Vous connaissez sans doute le capital investissement (ou private equity) ? Si non, pour vous remettre à jour, sachez qu’il consiste à prendre des participations dans le capital de petites et moyennes entreprises, généralement non cotées. Ces investissements risqués et nécessitant un temps de placement long sont à suivre : ils peuvent générer une rentabilité importante. C’est pourquoi je vous en parle, outre l’opportunité d’une étude récente dont on dispose.
Les investisseurs en capital sont parfois perçus « comme recherchant une rentabilité très élevée et rapide de leurs capitaux au détriment des autres parties prenantes, en particulier des salariés qui paieraient un lourd tribut lors de leurs interventions », explique Xavier Mahieu dans son article « Le private equity, acteur méconnu de la finance durable »*.
La réalité n’est pas aussi sombre, comme le montre une étude réalisée en 2011 par Novethic auprès de sociétés de capital investissement françaises (Pratiques ESG des investisseurs en capital). Elle révèle un intérêt croissant des investisseurs en capital pour l’Investissement Socialement Responsable (ISR). En voici aussi les principaux enseignements…
Un processus d’investissement responsable
Selon Novethic, « le nombre de sociétés de capital investissement ayant initié une réflexion pour intégrer des critères ESG à court terme dans leurs processus d’investissement confirme que ce type d’acteurs porte un intérêt croissant à l’intégration de critères ESG dans leurs activités ».
Un tiers des sociétés de gestion ont formalisé une politique ou une charte explicitant la façon dont elles prennent en compte des critères ESG dans leurs investissements, sur les 74 ayant répondu à l’enquête de Novethic. Près de la moitié des sociétés déclarent former leurs salariés à la prise en compte des enjeux ESG.
La gouvernance et les critères sociaux sont le plus systématiquement pris en compte par les investisseurs en capital. « Pour nombre de sociétés de capital investissement, l’évaluation ESG se limite encore aux enjeux de gouvernance. Ils sont en effet davantage pris en compte dans les analyses que les enjeux environnementaux et sociaux, ce qui n’est pas surprenant étant donné la relation de proximité des sociétés de gestion avec la direction des entreprises », explique Novethic.
Les principes pour l’Investissement Responsable
En France, trente et une sociétés de capital investissement ont signé les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI). Ce cadre mis en place sous l’égide des Nations Unies permet aux investisseurs d’intégrer des considérations environnementales, sociales et de gouvernance dans les processus d’investissement. Les PRI publient notamment un guide destinés aux investisseurs en capital : « Le capital investissement responsable : guide des investisseurs institutionnels » (source : UN PRI).
Ce guide détaille les rôles des investisseurs et des sociétés de capital investissement. L’investisseur a un rôle qualifié de passif : il délègue à la société la gestion de l’investissement et du risque. C’est pourquoi il doit s’assurer que la société de gestion « dispose des politiques, des systèmes et de l’expertise nécessaires pour intégrer les considérations ESG dans ses décisions d’investissement et de suivi ».
De son côté, Novethic souligne que les investisseurs « pourraient ainsi inciter les sociétés de capital investissement à aller plus loin dans leurs démarches ESG, via le suivi d’indicateurs de performance et la demande d’un reporting associé ».
Les pratiques d’exclusion
Les sociétés de capital investissement n’hésitent pas à exclure des secteurs d’activité. Cela les distingue des sociétés de gestion d’actif françaises qui pratiquent peu l’exclusion.
Les investisseurs en capitaux excluent en priorité des secteurs tels que la pornographie, l’armement, le tabac, les jeux de hasard et l’alcool. Ils rejettent massivement le travail des enfants et le travail forcé. Cela dit, la plupart des investissements sont réalisés en France ou en Europe où la législation est suffisamment forte sur ces sujets.
L’impact des enjeux ESG sur la décision d’investir
L’évaluation ESG peut avoir un impact sur la décision d’investir. Dans 45% des cas, elle peut même conduire à refuser d’investir dans une société et dans 12% des cas elle peut conduire à revoir un investissement à la baisse.
En revanche, l’impact financier ne peut pas encore être clairement mesuré, dans 83% des cas… Certaines sociétés observent un meilleur climat social au sein des entreprises en portefeuille. Celles qui effectuent des mesures notent des améliorations d’indicateurs tels que le taux de rotation des effectifs, le taux d’accidents et leur gravité, l’indépendance des administrateurs, les émissions de CO2.
Mieux gérer les risques
L’évaluation de critères ESG est souvent orientée vers la gestion du risque. Elle vise « la prévention des risques importants ou de conformité vis-à-vis, soit des exigences réglementaires », souligne Novethic.
La meilleure gestion du risque est une motivation citée par 64% des sociétés interrogées. Viennent ensuite la volonté de répondre aux exigences des investisseurs (51%), le souci de réduire le risque de réputation de la société de gestion (46%) et d’améliorer la valorisation des participations (43%).
Les sociétés de capital investissement françaises sont regroupées au sein de l’AFIC (Association Française d’Investissement en Capital). L’AFIC compte 280 membres actifs, qui sont des sociétés de gestion et 200 membres associés, qui sont les professions parties prenantes à l’exercice du métier : conseils, auditeurs, intermédiaires financiers, banques, etc.
En France, les professionnels du capital investissement gèrent près de 80 milliards d’euros, selon l’AFIC.
L’AFIC regroupe les professionnels du développement durable dans le Club développement durable ou le club cleantech, réunissant des investisseurs impliqués notamment dans les énergies renouvelables.
* in La Finance durable, sous la direction de Pascal Grandin et Dhafer Saïdane.















