Pour apprécier le poids de la microfinance au Maroc, on peut consulter la carte interactive de la microfinance sur le site du Centre Mohammed VI, fondation qui soutient la microfinance solidaire dans ce pays. On y voit des dizaines de points colorés correspondant à chacune des agences des Associations de Microcrédit* (AMC) qui maillent le territoire. En cliquant sur un onglet, intitulé « la carte de pauvreté au Maroc », on peut avoir une vue des zones, principalement rurales, où le taux de pauvreté peut excéder 20%.
Ceci nous rappelle que le microcrédit est considéré comme un instrument de lutte contre la pauvreté. Rappelons que « 8 millions de Marocains — soit un quart de la population — restent toujours vulnérables, soit qu’ils vivent dans la pauvreté la plus absolue, soit qu’ils soient menacés en permanence d’y tomber », selon la Banque mondiale.
La microfinance, un secteur très actif au Maroc
C’est dans ce contexte que s’est développé au Maroc, à partir de 2003, un secteur du microcrédit particulièrement florissant. En décembre 2008, près d’un million de clients totalisaient 5,7 milliards de dirhams d’actifs, soit 705 millions de dollars, selon Xavier Reille dans un rapport du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor, organisation dédiée à la promotion de la microfinance). Le Maroc à lui seul représentait de 40% des clients du microcrédit dans le monde arabe. « En 2007, le secteur de la microfinance au Maroc était l’un des plus actifs et de plus performants au monde », rappelle Xavier Reille. Ce succès a été rendu possible grâce à l’appui du gouvernement, mais aussi des bailleurs de fonds internationaux.
Vers la fin de l’année 2007, une crise commençait à poindre, avec la montée du nombre d’impayés. Selon Xavier Reille, elle s’explique par une croissance non maîtrisée du secteur : « Indépendamment de la crise financière mondiale, la crise du microcrédit marocain trouve ses origines dans les IMF elles-mêmes. Leurs capacités institutionnelles ont été dépassées par cette croissance exponentielle, se traduisant par des politiques de crédit laxistes, des systèmes d’information et de gestion obsolètes, des lacunes au niveau du contrôle interne et une gouvernance trop faible. »
Crise et redressement
La réponse à la crise a été trouvée par le gouvernement. Il a organisé l’acquisition de l’AMC en difficulté Zakoura pour la fusionner avec la Fondation des Banques Populaires, soutenue par une banque d’État. De leur côté, les AMC ont freiné leur croissance. Certaines ont revu leur organisation, avec dans certains cas des changement de dirigeants.
Les AMC les plus importantes échangent des informations sur les impayés de leur clientèle pour limiter les risques liés aux prêts croisés. Les quatre principales AMC se sont intégrées à la centrale des risques, qui contrôle la solvabilité des emprunteurs. Les quatre AMC que sont Al Amana, la Fondation Banque Populaire pour le microcrédit, Fondep et Ardi détiennent près de 90% du marché.
Il s’en est suivi une baisse des encours de crédit, rapporte le site leconomiste.com : « L’encours des crédits a baissé pour la troisième année consécutive après une croissance annuelle moyenne de 62% entre 2006 et 2008. Le total des prêts des AMC est ressorti à 4,6 milliards de DH à fin 2011, en recul de 3%. » Les AMC semblent sélectionner plus rigoureusement leurs clients et limitent le nombre des clients qui souscrivent des prêts dans plusieurs AMC.
Youssef Bencheqroun, Directeur général d’Al Amana, se veut rassurant dans une interview publiée sur le site Finance inclusive, consacré à la microfinance en Afrique : « On peut considérer que le secteur est sorti plus renforcé de la crise de 2008-2009. En effet des changements conséquents ont été menés, faisant évoluer notre modèle, qui, rappelons le, fait l’objet d’une large reconnaissance internationale, en l’adaptant progressivement aux nouvelles donnes socio-économiques ». Il rappelle : « nous avons distribué 3 millions de prêts à des populations considérées comme exclues des systèmes classiques pour 20 milliards de DH. 40 à 50% de ces sommes l’ont été dans des régions rurales enclavées. Nous sommes souvent premier partenaire financier de communautés villageoises et douars »
* On parle généralement d’IMF (Institution de microfinance), mais le terme AMC est plus souvent employé au Maroc, selon le rapport du CGAP cité plus haut.



















