pratiques RSE.

  • Droit de vote

Les Assemblées générales permettent aux actionnaire d’exercer leur droit de vote. L’AMF (Autorité des marchés financiers) observe une « montée en puissance des actionnaires ». L’exercice du droit de vote est un moyen direct de mettre en œuvre l’engagement de l’actionnaire.

  • Transparence

Les sociétés de gestion publient leur politique d’engagement, ce qui clarifie les rapports avec les entreprises. Par exemple, la société de gestion Meeshaert publie sa politique d’engagement actionnarial et le détail de ses votes pour chaque assemblée générale.

La réglementation prévoit que les sociétés de gestion « rendent compte de leurs pratiques en matière d’exercice des droits de vote dans des conditions fixées par le règlement général de l’Autorité des marchés financiers ». (Code monétaire et financier, article 533-22, 12 avril 2007)

  • Question en Assemblée générale

Poser une question (écrite ou orale) en Assemblée générale est une possibilité offerte à tous les actionnaires. L’entreprise garde le droit de sélectionner les questions si elles sont trop nombreuses.

  • Résolution

Déposer une résolution et la soumettre au vote des actionnaires est une procédure plus complexe.

« Selon l’article L.225-105 du Code de commerce, les actionnaires représentant 5% du capital de l’entreprise ont le droit de demander l’inscription de projets de résolutions à l’ordre du jour de l’assemblée générale des sociétés dont le capital est inférieur à 750 000 euros. Au-delà, le seuil est dégressif en fonction du capital de l’entreprise et s’établit à 0,5% du capital pour les plus grandes capitalisations boursières françaises. Une fois portées à l’ordre du jour, ces résolutions sont soumises au vote des actionnaires et le résultat des votes est contraignant. »

Le dépôt de résolution est plus courant aux États-Unis qu’en France car le seuil de dépôt est plus bas. En revanche, aux États-Unis ces résolutions sont seulement consultatives.

  • Désinvestissement

Le désinvestissement est la mesure ultime de l’engagement actionnarial. Si les autres démarches ont échoué, l’investisseur peut revendre ses actions, de façon plus ou moins provisoire et en communiquant sur ce choix.

* Ces données sont tirées de l’étude « Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse » réalisée en 2011 par Dominique Blanc, Aela Cozic et Samer Hobeika, du centre de recherche ISR de Novethic.*

Crédits photos : par Otto Phokus sur Flickr

Le microcrédit en France : petit état des lieux

Lundi 16 mai 2011

Quand Djena, jeune femme de Montfermeil (Seine Saint-Denis), a voulu ouvrir sa boutique d’onglerie, les financements étaient difficiles à trouver. Une amie l’a alors mise en contact avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique). L’organisme de microcrédit lui a permis d’emprunter et de démarrer son entreprise.

A l’image de cette jeune femme, des milliers de personnes ont recours au microcrédit chaque année en France. C’est ce que nous indique le baromètre 2011 de la microfinance, publié à l’occasion du forum Convergences 2015, qui s’est déroulé début mai.

Le microcrédit est encore récent en France. Il commence à être mieux connu : 80% des Français en ont déjà entendu parlé (contre 71% en 2010), selon un sondage réalisé à l’occasion du forum Convergences 2015.

Le baromètre de la microfinance relève trois sortes de microcrédits pratiqués en France :

1 – Le microcrédit personnel

Ce type de microcrédit est un prêt destiné à l’acquisition d’un bien de consommation ou d’une formation dans le but d’améliorer les conditions de vie ou de travail des emprunteurs. On l’appelle aussi microcrédit social (ou à la consommation).

Le nombre de microcrédits personnels s’élève à 7 884 en 2010 (contre 457 en 2006). Le montant total des microcrédits personnels est de 17,4 millions d’euros, soit 2200 euros en moyenne par prêt.

Ces prêts sont utilisés principalement pour l’emploi et la mobilité (71%), le logement (13%) ou l’éducation et la formation (5%).

(source : Caisse des Dépôts, Bilan du microcrédit personnel, 2010, via le Baromètre de la microfinance).

2 – Le microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel est un prêt destiné à financer une activité économique.

En France, on en distingue deux types :

  • Le microcrédit bancaire est octroyé par des établissements bancaires, pour un montant inférieur à 25 000 euros.
  • Le microcrédit associatif est octroyé par des associations agréees à des chômeurs, titulaires de minimas sociaux et créateurs d’entreprise de moins de trois salariés. Ces prêts sont limités à 10 000 euros.

Le nombre de microcrédits professionnels se monte à 14 249 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009 (contre 7 713 microcrédits pour un montant de 21,8 millions d’euros en 2006).

Le montant moyen des prêts est resté stable à 3000 euros en moyenne.

(source : rapport Inspection Générale des Finances et Baromètre de la microfinance)

3 – Le microcrédit professionnel garanti par le Fonds de Cohésion Sociale (FCS)

Ces crédits professionnels sont garantis par le Fonds de cohésion sociale, via l’association France Active.

Le FCS est géré par la Caisse des Dépôts. Il est basé sur une régulation forte. Les emprunteurs sont accompagnés pour s’assurer que le microcrédit personnel est bien adapté à sa situation. Les établissements financiers agréés par le FCS bénéficient d’une garantie à hauteur de 50% sur la sinistralité constatée.

Plus de 3800 microcrédits ont été réalisés en 2010 par le réseau France Active pour un montant total de 113,6 millions d’euros.

De plus, 13 841 prêts à taux zéro ont été accordés dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise) pour un montant total de 77,9 millions d’euros, en 2010 (contre 8384 prêts Nacre en 2009, pour un montant de 45,4 millions d’euros). (source: Baromètre de la microfinance)

Convergences 2015 : les projets solidaires primés

Jeudi 5 mai 2011

Convergences 2015 est un forum de réflexion destiné à établir des convergences entre acteurs publics, privés et solidaires. Il a pour but de promouvoir une économie tournée vers un plus grand impact social.

Le Forum Convergences 2015 s’est déroulé du 3 au 5 mai à l’Hôtel de Ville de Paris. Lancé en 2008, il réunit des acteurs de l’économie sociale et solidaire autour de débats, en partenariat avec le journal Le Monde. A cette occasion a été remis le prix Convergences 2015. Six projets étaient nominés : trois concernaient la France et trois autres l’international.

Les prix ont été remis à  :

  • Pesinet,qui détecte et guérit les maladies infantiles au Mali
  • Crésus, qui lutte contre le sur-endettement des ménages en France.

Pesinet : guérir les maladies infantiles au Mali

L’association Pesinet a lancé en 2010 un programme pour détecter et guérir les pathologies infantiles à Bamako, au Mali, en partenariat avec le ministère de la Santé. Le suivi concerne 390 enfants.

Une fois par semaine, des agents de santé visitent les familles des enfants concernés. Celles-ci s’engagent à payer chaque mois un abonnement à faible coût. Le service est intégré à l’environnement sanitaire local et géré par des personnes recrutées sur place.

Crésus: lutter contre le surendettement

L’association Crésus (Chambre Régionale du Surendettement Social) s’attaque au surendettement des ménages par la prévention.

Crésus repère et accompagne des personnes en voie de surendettement. En partenariat avec des banques, elle prend contact avec ces personnes, analyse leur budget et les accompagne pour éventuellement rééchelonner des crédits. Il y aurait 783 000 ménages surendettés en France, selon Crésus.

Crésus est un réseau d’associations situées dans 14 régions françaises. La première association est née en Alsace il y a près de 17 ans.

Les autres projets nominés :

Emmaüs défi : la téléphonie solidaire

Emmaüs est parti de ce constat : le téléphone mobile est devenu une nécessité et il coûte cher aux personnes les plus démunies. Ce projet fournit des cartes de téléphone mobile à des personnes en grande précarité, au tarif de 5 euros de l’heure. Ce projet expérimenté depuis 2009 bénéficie à 500 personnes. Il est réalisé en association avec la société SFR.

Jardin de la voie romaine

Ce projet fait partie du réseau Cocagne, dont nous avons déjà parlé. C’est un chantier d’insertion par le maraîchage biologique, situé dans la Beauce. Il bénéficie du soutien de l’entreprise Vinci qui met à disposition des terres inexploitées en bordure d’autoroute. Le chantier emploie des personnes en situation de précarité qui cultivent et commercialisent des légumes biologiques.

Geres : isoler des habitats himalayens

Le Geres (Groupe Énergies Renouvelables Environnement et Solidarité) et le cabinet ENA consulting ont lancé un projet pour améliorer l’isolation d’habitats dans l’Himalaya indien. Un millier de bâtiments doivent être isolés grâce à des techniques solaires. Les travaux seront financés grâce aux crédits carbone dégagés par le projet.

PlaNet Finance : productrices de karité au Ghana

L’ONG PlaNet finance a lancé un projet pour aider des productrices de karité au Ghana, où près de 600 000 femmes participent à la récolte et à la production. Il s’agit d’aider 3000 femmes grâce au microcrédit, la formation et les technologies de l’information.

La nouvelle finance en débat à l’Université de la Terre

Mercredi 6 avril 2011

Logo Universite de la terreUne salle enthousiaste. Des orateurs acclamés. On a peine à croire que le sujet dont il est question est la finance. Pourtant, c’est bien l’ambiance, un peu exaltée, qui régnait à l’Université de la Terre*, lors du débat « La nouvelle finance au service de la nouvelle société », le 2 avril dernier, à l’Unesco.

Les cinq intervenants étaient :

Un autre modèle industriel

Nous avons déjà parlé de Stanislas Dupré sur ce blog, à propos du poids carbone de l’épargne. C’est lui qui conduisait la discussion.

Il a posé le débat en ces termes : nos sociétés doivent d’urgence se convertir à un autre modèle industriel et à d’autres sources d‘énergies moins polluantes. Les banques auront un rôle à jouer car se sont elles qui financent les projets.

Grande régression

Jacques Généreux a adopté un autre point de vue. Il estime que nous vivons une période de grande régression. Il met en cause une situation où le pouvoir est détenu par ceux qui possèdent le capital.

Quand on lui parle de finance solidaire ou d’investissement socialement responsable, il acquiesce, à condition que cette nouvelle finance ne soit pas seulement une niche à côté de la finance classique. Il faut au contraire changer l’orientation de toute la finance. Avoir d’un côté une finance socialement responsable et de l’autre laisser se développer une finance qui ne l’est pas n’a aucun sens.

Économie sociale et solidaire

Claude Alphandéry est fondateur de France active, qui aide des projets d’insertion, tels que les Jardins de Cocagne. C’est un acteur historique de la finance solidaire en France. Cet ancien résistant a cité le programme du conseil national de la Résistance.

Il a expliqué le mécanisme de l’épargne solidaire, dans lequel les banques contribuent, par exemple, au financement d’actions d’insertion.

ESS, Brogniart et Bastille

Jean-Louis Bancel a insisté aussi sur le rôle de l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce fut d’ailleurs la conclusion des débats, apportée par un autre intervenant: “l’ESS sera la Bastille de 2012″ (publié sur Twitter par le Crédit Coopératif, avec une variante: “Brogniart sera la Bastille de 2011 pour l’ESS”)

Pour Jean-Louis Bancel, le marché ne se régule pas de lui-même. Il a plaidé pour la transparence dans le domaine financier. Il conseille aux épargnants de demander à leur banquier où est investi leur argent. Plus généralement, il pense que l’opinion publique a un rôle important à jouer pour obtenir cette transparence.

Finance, transparence et démocratie

Stanislas Dupré est favorable à plus de démocratie dans le fonctionnement des banques. Il voit notamment d’un bon œil le projet Finance Watch, lancé par des députés européens. Finance Watch est un appel à la société civile pour qu’elle créer une organisation non-gouvernementale qui observerait les activités menées sur les marchés financiers par les banques, les compagnies d’assurance, les hedge funds, etc.

Finance participative

Jean-Christophe Capelli est un entrepreneur du Web.  Sa société, Friensclear, est un site de finance participative (ou crowd funding) dédié au financement d’entrepreneurs français. Concrètement, il met en relation des entrepreneurs et des investisseurs (voir un exemple : le crowd funding pour la mode).

Jean-Christophe Capelli a présenté d’autres outils de finance participative : Kiva et Babyloan.

Il a aussi évoqué les échanges d’argent sur téléphone mobile qui permettent des initiatives dans des pays en développement.

* L’université de la Terre a été créée à l’initiative de François Lemarchand, Président de la Fondation Nature & Découvertes. elle a été inaugurée en novembre 2005 à l’Unesco.

La finance responsable : un domaine féminin?

Mercredi 30 mars 2011

La finance responsable serait-elle un domaine plus féminin que d’autres secteurs? C’est la question que pose Yannick Roudault, auteur du livre l’Alter entreprise. Il remarque notamment que les pionniers de l’ISR et de la finance responsable, sont presque systématiquement des pionnières.

On peut donc s’interroger sur cette spécificité. Mais l’interrogation peut s’inverser : pourquoi les inégalités entre hommes et femmes perdurent-elles dans d’autres domaines?

Les pionnières de l’investissement responsable

En reprenant la (brève) histoire de l’investissement responsable en France, on relève quelques noms que nous avons déjà évoqués.

  • Sœur Nicole Reille est considérée comme la pionnière. Elle a créé, en 1983, le premier fonds d’investissement éthique français.
  • Geneviève Ferone a fondé, en 1997, la première agence de notation extra financière, Arese.
  • Nicole Notat a fondé l’agence de notation Vigeo qui reprend Arese.
  • Anne-Catherine Husson Traoré dirige Novethic, centre de recherche sur l’Investissement socialement responsable.
  • On peut également évoquer le nom de Maria Nowak, fondatrice en 1989 de l’Adie, association de microcrédit française (lire notre article).

« Un domaine qui offre peu de reconnaissance »

La finance responsable serait-elle un domaine féminin? On peut s’interroger. Trois types de questionnement peuvent être d’ailleurs soulevés et sont développées par Yannick Roudault dans l’article que nous citons.

Tout d’abord, les femmes seraient-elles plus préoccupées du sort que nous réservons à nos enfants? La finance responsable nous invite à réfléchir sur le temps long, au-delà du cour-termisme ambiant.

La question de l’engagement est une autre raison invoquée. La finance responsable est avant tout affaire de conviction personnelle.

Enfin, on peut se demander si ce n’est pas le caractère novateur de la finance durable qui l’aurait destiné aux femmes. « C’est un domaine qui offre peu de reconnaissance. C’est un sujet nouveau, alternatif, auxiliaire. La montée en puissance de l’approche globale propre à l’ISR et à la RSE est bien réelle, mais peu d’hommes en mesurent le potentiel. Ce n’est pas encore un sujet régalien», analyse Geneviève Ferone.

Inégalités entre hommes et femmes persistantes

La finance responsable est-elle un domaine féminin? Faute d’une étude sur le sujet, la question ne saurait être tranchée. On peut, en revanche, renverser le questionnement : la prédominance des femmes dans ce secteur ne met-elle pas en lumière leur sous représentation dans d’autres secteurs? N’est-elle pas l’exception qui confirme la règle?

En effet, les inégalités entre les hommes et les femmes persistent, comme le note l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse).

Au plus haut niveau des entreprises, les femmes sont très peu présentes. Elles ne sont que 6,8% dans les Comités exécutifs et les Comités de direction et 8,8% dans les Conseils d’administration. (d’après Novethic) Dans les entreprises du CAC 40, la part des femmes s’établit à 30,9% et leur part dans l’encadrement s’élève à 25,7%.

Vers des quotas de femmes dans les conseils d’administration

En janvier dernier, le Parlement a adopté un texte ouvrant une plus large place aux femmes dans les Conseils d’administration. Le texte instaure des quotas qui entreront en vigueur par étapes: 20% de femmes minimum dans les conseils d’administration des entreprises, établissements publics à caractères administratif, industriels et commerciaux d’ici janvier 2014, et 40% d’ici janvier 2017 (source: Nouvel Observateur et Assemblée nationale).

De plus, ces dernières années, des accords d’entreprise et des accords de branche ont été signés.

Cependant, l’inégalité entre les femmes et les hommes ne régresse pas, notent des experts.
Selon Daniel Lebègue, président de l’Orse : « Nous n’avons pas progressé depuis 5 ans. On plafonne à 9% de femmes dans les conseils d’administration, tandis que la Norvège s’est fixé un objectif de 40% de femmes au sein de ces instances d’ici 5 ans. S’il faut faire appel à une loi pour y parvenir, nous la soutiendrons, même si nous n’y étions pas favorables au départ ».

Certains secteurs, comme la banque, n’affichent pas les meilleures performances en matière d’égalité homme femme. « En cause : les stéréotypes, qui restent aujourd’hui encore tenaces. « Les choses n’avancent pas ! » constate Elisabeth Karako, responsable diversité BNP/Paribas. « Il ne suffit pas de mettre en place des actions ou des injonctions, il faut travailler sur les stéréotypes et les représentations pour que les gens soient convaincus et donnent du sens à l’égalité F/H ». (source: Novethic)

Certaines entreprises affichent un quota : la Société Générale par exemple, s’est ainsi fixé un objectif de 42% de femmes dans l’effectif total de cadres, selon Novethic.

Qui sont les clients de l’ISR en France?

Mardi 15 mars 2011

Les investisseurs institutionnels sont traditionnellement les clients de l’ISR (Investissement socialement responsable). Pour autant, il ne faudrait pas négliger le poids des particuliers. Leurs investissements ont grimpé de 70% l’an dernier en France, selon une étude de Novethic sur l’ISR. Ils représentent 30% des 51 milliards investis dans l’ISR en France.

Un marché en forte croissance

Globalement, le marché de l’ISR est en forte croissance en France. Entre 2008 et 2009, ce marché est passé de 30 milliards d’euros à près de 51 milliards d’euros, soit une croissance de +70%. La progression avait été de 37% en 2008 et de 30% en 2007.

La part des particuliers en hausse

La part des particuliers augmente sensiblement. « Portée à la fois par la gestion collective et l’épargne salariale, la part de la clientèle de particuliers passe d’un quart à fin 2008 à un petit tiers à fin 2009. Les efforts des assureurs pour mettre en avant des offres d’assurance vie, placement privilégié des particuliers français, adossées à des supports ISR, ont sans doute contribué à cette croissance », explique Novethic.

Essor de l’épargne salariale

L’épargne salariale ISR connaît un véritable essor et voit ses encours presque doubler (+96%) entre 2008 et 2009, passant ainsi de 3,3 à 6,5 milliards d’euros. En comparaison, l’épargne salariale globale diversifiée a augmenté de 21% en 2009.

L’épargne salariale a notamment profité de l’obligation faite aux entreprises, depuis le 1er janvier 2010, de proposer au moins un fonds solidaire dans ses plans d’épargne.  (source: Novethic).

L’engagement des investisseurs institutionnels

La gestion ISR a été adoptée par des investisseurs institutionnels. Voici comment ils se répartissent:

  • Fonds publics: 25%
  • Caisses de retraite et de prévoyance, fonds de pension privée: 24%
  • Compagnies d’assurance privées: 16%
  • Entreprises: 13%
  • Sociétés d’assurance mutuelles: 12%
  • Fondations, organisations caritatives et religieuses, associations et ONG: 3%

Citons, en particulier, l’ERAFP (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) qui investit 100% de ses fonds en ISR. L’ERAFP revendique cette approche « tout ISR »: « A quoi sert-il d’investir dans un fonds d’énergies renouvelables si le reste du portefeuille actions est pondéré sur le secteur pétrolier? A quoi sert-il de critiquer une entreprise pour sa collaboration avec un Etat totalitaire si les obligations de cet Etat figurent dans votre portefeuille? », explique Philippe Desfossé, président de l’ERAFP (cité dans Investir « responsable », de Philippe Zaouati).

Dans son étude, Novethic désigne les sept acteurs français les plus impliqués à ce jour dans l’ISR: le groupe Agrica, BNP Paribas Assurance, la Caisse des Dépôts (CDC), l’Établissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP), le Fonds de Réserve pour lesRetraites (FRR), la MAIF et l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances (ANCV).

Les produits ISR restent méconnus

Même si le marché de l’ISR est en croissance, il est relativement restreint. De fait, les Français connaissent peu l’ISR. Seuls 4% sont capables de nommer et décrire un produit ISR, selon une enquête menée en octobre 2010*. Le manque d’information sur le sujet est crucial.

Néanmoins, les Français sont sensibles aux enjeux sociaux et environnementaux de l’Investissement socialement responsable. Protéger les Droits de l’Homme, protéger l’environnement, sont les priorités à privilégier selon cette étude.

La même étude a été réalisée au Royaume Uni. « Les attitudes des consommateurs français vis-à-vis de l’ISR sont assez similaires à celles des consommateurs britanniques. Au Royaume Uni, une plus importante priorité est certes donnée aux enjeux dit éthiques tels que l’exclusion des fabricants d’armes (61% au Royaume Uni comparé à 36% en France) ou le tabac (37% comparé à 31%) mais les enjeux de développement durable, qu’ils soient d’ordre social ou environnemental, restent la priorité essentielle aussi bien en France qu’au Royaume Uni. », estime Marion de Marcillac, responsable clientèle du bureau français d’EIRIS.

* enquête « La perception de l’ISR par les français », Ipsos pour Eiris. Eiris se définit comme une agence de recherche internationale sur la performance sociale, environnementale, éthique et de gouvernance des entreprises.