Archive pour le mot-clef ‘performance’

Au Brésil, la bourse favorise la bonne gouvernance

Lundi 22 octobre 2012

On le sait, la gouvernance est un des trois piliers de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Les deux autres sont l’environnement et l’aspect sociétal de l’activité des entreprises. La gouvernance inclut notamment la composition des conseils d’administration et la régulation des pouvoirs dans l’entreprise, la rémunération des administrateurs et la transparence des informations financières communiquées aux actionnaires et aux partenaires de l’entreprise.

Améliorer la gouvernance

Améliorer la gouvernance a souvent des conséquences positives sur la performance financière. C’est sur cette conviction qu’a été créé en 2000 le Novo Mercado (nouveau marché), un segment de la bourse du Brésil. Cette bourse de la bonne gouvernance est en plein essor, comme le reporte le journal Les Echos.

A la création du Novo Mercado, la bourse brésilienne (Bovespa) n’allait pas fort. Les investisseurs brésiliens préféraient se tourner vers les États-Unis, expliquait alors le New York Times.

Après un démarrage prudent (2 introductions en bourse lors des trois premières années), le boom s’est produit en 2006, le Novo Mercado passant de 44 à 92 sociétés cotées (The Economist). Il compte aujourd’hui près de 130 entreprises cotées.

L’atout du Novo Mercado

L’atout du Novo Mercado est qu’il n’accepte en son sein que des entreprises à la gouvernance saine. Elles doivent remplir plusieurs conditions :

  • Le capital de la société doit être composé exclusivement d’actions avec un seul droit de vote;
  • le conseil d’administration doit compter au minimum 5 membres ;
  • la société doit s’engager à conserver un flottant de 25%, ce qui accroît la liquidité des actions pour les actionnaires minoritaires ;
  • les sociétés s’engagent à publier des rapports financiers réguliers.

Poursuivre les efforts

Un étude récente de J.P. Morgan note une amélioration de la gouvernance des entreprises en Amérique latine, et qu’elles doivent poursuivre leurs efforts dans ces domaines. Plus de 50% des investisseurs interrogés jugent que le Brésil possède les meilleurs standards de gouvernance, principalement en raison de la création du Novo Mercado. La bourse, une voie vers un capitalisme plus vertueux ?

La Sicav danone communities (2/2)

Mercredi 25 avril 2012

Suite de notre entretien avec avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Pouvez-vous préciser quelle est l’orientation de gestion de cette Sicav que vous qualifiez de prudente ?

danone.communities entre dans le cadre réglementaire des fonds 90/10. La stratégie d’investissement de la sicav consiste à investir au moins 90 % de l’actif dans une sélection d’OPCVM privilégiant une approche “Investissement Socialement Responsable (ISR) et au maximum 10 % dans le FCPR danone.communities.

Nous avons privilégié une orientation prudente sur les 90 %, pour ne pas pénaliser nos investissements dans les projets. Une orientation plus dynamique introduirait une volatilité plus élevée et donc pourrait nous amener en raison d’une baisse de nos actifs à des dépassements de ratios réglementaires pour la part des 10% investis dans les projets

Un deuxième point a sous-tendu notre réflexion. Dans les projets solidaires classiques, on investit dans des associations qui peuvent avoir 20 ou 30 ans d’existence avec un business plan déjà bien établi. Mais ici, dans notre contexte, on part de zéro. Les projets ont besoin de temps d’existence pour démontrer leur pérennité.

Il fallait donc que les 90 % soient investis de manière prudente afin de pouvoir accompagner les projets du FCPR sur le long terme. Nous proposons trois compartiments qui se différencient par leurs profils rendement/risque qui s’échelonnent sur une durée minimum de placement recommandée allant de 6 mois à 5 ans.

Quel est le profil des investisseurs ?

Danone.communities est destiné à tout type d’investisseurs : des investisseurs institutionnels mais aussi des particuliers via nos réseaux partenaires qui sont aujourd’hui principalement des clients de la banque privée. Le fonds est également ouvert aux salariés de Danone qui peuvent investir via l’épargne salariale de leur société.

Comment se manifeste leur intérêt à l’impact social des projets ?

En terme de performance financière, depuis un an et demie, avec ce qu’offre l’Eonia (Euro Overnight Index Average), sur lequel est basé l’objectif de gestion, on n’observe pas de sorties significatives. Les investisseurs sont donc bien des personnes qui comprennent qu’ils doivent accompagner des projets sur le long terme et qui s’intéressent autant à l’impact social des projets qu’à la performance financière en elle-même. Ils veulent savoir où va leur argent.

L’impact social des projets se mesure au travers d’indicateurs tels que la contribution à la santé publique, le recul de la malnutrition, l’accès à l’eau, la lutte contre la pauvreté et la création d’emplois.

Quelques impacts sociaux des 3 projets emblématiques du FCPR :

Avec le soutien d’un réseau solide de Shokti Ladies (878), les ventes ont nettement progressé en fin d’année, en particulier avec un pic des ventes de près de 2.9 millions d’unités en octobre 2011. D’autre part, les résultats encourageants de l’étude menée par Gain et l’université John Hopkins sur l’impact sur la santé des enfants ciblés par le Shokti Doï, yaourt renforcé en micronutriments produit par Grameen Danone Foods Ltd, devraient être rendus publics cette année.

La Laiterie du Berger (Sénégal), deuxième projet du fond, a une mission précise, qui est celle de valoriser la production de lait frais et local et d’améliorer les conditions de vie des éleveurs Peuls. En 2011, cette mission s’est renforcée avec une croissance des ventes (+60% en août) soutenue par une nouvelle campagne de publicité et une distribution plus étendue. D’autre part, le projet a franchi une étape importante de sa consolidation financière avec, notamment, l’atteinte d’un excédent brut d’exploitation positif en octobre 2011.

Depuis sa création, 1001 Fontaines a installé 54 stations d’eau et touche près 70 000 personnes par jour. Chai Lo, son fondateur cambodgien, a reçu cette année le prix du « Meilleur Entrepreneur Social 2011 » pour l’Asie par la Fondation Schwab.

Comment va évoluer à l’avenir la Sicav danone.communities ?

Pour l’instant la Sicav réunit 70 millions d’euros et nous avons besoin d’atteindre 100 millions d’euros pour mener à bien tous les projets..

Nous venons de lancer une version 2 de la Sicav, avec l’idée de mieux adapter l’orientation de gestion à l’environnement économique, de mieux distinguer les trois compartiments afin de pouvoir satisfaire les besoins d’épargne d’un plus grand nombre d’investisseurs potentiels, en différenciant mieux les 3 profils de gestion proposés au travers de la SICAV. L’horizon d’investissement ira de 6 mois à 5 ans, et introduira pour le dernier compartiment une part en actions tout en conservant un profil de gestion prudent adapté.

L’un des projets de danone.communitites a été récemment développé en France. De quoi s’agit-il ?

C’est le projet Isomir. Il a été lancé l’année dernière, en partenariat avec l’Adie, institut de microfinance. Il vise à rapprocher les agriculteurs de leurs consommateurs. Cela consiste à créer des locaux préfabriqués proches des consommateurs. L’agriculteur va pouvoir venir y entreposer ses produits ou les produire sur place s’il s’agit de fromages. L’objectif est d’apporter une alimentation bio à des populations qui ont subi une désurbanisation ou un moindre accès à l’alimentation de base.

Pour conclure, pouvez-vous résumer en quelques mots la Sicav danone.communities ?

Un projet innovant permettant au plus grand nombre de participer au financement de projets à fort impact social tout en épargnant de manière prudente.

 

* précision : BforBank est une filiale du Crédit Agricole

** Muhammad Yunus, Pour une économie plus humaine, p. 23.

Les indices Dow Jones Sustainability

Vendredi 2 décembre 2011

indice_Dow_Jones_SustainabilitySi vous suivez les informations financières, vous êtes familier des indices boursiers : CAC 40, Dow Jones, Nasdaq… Mais avez-vous entendu parler des indices Dow Jones Sustainability?

Cette série d’indices fournit des informations aux investisseurs engagés dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Autrement dit, il leur permet de suivre l’évolution des entreprises considérées comme les meilleures sur le plan des pratiques environnementales et sociales. Le DJSI, créé en 1999, est le plus ancien indice de ce type. Il est réalisé par les indices Dow Jones et la société de gestion suisse Sam.

Indice boursier et développement durable

« Les indices DJSI ont été créés pour suivre les performances des entreprises leaders dans leur domaine en matière de développement durable. Les premiers indices ont été publiés le 8 septembre 1999. Ces indices comportent des variantes excluant les entreprises tirant leurs revenus de l’alcool, du tabac, du jeu, des armements, des armes à feu et de la pornographie ». (source: DJSI world guidebook)

Les indices Dow Jones Sustainability (DJSI) couvrent trois continents et une cinquantaine de secteurs économiques.

Une série de dix-neuf indices correspondent à des zones géographiques : cinq pour le monde, cinq pour l’Europe, quatre pour l’Amérique du Nord et les États-Unis et cinq pour l’Asie.

A partir de ces indices de base, il est possible de pratiquer l’exclusion de secteurs économiques sensibles. Certains indices excluent un ou plusieurs des secteurs de l’alcool, du tabac, du jeu, des armements, des armes à feu et de la pornographie. Par exemple, le DJSI World ex. Alcohol est l’indice suivant les entreprises du monde entier mais en excluant le secteur de l’alcool.

Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance

Les indices DJSI procèdent à une sélection des meilleurs entreprises selon des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Les notes sont fournies par la société de gestion Sam.

Seules un peu plus de 10% des entreprises sont sélectionnées dans chaque secteur économique. Pour les indices Monde, environ 300 entreprises sont retenues sur 2500.

Les indices DJSI considèrent cinquante-huit secteurs économiques regroupés en dix-neuf supersecteurs tels que la chimie, l’automobile, les médias, les télécommunication, etc.

L’indice publie le nom des leaders de chaque supersecteurs, ainsi que les principales entrées ou sorties du classement annuel. En 2011, BMW est leader dans le secteur de l’automobile, Pepsico dans celui de la nourriture et de la boisson, Pearson dans celui des médias et Air France KLM dans le secteurs des voyages et loisirs, pour ne donner que quelques exemples.

Suivre la performance de l’ISR

Les indices permettent de suivre la performance des entreprises sélectionnées. Une comparaison avec les indices globaux montre que la performance de l’ISR est assez comparable à celle de la gestion classique. Le DJSI World a suivi une évolution très voisine de celle du MSCI World depuis sa création en 1999 (voir graphique 1).

indice_Dow_Jones_Sustainability

Quant au DJSI Europe, voici son tracé en comparaison de celui DJ Stoxx 600. Le DJSI Europe suit la performance du top 20% des 600 principales sociétés européennes.

indice_Dow_Jones_Sustainability

Le suivi de ces indices « responsables » nous renvoie au débat sur la performance de l’ISR, débat qui est loin d’être tranché.

Pour prolonger, sur le même sujet:

Exclure le tabac d’un portefeuille ISR

Mardi 18 octobre 2011

actions-exclure-tabac-portefeuille-bourseLe prix du tabac vient d’augmenter en France. La hausse de 6 %, voulue par le Gouvernement, devrait rapporter 600 millions d’euros à l’État.

Derrière cette mesure fiscale, il y a un problème de santé publique, des questions économiques, mais aussi des interrogations éthiques. L’éthique préoccupe notamment l’investisseur : doit-il exclure de son portefeuille les entreprises du secteur du tabac pour ne pas favoriser une industrie qu’il juge nocive ?

L’exclusion, à l’origine de l’ISR

Exclure un secteur économique est une démarche typique de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Ainsi, les pionniers de l’ISR l’ont pratiquée. Les Quakers, au États-Unis au XVIIIe siècle, ont ainsi très tôt décidé de ne pas investir dans la vente d’armes et le trafic d’esclaves. Aujourd’hui, cette approche a cours aux États-Unis, en Scandinavie, en Grande-Bretagne. En France, elle est minoritaire.

Les avocats de l’exclusion du tabac insistent sur la nocivité du produit. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France, avec environ 66 000 décès chaque année.

La fiscalité est un moyen (souvent imparfait) de juguler la consommation. Chaque année l’État perçoit 10 milliards d’euros de taxes sur les ventes de tabac. L’essentiel va dans les caisses de la Sécurité sociale. Le coût social du tabac, à savoir les coûts supportés par la collectivité (dépenses de santé, campagnes de prévention, perte de revenus et de production, etc.), est estimé lui aussi à 10 milliards d’euros. Il y a quinze millions de fumeurs en France (source : Tabac info service).

Exclure le tabac : une conviction

Ne pas investir dans le tabac est une question de conviction. En France, certains gérants ISR ont choisi d’exclure le tabac de leurs portefeuilles. La Financière de Champlain, par exemple, pratique l’exclusion de secteurs en n’investissant pas dans les entreprises dont plus de 5 % du Chiffre d’affaires provient de l’armement, l’alcool, la pornographie, les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) ou le tabac.

Ces exclusions sectorielles sont conjuguées à d’autres exclusions et à des critères positifs, détaillées dans le Livre blanc de cette société de gestion. L’un de ses fonds, Performance responsable répond à cette approche d’exclusion.

Risque de la performance

Pour les gérants, la réflexion éthique est mise en balance avec une réflexion sur la performance. C’est ce qu’expliquent David Diamond, responsable de l’ISR et Mathilde Moulin, analyste ISR*:

« Il convient de prendre en compte dans la réflexion la demande réelle du client, qui n’est pas forcément prêt à accepter le risque sur la performance, induit par l’exclusion de l’univers d’investissement de secteurs entiers ».

En réponse à ce souci, ils proposent de remplacer l’exclusion par une sélection selon certains critères :

« ne pas exclure de facto l’ensemble d’un secteur, mais d’introduire un filtre sur des critères clés de responsabilité tel l’information des consommateurs et les pratiques commerciales et de ne sélectionner que les groupes disposant d’un positionnement excellent, en absolu et non en relatif, sur ces critères ».

Un fonds qui a du vice

Si le débat sur la performance est si tendu, c’est que les secteurs tels que le tabac ou l’alcool sont réputés pour offrir un retour sur investissement intéressant. Les produits addictifs exercent un attrait sur le consommateur.

Partant de ce constat, l’Américain Dan Ahrens a eu l’idée de créer un fonds basé sur des placements non éthiques. C’est le Vice Fund, créé en 2002.

Il investit sur le tabac, l’alcool, l’armement, et les jeux d’argent. En somme, c’est l’exact contraire d’un Investissement Socialement Responsable.

Aux dernières nouvelles, ce « fonds du vice » se porterait à merveille, sur performant l’indice des 500 principales valeurs américaines, le S&P 500 (L’Expansion).

Investir en connaissance de cause

Mais ces chiffres ne troublent l’investisseur responsable. John R. Talbott, auteur d’ouvrages sur la finance, reconnaît que les produits addictifs, comme l’alcool et le tabac, offrent de bonnes performances financières, mais il n’en fait pas de « bons » investissements pour autant :

« Mais voulez-vous vraiment être propriétaire d’une entreprise qui vend des produits addictifs mortels ? Je peux pardonner aux fumeurs qui contractent un cancer du poumon ou aux buveurs qui détruisent leur foie, parce que ces produits créent une forte dépendance, et que, dans ce cas, le libre arbitre humain ne fonctionne pas correctement. Mais je ne pourrais jamais pardonner aux investisseurs rationnels qui choisissent de posséder des parts d’entreprises qui vendent ces produits. Leur décision, même si elle me paraît irrationnelle, est prise en pleine connaissance de cause ».

(J. R. Talbott_ Les 86 plus gros mensonges sur Wall Street)

Lettre ISR Allianz global investors, mars 2011

Copyrights : incurable_hippie sur Flickr

Six familles pour explorer les nuances de l’Investissement Socialement Responsable (2/2)

Mardi 27 septembre 2011

Suite et fin de l’entretien avec Vincent Auriac, d’Axylia Conseil : un gérant qui conseille des sociétés et des associations pour leur investissement responsable.

Les avocats de l’engagement

Investissement socialement responsable les avocats de l'engagement« Les avocats de l’engagement ce sont tout ce que les anglo-saxons appellent l’engagement. Ce mot en anglais signifie à la fois « discuter » et « se fiancer ».

L’idée est de se dire qu’il y a des problèmes à caractère environnemental, social on de gouvernance et que le seul fait de noter ne va pas suffire à les résoudre. Je décide alors en tant qu’actionnaire d’engager un dialogue avec l’entreprise et lui demander qu’elle y trouve des réponses. L’approche de l’engagement est une attitude active en vue d’améliorer le comportement de l’entreprise dans laquelle j’investis.

Aux États-Unis, par exemple, les congrégations religieuses, les associations environnementales et les groupes de pression pratiquent l’engagement depuis longtemps. Les institutions religieuses américaines (juifs, catholiques, protestants et musulmans) travaillent ensemble sur ces questions depuis quarante ans.

En Europe, l’engagement concerne plutôt les questions de gouvernance. Par exemple, en Suisse, la fondation Ethos travaille depuis des années sur ce sujet. En France c’est arrivé il y a une dizaine d’années, avec la société Phitrust. Mais cela reste une approche extrêmement marginale (0,2% des encours). »

Les marqueurs d’empreinte

Investissement socialement responsable les marqueurs d'empreinte« Les gérants qui pratiquent ce genre d’ISR s’obligent à mesurer l’impact qu’ils ont sur la société. Pour eux, la performance financière n’est pas déconnectée de l‘impact sur la société.

Dans ce genre de fonds, on mesure cet impact de façon précise : combien d’emplois créés, combien de CO2 émis, etc. Cette démarche est plus exigeante. Il faut aller chercher une information qui n’est pas toujours donnée par les entreprises !

Cela traduit aussi une exigence de transparence vis à vis du souscripteur qui est souvent perdu devant la notation ISR.

Cette démarche s’est appliquée à l’origine sur des projets non cotés, le microcrédit ou les entreprises solidaires. Aujourd’hui encore, elle ne représente qu’une part minime de l’ISR en France. »

Les acteurs de la solidarité

Investissement socialement responsable les acteurs de la solidarité« Les souscripteurs de cette famille veulent résoudre des problèmes sociétaux de façon très concrète.

Cette catégorie regroupe tous les produits solidaires. Elle réunit aussi bien les l’épargne solidaire que l’épargne de partage. Selon moi, tous ces produits d’épargne appartiennent à la grande famille de l’ISR.

Ils peuvent opter pour le partage : avec un fonds de partage, je reverse une partie de mon gain à une association pour qu’elle résolve un problème de société.

L’autre approche est la démarche solidaire à travers de la microfinance. Je vais ainsi contribuer à résoudre des problèmes en investissant dans de petites entreprises non cotées que je ne pourrais pas traiter en investissant dans de grandes sociétés.

En France, il existe de nombreux produits solidaires. Le premier produit de partage est apparu peu avant le premier fonds ISR.

Depuis 10 ans sont apparus les fonds solidaires. Ils se sont développés notamment à travers de l’épargne salariale solidaire. Ces fonds investissent 5 à 10% dans des entreprises solidaires.

De 90 à 95% de ces produits solidaires sont également ISR. »

Axylia conseil
Cette société a été créée en 2005. Ses activités sont le conseil auprès
d'institutionnels (associations, congrégations religieuses) qui
investissent "responsable", d'institutions financières qui souhaitent
créer des produits ISR ou refondre des produits existants.
Elle organise les Ateliers de l'investissement responsable sur les thèmes
de l'ISR et de la philanthropie. La brochure sur les familles ISR peut vous être adressée sur
simple demande à la société Axylia.

ISR: le débat de la matérialité financière

Mardi 28 juin 2011

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est-il plus rentable ou moins rentable qu’un autre ? Cette question, que nous avons déjà abordée, est de celles qui font débat dans le monde de l’ISR. Elle nous amène à introduire le concept de « matérialité » de l’ISR.

L’ISR, on le sait, est une méthode de gestion qui intègre, en plus de critères financiers, des critères extra financiers. Ils prennent en compte l’impact d’une entreprise dans les domaines Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG). Tous ces critères n’ont pas forcément une traduction directe sur les résultats financiers de l’entreprise. Une approche matérialiste va, au contraire, ne retenir que les critères qui ont un impact financier.

« Pour les tenants les plus stricts de la matérialité, seuls sont pertinents les critères qui ont une forte probabilité, démontrée statistiquement, d’avoir une influence sur les profits d’une entreprise », explique Philippe Zaouati, dans Investir responsable.

Corrélation entre financier et extra financier

Le concept de matérialité est apparu dans une étude publiée en 2004 par la fondation suédoise Mistra et le cabinet anglo-saxon SustainAbility.

Leur étude, intitulée Values for money, suggère que les valeurs de l’ISR peuvent être mises en avant non seulement pour elles-mêmes, mais aussi en vue du profit financier. La matérialité est donc un argument à faire valoir par les agences de notation extra financières.

En démontrant qu’il existe un lien entre les critères extra financiers et la performance financière elles rendent l’ISR plus attractif aux yeux des investisseurs. Dans l’esprit de leurs auteurs, le concept de matérialité avait surtout pour but d’améliorer le travail des agences d’analyse extra financière.

« Les agences ont besoin, avant tout, pour les auteurs, d’une augmentation de capital pour investir dans du personnel, de la méthode et des outils et d’une véritable intégration de l’expertise extra financière à une expertise financière pour arriver à développer les outils de mesure permettant de déterminer la corrélation « positive » entre certains critères sociétaux et la performance financière. »

Matérialité ou activisme actionnarial

Une objection à cette idée de matérialité est venue de Peter Kinder, un des fondateurs de la première agence d’analyse extra financière aux États-Unis, cité par Stéphanie Giamporcaro-Saunière dans sa thèse*.

Selon ce pionnier de l’ISR, la matérialité occulte un aspect important de l’investissement responsable, notamment aux États-Unis : c’est l’activisme actionnarial.

Compromis entre l’argent et les valeurs

Cet activisme consiste, pour l’investisseur à prendre part activement à la gouvernance de l’entreprise. Or, l’activisme actionnarial n’a pas forcément pour visée la recherche de la performance financière.

Dans la lignée des pionniers de l’ISR, l’activisme actionnarial a souvent pour objectif d’améliorer le monde en changeant l’entreprise de l’intérieur. Il n’est donc pas compatible avec l’idée de matérialité.

Par ailleurs, la recherche de la matérialité détourne de l’objectif de l’ISR, qui est de trouver un bon compromis entre profit et responsabilité.

« La croyance des acteurs impliqués ne porte plus sur la possibilité du compromis entre l’argent et les valeurs mais sur la capacité des valeurs à se transformer en valeur ajoutée financière comme le suggère explicitement le titre : « Values for Money ». »

Le piège de la matérialité financière

En Europe aussi, la matérialité a soulevé des critiques. Christoph Butz (Pictet Asset Management) et Jean Laville (Fondation Ethos) ont mis en garde contre ce qu’ils appellent « le piège de la matérialité financière ».

Selon eux, certaines conséquences de l’action d’une entreprise ne sont pas mesurables en terme financier. Ces externalités ont un impact sur la société ou sur l’environnement, même si elles n’ont pas de matérialité.

« Le problème réside dans le fait que l’approche de la matérialité ne tient pas compte du concept économique fondamental des externalités. Pour la plupart des «biens» dont se préoccupe le développement durable (ressources naturelles intactes, atmosphère exempte de gaz à effet de serre, société juste, etc.) il n’y a tout simplement pas de marché ou, s’il existe comme pour les gaz à effet de serre, il en est encore à ses balbutiements. »

Ces critiques ont été reprises notamment par l’association Les Amis de la Terre dans leur récent rapport sur l’ISR (nous en avions parlé).

* « L’investissement socialement responsable entre l’offre et la demande : Analyse et enjeux de la construction sociale d’une épargne politique » (Université René Descartes Paris V, 2006)