Les 13 et 14 septembre se tiendra, au Havre, un Forum sur le thème de l’économie positive et responsable, sous le haut patronage du président de la République. Organisé par l’ONG Planet Finance et la ville du Havre, l’événement a pour ambition d’être le rendez-vous mondial de l’économie positive et responsable qui est « un mouvement qui vise à replacer l’humain au cœur de l’économie et du monde tel qu’il est en train de se transformer ». Il rassemblera 500 participants internationaux, experts, dirigeants, leaders du monde universitaire, politique, syndical.
Pour en savoir plus j’ai interviewé Arnaud Ventura, vice président de Planet Finance, qui a co-fondé l’ONG en 1998 avec Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand. Il raconte la genèse et la croissance de l’ONG, et développe sa vision de l’économie positive.
Pouvez-vous raconter votre parcours et expliquer comment vous en êtes venu à créer Planet Finance avec Jacques Attali ?
J’ai fait partie de l’équipe qui a créé Club Internet, en 1996. Puis je suis parti en Asie où j’ai participé à la création du premier fournisseur d’accès à Internet en Thaïlande. Là, j’ai pu être exposé au travail des Organisations non gouvernementales (ONG) comme Enfants du Mekong, Médecins sans frontières, etc. Ça a éveillé mon intérêt pour la solidarité. Et je me suis fait la réflexion : si une ONG avait accès à la technologie et à Internet, elle pourrait améliorer son efficacité.
Après cette année en Thaïlande, j’ai été recruté par BNP Paribas pour une mission en Argentine. J’ai aussi poursuivi mon idée d’aider les entreprises de microfinance grâce à Internet. J’en ai parlé sur un forum Internet et deux jours après j’ai reçu un message de Jacques Attali me disant que lui aussi s’intéressait à ce sujet. Je lui ai envoyé des informations sur ce projet. Il m’a tout de suite répondu. Nous nous sommes rencontrés et nous avons conçu un business plan de ce qui s’appelait alors Planet Bank en 1997. Nous avons contacté Muhammad Yunus, qui était déjà un spécialiste reconnu de la microfinance. Nous l’avons rencontré lors d’une de ses venues en France. C’est ainsi qu’on a lancé ce projet qui avait pour but d’utiliser les nouvelles technologies pour développer le secteur de la microfinance.
Nous avons créé Planet Finance en 1998. Nous avons débuté avec deux mécènes, Michel David-Weill, de la banque Lazard et Benjamin de Rothschild. Notre ONG était très petite au début, même si elle était déjà assez visible grâce à la notoriété de Jacques Attali.
Comment a évolué votre ONG, Planet Finance, à mesure que le secteur de la microfinance s’est développé ?
Chez Planet Finance, nous avons développé un réseau à l’international en créant des programmes et des bureaux sur le terrain. En 2005, nous comptons des bureaux dans une quarantaine de pays, des programmes dans une soixantaine de pays et on appuie des centaines d’institutions de microfinance.
A partir de 2005, voyant que le secteur change et que beaucoup d’investisseurs s’y intéressent, nous faisons évoluer notre ONG. Certaines activités financées par des dons peuvent devenir pérennes, c’est pour quoi on décide de créer des sociétés pour atteindre les deux objectifs : notre mission sociale de lutter contre la pauvreté par le développement de la microfinance, mais aussi un objectif de profitabilité pour servir des investisseurs. Nous créons alors des filiales et nous transformons l’ONG en un groupe. L’ONG gère la partie assistance technique. L’ONG et la fondation sont actionnaires de sept entreprises. Par exemple, FinanCité soutient des entreprises en France. Microcred finance des micro entrepreneurs dans les pays émergent. Planet ResponsAbility finance des institutions de microfinance. Planet Garantee propose des assurances. Planet Rating réalise des évaluations. Le groupe compte plus de 1700 salariés dans 40 pays et on prête directement ou indirectement près de 700 millions d’euros à des entrepreneurs.
Comment est apparue cette idée d’économie positive et responsable ?
L’idée part du constat suivant. La microfinance est l’exemple d’un secteur qui vient du social et qui s’est beaucoup développé grâce à l’aide d’investisseurs responsables. De nombreux acteurs de ce secteur ont à la fois un objectif de rentabilité financière mais aussi des objectifs de performance sociale. La microfinance a évolué dans ce sens, tout comme de nombreux acteurs comme le social business.
Et en parallèle à cela, on voit les entreprises classiques développer des programmes de responsabilité sociale (RSE). Au début, certaines le font dans un but de communication. Mais des entreprises prennent conscience que la responsabilité sociale doit faire partie de leur cœur de métier. L’économiste américain Michael Porter a écrit un article qui a fait beaucoup de bruit sur la « valeur partagée ». Les entreprises, pour être pérennes et avoir un avantage compétitif sur leurs concurrents doivent être des entreprises sociales et doivent s’intéresser à autre chose qu’à leurs profits à court terme. Si l’entreprise ne s’intéresse pas à fournir un vrai service au client ou si on traite mal ses salariés, cela va se savoir rapidement et l’entreprise sera perdante. Si l’entreprise n’est pas bien intégrée dans l’environnement local, que l’on pollue l’environnement, elle sera également perdante. Au-delà de l’article de Porter, un mouvement global rassemble des entrepreneurs qui estiment que la création de valeur pour l’ensemble de la société est essentielle.
Pourquoi avoir organisé ce forum et qu’en attendez-vous ?
Nous avons pensé qu’il n’y avait pas beaucoup d’endroits où des acteurs de ces deux mondes, convaincus par ces visions et ces valeurs, pouvaient se retrouver. D’autre part, il n’y avait pas beaucoup de prise de conscience de cette évolution de l’économie. L’idée de ce mouvement lancé au Havre, c’est de faire participer et d’illustrer en deux jours cette vision de l’économie. Les quatre types d’acteurs présents lors du Forum sont des entrepreneurs sociaux et des entrepreneurs classiques, des économistes, des acteurs de la sphère sociale (syndicalistes et représentants d’ONG) et des représentants de l’État. Tous ces acteurs ont leur rôle à jouer, dont le chef de l’État qui nous fait l’honneur d’être présent. Par la suite, nous voulons monter un club autour de cette économie-là et nous sommes aussi en train de lancer web TV pour partager les bonnes pratiques de ce qu’on a appelé l’économie positive. Notre objectif est que les entrepreneurs prennent conscience que la création de valeur va au-delà de la création de valeur pour les actionnaires.















