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La Sicav danone communities (2/2)

Mercredi 25 avril 2012

Suite de notre entretien avec avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Pouvez-vous préciser quelle est l’orientation de gestion de cette Sicav que vous qualifiez de prudente ?

danone.communities entre dans le cadre réglementaire des fonds 90/10. La stratégie d’investissement de la sicav consiste à investir au moins 90 % de l’actif dans une sélection d’OPCVM privilégiant une approche “Investissement Socialement Responsable (ISR) et au maximum 10 % dans le FCPR danone.communities.

Nous avons privilégié une orientation prudente sur les 90 %, pour ne pas pénaliser nos investissements dans les projets. Une orientation plus dynamique introduirait une volatilité plus élevée et donc pourrait nous amener en raison d’une baisse de nos actifs à des dépassements de ratios réglementaires pour la part des 10% investis dans les projets

Un deuxième point a sous-tendu notre réflexion. Dans les projets solidaires classiques, on investit dans des associations qui peuvent avoir 20 ou 30 ans d’existence avec un business plan déjà bien établi. Mais ici, dans notre contexte, on part de zéro. Les projets ont besoin de temps d’existence pour démontrer leur pérennité.

Il fallait donc que les 90 % soient investis de manière prudente afin de pouvoir accompagner les projets du FCPR sur le long terme. Nous proposons trois compartiments qui se différencient par leurs profils rendement/risque qui s’échelonnent sur une durée minimum de placement recommandée allant de 6 mois à 5 ans.

Quel est le profil des investisseurs ?

Danone.communities est destiné à tout type d’investisseurs : des investisseurs institutionnels mais aussi des particuliers via nos réseaux partenaires qui sont aujourd’hui principalement des clients de la banque privée. Le fonds est également ouvert aux salariés de Danone qui peuvent investir via l’épargne salariale de leur société.

Comment se manifeste leur intérêt à l’impact social des projets ?

En terme de performance financière, depuis un an et demie, avec ce qu’offre l’Eonia (Euro Overnight Index Average), sur lequel est basé l’objectif de gestion, on n’observe pas de sorties significatives. Les investisseurs sont donc bien des personnes qui comprennent qu’ils doivent accompagner des projets sur le long terme et qui s’intéressent autant à l’impact social des projets qu’à la performance financière en elle-même. Ils veulent savoir où va leur argent.

L’impact social des projets se mesure au travers d’indicateurs tels que la contribution à la santé publique, le recul de la malnutrition, l’accès à l’eau, la lutte contre la pauvreté et la création d’emplois.

Quelques impacts sociaux des 3 projets emblématiques du FCPR :

Avec le soutien d’un réseau solide de Shokti Ladies (878), les ventes ont nettement progressé en fin d’année, en particulier avec un pic des ventes de près de 2.9 millions d’unités en octobre 2011. D’autre part, les résultats encourageants de l’étude menée par Gain et l’université John Hopkins sur l’impact sur la santé des enfants ciblés par le Shokti Doï, yaourt renforcé en micronutriments produit par Grameen Danone Foods Ltd, devraient être rendus publics cette année.

La Laiterie du Berger (Sénégal), deuxième projet du fond, a une mission précise, qui est celle de valoriser la production de lait frais et local et d’améliorer les conditions de vie des éleveurs Peuls. En 2011, cette mission s’est renforcée avec une croissance des ventes (+60% en août) soutenue par une nouvelle campagne de publicité et une distribution plus étendue. D’autre part, le projet a franchi une étape importante de sa consolidation financière avec, notamment, l’atteinte d’un excédent brut d’exploitation positif en octobre 2011.

Depuis sa création, 1001 Fontaines a installé 54 stations d’eau et touche près 70 000 personnes par jour. Chai Lo, son fondateur cambodgien, a reçu cette année le prix du « Meilleur Entrepreneur Social 2011 » pour l’Asie par la Fondation Schwab.

Comment va évoluer à l’avenir la Sicav danone.communities ?

Pour l’instant la Sicav réunit 70 millions d’euros et nous avons besoin d’atteindre 100 millions d’euros pour mener à bien tous les projets..

Nous venons de lancer une version 2 de la Sicav, avec l’idée de mieux adapter l’orientation de gestion à l’environnement économique, de mieux distinguer les trois compartiments afin de pouvoir satisfaire les besoins d’épargne d’un plus grand nombre d’investisseurs potentiels, en différenciant mieux les 3 profils de gestion proposés au travers de la SICAV. L’horizon d’investissement ira de 6 mois à 5 ans, et introduira pour le dernier compartiment une part en actions tout en conservant un profil de gestion prudent adapté.

L’un des projets de danone.communitites a été récemment développé en France. De quoi s’agit-il ?

C’est le projet Isomir. Il a été lancé l’année dernière, en partenariat avec l’Adie, institut de microfinance. Il vise à rapprocher les agriculteurs de leurs consommateurs. Cela consiste à créer des locaux préfabriqués proches des consommateurs. L’agriculteur va pouvoir venir y entreposer ses produits ou les produire sur place s’il s’agit de fromages. L’objectif est d’apporter une alimentation bio à des populations qui ont subi une désurbanisation ou un moindre accès à l’alimentation de base.

Pour conclure, pouvez-vous résumer en quelques mots la Sicav danone.communities ?

Un projet innovant permettant au plus grand nombre de participer au financement de projets à fort impact social tout en épargnant de manière prudente.

 

* précision : BforBank est une filiale du Crédit Agricole

** Muhammad Yunus, Pour une économie plus humaine, p. 23.

La Sicav danone communities (1/2)

Mardi 24 avril 2012

« A long terme, l’histoire de danone.communities pourrait se révéler aussi passionnante que celle de Grameen Danone », écrit Muhammad Yunus**.

C’est cette histoire que j’ai voulu retracer lors d’une conférence téléphonique réalisée avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Il est à noter que la Sicav danone.communities va bientôt évoluer. L’entretien porte sur les grandes caractéristiques de la Sicav. Nous évoquerons la nouvelle version prochainement.

Bonjour Mathieu Azzouz, pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre activité au sein d’Amundi ?

J’ai rejoint Amundi il y a à peu près un an et demi pour prendre en charge l’équipe de gestion engagée. Avant j’étais analyste extra financier et gérant ISR de fonds actions. Ici, nous gérons les fonds solidaires ou d’impact investing.

Danone.communities fait partie de cette famille. Nous avons environ 250 millions d’encours sous gestion. Nous couvrons toute une gamme : des fonds solidaires et de partage 90/10, le fonds de social business danone.communities ; un fonds d’aide au développement qui s’appelle Amundi AFD Avenirs Durables. D’autre part, nous gérons un fonds éthique appelé Hymnos, un fonds d’exclusion à forte sélectivité ISR. Ces fonds sont ouverts à tous types d’investisseurs, particuliers ou institutionnels.

Pouvez-vous rappeler comment a été créé le fonds danone.communities en 2007 ?

Le fonds a été créé en 2007, à la suite d’une rencontre de Franck Riboud et Muhammad Yunus. Les deux partenaires se sont demandé comment Danone pourrait apporter ses compétences sur des projets à impact social tout en respectant la philosophe prônée par M. Yunus pour répondre aux problématiques des populations les plus pauvres dans les pays émergents.

Ils ont réfléchi à un modèle qui permettrait de toucher le plus grand nombre. C’est ici que le Crédit Agricole a été approché et qu’est intervenue la société de gestion Amundi.

Quel est le rôle joué par chacun des acteurs, Danone, Crédit Agricole et Amundi ?>

Chacun apporte sa compétence : les projets identifiés par Danone qui apporte son expertise et sa force d’innovation en matière de nutrition- santé sont ensuite sélectionnés et approuvés par le Comité d’Orientation composé de représentants du Groupe Danone, de la société de gestion Amundi et par Omnes Capital (anciennement Crédit Agricole Private Equity), la société de gestion du FCPR.

La création de la Sicav, avec son orientation de gestion prudente et son minimum de souscription autour de 50€, permet de faire participer le plus grand nombre possible d’investisseurs (institutionnels comme particuliers) à la création de projets innovants et à fort impact social non seulement dans les pays émergents mais également en France. Et ce tout en épargnant.

Les projets sont sélectionnés selon une feuille de route très précise. Ils doivent répondre à un modèle économique pérenne et être tournés vers des objectifs sociaux comme faire reculer la pauvreté et la malnutrition et avoir un impact social auprès des communautés locales, tout en respectant les enjeux du développement durable.

Leur caractère innovant est également pris en compte dans la sélection des dossiers ainsi que la qualité, l’expérience et la personnalité de l’entrepreneur. Enfin, l’association avec des partenaires disposant de réseaux de compétences dans les pays dans lesquels sont réalisés ces investissements favorise la connaissance des marchés locaux.

Grameen Danone Foods Ltd a été le projet historique de danone.communities., pour la production de yaourts enrichis en nutriment pour lutter contre la malnutrition mais aussi créer de l’emploi local. Elle utilise le lait local et les shokti doi sont distribués par les shokti ladies qui ont pu monter leur petite entreprise grâce au micro-crédit.

Les clients sont des personnes qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, elles n’ont donc pas de réfrigérateur pour entreposer des yaourts. Danone a donc mis au point, il y a un an, un yaourt qui a cassé la chaîne du froid et qui peut être conservé à température ambiante, près de six mois. Le projet répond à trois exigences :

  • apporter une meilleure santé
  • ne pas être chers et être adaptés à la population visée
  • créer des emplois, notamment par l’utilisation de produits locaux.

L’exclusion normative pour les investisseurs responsables

Lundi 20 février 2012

Mise à jour le 2 avril 2012: le centre de recherche Novethic est l’auteur de cette note.

Investir responsable peut amener à exclure certains investissements jugés non conformes à des principes. Mais comment décider d’exclure une entreprise ? Les investisseurs disposent d’outils pour mener leur stratégie d’Investissement Socialement Responsable (ISR). Ces outils, ce sont, notamment, les normes internationales, les traités, les conventions signées par les États.

Ces normes encadrent l’activité des entreprises. Elles permettent aux investisseurs d’exclure de leur investissement celles qui enfreignent ces normes. Par exemple, on exclura d’investir dans des entreprises qui produisent des armes controversées : mines antipersonnel ou bombes à sous-munitions.

Le fonds souverain norvégien* — le plus important en Europe — a ainsi décidé d’exclure de son investissement les entreprises Wal-Mart, Freeport McMoran, Rio Tinto ou encore Barrick Gold, rapporte une étude de Novethic, institut de recherche ISR**. Cette liste d’entreprises, mise à jour et publiée régulièrement par le fonds souverain norvégien, est très suivie par les investisseurs responsables du monde entier.

Respecter les normes internationales

Exclure des entreprises de son portefeuille est une des approches courante en ISR. L’exclusion a été une des premières démarches appliquées par les pionniers de l’investissement responsable, par exemple aux États-Unis ou en France***. Ceux-ci s’appuyaient sur des valeurs morales et religieuses pour écarter les secteurs du tabac, de l’alcool ou de l’armement.

L’exclusion normative, elle, s’appuie sur les normes internationales reconnues. Comme l’explique Novethic, elle part du principe que les entreprises doivent :

“pour satisfaire aux demandes des investisseurs responsables, être en mesure de respecter un certain nombre de normes internationales fondamentales, quels que soient l’activité concernée et le pays où elles opèrent”.

Protéger la réputation des investisseurs

L’exclusion normative a notamment pour but de protéger la réputation des investisseurs et leur éviter d’être mêlé aux controverses impliquant les entreprises dans lesquelles ils investissent.

Pour pratiquer l’exclusion normative, les normes internationales les plus utilisées sont celles de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et celles du Global Compact.

L’exclusion normative en France

En France, des investisseurs institutionnels se sont tournés vers une gestion ISR. Mais peu d’entre eux ont adopté une démarche d’exclusion normative. Parmi les neuf investisseurs institutionnels français signataires des Principes pour l’Investissement Responsable (PRI), seul le FRR pratique l’exclusion normative pour un univers international d’entreprises.

Novethic s’interroge dans son rapport :

“Les investisseurs français, malgré des attentes croissantes de leurs parties prenantes, s’inscrivent ainsi en retrait par rapport à leurs homologues néerlandais et scandinaves. Une controverse médiatique devra-t-elle intervenir pour faire évoluer cet état de fait ?”

Les normes les plus souvent utilisées

  • Les conventions de l’OIT :

Les conventions de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) permettent de s’assurer des conditions de travail appliquées dans les entreprises.

  • Les principes directeurs de l’OCDE

Les principes directeurs de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) recouvrent les questions des droits de l’Homme, de l’emploi, de l’environnement, de la lutte contre la corruption, de la concurrence, de l’intérêt des consommateurs, etc.

  • Les conventions contre la corruption

Les deux normes les plus utilisées sont la convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption et la convention des Nations Unies contre la corruption.

  • La Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Adoptée en 1948, elle concerne surtout les États, mais les investisseurs s’y réfèrent aussi pour évaluer l’action des entreprises dans les pays où elles sont implantées.

  • La Déclaration de Rio

La Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (1992) est l’outil de référence en matière d’environnement.

  • Le Global Compact

Le Global Compact a été lancé en 2000. Les entreprises adhérentes s’engagent au respect de dix principes dans les domaines des droits de l’Homme et du travail, du respect de l’environnement et de la lutte contre la corruption.

  • Le cas des armes controversées

L’exclusion des mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions est un sujet fait l’objet d’un large consensus parmi les investisseurs, même si les textes sur lesquels ils s’appuient (convention d’Ottawa et Traité d’Oslo n’ont pas été signés et ratifiés par tous les États.

* Norwegian Government Pension Fund Global

** Le rapport de Novethic s’intitule « Exclusions normatives : Investisseurs responsables face aux entreprises controversées.

*** En France, dans les investissements ISR, l’approche de sélection « best in class » est souvent préférée à celle d’exclusion. Cette approche consiste à sélectionner les meilleures entreprises selon des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG)

L’impact investing : social et environnemental au-delà du résultat financier

Mercredi 15 février 2012

Observons quelques situations dans le monde, sans rapport apparent. À New York par exemple, une mère à faibles revenus vient d’emménager dans un logement. Ce logement a été construit grâce à un prêt accordé par un fonds destiné à encourager des constructions de type social. Ce fonds, créé par des fondations privées, accorde des prêts à faible taux d’intérêt pour soutenir ce projet.

Autre lieu, autre problématique. Dans une zone rurale de la Tanzanie, un étudiant lit un livre, éclairé par la lumière électrique produite par un panneau photovoltaïque que sa mère a acheté à crédit à un distributeur local. Cette société a pu s’installer dans ce village grâce à E+Co, un fonds à but non lucratif, dédié au financement de projets dans les énergies renouvelables. (source : Monitor institue)

Cette New-Yorkaise et ce Tanzanien ont un point en commun : ils bénéficient tous deux de ce qu’on appelle l’impact investing.

L’impact investing se définit comme un investissement qui crée un impact positif au-delà du résultat financier (source : JP Morgan)

Impact investing vs ISR

Attention cela dit aux confusions possibles. L’impact investing se différencie de l’Investissement Socialement Responsable (ISR) :

« On distingue l’impact investing de l’ISR, qui cherche généralement à minimiser l’impact négatif des entreprises plutôt que de chercher à créer un impact positif dans le domaine social ou environnemental », expliquent les auteurs de l’étude de JP Morgan.

De plus, alors que l’ISR est un champ déjà bien constitué, l’impact investing est en train de se mettre en place. Commencent à apparaître des organisations, des fonds de financement, des outils de mesure et une clientèle spécifique pour ce type d’investissement.

Mesurer l’impact social des investissements

L’impact investing n’est pas non plus qu’une collection d’initiatives localisées. Ses professionnels se sont regroupés notamment au sein du GIIN (Global Impact Investing Network).

Cette organisation a été lancée en 2009 lors de la réunion annuelle de la Clinton Global Initiative, menée par l’ancien président des États-Unis. Les fondateurs du GIIN sont JP Morgan, la fondation Rockefeller et USAID. Il compte une cinquantaine de membres.

Un des projets de cette organisation est de créer des instruments de mesure et de reporting qui soient communs à tous. L’Impact Reporting and Investment Standards (IRIS) est chargé de mettre en place ces instruments.

Un répertoire des fonds d’impact investing est également publié sous le nom d’Impact base. Enfin, un site permet de recruter les professionnels spécialisés dans ce secteur de la finance. En un mot, une nouvelle industrie est en train de naître, selon les promoteurs de l’impact investing.

Des financements au Sud et au Nord

Question : quels sont les secteurs concernés par l’impact investing ? Un rapport, publié fin 2011, chiffre à 4 milliards de dollars les investissements réalisés. Pour 88 % d’entre eux ils sont en dollars et pour 3 % en euros.

Les secteurs financés sont la microfinance (34 % des projets), l’alimentation et l’agriculture (15 %), les technologies vertes et énergies renouvelables (15 %), le logement (7 %), la santé (3 %), l’éducation (2 %) et l’eau (1 %).

Les investissements se font dans les pays en développement, principalement en Amérique latine (30 %), en Afrique subsaharienne (12 %), en Asie du sud et du sud est (11 %) et en Europe de l’Est, Russie et Asie centrale (11 %). Dans les pays développés, les États Unis et le Canada concentrent 30 % du total des projets.

Des causes qui motivent les investisseurs

La motivation des investisseurs est également très importante. Selon l’étude déjà citée, 62 % des investisseurs de l’impact investing sont prêts à sacrifier une partie de la performance financière pour obtenir un plus grand impact sur la société.

Selon Luther Ragin, directeur du GIIN (photo ci-contre), interviewé par Forbes :

« l’impact investing offre une opportunité de compléter et diversifier un portefeuille traditionnel avec des investissements ayant un impact social et environnemental. […] L’impact investing peut être vu comme un outil pour générer des profits en rapprochant les investisseurs avec les causes qui les concernent le plus. »

 Avez-vous déjà investi de l’argent en France dans un tel projet ? Vos feedbacks et témoignages sont les bienvenus, dans les commentaires.

Vigeo : de la notation ISR à l’audit-conseil en RSE

Mercredi 11 janvier 2012

epargner_responsable_vigeo_wolf 359_flickrLes investisseurs qui s’engagent dans l’ISR (Investissement Socialement Responsable) ont besoin d’informations financières mais également d’informations extra-financières.

Ces dernières concernent les domaines environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Elles permettent aux investisseurs, qu’ils soient institutionnels ou particuliers, de sélectionner des titres socialement responsables.

Ces informations ESG ne peuvent être recueillies par les investisseurs eux-mêmes. C’est le rôle des agences de notation sociétales ou extra-financières. L’une d’elles, Vigeo, est une société française à dimension européenne. Elle s’est imposée comme un acteur incontournable.

Deux métiers : la notation et l’audit-conseil

Mais Vigeo n’est pas seulement une agence de notation extra-financière.

La société présidée par Nicole Notat se définit par ses deux métiers qui sont identifiés par deux marques distinctes : Vigeo rating et Vigeo enterprise.

Depuis sa création en 2002, Vigeo s’est imposé comme le premier expert européen de la notation et de l’audit-conseil des entreprises s’agissant de leurs démarches, pratiques et résultats liés aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance “ESG”. (rapport annuel 2010)

En résumé, Vigeo rating désigne l’activité de notation et de services ISR. Ils sont destinés aux investisseurs et aux gestionnaires d’actifs.

Vigeo entreprise est destinée aux entreprises et aux organisations qui veulent être accompagnées dans leur démarche RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise). Dans cet article, nous nous intéresserons principalement aux activités de Vigeo rating.

Vigeo gère également deux indices de développement durable : l’ASPI Eurozone et l’Ethibel Sustainability Index Europe. À l’instar des indices traditionnels (Dow Jones, Cac 40), ils suivent l’évolution d’un groupe de valeurs au cours du temps. (Lire notre article sur les indices Dow Jones Sustainability Index)

L’expertise ISR

La notation extra-financière consiste à collecter des informations selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Ces données proviennent des rapports d’activité publiés par les entreprises, mais aussi de celles fournies par les parties prenantes ou les médias.
Vigeo étudie plus de 2000 sociétés et organisations. Les analyses portent sur six domaines :

  • Environnement : protection de l’environnement dans la fabrication, la distribution, l’utilisation et l’élimination du produit.
  • Ressources humaines : dialogue social, conditions de travail, santé et sécurité, valorisation des emplois.
  • Droits humains : droits humains fondamentaux, libertés syndicales, négociation collective, non-discrimination, lutte contre le travail forcé et le travail des enfants.
  • Engagement sociétal : impacts sur les territoires d’implantation, contribution au développement économique et social, causes d’intérêt général.
  • Comportements sur les marchés : Relations avec les clients, les fournisseurs et les sous-traitants, respect des règles concurrentielles, prévention de la corruption.
  • Gouvernance d’entreprise : conseil d’administration, audits et mécanismes de contrôle, droits des actionnaires, rémunération des dirigeants.

Fonds verts et éthique : une étude européenne

Vigeo Italia publie tous les ans une étude sur les fonds communs de placement ISR en Europe.
Vigeo édite aussi des études thématiques. En 2010, elle a publié : RSE, de quoi les entreprises rendent-elles compte ? Et Que font les entreprises pour prévenir la corruption ?

En Europe et au-delà

Depuis sa création en 2002, Vigeo s’est développée en dehors de l’hexagone, au point de s’imposer comme un des leaders européens.

Les 89 personnes qui composent ses équipes sont installées à Bruxelles, Casablanca, Milan et Paris. La société est présente au Maroc depuis 2003. Elle accompagne des entreprises dans leur démarche RSE.

« Démonstration est faite quela RSE n’est pas seulement l’affaire d’entreprises des pays dits riches. Une quarantaine d’entreprises marocaines se sont engagées dans ce dispositif », explique Nicole Notat aux Échos.

Actionnariat et prévention des conflits d’intérêts

L’agence de notation doit apporter aux investisseurs des données fiables et se prévenir de tous risques de conflits d’intérêts. C’est pourquoi l’actionnariat est très dilué et divisé en trois collèges entre lesquels se répartissent les 13 millions d’euros de capital :

  • Les gestionnaires financiers et fonds de pensions : 46 %
  • Les organisations syndicales : 27 %
  • Les entreprises : 27 %

Nicole Notat s’est expliquée sur le risque potentiel de conflit d’intérêt dans son interview aux Échos (déjà citée) :

« Si risque potentiel de conflit d’intérêt il y a, l’enjeu consiste à le maîtriser. Un collège de 37 entreprises est au capital de Vigeo pour 0,73 % chacune, avec deux autres collèges, celui des investisseurs majoritaires et celui des syndicats/ONG. Aucun collège ne peut faire prévaloir ses intérêts au détriment des autres. C’est une sécurité en matière d’indépendance.
Depuis notre origine, 14 des entreprises actionnaires ont fait appel une fois à notre service Vigeo Entreprise. Et ces 37 entreprises actionnaires représentent moins de 1 % du nombre des entreprises notées par Vigeo Rating. »

Dates et chiffres clés

  • Chiffre d’affaires (2010) : 7,98 millions d’euros
  • 4 sites : Bruxelles, Casablanca, Milan, Paris
  • 13 nationalités
  • 36 ans de moyenne d’âge
  • 60 % de femmes
  • 89 personnes employées

2002 : création de Vigeo et acquisition d’Arese, première agence de notation ISR en France, fondée en 1997.

2003 : lancement de d’audit en responsabilité sociale.

2004 : création d’une succursale à Casablanca (Maroc).

2005-2006 : rapprochements avec le Belge Stock at Stake et l’italien Avanzi SRI Research, spécialistes de la notation ISR.

2007 : extension en Asie et partenariat avec OWW, agence de notation extra-financière basée à Kuala-Lumpur et Singapour.

2009 : partenariat avec l’espagnol Novaster pour développer des services ISR auprès des investisseurs institutionnels espagnols, portugais et andorans.

2010 : création des deux marques Vigeo rating et Vigeo Entreprise ; représentation de Vigeo au Japon

Les USA misent sur le crowdfunding pour financer les PME

Mardi 22 novembre 2011

Le crowdfunding sauvera-t-il l’Amérique ? La Chambre des représentants vient d’approuver un projet de loi pour favoriser l’investissement dans les petites entreprises. L’ “Entrepreneur Access to Capital Act” permettra aux entreprises d’attirer des investisseurs grâce au crowdfunding ou financement participatif. Il a reçu l’accord des Démocrates et des Républicains.

Le crowdfunding consiste à faire appel aux individus sur Internet pour soutenir une cause charitable ou lancer un artiste. Les milliers de fans apportent chacun de petites sommes qui constituent le capital nécessaire pour réaliser le projet.

Si les donateurs devenaient des investisseurs

Ces derniers mois, les sites de crowdfunding ont rencontré un fort succès. Mais dans le droit américain ces levées de fonds s’apparentent à de la philanthropie. Les participants à kiva, plateforme de microprêt en ligne récupèrent leur argent mais sans intérêt. Avec le nouveau projet de loi, il en ira autrement : le donateur pourra se muer en investisseur.

Selon Washington, le but du projet est “d’autoriser les entreprises à attirer les investisseurs de façon raisonnable grâce au crowdfunding (rassembler de petits investisseurs rassemblant jusqu’à 1 million de dollars). Des entrepreneurs comme des boulangers ou des fabricants de gadgets utilisent déjà les plateformes de crowdfunding pour recevoir des milliers de dollars en pures donations. Imaginez les possibilités si ces petits donateurs devenaient des investisseurs avec une part de capital.” (source : Gigaom)

Créer de l’activité et des emplois

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Cette perspective de créer de nouvelles activités et des emplois rassemble les Républicains et les Démocrates. En ces périodes de tension entre les deux camps, l’”Entrepreneur Access to Capital Act” a reçu un soutien bipartisan. Après l’étape de la Chambre des représentants, la loi reste encore à approuver.

Dans le détail, elle permettra à des particuliers d’investir de petites sommes (jusqu’à 10 000 $) dans des start-up, notamment grâce au crowdfunding. L’opération pourra se faire sans que l’entreprise ait à s’enregistrer auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission). L’investissement total est plafonné à 1 million de dollars. (source : Wall Street Journal)

Cette nouvelle disposition ouvre les levées de fonds à des investisseurs autres que les banques. Jusqu’à présent, le crowdfunding était surtout réservé aux ONG et aux organisations sans but lucratif. Les levées de fonds étaient réservées aux investisseurs qualifiés.

Obama, adepte du crowdfunding

Les commentateurs soulignent qu’Obama est un fervent partisan du crowdfunding. Un des succès de sa compagne fut d’attirer de nombreux petits donateurs sur Internet.

Mais des critiques se font entendre. L’ouverture plus large aux investisseurs peut encourager la spéculation. Le secteur des technologies est propre à ce genre d’envolée. On cite l’exemple de Facebook, dont l’évaluation atteint des sommets.

L’autre risque est qu’en facilitant l’appel aux investisseurs, on attire les fraudeurs habiles à berner les petits investisseurs.

Les sceptiques que le crowdfunding fonctionne pour financer l’album d’un chanteur. Rien ne dit qu’on peut généraliser le principe à la société tout entière. Mais, puisque l’« Entrepreneur Access to Capital Act » a recueilli un accord bis partisan, les critiques restent marginales. Preuve qu’en cette période de crise il reste un sujet de consensus en Amérique : la liberté d’entreprendre.

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