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La Sicav danone communities (1/2)

Mardi 24 avril 2012

« A long terme, l’histoire de danone.communities pourrait se révéler aussi passionnante que celle de Grameen Danone », écrit Muhammad Yunus**.

C’est cette histoire que j’ai voulu retracer lors d’une conférence téléphonique réalisée avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Il est à noter que la Sicav danone.communities va bientôt évoluer. L’entretien porte sur les grandes caractéristiques de la Sicav. Nous évoquerons la nouvelle version prochainement.

Bonjour Mathieu Azzouz, pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre activité au sein d’Amundi ?

J’ai rejoint Amundi il y a à peu près un an et demi pour prendre en charge l’équipe de gestion engagée. Avant j’étais analyste extra financier et gérant ISR de fonds actions. Ici, nous gérons les fonds solidaires ou d’impact investing.

Danone.communities fait partie de cette famille. Nous avons environ 250 millions d’encours sous gestion. Nous couvrons toute une gamme : des fonds solidaires et de partage 90/10, le fonds de social business danone.communities ; un fonds d’aide au développement qui s’appelle Amundi AFD Avenirs Durables. D’autre part, nous gérons un fonds éthique appelé Hymnos, un fonds d’exclusion à forte sélectivité ISR. Ces fonds sont ouverts à tous types d’investisseurs, particuliers ou institutionnels.

Pouvez-vous rappeler comment a été créé le fonds danone.communities en 2007 ?

Le fonds a été créé en 2007, à la suite d’une rencontre de Franck Riboud et Muhammad Yunus. Les deux partenaires se sont demandé comment Danone pourrait apporter ses compétences sur des projets à impact social tout en respectant la philosophe prônée par M. Yunus pour répondre aux problématiques des populations les plus pauvres dans les pays émergents.

Ils ont réfléchi à un modèle qui permettrait de toucher le plus grand nombre. C’est ici que le Crédit Agricole a été approché et qu’est intervenue la société de gestion Amundi.

Quel est le rôle joué par chacun des acteurs, Danone, Crédit Agricole et Amundi ?>

Chacun apporte sa compétence : les projets identifiés par Danone qui apporte son expertise et sa force d’innovation en matière de nutrition- santé sont ensuite sélectionnés et approuvés par le Comité d’Orientation composé de représentants du Groupe Danone, de la société de gestion Amundi et par Omnes Capital (anciennement Crédit Agricole Private Equity), la société de gestion du FCPR.

La création de la Sicav, avec son orientation de gestion prudente et son minimum de souscription autour de 50€, permet de faire participer le plus grand nombre possible d’investisseurs (institutionnels comme particuliers) à la création de projets innovants et à fort impact social non seulement dans les pays émergents mais également en France. Et ce tout en épargnant.

Les projets sont sélectionnés selon une feuille de route très précise. Ils doivent répondre à un modèle économique pérenne et être tournés vers des objectifs sociaux comme faire reculer la pauvreté et la malnutrition et avoir un impact social auprès des communautés locales, tout en respectant les enjeux du développement durable.

Leur caractère innovant est également pris en compte dans la sélection des dossiers ainsi que la qualité, l’expérience et la personnalité de l’entrepreneur. Enfin, l’association avec des partenaires disposant de réseaux de compétences dans les pays dans lesquels sont réalisés ces investissements favorise la connaissance des marchés locaux.

Grameen Danone Foods Ltd a été le projet historique de danone.communities., pour la production de yaourts enrichis en nutriment pour lutter contre la malnutrition mais aussi créer de l’emploi local. Elle utilise le lait local et les shokti doi sont distribués par les shokti ladies qui ont pu monter leur petite entreprise grâce au micro-crédit.

Les clients sont des personnes qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, elles n’ont donc pas de réfrigérateur pour entreposer des yaourts. Danone a donc mis au point, il y a un an, un yaourt qui a cassé la chaîne du froid et qui peut être conservé à température ambiante, près de six mois. Le projet répond à trois exigences :

  • apporter une meilleure santé
  • ne pas être chers et être adaptés à la population visée
  • créer des emplois, notamment par l’utilisation de produits locaux.

5 questions qui agitent le monde du microcrédit

Mardi 31 janvier 2012

question-reponse-microcredit-Leo Reynolds-flickrLe microcrédit est qualifié de “l’innovation qui a fait le plus parler d’elle dans la lutte contre la pauvreté ” par Esther Duflo, économiste, spécialiste de la question de la pauvreté. Mais, depuis quelques années, et notamment après la crise de la microfinance en Inde, en 2010, il a aussi ses détracteurs. Faisons le tour de quelques débats qui agitent le monde du microcrédit. Nous reprenons certaines questions posées par Sylvain Allemand dans La Microfinance : la fin de l’exclusion ?

Le microcrédit : une arme contre le chômage en France ?

En France, c’est l’Adie (Association pour le Développement et L’Initiative économique) qui a développé le microcrédit. Depuis sa création en 1989, elle a octroyé plus de 100 000 prêts. Elle a permis de financer 78 000 entreprises et créer 107 000 emplois.

Maria Nowak, fondatrice de l’Adie, est convaincue de l’utilité sociale du microcrédit :

“Un chômeur coûte 13 000 euros par an et même 33 000 euros si tous les frais indirects sont pris en compte. Or une personne à qui l’on prête 2 000 euros pour lancer son affaire réussit le plus souvent à créer son propre emploi. Chacun y trouve son compte”*.

De plus, le microcrédit permet de lutter contre l’exclusion bancaire.

Le microcrédit : une vision libérale de la société ?

Le microcrédit est un prêt consenti à une personne qui crée son emploi. C’est donc un outil qui favorise le micro-entrepreneuriat. Certains y ont vu une vision libérale de la société, où chacun est considéré comme son propre employeur.

À cela, les promoteurs du microcrédit, répondent qu’ « il ne s’agit pas tant de promouvoir une vision libérale de la société qu’une troisième voie entre libéralisme et socialisme, soit qu’elle s’appelle un socialisme libéral ou un libéralisme social », explique Sylvain Allemand. « Sans nier l’importance de l’État providence, il s’agit aussi d’inciter celui-ci à se placer dans une logique dynamique de création de richesse plutôt que dans une logique passive de réparation des dégâts. »

Pourquoi y a-t-il eu une crise de la microfinance en Inde ?

En 2010 la microfinance en Inde a connu une crise très grave. Plusieurs éléments se sont combinés :

L’adoption de pratiques de la finance classique, avec notamment le groupe SKS Micro finance, leader du secteur en Inde, qui est entré en bourse. Son dirigeant voulait démontrer que le microcrédit peut être aussi rentable qu’une autre industrie. L’action de la société a vu sa valeur fondre après son entrée en bourse.

D’autre part, les Institutions de Micro finance (IMF) se sont livré une concurrence exacerbée. Des clients ont subi le surendettement. L’État de l’Andra Pradesh a connu des suicides de paysans, incapables de rembourser leurs prêts.

Suite à cette crise, l’État de l’Andra Pradesh a pris des mesures pour encadrer la microfinance. Par ailleurs, la Campagne du Sommet du Microcrédit, organisation qui recense les IMF, prévoit de créer un label. Ce label repose sur l’importance de la responsabilité et l’éthique des entreprises.

Pourquoi Muhammad Yunus a-t-il été destitué de la Grameen Bank ?

Même s’il n’a pas à proprement parlé inventé le microcrédit, Muhammad Yunus l’a popularisé dans les années 1980. Fondateur de la Grameen Bank 1976, il a reçu le Prix Nobel de la paix en 2006.

Aussi, cela a été un coup de tonnerre quand il a été destitué dela Grameenen 2011. La banque centrale du Bangladesh a pris pour argument qu’il avait dépassé la limite d’âge autorisée aux responsables de banques (71 ans contre 60 ans).

Pour ses supporters, cette décision est politique : M. Yunus avait envisagé de créer un parti alternatif et son opposition au Premier ministre du Bangladesh était connue. “Quelle que soit l’issue de cette affaire, elle témoigne de l’intérêt d’une approche géopolitique de la microfinance “, explique Sylvain Allemand.

Les taux d’intérêts du microcrédit sont-ils trop élevés ?

Quand le microcrédit a été popularisé, dans les années 1970, il existait des usuriers, prêtant à des taux très élevés. Aujourd’hui, certains critiquent les taux d’intérêt élevés pratiqués dans le microcrédit. On évoque des taux de 40 % aux Philippines ou au Kazakhstan, 50 % en Ouganda, voire 85 % au Mexique.

Selon une étude, réalisée par le CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres), le taux médian pratiqué dans 36 pays est de 26,4 %. Ces taux sont plus faibles que ceux pratiqués par les usuriers.

Ils s’expliquent par trois raisons :

  • Les IMF paient leurs ressources plus chères que les banques
  • Leurs frais administratifs sont plus élevés
  • Les taux d’intérêts élevés correspondent au risque pris

 

* cité dans Vivre mieux dès demain.

 

Le microcrédit en Bosnie-Herzégovine affecté par la crise

Mercredi 26 octobre 2011

role_microcredit_BosnieL’implantation du microcrédit en Bosnie-Herzégovine est profondément liée à l’histoire de ce pays. Après la guerre qui l’a frappé, de 1992 à 1995, la microfinance a été un moyen de relancer une économie en ruine. Le microcrédit était alors perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté, mais aussi un outil de reconstruction post-conflit.

La microfinance s’est d’abord développée grâce au soutien de la Banque mondiale. Elle a apporté premiers financements en 1997 dans le cadre des LIP (Projets d’Initiatives Locales). (source: le Réseau européen de la microfinance).

L’essor rapide du microcrédit

Par la suite, le secteur s’est largement ouvert aux sociétés privées de microfinance. L’essor du microcrédit a été très important et très rapide. Il comptait comptait près de 200 000 clients en 2006, puis 400 000 clients en Bosnie-Herzégovine en 2008.

Pour un pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, cela constitue le deuxième plus fort taux de pénétration du microcrédit au monde. Seul le Bangladesh, sa terre d’origine, possède un pourcentage d’adoption supérieur.

Des clients confrontés à l’endettement

Après cette période de croissance rapide, le secteur va entrer en crise. De nombreux clients vont être confrontés au surendettement. La législation sera alors renforcée. Elle distingue les fondations de microcrédit à but non lucratif (MCF) et les entreprises de microcrédit en vue de bénéfices (MCC).

L’endettement des clients du microcrédit en Bosnie-Herzégovine revêt plusieurs formes.

role_microcredit_Bosnie_economieTout d’abord, nombreux ont souscrit plusieurs prêts dans différentes institutions de microcrédit. Selon une étude*, 58% des clients ont souscrit au moins deux prêts. 17% en ont souscrit plus de trois.

Une fraction des clients du microcrédit (17%) sont surendettés et une autre partie (11%) sont en passe de le devenir.

Un tiers des emprunteurs se portent garants pour d’autres. Ils sont d’autant plus enclins à se porter garants qu’ils ont contracté plus d’emprunts. Alors que 14% des clients qui n’ont souscrit qu’un prêt se portent garants pour un autre client, 70% de ceux qui ont plus de trois prêts le font. Beaucoup ne sont pas conscients du risque qu’ils prennent en se portant caution pour un autre.

Selon les auteurs de l’étude, plusieurs facteurs ont contribué au surendettement des clients du microcrédit:

  • La détérioration des conditions économiques
  • L’apparition d’une culture du crédit facile
  • Le développement du secteur de la microfinance et la compétition acharnée entre les acteurs

L’impact du microcrédit en Bosnie-Herzégovine

Il n’est pas aisé d’évaluer l’impact du microcrédit sur l’économie de la Bosnie-Herzégovine.

La situation du pays en 1995 était dramatique après la guerre et les accords de Dayton. De fait, il est reconnu que le microcrédit a eu un effet positif dans la reconstruction de la société après le conflit. Il a permis aux habitants de recréer des réseaux de relations et d’échanges.

Sur le plan économique, les avis sont mitigés. Selon les évaluations de la Banque mondiale (en 2004), le premier plan d’initiative locale (Lip I) a permis de rétablir l’activité économique grâce au développement des microentreprises. Le second plan (Lip II) a créé ou maintenu 200 000 emplois et servis 98 852 clients du microcrédit, selon la Banque mondiale (citée dans Assessing microfinance: The Bosnia and Herzegovina case).

D’autres spécialistes se montrent critiques. Milford Bateman, économiste, est l’auteur de Why Doesn’t Microfinance Work? The destructive rise of local neoliberalism. Il est sévère avec la microfinance :

« Ce que l’on a surtout vu en Bosnie-Herzégovine, c’est la multiplication de petits marchands informels dans les rues percevant des revenus de misère… ce qui a poussé de nombreux commerçants établis à mettre la clé sous la porte. Au final, la microfinance a moins créé des emplois qu’elle n’a informalisé l’économie, au détriment, d’une part, du tissu des petites et moyennes entreprises qu’il aurait fallu au contraire soutenir et, d’autre part, des rentrées fiscales. » (source: Alternatives économiques)

* Cette étude est publiée sur le site du réseau européen de la microfinance.

photo: France diplomatie et CIA.

Le social-business: des entreprises qui œuvrent pour les gens et non pour le profit

Jeudi 11 août 2011

L’aventure du premier social-business* a débuté en 2005 par une discussion entre Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit et fondateur de la Grameen Bank, et Franck Riboud, le PDG du groupe Danone.

« A l’occasion d’un déjeuner à Paris, j’ai proposé à M. Riboud de lancer au Bangladesh un social-business associant Grameen et Danone. […] Il m’a demandé ce qu’était un social-business. Je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’une entreprise destinée à produire des bénéfices sociaux.», explique M. Yunus (cité dans Pour une économie plus humaine).

Produire des bénéfices sociaux

De cette discussion naitra la société Grameen Danone. Son objectif est de lutter contre la malnutrition. Elle commercialise des yaourts enrichis en vitamines. Vendre des yaourts dans des régions pauvres du Bangladesh est une mission difficile. C’est possible grâce à un réseau de vendeuses à domiciles.

L’entreprise a aussi dû faire face, en 2007, à une hausse du prix des matières premières alimentaires. Elle a surmonté cette difficulté en augmentant le prix du produit et en le vendant plus cher dans les grandes villes.

D’autres social-business ont vu le jour sur ce modèle. Grameen Veolia Water vend de l’eau potable à bas prix dans des régions où l’eau est contaminée par l’arsenic. BASF Grameen commercialise des moustiquaires imprégnées. Grameen phone permet aux habitants du Bangladesh d’accéder au téléphone portable.

Les sept principes du social-business

La réflexion sur le social-business est condensée dans les sept principes énoncés par M. Yunus et Hans Reitz, directeur du Grameen Creative Lab, incubateur de projets situé à Wiesbaden, en Allemagne:

1. L’objectif de l’entreprise consiste à lutter contre la pauvreté ou à répondre à un ou plusieurs problèmes qui menacent les individus et la société, et non à maximiser le profit

2. L’entreprise parviendra à s’autofinancer

3. Les investisseurs récupéreront uniquement le montant de leur investissement. Ils ne percevront aucun dividende.

4. Quand le montant de l’investissement aura été remboursé, les profits seront consacrés à l’expansion de l’entreprise.

5. L’entreprise sera respectueuse de l’environnement.

6. Les employés seront payés au prix du marché mais disposeront de meilleures conditions de travail.

7. Faites-le dans la joie !

Un fonds pour financer des projets de social-business

Pour financer des projets un fonds a été créé: danone.communities. Il est géré par le Crédit Agricole**, à la demande de Danone. Ce fonds permet d’accueillir des investisseurs: des actionnaires et des employés de Danone, des investisseurs institutionnels et le grand public.

Le fonds s’appuie sur la SICAV danone.communities, gérée par Ideam, la société de gestion spécialisée dans l’ISR d’Amundi, filiale du Crédit Agricole. 90% des sommes investies sont placées dans des instruments de taux monétaires et/ou obligataires, gérés si possible selon une approche ISR (Investissement Socialement Responsable) et qualifiés de peu risqués. 10% dans des entreprises dont le premier objectif est le développement sociétal, via le FCPR (Fond Commun de Placement à Risque) danone.communities. (source: danone.communities). Le Groupe Danone a investi 20 millions € dans danone.communities.

Renoncer à recevoir des dividendes

Dans son livre, Muhammad Yunus insiste sur la motivation de non profit qui anime les investisseurs. Lorsque le fonds a été créé en 2007, l’accord prévoyait un dividende de 1%. En décembre 2009, le Conseil d’administration à voté la suppression du dividende.

M. Yunus rapporte: « Toute l’assistance acclama et applaudit la nouvelle. L’un d’entre nous fit remarquer que c’était la première fois que des actionnaires faisaient la fête parce qu’ils avaient renoncé à recevoir des dividendes. C’était effectivement la première fois, mais ce ne sera pas la dernière. »

* On peut traduire le terme social-business par « entreprise sociale », mais nous préférons conserver le terme choisi à l’origine par M. Yunus. Le terme de social-business désigne des entreprises qui répondent à des besoins sociaux et parviennent à s’autofinancer mais sans générer de profit.

** Précision: BforBank appartient au groupe Crédit Agricole.