Archive pour le mot-clef ‘microfinance’

Le microcrédit au Maroc

Vendredi 10 août 2012

Carte du maroc Pour apprécier le poids de la microfinance au Maroc, on peut consulter la carte interactive de la microfinance sur le site du Centre Mohammed VI, fondation qui soutient la microfinance solidaire dans ce pays. On y voit des dizaines de points colorés correspondant à chacune des agences des Associations de Microcrédit* (AMC) qui maillent le territoire. En cliquant sur un onglet, intitulé « la carte de pauvreté au Maroc », on peut avoir une vue des zones, principalement rurales, où le taux de pauvreté peut excéder 20%.

Ceci nous rappelle que le microcrédit est considéré comme un instrument de lutte contre la pauvreté. Rappelons que « 8 millions de Marocains — soit un quart de la population — restent toujours vulnérables, soit qu’ils vivent dans la pauvreté la plus absolue, soit qu’ils soient menacés en permanence d’y tomber », selon la Banque mondiale.

La microfinance, un secteur très actif au Maroc

C’est dans ce contexte que s’est développé au Maroc, à partir de 2003, un secteur du microcrédit particulièrement florissant. En décembre 2008, près d’un million de clients totalisaient 5,7 milliards de dirhams d’actifs, soit 705 millions de dollars, selon Xavier Reille dans un rapport du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor, organisation dédiée à la promotion de la microfinance). Le Maroc à lui seul représentait de 40% des clients du microcrédit dans le monde arabe. « En 2007, le secteur de la microfinance au Maroc était l’un des plus actifs et de plus performants au monde », rappelle Xavier Reille. Ce succès a été rendu possible grâce à l’appui du gouvernement, mais aussi des bailleurs de fonds internationaux.

Vers la fin de l’année 2007, une crise commençait à poindre, avec la montée du nombre d’impayés. Selon Xavier Reille, elle s’explique par une croissance non maîtrisée du secteur : « Indépendamment de la crise financière mondiale, la crise du microcrédit marocain trouve ses origines dans les IMF elles-mêmes. Leurs capacités institutionnelles ont été dépassées par cette croissance exponentielle, se traduisant par des politiques de crédit laxistes, des systèmes d’information et de gestion obsolètes, des lacunes au niveau du contrôle interne et une gouvernance trop faible. »

Crise et redressement

La réponse à la crise a été trouvée par le gouvernement. Il a organisé l’acquisition de l’AMC en difficulté Zakoura pour la fusionner avec la Fondation des Banques Populaires, soutenue par une banque d’État. De leur côté, les AMC ont freiné leur croissance. Certaines ont revu leur organisation, avec dans certains cas des changement de dirigeants.

Les AMC les plus importantes échangent des informations sur les impayés de leur clientèle pour limiter les risques liés aux prêts croisés. Les quatre principales AMC se sont intégrées à la centrale des risques, qui contrôle la solvabilité des emprunteurs. Les quatre AMC que sont Al Amana, la Fondation Banque Populaire pour le microcrédit, Fondep et Ardi détiennent près de 90% du marché.

Al Amana microfinanceIl s’en est suivi une baisse des encours de crédit, rapporte le site leconomiste.com : « L’encours des crédits a baissé pour la troisième année consécutive après une croissance annuelle moyenne de 62% entre 2006 et 2008. Le total des prêts des AMC est ressorti à 4,6 milliards de DH à fin 2011, en recul de 3%. » Les AMC semblent sélectionner plus rigoureusement leurs clients et limitent le nombre des clients qui souscrivent des prêts dans plusieurs AMC.

Youssef Bencheqroun, Directeur général d’Al Amana, se veut rassurant dans une interview publiée sur le site Finance inclusive, consacré à la microfinance en Afrique : « On peut considérer que le secteur est sorti plus renforcé de la crise de 2008-2009. En effet des changements conséquents ont été menés, faisant évoluer notre modèle, qui, rappelons le, fait l’objet d’une large reconnaissance internationale, en l’adaptant progressivement aux nouvelles donnes socio-économiques ». Il rappelle : « nous avons distribué 3 millions de prêts à des populations considérées comme exclues des systèmes classiques pour 20 milliards de DH. 40 à 50% de ces sommes l’ont été dans des régions rurales enclavées. Nous sommes souvent premier partenaire financier de communautés villageoises et douars »

* On parle généralement d’IMF (Institution de microfinance), mais le terme AMC est plus souvent employé au Maroc, selon le rapport du CGAP cité plus haut.

Planet Finance, du microcrédit à l’économie positive

Mercredi 1 août 2012

Les 13 et 14 septembre se tiendra, au Havre, un Forum sur le thème de l’économie positive et responsable, sous le haut patronage du président de la République. Organisé par l’ONG Planet Finance et la ville du Havre, l’événement a pour ambition d’être le rendez-vous mondial de l’économie positive et responsable qui est « un mouvement qui vise à replacer l’humain au cœur de l’économie et du monde tel qu’il est en train de se transformer ». Il rassemblera 500 participants internationaux, experts, dirigeants, leaders du monde universitaire, politique, syndical.

Pour en savoir plus j’ai interviewé Arnaud Ventura, vice président de Planet Finance, qui a co-fondé l’ONG en 1998 avec Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand. Il raconte la genèse et la croissance de l’ONG, et développe sa vision de l’économie positive.

 

Pouvez-vous raconter votre parcours et expliquer comment vous en êtes venu à créer Planet Finance avec Jacques Attali ?

J’ai fait partie de l’équipe qui a créé Club Internet, en 1996. Puis je suis parti en Asie où j’ai participé à la création du premier fournisseur d’accès à Internet en Thaïlande. Là, j’ai pu être exposé au travail des Organisations non gouvernementales (ONG) comme Enfants du Mekong, Médecins sans frontières, etc. Ça a éveillé mon intérêt pour la solidarité. Et je me suis fait la réflexion : si une ONG avait accès à la technologie et à Internet, elle pourrait améliorer son efficacité.

Après cette année en Thaïlande, j’ai été recruté par BNP Paribas pour une mission en Argentine. J’ai aussi poursuivi mon idée d’aider les entreprises de microfinance grâce à Internet. J’en ai parlé sur un forum Internet et deux jours après j’ai reçu un message de Jacques Attali me disant que lui aussi s’intéressait à ce sujet. Je lui ai envoyé des informations sur ce projet. Il m’a tout de suite répondu. Nous nous sommes rencontrés et nous avons conçu un business plan de ce qui s’appelait alors Planet Bank en 1997. Nous avons contacté Muhammad Yunus, qui était déjà un spécialiste reconnu de la microfinance. Nous l’avons rencontré lors d’une de ses venues en France. C’est ainsi qu’on a lancé ce projet qui avait pour but d’utiliser les nouvelles technologies pour développer le secteur de la microfinance.

Nous avons créé Planet Finance en 1998. Nous avons débuté avec deux mécènes, Michel David-Weill, de la banque Lazard et Benjamin de Rothschild. Notre ONG était très petite au début, même si elle était déjà assez visible grâce à la notoriété de Jacques Attali.

 

Comment a évolué votre ONG, Planet Finance, à mesure que le secteur de la microfinance s’est développé ?

Chez Planet Finance, nous avons développé un réseau à l’international en créant des programmes et des bureaux sur le terrain. En 2005, nous comptons des bureaux dans une quarantaine de pays, des programmes dans une soixantaine de pays et on appuie des centaines d’institutions de microfinance.

A partir de 2005, voyant que le secteur change et que beaucoup d’investisseurs s’y intéressent, nous faisons évoluer notre ONG. Certaines activités financées par des dons peuvent devenir pérennes, c’est pour quoi on décide de créer des sociétés pour atteindre les deux objectifs : notre mission sociale de lutter contre la pauvreté par le développement de la microfinance, mais aussi un objectif de profitabilité pour servir des investisseurs. Nous créons alors des filiales et nous transformons l’ONG en un groupe. L’ONG gère la partie assistance technique. L’ONG et la fondation sont actionnaires de sept entreprises. Par exemple, FinanCité soutient des entreprises en France. Microcred finance des micro entrepreneurs dans les pays émergent. Planet ResponsAbility finance des institutions de microfinance. Planet Garantee propose des assurances. Planet Rating réalise des évaluations. Le groupe compte plus de 1700 salariés dans 40 pays et on prête directement ou indirectement près de 700 millions d’euros à des entrepreneurs.

 

Comment est apparue cette idée d’économie positive et responsable ?

L’idée part du constat suivant. La microfinance est l’exemple d’un secteur qui vient du social et qui s’est beaucoup développé grâce à l’aide d’investisseurs responsables. De nombreux acteurs de ce secteur ont à la fois un objectif de rentabilité financière mais aussi des objectifs de performance sociale. La microfinance a évolué dans ce sens, tout comme de nombreux acteurs comme le social business.

Et en parallèle à cela, on voit les entreprises classiques développer des programmes de responsabilité sociale (RSE). Au début, certaines le font dans un but de communication. Mais des entreprises prennent conscience que la responsabilité sociale doit faire partie de leur cœur de métier. L’économiste américain Michael Porter a écrit un article qui a fait beaucoup de bruit sur la « valeur partagée ». Les entreprises, pour être pérennes et avoir un avantage compétitif sur leurs concurrents doivent être des entreprises sociales et doivent s’intéresser à autre chose qu’à leurs profits à court terme. Si l’entreprise ne s’intéresse pas à fournir un vrai service au client ou si on traite mal ses salariés, cela va se savoir rapidement et l’entreprise sera perdante. Si l’entreprise n’est pas bien intégrée dans l’environnement local, que l’on pollue l’environnement, elle sera également perdante. Au-delà de l’article de Porter, un mouvement global rassemble des entrepreneurs qui estiment que la création de valeur pour l’ensemble de la société est essentielle.

 

Pourquoi avoir organisé ce forum et qu’en attendez-vous ?

Nous avons pensé qu’il n’y avait pas beaucoup d’endroits où des acteurs de ces deux mondes, convaincus par ces visions et ces valeurs, pouvaient se retrouver. D’autre part, il n’y avait pas beaucoup de prise de conscience de cette évolution de l’économie. L’idée de ce mouvement lancé au Havre, c’est de faire participer et d’illustrer en deux jours cette vision de l’économie. Les quatre types d’acteurs présents lors du Forum sont des entrepreneurs sociaux et des entrepreneurs classiques, des économistes, des acteurs de la sphère sociale (syndicalistes et représentants d’ONG) et des représentants de l’État. Tous ces acteurs ont leur rôle à jouer, dont le chef de l’État qui nous fait l’honneur d’être présent. Par la suite, nous voulons monter un club autour de cette économie-là et nous sommes aussi en train de lancer web TV pour partager les bonnes pratiques de ce qu’on a appelé l’économie positive. Notre objectif est que les entrepreneurs prennent conscience que la création de valeur va au-delà de la création de valeur pour les actionnaires.

La Sicav danone communities (2/2)

Mercredi 25 avril 2012

Suite de notre entretien avec avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Pouvez-vous préciser quelle est l’orientation de gestion de cette Sicav que vous qualifiez de prudente ?

danone.communities entre dans le cadre réglementaire des fonds 90/10. La stratégie d’investissement de la sicav consiste à investir au moins 90 % de l’actif dans une sélection d’OPCVM privilégiant une approche “Investissement Socialement Responsable (ISR) et au maximum 10 % dans le FCPR danone.communities.

Nous avons privilégié une orientation prudente sur les 90 %, pour ne pas pénaliser nos investissements dans les projets. Une orientation plus dynamique introduirait une volatilité plus élevée et donc pourrait nous amener en raison d’une baisse de nos actifs à des dépassements de ratios réglementaires pour la part des 10% investis dans les projets

Un deuxième point a sous-tendu notre réflexion. Dans les projets solidaires classiques, on investit dans des associations qui peuvent avoir 20 ou 30 ans d’existence avec un business plan déjà bien établi. Mais ici, dans notre contexte, on part de zéro. Les projets ont besoin de temps d’existence pour démontrer leur pérennité.

Il fallait donc que les 90 % soient investis de manière prudente afin de pouvoir accompagner les projets du FCPR sur le long terme. Nous proposons trois compartiments qui se différencient par leurs profils rendement/risque qui s’échelonnent sur une durée minimum de placement recommandée allant de 6 mois à 5 ans.

Quel est le profil des investisseurs ?

Danone.communities est destiné à tout type d’investisseurs : des investisseurs institutionnels mais aussi des particuliers via nos réseaux partenaires qui sont aujourd’hui principalement des clients de la banque privée. Le fonds est également ouvert aux salariés de Danone qui peuvent investir via l’épargne salariale de leur société.

Comment se manifeste leur intérêt à l’impact social des projets ?

En terme de performance financière, depuis un an et demie, avec ce qu’offre l’Eonia (Euro Overnight Index Average), sur lequel est basé l’objectif de gestion, on n’observe pas de sorties significatives. Les investisseurs sont donc bien des personnes qui comprennent qu’ils doivent accompagner des projets sur le long terme et qui s’intéressent autant à l’impact social des projets qu’à la performance financière en elle-même. Ils veulent savoir où va leur argent.

L’impact social des projets se mesure au travers d’indicateurs tels que la contribution à la santé publique, le recul de la malnutrition, l’accès à l’eau, la lutte contre la pauvreté et la création d’emplois.

Quelques impacts sociaux des 3 projets emblématiques du FCPR :

Avec le soutien d’un réseau solide de Shokti Ladies (878), les ventes ont nettement progressé en fin d’année, en particulier avec un pic des ventes de près de 2.9 millions d’unités en octobre 2011. D’autre part, les résultats encourageants de l’étude menée par Gain et l’université John Hopkins sur l’impact sur la santé des enfants ciblés par le Shokti Doï, yaourt renforcé en micronutriments produit par Grameen Danone Foods Ltd, devraient être rendus publics cette année.

La Laiterie du Berger (Sénégal), deuxième projet du fond, a une mission précise, qui est celle de valoriser la production de lait frais et local et d’améliorer les conditions de vie des éleveurs Peuls. En 2011, cette mission s’est renforcée avec une croissance des ventes (+60% en août) soutenue par une nouvelle campagne de publicité et une distribution plus étendue. D’autre part, le projet a franchi une étape importante de sa consolidation financière avec, notamment, l’atteinte d’un excédent brut d’exploitation positif en octobre 2011.

Depuis sa création, 1001 Fontaines a installé 54 stations d’eau et touche près 70 000 personnes par jour. Chai Lo, son fondateur cambodgien, a reçu cette année le prix du « Meilleur Entrepreneur Social 2011 » pour l’Asie par la Fondation Schwab.

Comment va évoluer à l’avenir la Sicav danone.communities ?

Pour l’instant la Sicav réunit 70 millions d’euros et nous avons besoin d’atteindre 100 millions d’euros pour mener à bien tous les projets..

Nous venons de lancer une version 2 de la Sicav, avec l’idée de mieux adapter l’orientation de gestion à l’environnement économique, de mieux distinguer les trois compartiments afin de pouvoir satisfaire les besoins d’épargne d’un plus grand nombre d’investisseurs potentiels, en différenciant mieux les 3 profils de gestion proposés au travers de la SICAV. L’horizon d’investissement ira de 6 mois à 5 ans, et introduira pour le dernier compartiment une part en actions tout en conservant un profil de gestion prudent adapté.

L’un des projets de danone.communitites a été récemment développé en France. De quoi s’agit-il ?

C’est le projet Isomir. Il a été lancé l’année dernière, en partenariat avec l’Adie, institut de microfinance. Il vise à rapprocher les agriculteurs de leurs consommateurs. Cela consiste à créer des locaux préfabriqués proches des consommateurs. L’agriculteur va pouvoir venir y entreposer ses produits ou les produire sur place s’il s’agit de fromages. L’objectif est d’apporter une alimentation bio à des populations qui ont subi une désurbanisation ou un moindre accès à l’alimentation de base.

Pour conclure, pouvez-vous résumer en quelques mots la Sicav danone.communities ?

Un projet innovant permettant au plus grand nombre de participer au financement de projets à fort impact social tout en épargnant de manière prudente.

 

* précision : BforBank est une filiale du Crédit Agricole

** Muhammad Yunus, Pour une économie plus humaine, p. 23.

L’impact investing : social et environnemental au-delà du résultat financier

Mercredi 15 février 2012

Observons quelques situations dans le monde, sans rapport apparent. À New York par exemple, une mère à faibles revenus vient d’emménager dans un logement. Ce logement a été construit grâce à un prêt accordé par un fonds destiné à encourager des constructions de type social. Ce fonds, créé par des fondations privées, accorde des prêts à faible taux d’intérêt pour soutenir ce projet.

Autre lieu, autre problématique. Dans une zone rurale de la Tanzanie, un étudiant lit un livre, éclairé par la lumière électrique produite par un panneau photovoltaïque que sa mère a acheté à crédit à un distributeur local. Cette société a pu s’installer dans ce village grâce à E+Co, un fonds à but non lucratif, dédié au financement de projets dans les énergies renouvelables. (source : Monitor institue)

Cette New-Yorkaise et ce Tanzanien ont un point en commun : ils bénéficient tous deux de ce qu’on appelle l’impact investing.

L’impact investing se définit comme un investissement qui crée un impact positif au-delà du résultat financier (source : JP Morgan)

Impact investing vs ISR

Attention cela dit aux confusions possibles. L’impact investing se différencie de l’Investissement Socialement Responsable (ISR) :

« On distingue l’impact investing de l’ISR, qui cherche généralement à minimiser l’impact négatif des entreprises plutôt que de chercher à créer un impact positif dans le domaine social ou environnemental », expliquent les auteurs de l’étude de JP Morgan.

De plus, alors que l’ISR est un champ déjà bien constitué, l’impact investing est en train de se mettre en place. Commencent à apparaître des organisations, des fonds de financement, des outils de mesure et une clientèle spécifique pour ce type d’investissement.

Mesurer l’impact social des investissements

L’impact investing n’est pas non plus qu’une collection d’initiatives localisées. Ses professionnels se sont regroupés notamment au sein du GIIN (Global Impact Investing Network).

Cette organisation a été lancée en 2009 lors de la réunion annuelle de la Clinton Global Initiative, menée par l’ancien président des États-Unis. Les fondateurs du GIIN sont JP Morgan, la fondation Rockefeller et USAID. Il compte une cinquantaine de membres.

Un des projets de cette organisation est de créer des instruments de mesure et de reporting qui soient communs à tous. L’Impact Reporting and Investment Standards (IRIS) est chargé de mettre en place ces instruments.

Un répertoire des fonds d’impact investing est également publié sous le nom d’Impact base. Enfin, un site permet de recruter les professionnels spécialisés dans ce secteur de la finance. En un mot, une nouvelle industrie est en train de naître, selon les promoteurs de l’impact investing.

Des financements au Sud et au Nord

Question : quels sont les secteurs concernés par l’impact investing ? Un rapport, publié fin 2011, chiffre à 4 milliards de dollars les investissements réalisés. Pour 88 % d’entre eux ils sont en dollars et pour 3 % en euros.

Les secteurs financés sont la microfinance (34 % des projets), l’alimentation et l’agriculture (15 %), les technologies vertes et énergies renouvelables (15 %), le logement (7 %), la santé (3 %), l’éducation (2 %) et l’eau (1 %).

Les investissements se font dans les pays en développement, principalement en Amérique latine (30 %), en Afrique subsaharienne (12 %), en Asie du sud et du sud est (11 %) et en Europe de l’Est, Russie et Asie centrale (11 %). Dans les pays développés, les États Unis et le Canada concentrent 30 % du total des projets.

Des causes qui motivent les investisseurs

La motivation des investisseurs est également très importante. Selon l’étude déjà citée, 62 % des investisseurs de l’impact investing sont prêts à sacrifier une partie de la performance financière pour obtenir un plus grand impact sur la société.

Selon Luther Ragin, directeur du GIIN (photo ci-contre), interviewé par Forbes :

« l’impact investing offre une opportunité de compléter et diversifier un portefeuille traditionnel avec des investissements ayant un impact social et environnemental. […] L’impact investing peut être vu comme un outil pour générer des profits en rapprochant les investisseurs avec les causes qui les concernent le plus. »

 Avez-vous déjà investi de l’argent en France dans un tel projet ? Vos feedbacks et témoignages sont les bienvenus, dans les commentaires.

5 questions qui agitent le monde du microcrédit

Mardi 31 janvier 2012

question-reponse-microcredit-Leo Reynolds-flickrLe microcrédit est qualifié de “l’innovation qui a fait le plus parler d’elle dans la lutte contre la pauvreté ” par Esther Duflo, économiste, spécialiste de la question de la pauvreté. Mais, depuis quelques années, et notamment après la crise de la microfinance en Inde, en 2010, il a aussi ses détracteurs. Faisons le tour de quelques débats qui agitent le monde du microcrédit. Nous reprenons certaines questions posées par Sylvain Allemand dans La Microfinance : la fin de l’exclusion ?

Le microcrédit : une arme contre le chômage en France ?

En France, c’est l’Adie (Association pour le Développement et L’Initiative économique) qui a développé le microcrédit. Depuis sa création en 1989, elle a octroyé plus de 100 000 prêts. Elle a permis de financer 78 000 entreprises et créer 107 000 emplois.

Maria Nowak, fondatrice de l’Adie, est convaincue de l’utilité sociale du microcrédit :

“Un chômeur coûte 13 000 euros par an et même 33 000 euros si tous les frais indirects sont pris en compte. Or une personne à qui l’on prête 2 000 euros pour lancer son affaire réussit le plus souvent à créer son propre emploi. Chacun y trouve son compte”*.

De plus, le microcrédit permet de lutter contre l’exclusion bancaire.

Le microcrédit : une vision libérale de la société ?

Le microcrédit est un prêt consenti à une personne qui crée son emploi. C’est donc un outil qui favorise le micro-entrepreneuriat. Certains y ont vu une vision libérale de la société, où chacun est considéré comme son propre employeur.

À cela, les promoteurs du microcrédit, répondent qu’ « il ne s’agit pas tant de promouvoir une vision libérale de la société qu’une troisième voie entre libéralisme et socialisme, soit qu’elle s’appelle un socialisme libéral ou un libéralisme social », explique Sylvain Allemand. « Sans nier l’importance de l’État providence, il s’agit aussi d’inciter celui-ci à se placer dans une logique dynamique de création de richesse plutôt que dans une logique passive de réparation des dégâts. »

Pourquoi y a-t-il eu une crise de la microfinance en Inde ?

En 2010 la microfinance en Inde a connu une crise très grave. Plusieurs éléments se sont combinés :

L’adoption de pratiques de la finance classique, avec notamment le groupe SKS Micro finance, leader du secteur en Inde, qui est entré en bourse. Son dirigeant voulait démontrer que le microcrédit peut être aussi rentable qu’une autre industrie. L’action de la société a vu sa valeur fondre après son entrée en bourse.

D’autre part, les Institutions de Micro finance (IMF) se sont livré une concurrence exacerbée. Des clients ont subi le surendettement. L’État de l’Andra Pradesh a connu des suicides de paysans, incapables de rembourser leurs prêts.

Suite à cette crise, l’État de l’Andra Pradesh a pris des mesures pour encadrer la microfinance. Par ailleurs, la Campagne du Sommet du Microcrédit, organisation qui recense les IMF, prévoit de créer un label. Ce label repose sur l’importance de la responsabilité et l’éthique des entreprises.

Pourquoi Muhammad Yunus a-t-il été destitué de la Grameen Bank ?

Même s’il n’a pas à proprement parlé inventé le microcrédit, Muhammad Yunus l’a popularisé dans les années 1980. Fondateur de la Grameen Bank 1976, il a reçu le Prix Nobel de la paix en 2006.

Aussi, cela a été un coup de tonnerre quand il a été destitué dela Grameenen 2011. La banque centrale du Bangladesh a pris pour argument qu’il avait dépassé la limite d’âge autorisée aux responsables de banques (71 ans contre 60 ans).

Pour ses supporters, cette décision est politique : M. Yunus avait envisagé de créer un parti alternatif et son opposition au Premier ministre du Bangladesh était connue. “Quelle que soit l’issue de cette affaire, elle témoigne de l’intérêt d’une approche géopolitique de la microfinance “, explique Sylvain Allemand.

Les taux d’intérêts du microcrédit sont-ils trop élevés ?

Quand le microcrédit a été popularisé, dans les années 1970, il existait des usuriers, prêtant à des taux très élevés. Aujourd’hui, certains critiquent les taux d’intérêt élevés pratiqués dans le microcrédit. On évoque des taux de 40 % aux Philippines ou au Kazakhstan, 50 % en Ouganda, voire 85 % au Mexique.

Selon une étude, réalisée par le CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux plus pauvres), le taux médian pratiqué dans 36 pays est de 26,4 %. Ces taux sont plus faibles que ceux pratiqués par les usuriers.

Ils s’expliquent par trois raisons :

  • Les IMF paient leurs ressources plus chères que les banques
  • Leurs frais administratifs sont plus élevés
  • Les taux d’intérêts élevés correspondent au risque pris

 

* cité dans Vivre mieux dès demain.

 

Les véhicules d’investissement en microfinance

Vendredi 18 novembre 2011

investissement_microfinanceRécemment, j’ai évoqué cet immense marché couvert qui accueille 3 000 commerçantes à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ce projet, nommé Cocovico, a nécessité un lourd investissement. La somme a été empruntée auprès d’Oikocredit, une institution de microcrédit basée aux Pays-Bas.

Ce projet a pu voir le jour grâce aux investisseurs qui apportent des fonds aux institutions de microfinance. Ces fonds spécialisés dans la microfinance sont généralement appelés Micro finance Investment Vehicules (MIV), ou Véhicules d’investissement en microfinance.

Ces MIV sont apparus dans les années 1990, quand les institutions de microfinance ont commencé leur essor.

Investir dans les pays du sud

Le principe de ces fonds consiste à lever de l’argent dans les pays du Nord pour l’investir dans des institutions de microfinance situées dans des pays du Sud. (source : microfinance.org) C’est ce que fait, par exemple, Oikocredit, quand il investit en Côte d’Ivoire.

Le capital investi dans ces MIV s’élève à 6,4 milliards d’euros, indique Microrate, agence qui scrute la microfinance et publie chaque année un rapport sur l’état des MIV. La croissance du secteur est régulière, malgré un ralentissement en 2010. (source : Microrate)

Secteur en croissance

Les investissements sont principalement dirigés vers l’Amérique latine, l’Europe et l’Asie centrale :

  • Europe et Asie centrale : 38 %
  • Amérique latine et caribéenne : 35 %
  • Asie est et Pacifique : 8 %
  • Asie sud : 7 %
  • Amérique du Nord (sans le Mexique) : 6 %
  • Afrique subsaharienne : 5 %
  • Moyen-Orient et Afrique du nord : 1 %

Le secteur compte une centaine de MIV. Les dix plus gros acteurs représentent 58 % du marché. Six d’entre eux font partie du Top 10 depuis au moins quatre ans : ESFE, Oikocredit, Dexia Microcredit Fund, responsAbility Global Micro finance Fund, responsAbility Micro finance Leaders and DWM SNS Institutional Micro finance Fund I.

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Oikocredit, qui est implanté notamment en France, compte 640 millions d’euros d’actif. Il recueille les investissements de 37 000 particuliers et 6 000 institutions. Les principaux pays où il investit sont l’Inde, la Bolivie, le Paraguay, le Pérou et le Cambodge (source : rapport annuel)

Le Luxembourg représente 30 % du marché, avec une législation adaptée depuis 2002, tandis que la France représente 1 %, indique le rapport Observatoire de la microfinance.

En France l’idée fait son chemin

Cette tendance à faire appel aux investisseurs privés est embryonnaire dans notre pays. La microfinance à la française préfère s’adosser à l’État.

Pourtant, l’idée fait son chemin, comme le relevait l’Observatoire du microcrédit dans son dernier rapport :

« certaines réflexions sont ainsi en cours sur la place de Paris en vue de créer des entités à même de proposer des titres obligataires dont la qualité et la performance résulteraient de la mutualisation de concours accordés à des IMF ». (rapport de l’Observatoire de la microfinance 2009).

La réglementation française autorise les fonds où 10 % au maximum sont investis dans la microfinance ou des projets solidaires.

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La première obligation de microfinance en France

Ces réflexions ont abouti, en mai 2011, à la création de la première obligation ayant pour sous-jacent une institution de microfinance. Cette obligation, a été introduite par la société Microfis. Elle financera Prasac, un organisme de microfinance cambodgien certifié par Vigeo. Elle est libellée en dollars et réservée à des investisseurs qualifiés, avec un ticket minimal de 100 000 $ (via La Tribune).

photo : Oikocredit USA

Le microcrédit en Bosnie-Herzégovine affecté par la crise

Mercredi 26 octobre 2011

role_microcredit_BosnieL’implantation du microcrédit en Bosnie-Herzégovine est profondément liée à l’histoire de ce pays. Après la guerre qui l’a frappé, de 1992 à 1995, la microfinance a été un moyen de relancer une économie en ruine. Le microcrédit était alors perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté, mais aussi un outil de reconstruction post-conflit.

La microfinance s’est d’abord développée grâce au soutien de la Banque mondiale. Elle a apporté premiers financements en 1997 dans le cadre des LIP (Projets d’Initiatives Locales). (source: le Réseau européen de la microfinance).

L’essor rapide du microcrédit

Par la suite, le secteur s’est largement ouvert aux sociétés privées de microfinance. L’essor du microcrédit a été très important et très rapide. Il comptait comptait près de 200 000 clients en 2006, puis 400 000 clients en Bosnie-Herzégovine en 2008.

Pour un pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, cela constitue le deuxième plus fort taux de pénétration du microcrédit au monde. Seul le Bangladesh, sa terre d’origine, possède un pourcentage d’adoption supérieur.

Des clients confrontés à l’endettement

Après cette période de croissance rapide, le secteur va entrer en crise. De nombreux clients vont être confrontés au surendettement. La législation sera alors renforcée. Elle distingue les fondations de microcrédit à but non lucratif (MCF) et les entreprises de microcrédit en vue de bénéfices (MCC).

L’endettement des clients du microcrédit en Bosnie-Herzégovine revêt plusieurs formes.

role_microcredit_Bosnie_economieTout d’abord, nombreux ont souscrit plusieurs prêts dans différentes institutions de microcrédit. Selon une étude*, 58% des clients ont souscrit au moins deux prêts. 17% en ont souscrit plus de trois.

Une fraction des clients du microcrédit (17%) sont surendettés et une autre partie (11%) sont en passe de le devenir.

Un tiers des emprunteurs se portent garants pour d’autres. Ils sont d’autant plus enclins à se porter garants qu’ils ont contracté plus d’emprunts. Alors que 14% des clients qui n’ont souscrit qu’un prêt se portent garants pour un autre client, 70% de ceux qui ont plus de trois prêts le font. Beaucoup ne sont pas conscients du risque qu’ils prennent en se portant caution pour un autre.

Selon les auteurs de l’étude, plusieurs facteurs ont contribué au surendettement des clients du microcrédit:

  • La détérioration des conditions économiques
  • L’apparition d’une culture du crédit facile
  • Le développement du secteur de la microfinance et la compétition acharnée entre les acteurs

L’impact du microcrédit en Bosnie-Herzégovine

Il n’est pas aisé d’évaluer l’impact du microcrédit sur l’économie de la Bosnie-Herzégovine.

La situation du pays en 1995 était dramatique après la guerre et les accords de Dayton. De fait, il est reconnu que le microcrédit a eu un effet positif dans la reconstruction de la société après le conflit. Il a permis aux habitants de recréer des réseaux de relations et d’échanges.

Sur le plan économique, les avis sont mitigés. Selon les évaluations de la Banque mondiale (en 2004), le premier plan d’initiative locale (Lip I) a permis de rétablir l’activité économique grâce au développement des microentreprises. Le second plan (Lip II) a créé ou maintenu 200 000 emplois et servis 98 852 clients du microcrédit, selon la Banque mondiale (citée dans Assessing microfinance: The Bosnia and Herzegovina case).

D’autres spécialistes se montrent critiques. Milford Bateman, économiste, est l’auteur de Why Doesn’t Microfinance Work? The destructive rise of local neoliberalism. Il est sévère avec la microfinance :

« Ce que l’on a surtout vu en Bosnie-Herzégovine, c’est la multiplication de petits marchands informels dans les rues percevant des revenus de misère… ce qui a poussé de nombreux commerçants établis à mettre la clé sous la porte. Au final, la microfinance a moins créé des emplois qu’elle n’a informalisé l’économie, au détriment, d’une part, du tissu des petites et moyennes entreprises qu’il aurait fallu au contraire soutenir et, d’autre part, des rentrées fiscales. » (source: Alternatives économiques)

* Cette étude est publiée sur le site du réseau européen de la microfinance.

photo: France diplomatie et CIA.

Malaise dans la microfinance en Inde

Mardi 11 janvier 2011

« Dans les années 1970, quand j’ai commencé à travailler sur ce qui allait s’appeler ”microcrédit”, un de mes objectifs était d’éliminer la présence d’usuriers qui s’enrichissent sur le dos des pauvres. En 1983, j’ai fondé la Grameen Bank pour proposer de petits prêts que les gens, surtout des femmes pauvres, pourraient utiliser pour se sortir de la pauvreté. A cette époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour le microcrédit donnerait lieu à sa propre espèce d’usuriers. »

Voici ce qu’écrivait Muhammad Yunus, le 6 janvier dernier, en réaction à la crise qui sévit dans la microfinance en Inde.

Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix en 2006, est connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank. Le microcrédit consiste à attribuer des prêts de faible montant à des entrepreneurs qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques.

Un mauvais virage

Si M. Yunus réagit, c’est que la microfinance a sans doute pris un mauvais virage, comme il l’écrit. Plusieurs suicides de débiteurs pressés de rembourser des crédits ont eu lieu dans l’état de l’Andhra Pradesh, en Inde, fin 2010 (source: Bloomberg).

Les pratiques de certaines sociétés de microfinance sont dénoncées. Elles proposent des prêts à taux élevés et des méthodes de recouvrement agressives.

En réaction, le gouvernement de l’Andhra Pradesh a imposé, en octobre dernier, des mesures très contraignantes à ces sociétés. Les nouvelles règles leur imposent de prélever les remboursements sur un rythme mensuel et non plus chaque semaine, les obligent à recevoir ces remboursements dans un lieu public pour éviter toute pression au domicile des emprunteurs, etc. (source: Les Echos; NB le lien aboutit à un contenu payant).

Le secteur de la microfinance a connu un formidable essor, notamment en Inde. Le pays compte plus de 400 sociétés de microcrédit. Cette concurrence peut conduire certains emprunteurs à empiler les crédits.

De plus, des sociétés proposent des taux d’intérêt trop élevés, dépassant souvent les 25 ou les 30 %.

Enfin, certaines se comporteraient comme les usuriers et utiliseraient toutes sortes de moyens de pression pour contraindre les emprunteurs à rembourser.

Quand la microfinance entre en bourse

Le groupe SKS Microfinance illustre le tournant pris par le secteur. Cette société, fondée par l’entrepreneur social, Vikram Akula, est leader du secteur. Selon lui, la microfinance a un but lucratif. C’est ce qui l’a conduit à introduire sa société en bourse. L’action, émise à 985 roupies en août dernier, s’est envolée au-delà des 1400 roupies, avant de redescendre en-dessous de 700 roupies. Une société qui prête aux pauvres peut-elle être rentable au point de rémunérer des actionnaires? Tout le monde n’en est pas aussi convaincu que Vikram Akula.

Dans le même temps, Muhammad Yunus lui-même subit des critiques. Des allégations qu’ils rejette et qui pourraient bien être dues à l’inimitié que lui vouent certains politiciens de son pays, le Bangladesh (source: The Economist).

Dans son article du Herald Tribune, Muhammad Yunus estime que la microfinance a pris un mauvais virage quand on est passé d’organisations à but non lucratif, à des sociétés commerciales.

Yunus recommande de revenir au modèle économique d’origine, fondé sur le non profit. Il conseille également de limiter le taux du prêt. Enfin, les pays où le microcrédit se développe devraient se doter d’une autorité de régulation de la microfinance.

* International Herald Tribune, repris par Yunus centre.