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Que financent le Livret A et l’épargne réglementée ?

Mercredi 10 octobre 2012

Au 1er octobre, le plafond du Livret A a été relevé de 25%, passant à 19 125 euros. Celui du Livret Développement Durable (LDD) a été doublé, passant à 12 000 euros (lire les décrets).

Cette réforme nous amène à nous pencher sur ce qu’on appelle l’épargne réglementée : principalement le Livret A, le LDD et le Livret d’Épargne Populaire (LEP).

A quoi sont employés les fonds de cette épargne ? Traditionnellement, on le sait, ils sont dédiés au financement du logement social. Mais il existe d’autres emplois qui prennent une importance grandissante.

Plus de 61 millions de Livrets A

Pour en savoir plus, il faut consulter le rapport annuel de l’Observatoire de l’épargne réglementée. Cet Observatoire, créé en 2008, nous apprend que la France compte 61,6 millions de Livrets A, 24,6 millions de LDD et 24,6 millions de LEP.

Le Livret A recueille 215 milliards d’euros, le LDD 69 milliards d’euros et le LEP 52 milliards d’euros, soit un total de 336 milliards d’euros pour les livrets réglementés au 31 décembre 2011. Cela représente un peu moins de 10% de l’épargne financière des Français.

Mais quel a été l’emploi de cette épargne réglementée ?

Une grande part de cette épargne (65%) est centralisée au fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts en vue notamment d’accorder des prêts. L’encours global des prêts du fonds d’épargne a atteint 133 milliards d’euros à la fin de l’année 2011, dont 89 % sont affectés au financement du logement social et de la politique de la ville.

 

Observons ce qui a été financé en 2011 grâce au fonds d’épargne :

Logement social et politique de la Ville

Le financement du logement social a pris la forme de prêts directs ou indirects, pour un montant de 14,8 milliards d’euros signés en 2011. Ils ont permis de construire ou acquérir 120 000 logements sociaux au cours de l’année 2011 (120 000 en 2009 et 131 000 en 2010).

Parmi ces logements, 24 000 appartiennent au secteur de l’habitat spécifique : centres d’hébergement, de logements en structure collective (résidences, foyers…) et d’institutions répondant à des prises en charge particulières (handicap, mineurs en difficulté sociale…).

Prêts Développement Durable

Ces prêts ont financé la réhabilitation thermique de 100 000 logements sociaux parmi les plus consommateurs d’énergie pour un montant de 1,2 milliards d’euros en 2011.

Politique de la Ville

Des opérations d’aménagement et d’équipement sont programmées notamment par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Le total se monte à 2 milliards d’euros en 2011.

Emploi d’intérêt général

Ces prêts représentent un montant de 7,3 milliards en 2011, dans trois domaines :

  • Le secteur des infrastructures durables a été financé pour 4,3 milliards d’euros. Cela concerne les domaines des transports urbains (tramways), ferroviaires (projets de lignes à grande vitesse) et maritimes (aménagements portuaires), ainsi que dix-huit établissements de santé labellisés « Hôpital 2012 », un projet d’assainissement des eaux usées et sept projets immobiliers universitaires.
  • Soutien aux entreprises : prêts au groupe Oseo (soutien des PME), Fonds stratégique d’investissement (FSI), aide à la création et à la reprise d’entreprises par les chômeurs ou les allocataires de minima sociaux (dispositif Nacre). Au total, 1,8 milliards d’euros ont été mobilisés.
  • Un programme de financement exceptionnel des collectivités locales et des établissements de santé : fin 2011, près de 1,2 milliards d’euros de prêts étaient signés.

Un portefeuille d’actifs

Pour assurer la liquidité du fonds d’épargne, une partie des fonds sont placés, principalement en obligations. En 2011, la taille du portefeuille était de 103,2 milliards d’euros. Sur ce montant, la part du portefeuille obligataire s’élevait à près de 90 milliards d’euros.

La gestion de ces actifs vise, conformément au cadre de gestion du fonds d’épargne signé entre l’État et la Caisse des dépôts et consignations, à assurer en permanence la liquidité de l’épargne centralisée et à gérer les risques du fonds tout en lui assurant un rendement régulier.

 

Fondes Pays de Loire et circuit court de l’épargne solidaire

Mercredi 18 janvier 2012

Épargner local pour soutenir des entreprises de sa région. C’est le sens de la démarche du Fondes Pays de la Loire. Il a construit, depuis 2011,  ”une démarche de circuit court” de l’épargne solidaire  et “notamment de l’épargne salariale et solidaire”, indique une représentante de cette structure membre du réseau France active.

Le circuit court, ce principe de distribution est bien connu dans le domaine de l’alimentation. Il consiste à rapprocher le consommateur du producteur. Dans le domaine de l’épargne, il s’agit de mobiliser l’épargne au niveau local pour soutenir l’emploi sur un territoire.

Pour en savoir plus, j’ai interrogé Fanny Le Hars, chargée des partenariats au Fondes Pays de la Loire.

Pouvez-vous vous présenter et préciser quelle est votre fonction au sein du Fondes ?

Je suis en charge de la mobilisation de l’épargne salariale et solidaire à Fondes Pays dela Loire.

Dans ce cadre je travaille avec les services des collectivités partenaires, je rencontre des chefs d’entreprises, des organisations professionnelles, des syndicats pour les sensibiliser aux circuits courts de l’épargne solidaire et aux produits de placements que notre organisation mobilise au service de l’emploi. J’anime également des événements autour de l’épargne solidaire au service des territoires.

En quoi consiste le circuit court de l’épargne ? Quels types de produits d’épargne cela concerne ?

Le circuit court de l’épargne consiste à donner du sens aux placements. Cela permet aux épargnants de savoir à quoi sert leur épargne, sur quoi elle est placée, comment elle est utilisée, dans quelles entreprises elle est investie et si c’est au service de l’emploi et pour des projets sur son territoire. Cela concerne tous les produits bancaires : du livret au fonds d’investissement en passant par l’épargne salariale, ces produits ayant chacun des mécanismes d’investissement différents. Nous travaillons avec les établissements bancaires de la place et, avec eux, nous développons une gamme de produits d’épargne.

Depuis quand avez-vous mis en place ce système de circuit court ?

Ce circuit court de l’épargne existe depuis 1998 avec l’ouverture d’un 1er compte à terme pour lequel nous bénéficions de 50 % des intérêts des placements. Opérateur historique de l’épargne solidaire, nous bénéficions de cette ressource depuis 1991 via la société d’investissement de notre réseau : la SIFA (Société d’Investissement France Active).

Nous avons donc une structure juridique et financière solide qui nous permet aujourd’hui de pouvoir proposer la traçabilité de l’épargne. C’est en 2011, que de façon précurseur en France, nous avons construit une démarche de “circuit court” des produits qui nous sont dédiés et notamment de l’épargne salariale et solidaire.

Concernant les produits d’épargne dont nous sommes bénéficiaires, on peut citer :

  • Fonds d’investissements solidaires : la gamme FCP Insertion Emplois
  • Produits de partage : Livrets Codesol, Epidor Solidaire et le FCP Epargne Solidaire avec le Crédit Coopératif ; Le FCP France Emploi géré par le Crédit Mutuel ; Munisolidarité Placement avec le Crédit Municipal de Nantes.
  • Les fonds d’épargne salariale solidaire. Nous sommes bénéficiaires (via la société d’investissement nationale –la SIFA) de fonds dans toutes les sociétés de gestion.

Comment fait-on, concrètement, pour “suivre à la trace” l’épargne ?

Cela nécessite d’une part d’organiser les relations entre les souscripteurs, les établissements financiers et notre organisation et d’autre part d’organiser la relation entre les épargnants et les ”bénéficiaires” pour assurer la lisibilité des engagements financiers au service de l’emploi et des territoires.

Pour quelles raisons avoir opté pour ce système ?

Dans un contexte économique difficile et face à une internationalisation toujours plus grande des flux financiers, il nous semble important de pouvoir offrir une alternative régionale aux épargnants, de donner un sens à leur épargne et dans une logique de proximité au service du développement des entreprises régionales et de l’emploi en Pays dela Loire.

Quel est l’avantage pour l’épargnant ?

Les réponses sont multiples, en fonction du support d’épargne mobilisé. Mais les avantages pour les épargnants sont entre autre la sécurisation de son capital — sur les fonds de partage notamment -, la rémunération – selon les produits -, la dimension d’utilité sociale – à titre personnel ou dans le cadre d’une politique de RSE — tout en contribuant à soutenir la dynamique économique sur leurs territoires de vie et de travail.

Combien d’entreprises solidaires et de personnes sont financées par le Fondes en Pays de la Loire ?

En 2010, FONDES a engagé 1,25 million d’euros auprès de 136 entreprises solidaires portant plus de 2000 emplois.
De plus, 610 projets de création d’entreprises concernant 930 emplois ont également été financés par FONDES, pour un montant de 7,5 millions d’euros.

Pour aller plus loin :


Les Français et l’ISR: les épargnants en quête d’information

Jeudi 13 octobre 2011

semaine_investissement_socialement_responsableLes critères environnementaux et sociaux ont une place importante dans les décisions d’investir des Français, même s’ils sont peu à connaître précisément le concept d’ISR. C’est une des conclusions de l’étude sur la perception de l’ISR par les Français, réalisée par l’Ipsos pour Eiris* à l’occasion de la Semaine de l’ISR. L’enquête a été publiée dans Les Echos. Elle révèle un réel besoin d’information et de pédagogie.

L’ISR : un concept peu connu des Français

Quand on interroge les Français sur ce qu’est l’ISR, seuls 8% savent précisément de quoi il s’agit. L’an dernier la même enquête montrait que seuls 4% des Français étaient capables de nommer et décrire un produit ISR. Même si la question n’est pas exactement la même, on peut percevoir une prise de conscience. 28% ont déjà entendu parler de l’ISR mais ne sauraient le définir et 64% n’en ont jamais entendu parler.

Pour autant, les critères environnementaux et sociaux ont une importance dans les décisions de placement. Pour 60% des investisseurs ils occupent une place très importante (14%) ou importante (46%). De plus, 45% des sondés pensent accorder à l’avenir une place croissante aux critères environnementaux, sociaux et éthiques.

Des épargnants cohérents avec leurs choix de consommateurs

L’ISR est perçu comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur et de citoyen (selon 55% des sondés). De plus, l’ISR permet de donner un sens à son épargne (46%). Il être un moyen d’utiliser l’épargne pour peser sur le comportement des entreprises (41%).

En revanche, les motivations financières n’apparaissent pas primordiales. Seuls 14% pensent que les placements ISR sont plus performants à long terme et 20% qu’ils limitent les risques.

Si l’on pose les mêmes questions à des épargnants prêt à investir en ISR, les arguments sont repris avec plus de force. Ainsi, 86% voient l’ISR comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur, 84% comme un moyen de donner un sens à son épargne et 72% comme un moyen de peser sur les entreprises.

Une forte demande d’information

Pour 75% des sondés, il n’y a pas assez d’information sur l’ISR. 66% jugent qu’on a du mal à comprendre comment les placements ISR pèsent sur le comportement des entreprises. De plus, l’information transmise manque de transparence (57%). Les épargnants prêts à investir en ISR relèvent les mêmes manques d’information sur le sujet.

Les épargnants tentés par l’exclusion

Parmi les différentes approches (ou familles) de l’ISR, le best in class est majoritaire. Pourtant, ce n’est pas celle qui séduit le plus les personnes interrogées.

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L’exclusion tente « beaucoup » 36% des sondés. Elle devance l’approche thématique (26%), l’engagement (20%), le best in class (19%) et l’épargne solidaire (13%).

Mais si on considère les personnes qui sont « beaucoup » ou « assez » tentées, c’est l’approche thématique qui arrive en tête avec 68%. Elle devance le best in class (67%), l’exclusion (64%), l’engagement 58% et le solidaire (44%).

*Eiris se définit comme une agence de recherche internationale sur la performance sociale, environnementale, éthique et de gouvernance des entreprises.

Le Livret vert : un projet pour convertir l’économie française à l’écologie?

Lundi 29 août 2011

« Verdir » l’épargne des Français. C’est l’idée soutenue par les écologistes à quelques mois de l’élection présidentielle. Et par quel moyen? Un Livret vert, petit frère du Livret A, qui orienterait l’épargne vers des projets écologiques.

Cette proposition est portée par Éva Joly, candidate d’EELV (Europe Écologie Les Verts). Elle l’a présentée lors des journées d’été d’Europe Écologie Les Verts, au début du mois. Concrètement ce Livret vert serait « géré par la Caisse des dépôts, alimenté par l’épargne des français, pour investir dans cette lutte contre gaspillage » (source: site d’Éva Joly).

Financer des investissements écologiques

Pour l’heure, les contours du projet ont tout juste été esquissés. Le Livret vert « capterait l’épargne des Français pour financer nos investissements écologiques », a rappelé Yannick Jadot, porte parole du parti écolo (source: Marianne).

Madame Joly a précisé son principe: ” Nous allons « flécher » une partie de l’épargne pour financer ces projets ” (interview dans Les Échos).

Cet outil d’épargne est envisagé comme un moyen pour convertir l’économie française à l’écologie. Éva Joly développe des exemples de cette conversion :

« Renforcer l’isolation des bâtiments permettrait de créer quatre fois plus d’emplois pour le même chiffre d’affaires que le développement de la filière gazière qui repose essentiellement sur l’importation de matière première. Le développement de la filière industrielle des énergies renouvelables soutiendra l’activité économique de PME innovantes, plus créatrices d’emploi et plus citoyennes que les multinationales. »

Le Livret Développement Durable

Le Livret vert rappelle un produit d’épargne existant : le Livret Développement Durable (LDD). Ce livret est destiné à collecter des fonds pour financer des travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments anciens. Il sert aussi au financement des Petites et Moyennes Entreprises (PME).

Le LDD, lancé en 2007, a remplacé le Codevi (Compte pour le Développement Industriel) (wikipedia).

Comme le Livret A, le LDD est un produit dont l’épargne est toujours disponible et à intérêts exonérés fiscalement.

Toute personne ayant son domicile fiscal en France peut bénéficier d’un LDD.

Le dépôt maximum est de 6000 euros.

Le taux d’intérêt est de 2,25% au 1er août 2011 (source: La Finance pour tous).

Les livrets : des produits d’épargne populaires

Les Français possèdent 68 milliards d’euros déposés sur leurs LDD, au 31 décembre 2010. Le taux de détention du LDD s’élève à 38 % de la population française, soit 24,7 millions de LDD ouverts.

Par comparaison, le Livret A représente 193 milliards d’euros. L’épargne sur l’ensemble des livrets d’épargne réglementée se monte à 316 milliards.

Le Livret A bénéficie d’une très forte popularité, avec plus de 60 millions de livrets détenus au 31 décembre 2010, il est le placement le plus répandu au sein des ménages. (source: rapport annuel de l’Observatoire de l’Epargne Réglementée).

Le LDD : un livret vert pâle ?

Le LDD est souvent critiqué comme n’étant pas assez « vert ». C’est le cas de Stanislas Dupré, auteur Que font-ils de notre argent?. Dans ce livre, dont nous avons déjà parlé, il étudie le poids carbone de nos placements financiers.

Selon lui, de nombreux produits d’épargne ont un lourd impact sur l’environnement car ils financent des projets polluants. Sa critique s’attache aussi au Livret Développement Durable, « abusivement baptisé » ainsi, selon lui (La Tribune). En effet, seule une petite part de l’épargne versée sur le LDD sert à financer des travaux d’économie d’énergie dans les logements.

Que pensez-vous de ce projet de Livret vert ? Vous intéresserait-il s’il existait un jour ?

Les agences de notation sociétale renseignent les investisseurs engagés dans l’ISR

Mercredi 3 août 2011

Depuis la crise financière, le grand public a beaucoup entendu parler des agences de notation financière. Elles ont été montrées du doigt lors de la crise des subprimes, accusées d’avoir sous estimé le risque*. Elles sont, aujourd’hui encore, sur le devant de la scène, à l’occasion de la crise de la dette en Europe. L’actualité est rythmée par leurs décisions d’abaisser la note de tel ou tel pays trop endetté.

C’est dans ce contexte que se sont développées, principalement depuis les années 1980, des agences de notation d’un autre genre : les agences de notation sociétale. On les appelle aussi des agences de notation extra financière.

Il convient de bien distinguer ces agences de notation sociétale des agences de notation financière. Les agences de notation financière évaluent la capacité d’un emprunteur à rembourser sa dette. Les agences de notation sociétale évaluent la performance des entreprises dans les domaines sociaux, environnementaux et de gouvernance.

Un jugement global sur les entreprises

Ainsi, les agences de notation sociétale évaluent les entreprises (ou, pour certaines, les Etats) à l’aide de critères qui mesurent leur impact sociétal.

« A partir de l’exploitation des informations sociales, environnementales et du gouvernement d’entreprise, l’analyse sociétale vise à appréhender la réalité d’une entreprise à partir des données qu’elle communique et les informations révélées par d’autres parties prenantes (les ONG, les médias, etc.). Elle permet ainsi de porter un jugement global sur la situation de l’entreprise analysée. »

(source: Le guide des organismes d’analyse sociale et environnementale, publié par l’Observatoire sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (Orse)).

Notation déclarative ou sollicitée

Ces informations sont destinées aux investisseurs engagés dans une démarche d’Investissement Socialement Responsable (ISR). Plus rarement, ce sont les entreprises elles-mêmes qui demandent à être notées  : c’est ce qu’on appelle une notation sollicitée, par opposition à la notation dite déclarative.

Des approches variées

Les agences de notation sociétale ont développées différentes approches :

  • approche d’évitement : elle consiste à exclure de l’investissement certains secteurs : le tabac, l’armement, l’alcool, la pornographie, le nucléaire, etc.
  • approche de performance : elle se réalise par une sélection de critères positifs pour évaluer les performances sociales et environnementales des entreprises.
  • approche « risques et opportunités »: elle fournit à l’investisseur une vue globale sur les risques et opportunités d’une entreprise.

Les agences de notation sociétale en France

Il existe une trentaine d’agences d’analyse sociétale dans le monde. En France, on en distingue principalement quatre :

Vigeo : cette société fondée en 2002 par Nicole Notat, est un des leaders européens avec un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros (source: rapport annuel 2010). Elle réalise des notations d’entreprise et d’organisations mais aussi d’États. Elle est basée à Paris, Bruxelle, Milan et Casablanca. Vigeo exerce aussi une activité de conseil auprès des entreprises.

BMJ Ratings : cette société, fondée en 1993, intervient principalement en mode sollicité, c’est-à-dire à la demande des entreprises ou des collectivités territoriales.

Ethifinance : créée en 2003, cette agence de notation extra financière intervient principalement auprès des PME. Elle a notamment développé le Gaia index, une base de données extra financières dédiée aux valeurs moyennes.

Innovest France : la société américaine Innovest a ouvert une entité en France.

Les agences en débat

Dans la tourmente de la crise financière, les agences de notation financière n’ont pas été épargnées par les critiques. Les agences de notation sociétale ont aussi eu droit à quelques débats houleux. Au sein du monde des investisseurs, des critiques se sont faites entendre, comme nous le rapportions il y a quelques mois.

Certains reprochent notamment aux agences de notation sociétale de trop se reposer sur des déclaration des entreprises et de ne pas faire suffisamment de visites sur le terrain.

Dans un contexte économique difficile, les agences de notations sociétales misent sur l’essor de l’ISR pour se développer. « Le salut de la notation viendra du développement du marché de l’ISR, développement qu’accompagnera le renforcement législatif, notamment avec l’obligation du reporting extrafinancier », estime un responsable du Forum pour l’investissement responsable (FIR) (source: Les Echos, article en accès payant).

* à lire: l’article « Agences de notation » dans Les 100 mots de la crise financière, de Bertrand Jacquillat et Vivien Levy-Garboua (Puf, collection « Que sais-je? »).

Copyrights : Adnan Yahya sur Flickr

L’engagement actionnarial dans une stratégie ISR (2/2)

Mercredi 13 juillet 2011

Quels sont les objectifs de l’engagement actionnarial ? Quels sont les moyens mis en place par les investisseurs et les sociétés de gestion dans leur dialogue avec les entreprises ? C’est ce que nous verrons dans ce billet qui prolonge le précédent où nous avons défini l’engagement actionnarial.

Les objectifs de l’engagement actionnarial

L’engagement actionnarial peut répondre à différents objectifs, comme l’indique une étude du centre de recherche Novethic*:

1 – Optimiser la valeur

L’engagement actionnarial peut être un moyen, pour l’investisseur, de mieux maîtriser l’évolution de son investissement. Il s’applique aux entreprises sous performantes financièrement et les incite à des améliorations de leur gouvernance ou leurs pratiques environnementales ou sociales.

2 – Réduire le risque de réputation

On connaît le risque lié à une campagne médiatique négative. Les investisseurs sont sensibles à ce sujet: ils évitent d’investir dans des entreprises soumises au risque de réputation. L’engagement permet d’identifier ce risque et d’inciter les entreprises à améliorer leurs pratiques.

3 – L’engagement militant

Certains investisseurs mettent l’accent sur un thème particulier : défense des droits humains, protection de l’environnement, réduction de la pauvreté, etc. Pour eux, l’engagement actionnarial est un moyen d’agir dans ces domaines. L’ « engagement dans une optique militante est plutôt l’apanage des ONG et associations », souligne Novethic.

Les moyens de l’engagement

  • Dialogue avec l’entreprise

La démarche d’engagement suppose le dialogue avec l’entreprise. Des rencontres avec les dirigeants donnent lieu à des demandes concrètes. Le dialogue se poursuit sur le long terme, ce qui permet de mesurer les progrès accomplis.

Dans cet esprit de dialogue, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a lancé en 2010 un outil de dialogue avec les entreprises sur les questions de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : CorDial pour « Corporate Dialogue ».

Le FIR rassemble des acteurs de la chaine de valeur de l’ISR. La plateforme CorDial a pour but l’amélioration des pratiques RSE.

  • Droit de vote

Les Assemblées générales permettent aux actionnaire d’exercer leur droit de vote. L’AMF (Autorité des marchés financiers) observe une « montée en puissance des actionnaires ». L’exercice du droit de vote est un moyen direct de mettre en œuvre l’engagement de l’actionnaire.

  • Transparence

Les sociétés de gestion publient leur politique d’engagement, ce qui clarifie les rapports avec les entreprises. Par exemple, la société de gestion Meeshaert publie sa politique d’engagement actionnarial et le détail de ses votes pour chaque assemblée générale.

La réglementation prévoit que les sociétés de gestion « rendent compte de leurs pratiques en matière d’exercice des droits de vote dans des conditions fixées par le règlement général de l’Autorité des marchés financiers ». (Code monétaire et financier, article 533-22, 12 avril 2007)

  • Question en Assemblée générale

Poser une question (écrite ou orale) en Assemblée générale est une possibilité offerte à tous les actionnaires. L’entreprise garde le droit de sélectionner les questions si elles sont trop nombreuses.

  • Résolution

Déposer une résolution et la soumettre au vote des actionnaires est une procédure plus complexe.

« Selon l’article L.225-105 du Code de commerce, les actionnaires représentant 5% du capital de l’entreprise ont le droit de demander l’inscription de projets de résolutions à l’ordre du jour de l’assemblée générale des sociétés dont le capital est inférieur à 750 000 euros. Au-delà, le seuil est dégressif en fonction du capital de l’entreprise et s’établit à 0,5% du capital pour les plus grandes capitalisations boursières françaises. Une fois portées à l’ordre du jour, ces résolutions sont soumises au vote des actionnaires et le résultat des votes est contraignant. »

Le dépôt de résolution est plus courant aux États-Unis qu’en France car le seuil de dépôt est plus bas. En revanche, aux États-Unis ces résolutions sont seulement consultatives.

  • Désinvestissement

Le désinvestissement est la mesure ultime de l’engagement actionnarial. Si les autres démarches ont échoué, l’investisseur peut revendre ses actions, de façon plus ou moins provisoire et en communiquant sur ce choix.

* Ces données sont tirées de l’étude « Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse » réalisée en 2011 par Dominique Blanc, Aela Cozic et Samer Hobeika, du centre de recherche ISR de Novethic.*

Crédits photos : par Otto Phokus sur Flickr

Défendre la liberté de la presse grâce à un produit financier

Vendredi 17 juin 2011

La liberté de la presse est en danger dans de nombreux pays. Il est possible de la soutenir grâce à un produit financier. Le « responsAbility Press Freedom Voncert» est conçu avec cet objectif. Il a été créé par la banque suisse Vontobel et la société responsAbility, spécialiste de l’investissement social.

Fonds pour le développement des médias

Concrètement, ce produit financier structuré consiste à investir dans un fonds de prêt pour le développement des médias dans le monde, le Media Development Loan Fund (MDLF).

Le MDLF est une organisation non gouvernementale basée à New York et fondée en 1995. Il travaille en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est. Depuis sa création, il a financé 77 médias dans 26 pays (source: MDLF).  Il compte un Français dans son Conseil d’administration : le journaliste Bernard Poulet, auteur d’une étude sur la crise de la presse, La Fin des journaux.

Produit structuré

Le responsAbility Press Freedom Voncert est un certificat tracker (définition: La Finance pour tous). C’est un produit structuré libellé en francs suisses. Il est constitué à 20% un prêt à MDLF et à 80% une réplication du marché des capitaux en francs suisses échéance cinq ans (source: Agefi, via ResponsAbility).

Ce placement a une durée de 5 ans. Un premier Voncert a été lancé en 2006 est arrivé à maturité, enregistrant sur 5 ans une progression de 11,9%.

Placement éthique

Ce produit financier s’inscrit dans la lignée des placements éthiques. Le rapport financier n’est pas la seule motivation des investisseurs.

« Il y a quelques très riches clients qui ne cherchent pas seulement le retour sur investissements. Nous constatons une hausse de la demande de la part d’investisseurs institutionnels, mais aussi de particuliers, en faveur de placements à caractère social », déclarait la porte-parole de la banque Vontobel (source: Tsr.ch)

Le groupe bancaire Vontobel distribue également des produits ISR (Investissement Socialement Responsable) par l’intermédiaire de sa société de gestion, Vontobel AM (source: Novethic).

Consulter la brochure de présentation.

Trois façons de devenir un épargnant solidaire

Mercredi 1 juin 2011

Épargner pour soi mais aussi pour soutenir des projets à forte utilité sociale : tel est l’objectif de l’épargne solidaire. Elle permet d’investir pour l’emploi, le logement social ou des projets dans les pays en développement. On comptait 700 000 épargnants solidaires* en France en 2010.

Pour devenir un épargnant solidaire, il y a trois portes d’entrée :

  1. un établissement financier, en souscrivant un produit d’épargne solidaire
  2. un financeur solidaire, en investissant directement au capital d’une entreprise solidaire
  3. votre entreprise, en souscrivant un plan d’épargne solidaire

1. Souscrire via un établissement financier

Les établissements bancaires proposent des produits d’épargne solidaire. Ils diffèrent des produits d’épargne classique, car ils redistribuent une partie des intérêts en faveur d’une cause de votre choix.

Voici deux exemples de produits d’épargne solidaire dont nous avons déjà parlé sur ce blog :

Livret Agir : Le Livret Agir (Crédit Coopératif) fonctionne comme un livret d’épargne classique mais avec un mécanisme de partage des revenus. L’épargnant choisit de reverser 50% des intérêts à une association comme, par exemple, le réseau Cocagne.

Sicav libertés et solidarité : Un des moyens de soutenir la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) est de souscrire la Sicav Libertés et Solidarité. La moitié des revenus sont reversés sous forme de dons à la FIDH.

2. Souscrire au capital d’un financeur solidaire

Vous pouvez devenir un épargnant solidaire en investissant en direct au capital d’une entreprise solidaire. Voici deux exemples de financeurs solidaires:

Garrigue : Garrigue est une coopérative alternative qui finance des projets dans des domaines tels que l’énergie renouvelable et l’environnement, l’agriculture biologique, le développement des territoires délaissés ou le commerce équitable.

Terre de Liens : Terre de liens est une foncière qui acquiert des terres cultivables pour les louer à des agriculteurs bio. C’est aussi une association, créée en 2003, qui accompagne les futurs paysans.

3. Souscrire via son entreprise : l’épargne salariale solidaire

Vous pouvez souscrire à un plan d’épargne salariale solidaire, que ce soit un Plan d’Épargne Entreprise (PEE) ou un Plan d’Épargne Retraite (PERCO). La loi du 17 février 2001 oblige désormais les entreprises qui offrent à leurs salariés un plan d’épargne retraite collectif (ou Perco) à faire figurer dans leur offre un Fonds Commun de Placement d’Entreprise Solidaire (FCPES). (source : Finansol)

Les FCPES sont des fonds dont 5 à 10% des capitaux sont investis dans des entreprises agréées solidaires. Pour être solidaire, une entreprise doit remplir une de ces deux conditions :

  • avoir un tiers de ses employés qui relèvent de conditions particulières ((emplois jeunes, CIE, personnes handicapées ou en insertion)
  • ou les dirigeants de l’entreprise sont élus directement ou indirectement par les salariés, les adhérents ou les sociétaires, et leur rémunération est inférieure à 4 fois le smic (ou 7 fois, pour les entreprises de 20 salariés ou plus).

A noter : Un guide des placements solidaires figure sur le site de Finansol.

Rappel : La finance solidaire consiste à soutenir des projets à forte utilité sociale, environnementale et culturelle. Elle permet de mettre en relation des épargnants souhaitant investir dans des activités à forte utilité sociale et des porteurs de projets n’ayant pas suffisamment accès aux financements classiques.

* source: baromètre de la finance solidaire.

Transparence et ISR : un code pour informer le grand public

Lundi 11 avril 2011

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) intéresse le grand public*. Mais il reste des obstacles pour populariser ce type d’épargne.

Le problème est notamment la difficulté de donner une définition unique de l’ISR. C’est ce que soulignent les auteurs du Code de transparence pour les fonds ISR grand public.

Une information plus claire

Pour remédier à cette complexité, ce code demande aux gestionnaires de fonds plus de transparence et une information plus claire en direction du grand public.

Le code de transparence a été élaboré en France par l’AFG (Association Française de la Gestion financière) et par le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable). C’est une version du code européen de transparence pour les fonds ISR ouverts au public. La première version a été publiée en 2005 et elle a été revue en janvier 2010.

Répondre au grand public

Concrètement, ce Code de transparence se présente comme un questionnaire divisé en six rubriques. Les gestionnaires d’un fonds ISR répondent à toutes ces questions pour informer les investisseurs.

Les six rubriques sont :

  • Des données générales
  • Les critères d’investissement ESG
  • Le processus d’analyse ESG
  • L’évaluation, la sélection et la politique d’investissement
  • La politique d’engagement
  • La politique de vote.

Prenons un exemple : la Sicav « Libertés et solidarité », dont nous avons déjà parlé. Les codes de transparence correspondant à ce fonds sont disponibles sur le site de la Banque postale Asset management qui distribue ce produit d’épargne. Ces informations complètent les données purement financières.

Clarifier les contours de l’ISR

L’AFG publie sur son site la liste des fonds qui ont adhéré au Code de transparence. L’adhésion est obligatoire pour les fonds ISR ouverts au public.

Fin 2010, 241 fonds gérés par 43 sociétés de gestion avaient adhéré. Parmi eux, on comptait 155 fonds français ouverts au public, 32 fonds d’épargne salariale et 54 fonds étrangers.

Pour Paul de Marcellus, président du groupe de travail Code de transparence de la commission ISR de l’AFG, un des enjeux de l’ISR est de clarifier sa définition pour le grand public: « En ce qui concerne les particuliers, l’un des freins à l’ISR est son hétérogénéité, puisque l’approche française n’est pas basée sur l’exclusion. Les contours sont donc moins clairs que dans les pays anglo-saxons. Les trois critères de sélection ESG viennent enrichir les critères financiers mais sont source de questions pour les particuliers. Le code de transparence a été simplifié pour aider les particuliers à mieux comprendre l’ISR et son approche ». (source : Le Figaro)

* les chiffres montrent que la part des particuliers dans le marché de l’ISR est en hausse

Etika et la finance solidaire au Luxembourg

Dimanche 27 mars 2011

Pour l’épargnant, la banque est parfois perçue comme une sorte de boîte noire : pendant le temps où l’argent est placé, on ne sait pas forcément dans quel secteur il est investi*.

Pour remédier à ce possible manque de transparence, la finance solidaire se révèle utile, comme le suggère Magali Paulus, présidente d’Etika, organisation luxembourgeoise de finance alternative.

« La finance solidaire est un bon outil pour montrer que la transparence financière n’est pas une utopie, puisque l’épargnant sait précisément ce qui est fait de son argent. Elle pose la question de la responsabilité de l’épargnant, et ceci, au-delà des secteurs soutenus par son investissement, en le poussant à se poser la question du montant de son dividende ou de l’intérêt qui lui est versé: qu’est-ce qu’un taux « juste » et à partir de quand le taux ou le dividende devient-il trop lourd pour le porteur de projet? » (source: Les placements solidaires, Alternatives économiques)

Une plus-value sociale et environnementale

Dans le contexte luxembourgeois, place financière importante qui compte près de 200 établissements bancaires (source: luxembourg.lu), l’association Etika fait figure d’exception. Elle est la seule à proposer un produit d’épargne solidaire.

Son compte épargne alternative est un produit d’épargne de partage. L’épargnant perçoit 0,7% d’intérêt contre 0,9% pour un compte d’épargne traditionnel. Les 0,2% vont financer des projets ayant une plus-value sociale et écologique. La sécurité de ce produit est maximale et l’argent est disponible en permanence.

Ce compte épargne a été créé en 1996. Il est proposé conjointement par la Banque et caisse d’épargne de l’Etat (BCEE) et par Etika. La BCEE contrôle la viabilité économique des projets et Etika s’assure qu’ils ont bien une valeur ajoutée sociale et environnementale.

L’épargne solidaire dopée par la crise

Il y a actuellement 844 épargnants alternatifs, pour un pays de 500 000 habitants. Leur nombre a augmenté fortement après la crise financière de 2008.

« A l’origine de ce développement il y a certainement un mélange de raisons, dit Magali Paulus. La crise a inquiété beaucoup d’épargnants qui ont déposé leur argent dans des produits plus surs comme à la BCEE. Dans ce cas il est possible que ce ne soit pas une tendance durable, et que l’on retourne au „business as usual“. „Cela dit il y a aussi beaucoup de gens qui se sont informés lors de la crise et qui ont opté pour un investissement durable et transparent : ils veulent savoir ce qui se passe avec leur argent“». (source: Etika)

Développer l’économie solidaire au Luxembourg

Il est à noter que le Luxembourg s’est doté depuis 2010 d’un ministre délégué à l’économie solidaire. C’est le seul pays européen à disposer d’un tel ministère, remarque Etika.

Il a notamment lancé le projet Ecosolux. Il consiste à cartographier les acteurs de l’économie solidaire. L’objectif est de mieux connaître les acteurs de cette économie alternative et de développer ce réseau d’entrepreneurs.

* nous avions évoqué cette difficulté pour l’épargnant de savoir où son argent est investi, dans notre billet sur le poids carbone de l’épargne