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Les Quakers : à l’origine de l’Investissement responsable

Lundi 19 septembre 2011

Quakers l'origine de l'investissement responsable

Quand on recherche les origines de l’Investissement Socialement Responsable (ISR), on croise immanquablement la route de communautés religieuses. La plus ancienne d’entre elles semble être les Quakers, aux dires des spécialistes. Cette communauté religieuse a été la première, dès le XVIIeme siècle, à mettre en cohérence ses investissements financiers avec ses croyances religieuses. Ils ont notamment refusé la vente d’être humains à l’époque où sévissait l’esclavage.

Les Quakers, qui préfèrent être appelés la Société Religieuse des Amis, forment un groupe peu nombreux, mais connu à travers le monde. Ils ont notamment eu une action remarquable pendant les deux guerres mondiales, ce qui valut le prix Nobel de la Paix en 1947 à deux organisations Quakers.

Crainte et tremblement

Le mouvement a été fondé en Grande-Bretagne au XVIIeme siècle par des dissidents de l’Église anglicane. Il s’implantera le siècle suivant aux États-Unis, dans l’État de Pennsylvanie, souvent surnommé l’ « État Quaker ».

Le nom de Quakers (trembleurs) est un sobriquet donné par leurs détracteurs. Le fondateur, George Fox (1624-1691), est entré en conflit avec l’église officielle, ce qui lui valut quelques procès. Le surnom de quaker viendrait, selon certains, du conseil qu’il aurait donné à un juge qui l’interrogeait : « Fais ton salut avec crainte et tremblement ». Pour d’autres il proviendrait des manifestations d’émotions frénétiques qui se produisaient habituellement dans les cultes.

Austérité, prospérité, intégrité

Appartenant à une branche réputée austère du catholicisme, les Quakers prônent la simplicité. Ils n’en sont pas moins des commerçants et industriels prospères. Ils ont fait fortune en Grande-Bretagne. Les grandes entreprises Barclays, Lloyds, PriceWaterhouse, Clarks Shoes, Cadbury, ont des origines Quaker*.

Dans la conduite de leurs affaires, on retrouve ce goût pour l’austérité. Ainsi, ils sont réputés pour leur intégrité fondée sur le respect des contrats, le respect des prix fixés de façon équitable et l’absence d’inclination au marchandage.

Responsabilité sociale avant l’heure

Ils adoptent des principes de « responsabilité sociale » avant l’heure, portant une grande attention à l’apprentissage ainsi qu’à la sécurité et à l’hygiène au travail. Aux États-Unis, les Quakers connurent la prospérité, mais également des difficultés liées à leur différence religieuse.

Refus de l’esclavage

Ils se manifestent par leur refus d’accumuler les richesses. Ils refusent notamment de s’enrichir par deux types d’activités contraires à leurs principes : la vente d’esclaves et le commerce des armes. En 1758, au « Quaker Philadelphia Yearly Meeting », l’achat et la vente d’êtres humains furent définitivement interdits.

Recherche de la simplicité

Parmi les valeurs portées par les Quakers, la simplicité a des implications sur le plan économique.
C’est ce qu’explique Jeanne-Henriette Louis, auteur de « La Société des Amis (Les Quakers) », professeur d’Université et membre de la Société des Amis :

« Le témoignage de simplicité cherche donc à concentrer son attention sur ce qui est essentiel et éternel, sans être distrait par le transitoire et le banal. […]
Une croissance de l’économie basée sur l’extravagance, le gaspillage, et la stimulation artificielle des besoins, est comprise comme une violation fondamentale du témoignage de simplicité. […] La recherche de simplicité va de pair avec le refus de la guerre: les guerres, en effet, sont dominées par l’avidité, le désir de possession et la recherche du pouvoir. Mener une vie simple facilite le « lâcher-prise » et met à l’abri de l’utilisation de la violence afin de sauvegarder ses possessions.
La recherche de la simplicité était, jusqu’à la fin du XIXeme siècle, symbolisée par l’adoption d’un « costume Quaker » très sobre. Ce costume a disparu à présent dans la plupart des groupes, et le goût pour la simplicité revêt des formes moins littérales. »

Valeurs et investissement

Cette origine religieuse de l’ISR a imprégné les débuts de l’investissement responsable. Ainsi, par exemple, quand l’ISR s’est organisé de façon plus formelle, c’est à nouveau dans les communautés religieuses qu’il a pris son essor. En France, sœur Nicole Reille est reconnue comme la pionnière de l’investissement éthique dans notre pays.

Et lorsque sa communauté, la Congrégation Notre Dame, a voulu placer son argent en bourse dans les années 1980, elle s’est posée une question similaire à celle des Quakers : comment mettre en adéquation mes valeurs avec mes investissements ?

* sources: Encyclopédia Universalis, Wikipedia et L’origine et le développement de l’investissement socialement responsable (éditions de l’organisation).

photo: George Fox (wikipedia)