Archive pour le mot-clef ‘investissement’

La finance carbone : vers une économie soutenable

Lundi 23 avril 2012

« Le régime de croissance fondée sur la surconsommation occidentale, financée par la fuite dans l’endettement débridé et combinée à la dépendance excessive de la croissance émergente vis-à-vis de l’exportation, a révélé qu’il était insoutenable. »

Tel est le constat effectué par l’économiste Michel Aglietta, dans un article, Financer la croissance soutenable. Il y démontre la nécessité de passer d’un modèle d’économie insoutenable écologiquement à un modèle soutenable en utilisant des outils parmi lesquels il y a la finance carbone.

La finance carbone est un sujet encore assez méconnu. Son objectif est de réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz à effet de serre*, et notamment de CO2, en favorisant des investissements moins polluants.

Les dégradations de l’environnement induites par le changement climatique auront des conséquences sur les générations avenir et rendent la croissance de l’économie non soutenable. C’est pourquoi les générations d’aujourd’hui doivent s’adapter pour éviter des conséquences négatives pour les générations futures.

Les marchés du CO2 sont un des outils pour réduire l’émission de gaz à effet de serre. Le principe est d’obliger les entreprises de certains secteurs industriels à réduire leurs émissions de CO2. Un organisme distribue aux entreprises des quotas correspondant à leurs émissions. L’entreprise qui dépasse les quotas devra acheter des quotas d’émission à une entreprise qui a moins pollué.

Les marchés du carbone s’organisent autour de trois grands mécanismes, comme l’écrivent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis dans leur étude  Les Marchés carbone expliqués. Ces trois mécanismes sont

  • la création d’un marché carbone international,
  • la Mise en œuvre conjointe (MOC) et le Mécanisme
  • pour un développement propre (MDP).

Le marché européen du carbone

Il existe plusieurs marchés du carbone. Le marché européen est le plus développé.

Le marché européen du carbone, l’EU ETS (European Union Emission Trading System), a été lancé en 2005. Il inclut les 27 États de l’UE.

L’EU plafonne les émissions de CO2 dans le secteur énergétique (production d’électricité et de chaleur, raffinage, combustion) et les industries lourdes (production d’acier, de ciment, de verre et de papier). Plus de 10 000 installations industrielles sont concernées. Récemment, les compagnies aériennes ont été introduites dans l’EU ETS.

Le marché européen du carbone (EU ETS) fonctionne par échange de quotas d’émission de carbone. Une entreprise qui a besoin de quotas (parce qu’elle pollue plus) peut en acheter sur le marché. Une entreprise qui dispose d’un surplus (parce qu’elle pollue moins) peut en revendre.

D’autres marchés du carbone

Le développement de plusieurs marchés de quotas est actuellement à l’étude, expliquent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis. Les projets les plus avancés se trouvent aux États-Unis – où le programme RGGI, pour Regional Greenhouse Gas Initiative, est entré en vigueur en janvier 2009 — en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Japon.

La mise en œuvre conjointe (MOC)

Ce mécanisme consiste à mettre en œuvre des projets visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre. La mise en œuvre est dite conjointe car elle suppose la participation de deux pays parmi la liste des 38 concernés par le protocole de Kyoto, traité international signé en 1997 et visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces pays incluent notamment les pays les plus industrialisés, principalement en Europe. Les États-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto.

Les projets sont vérifiés par des certificateurs indépendants. Ils génèrent des unités de réductions des émissions (URE) correspondant aux réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Ils entraînent des transferts de quotas d’un pays à l’autre.

Le mécanisme pour un développement propre (MDP)

Ce mécanisme est identique à celui dela MOC, à la différence que les projets sont réalisés dans des pays qui n’appartiennent pas aux 38 pays de la liste du protocole de Kyoto.

Ces projets ont pour but de promouvoir l’investissement dans les pays en développement et d’encourager l’utilisation de technologies faiblement émettrices. La plupart de ces projets sont réalisés en Asie.

Le prix du carbone

Le développement du marché du carbone a permis de faire apparaître un prix du carbone. Sa valeur fluctue au fil du temps, à l’instar par exemple du prix des matières premières ou des actions.

Le prix du carbone a connu une baisse sur la période 2008-2012, passant de 20-30 € la tonne à 9€ en février 2012, selon Tendance carbone, le bulletin mensuel du marché européen du carbone, édité par CDC Climat, BlueNext et MetNext. Cette baisse s’expliquerait notamment par le ralentissement de la production industrielle en Europe et par l’incertitude concernant la rareté des quotas au-delà de 2020.

Complexe dans sa mise en œuvre, le marché du carbone se fixe donc un objectif à long terme : protéger les conditions de vie des générations futures en sauvegardant le climat.

 

 

* Le protocole de Kyoto, adopté en 1997, fixe comme objectif pour les 38 pays les plus industrialisés du monde une réduction de 5 % de leurs émissions globales de 6 gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, HFC, PFC, SF6) par rapport aux niveaux observés en 1990.

Pays de la Loire : un emprunt socialement responsable

Mardi 13 mars 2012

Le Conseil régional des Pays de la Loire a lancé une émission d’obligations à caractère socialement responsable, d’un montant de 43 millions d’euros. Ce placement a été réalisé auprès d’investisseurs institutionnels (assureurs et caisses de retraites) répondant aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Cet emprunt financera le budget 2012 de la région. Les obligations, d’une valeur nominale de 100 000 euros, ont un taux fixe de 4% (source : Région Pays de la Loire).

« Développement équilibré et durable »

Cette émission obligataire s’inscrit dans la politique de la région en matière de développement durable. « En effet, au travers de la déclinaison des actions de son Agenda 21, la Région œuvre au quotidien et au travers de ses compétences (formation professionnelle, apprentissage, solidarités, développement des transports, environnement, logement social, constructions et rénovations HQE dans les lycées) pour assurer un développement équilibré et durable de son territoire », précise le communiqué de la banque HSBC, chef de file de l’opération.

En 2009, la région, dirigée par le Parti socialiste (PS), avait déjà lancé un emprunt de 80 millions d’euros, principalement auprès des particuliers (source : La Tribune).

“Véritable banque régionale d’investissement”

Parmi les projets prévus par cette région de l’ouest, citons en trois :

  • Banque régionale d’investissement : la région souhaite aider au financement des entreprises, soit en intervenant directement, soit par des partenariats avec des établissements financiers. « Projets industriels structurants, innovations technologiques de rupture, éco-projets, développement de l’économie sociale et solidaire, pêche durable, soutien aux collectifs de PME : la Région souhaite accélérer par son intervention financière de nombreux enjeux de mutation des entreprises. » explique Christophe Clergeau, 1er vice-président en charge de l’économie et de l’innovation.
  • Transport : financer le déplacement domicile travail : la région financera une partie de l’abonnement de salariés de la région se déplaçant sur les réseaux de trains régionaux. Le déplacement domicile-travail ne coûtera pas plus de 45 euros par mois pour un salarié, la région prenant en charge le supplément, après déduction des 50% pris en charge par l’employeur.
  • Économies d’énergie et énergies renouvelables : en 2010, la Région des Pays de la Loire s’est engagée à réduire de 30 % les consommations énergétiques, à augmenter de 30 % la part des énergies renouvelables et à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020.

La région Pays de la Loire s’est notamment investie dans le développement des énergies marines renouvelables.

Critique constructive

L’opposition régionale répond à ces projets par une critique qui se veut constructive. Ainsi, le groupe UMP (Union pour un Mouvement Populaire) soutient certains projet mais déclare ”nous avons voté contre ce budget qui ne réduit pas assez les dépenses inutiles et ne priorise pas nos investissements, ce que le CESER demande depuis plusieurs sessions. Ainsi il faut emprunter 252 millions pour boucler ce budget avec un remboursement annuel de dette atteignant 120 millions ! »

Conclusion:

La région Pays de la Loire a été la première, en 2009, à lancer un emprunt obligataire pour faire appel aux épargnants (L’Express). Elle a été suivie notamment par le Limousin, l’Auvergne et la région Rhonne-Alpes, en direction des particuliers et des investisseurs institutionnels.

Que pensez-vous de ce moyen pour les pouvoirs publics de faire appel à l’épargne populaire?

La Nef : société financière alternative et écologique

Vendredi 2 mars 2012

En France, les banques sont généralement de grands groupes au nom connu du public. En revanche, on connaît moins la Nef, cette Société financière anonyme coopérative.
Cette banque alternative ne vous accueillera pas dans ses bureaux au coin de votre rue, car elle n’a pas d’agences en dur. Mais vous pourrez vous renseigner sur  la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef) dans les agences du Crédit Coopératif, qui héberge ses activités.
Mais qu’est-ce qui caractérise cette coopérative de finances solidaires aux 26 000 sociétaires ?
La réponse est à chercher du côté des investissements financés par la Nef : ce sont majoritairement sur des projets écologiques. La Nef se singularise également par les valeurs qu’elle défend, et notamment la fraternité.

Des projets écologiques, sociaux et culturels

La Nef finance principalement des projets dans le domaine du développement durable et de l’écologie.
« En 2010, les épargnants ont réaffirmé leur volonté de soutenir le financement de projets respectueux de l’environnement. Parallèlement, 63 % des prêts débloqués ont concerné des projets du secteur de l’écologie ». (source : rapport d’activité)
Le secteur « Social » a représenté 29 % des prêts débloqués et le secteur culturel, 6%.
De plus, la Nef publie la liste de tous les prêts débloqués. Les projets financés sont détaillés. « À travers cette publication destinée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent », précise-t-on sur le site.

Parmi les dernières activités financées, citons Énergie partagée, dont nous avons déjà parlé. Cette association qui vise à la construction de projets dans les énergies renouvelables : éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc. La Nef a joué un rôle moteur dans la financement de la Société en commandite par actions qui collecte des fonds pour l’association.

Terre de liens est un autre projet financé depuis quelques années. Il consiste à acquérir des terres agricoles pour les louer à des paysans pratiquant l’agriculture biologique. La Nef a un rôle d’associé commandité de la Foncière et membre du CA de l’association nationale. Terre de liens a collecté 8,5 M€ de capital en 2010 et permis l’installation de 25 fermes.

Des relations d’entraide par l’argent

L’histoire de la Nef remonte à la fin des années 1970. Un groupe d’hommes et de femmes veulent  « expérimenter entre eux des relations d’entraide par l’argent », explique-t-on sur le site. Ils créent une association, la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef). Ils s’inspirent alors de banques dites éthiques ou alternatives existant en Allemagne et en Hollande.
L’objectif de cette association sera de soutenir des projets qui ne trouvent pas de financement dans les réseaux bancaires classiques. Premier projet soutenu, en 1980 ? L’installation d’une exploitation agricole en bio-dynamie.
Lors de cette première période, les adhérents de l’association agissent avec un esprit de solidarité très fort. « Les projets sont alors financés plus sur des critères de confiance que des critères économiques traditionnels (rentabilité, endettement, etc.), les sociétaires adhérents prennent une risque supporté par l’ensemble de la communauté associative », explique Victor Grange, chargé de crédit à la Nef, dans L’autre finance, de Daniel Bachet et Philippe Naszayi.

Quand l’association devient établissement financier

La loi bancaire de 1984 oblige l’association à changer de statut, car les associations ne peuvent plus collecter des fonds et les gérer. En 1988, la  Nef adopte un statut de coopérative. La Société financière anonyme coopérative de la Nef rassemble alors 650 coopérateurs. Le Crédit coopératif se porte garant de la gestion de ses activité, ce qui lui permet de devenir une société financière agréée.

De 2005 à aujourd’hui, la Nef va croître régulièrement : de 16 000 sociétaires en 2005 à 26 000 fin 2010. Les salariés passent de 16 en 2001 à 54 en 2010.
Des militants du débuts on est passé à un recrutement plus classique du milieu bancaire. « A la politique de ressources humaines des premiers temps, axé sur la cooptation, l’embauche suite aux stages, on substitue un recrutement davantage tourné vers des personnes issues du milieu bancaire traditionnels »,  explique Victor Grange.

L’économie, domaine où s’exerce la solidarité

La Nef exprime son respect des valeurs et notamment celles de liberté, égalité et fraternité :

  • Fraternité, au sens de solidarité entre les personnes et envers les générations futures ;
  • Liberté, au sens de respect de la personne, de la liberté d’esprit et des choix individuels ;
  • Égalité, dans le sens des principes coopératifs : double qualité des membres et répartition des pouvoirs.

La fraternité, contenue dans son nom, est une valeur centrale: « Pour la Nef, l’économie est le domaine d’activité humaine au sein duquel doit s’exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d’entraide et d’exercer sa responsabilité sur les flux financiers. »
La transparence est une autre valeur mise en pratique. Comme nous l’avons vu, les projets financés sont publiés.
Les activités de la banque sont soutenus par une réflexion éthique. Un Comité d’Éthique a été créé en 2003. Il est composé de sociétaires et de personnalités représentatives des réseaux de l’économie sociale et solidaire.

Un projet de banque éthique européenne

Le projet de banque éthique a aussi une dimension européenne. La Nef est engagée dans la création d’un projet européen avec ses partenaires italiens (Banca Etica), espagnols (Fiare), belges (Crédal, Hefboom) et allemands (Oekogeno). Ce réseau est rassemblé au sein de la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthiques et Alternatives (FEBEA).
La Nef avait pour projet de fusionner avec l’italienne Banca Italia. Cette dernière n’a pas donné suite. « En 2010, après plus de trois années de travail en commun dans un projet de fusion, notre partenaire italien Banca Etica a décidé de ne pas donner suite, pour des raisons qui lui sont propres mais en lien direct avec la crise économique. »
Aujourd’hui, le projet de Banque éthique européenne est porté par la CFE (Coopérative pour une Finance Éthique), une entreprise extérieure à la Nef.

Les véhicules d’investissement en microfinance

Vendredi 18 novembre 2011

investissement_microfinanceRécemment, j’ai évoqué cet immense marché couvert qui accueille 3 000 commerçantes à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ce projet, nommé Cocovico, a nécessité un lourd investissement. La somme a été empruntée auprès d’Oikocredit, une institution de microcrédit basée aux Pays-Bas.

Ce projet a pu voir le jour grâce aux investisseurs qui apportent des fonds aux institutions de microfinance. Ces fonds spécialisés dans la microfinance sont généralement appelés Micro finance Investment Vehicules (MIV), ou Véhicules d’investissement en microfinance.

Ces MIV sont apparus dans les années 1990, quand les institutions de microfinance ont commencé leur essor.

Investir dans les pays du sud

Le principe de ces fonds consiste à lever de l’argent dans les pays du Nord pour l’investir dans des institutions de microfinance situées dans des pays du Sud. (source : microfinance.org) C’est ce que fait, par exemple, Oikocredit, quand il investit en Côte d’Ivoire.

Le capital investi dans ces MIV s’élève à 6,4 milliards d’euros, indique Microrate, agence qui scrute la microfinance et publie chaque année un rapport sur l’état des MIV. La croissance du secteur est régulière, malgré un ralentissement en 2010. (source : Microrate)

Secteur en croissance

Les investissements sont principalement dirigés vers l’Amérique latine, l’Europe et l’Asie centrale :

  • Europe et Asie centrale : 38 %
  • Amérique latine et caribéenne : 35 %
  • Asie est et Pacifique : 8 %
  • Asie sud : 7 %
  • Amérique du Nord (sans le Mexique) : 6 %
  • Afrique subsaharienne : 5 %
  • Moyen-Orient et Afrique du nord : 1 %

Le secteur compte une centaine de MIV. Les dix plus gros acteurs représentent 58 % du marché. Six d’entre eux font partie du Top 10 depuis au moins quatre ans : ESFE, Oikocredit, Dexia Microcredit Fund, responsAbility Global Micro finance Fund, responsAbility Micro finance Leaders and DWM SNS Institutional Micro finance Fund I.

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Oikocredit, qui est implanté notamment en France, compte 640 millions d’euros d’actif. Il recueille les investissements de 37 000 particuliers et 6 000 institutions. Les principaux pays où il investit sont l’Inde, la Bolivie, le Paraguay, le Pérou et le Cambodge (source : rapport annuel)

Le Luxembourg représente 30 % du marché, avec une législation adaptée depuis 2002, tandis que la France représente 1 %, indique le rapport Observatoire de la microfinance.

En France l’idée fait son chemin

Cette tendance à faire appel aux investisseurs privés est embryonnaire dans notre pays. La microfinance à la française préfère s’adosser à l’État.

Pourtant, l’idée fait son chemin, comme le relevait l’Observatoire du microcrédit dans son dernier rapport :

« certaines réflexions sont ainsi en cours sur la place de Paris en vue de créer des entités à même de proposer des titres obligataires dont la qualité et la performance résulteraient de la mutualisation de concours accordés à des IMF ». (rapport de l’Observatoire de la microfinance 2009).

La réglementation française autorise les fonds où 10 % au maximum sont investis dans la microfinance ou des projets solidaires.

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La première obligation de microfinance en France

Ces réflexions ont abouti, en mai 2011, à la création de la première obligation ayant pour sous-jacent une institution de microfinance. Cette obligation, a été introduite par la société Microfis. Elle financera Prasac, un organisme de microfinance cambodgien certifié par Vigeo. Elle est libellée en dollars et réservée à des investisseurs qualifiés, avec un ticket minimal de 100 000 $ (via La Tribune).

photo : Oikocredit USA

Les Français et l’ISR: les épargnants en quête d’information

Jeudi 13 octobre 2011

semaine_investissement_socialement_responsableLes critères environnementaux et sociaux ont une place importante dans les décisions d’investir des Français, même s’ils sont peu à connaître précisément le concept d’ISR. C’est une des conclusions de l’étude sur la perception de l’ISR par les Français, réalisée par l’Ipsos pour Eiris* à l’occasion de la Semaine de l’ISR. L’enquête a été publiée dans Les Echos. Elle révèle un réel besoin d’information et de pédagogie.

L’ISR : un concept peu connu des Français

Quand on interroge les Français sur ce qu’est l’ISR, seuls 8% savent précisément de quoi il s’agit. L’an dernier la même enquête montrait que seuls 4% des Français étaient capables de nommer et décrire un produit ISR. Même si la question n’est pas exactement la même, on peut percevoir une prise de conscience. 28% ont déjà entendu parler de l’ISR mais ne sauraient le définir et 64% n’en ont jamais entendu parler.

Pour autant, les critères environnementaux et sociaux ont une importance dans les décisions de placement. Pour 60% des investisseurs ils occupent une place très importante (14%) ou importante (46%). De plus, 45% des sondés pensent accorder à l’avenir une place croissante aux critères environnementaux, sociaux et éthiques.

Des épargnants cohérents avec leurs choix de consommateurs

L’ISR est perçu comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur et de citoyen (selon 55% des sondés). De plus, l’ISR permet de donner un sens à son épargne (46%). Il être un moyen d’utiliser l’épargne pour peser sur le comportement des entreprises (41%).

En revanche, les motivations financières n’apparaissent pas primordiales. Seuls 14% pensent que les placements ISR sont plus performants à long terme et 20% qu’ils limitent les risques.

Si l’on pose les mêmes questions à des épargnants prêt à investir en ISR, les arguments sont repris avec plus de force. Ainsi, 86% voient l’ISR comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur, 84% comme un moyen de donner un sens à son épargne et 72% comme un moyen de peser sur les entreprises.

Une forte demande d’information

Pour 75% des sondés, il n’y a pas assez d’information sur l’ISR. 66% jugent qu’on a du mal à comprendre comment les placements ISR pèsent sur le comportement des entreprises. De plus, l’information transmise manque de transparence (57%). Les épargnants prêts à investir en ISR relèvent les mêmes manques d’information sur le sujet.

Les épargnants tentés par l’exclusion

Parmi les différentes approches (ou familles) de l’ISR, le best in class est majoritaire. Pourtant, ce n’est pas celle qui séduit le plus les personnes interrogées.

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L’exclusion tente « beaucoup » 36% des sondés. Elle devance l’approche thématique (26%), l’engagement (20%), le best in class (19%) et l’épargne solidaire (13%).

Mais si on considère les personnes qui sont « beaucoup » ou « assez » tentées, c’est l’approche thématique qui arrive en tête avec 68%. Elle devance le best in class (67%), l’exclusion (64%), l’engagement 58% et le solidaire (44%).

*Eiris se définit comme une agence de recherche internationale sur la performance sociale, environnementale, éthique et de gouvernance des entreprises.

Les business angels veillent sur les entreprises innovantes

Mercredi 21 septembre 2011

Les business angels veillent sur les entreprises innovantesPourquoi ne pas investir dans une jeune entreprise innovante ? Un investissement certes risqué mais qui peut faire réaliser d’importantes plus-values.

C’est le pari que font les business angels, ces investisseurs qui participent à la création d’entreprise sans être entrepreneurs.

« Un Business Angel est une personne physique qui investit une part de son patrimoine dans une entreprise innovante à potentiel et qui, en plus de son argent, met gratuitement à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps ».

Telle est la définition donnée par France Angels, l’association qui fédère les réseaux de business angels en France.

On compte 7000 business angels en France, regroupés dans 85 réseaux, selon l’APCE. Ils seraient 40 000 en Grande-Bretagne et 400 000 aux États-Unis.

Parole de business angel : interview de Patrick Hannedouche

Patrick Hannedouche, business angelJ’ai contacté Patrick Hannedouche, 54 ans, chef d’une entreprise d’une vingtaine de salariés (source: Société.com) et business angel.

Auteur du blog Business Angel France, il nous livre son expérience sur cet investissement risqué, mais passionnant:

Pourriez-vous vous présenter et présenter votre site ?

Je suis à la base un entrepreneur puisque j’ai créé Juste à temps, le cybermarché du bureau en 1990. Fort de cette expérience, je suis devenu investisseur dans des créations d’entreprise où je peux apporter ma vision, mon expérience, mon réseau et du capital. Je suis membre de Paris Business Angels.

J’ai créé mon blog Business Angel France en 2007 pour aider les créateurs d’entreprise et amplifier le mouvement des Business Angels en France. J’y pratique le parler-vrai qui me caractérise et je m’appuie sur mon expérience.

Pour quelles raisons choisit-on de devenir business angel ?

Pour ma part, je suis devenu business angel pour partager ma passion de la création d’entreprise et participer à de belles aventures entrepreneuriales.

Sinon, je vois aussi beaucoup de confrères, notamment cadres supérieurs, devenir business angel parce qu’ils ne peuvent pas (ou n’osent pas) créer leur start-up. Également beaucoup de jeunes retraité(e)s y voient une manière de se rendre utiles.

Vous écrivez, dans votre article « Les 12 commandements d’un BA », que le choix d’investir dans une entreprise repose plus sur la qualité des équipes que sur celle du projet. Comment fait-on pour bien évaluer les qualités d’une équipe?

  • En étudiant son parcours : pour ma part, j’adore investir dans des start-ups dirigées par des serial entrepreneurs, même et je dirais surtout s’ils ont connu (et digéré !) l’échec.
  • En vérifiant qu’il y a bien une équipe et non une seule personne qui décide de tout.
  • En regardant la complémentarité (formation, expérience…) de ses membres.
  • En les rencontrant plusieurs fois dans des circonstances différentes avant d’investir.

Quel est le rôle du business angel dans la gouvernance d’une start-up?

Elle est très variable entre le business angel sleeping partner* et celui qui devient administrateur de la startup. En aucun cas son rôle est de diriger l’entreprise investie.

Comment évaluer le risque de l’investissement du business angel dans une entreprise?

Soyons clair, il est très élevé et beaucoup plus risqué que la bourse, même en ce moment ! En effet, les sorties par le bas (arrêt de l’entreprise) sont beaucoup plus nombreuses que les sorties par le haut (revente, introduction en bourse). Je n’ai pas de statistique, mais le rapport de 3 sorties par le bas pour 1 sortie par le haut me semble proche de la réalité.

Quels rôles jouent les nouveaux outils web pour rapprocher les investisseurs des créateurs d’entreprise?

Ils changent tout. Et je prendrai deux exemples :

  • Le développement des sites de mise en relation entre investisseurs et créateurs d’entreprise, comme Finance Utile et Oseo Capital PME en France ou Angellist à l’international.
  • Les réunions à distance : avec skype, l’endroit où vous êtes a beaucoup moins d’importance.

Ceci implique de bien savoir manier ces nouveaux outils, ce qui n’est pas inné chez les business angels souvent seniors contrairement aux jeunes créateurs d’entreprise majoritairement digital natives ou de la génération Y.

Comment jugez-vous la finance participative qui se développe sur Internet ? Qu’est-ce qui la différencie de l’action du business angel?

C’est très bien que la finance participative se développe sur internet, pour toucher une nouvelle population d’investisseurs souvent peu aguerrie à l’entrepreneuriat. Même si son développement est freiné par la législation, comme pour Friendsclear.

La différence essentielle tient au fait qu’il s’agit d’un prêt pour la finance participative et d’un investissement dans le capital pour un business angel.

Vous êtes entrepreneur et business angel. Qu’est-ce que ces deux fonctions vous ont apporté réciproquement ?

Pour les deux, de belles aventures humaines entrepreneuriales. Sachant que je suis aux commandes chez « Juste à temps » et copilote comme business angel. Et, croyez en mon expérience, ce n’est pas la même chose. J’ajouterai que l’un nourrit l’autre : mon activité business angel est un formidable outil de veille et un parfait laboratoire pour mon entreprise ; et réciproquement, mes 20 ans d’entrepreneuriat me permettent de mieux conseiller les jeunes entrepreneurs.

Pour compléter :

Les business angels ont généralement un patrimoine important et une bonne connaissance de l’entreprise. Ils se rassemblent autour de trois profils :

  • Ancien chef d’entreprise ou un cadre supérieur qui est en mesure d’investir de 5 000 à 200 000 euros par an.
  • Ancien chef d’entreprise qui a revendu sa société et peut investir de 50 000 à 500 000 euros par an.
  • Membre d’un family office (groupement d’investisseurs d’une même famille)

Pourquoi devient-on business angel ?

Les motivations sont diverses :

  • rechercher d‘importantes plus-values
  • participer à une aventure entrepreneuriale
  • diversifier son patrimoine financier
  • stimuler la création d’entreprise
  • bénéficier de dispositifs fiscaux avantageux

Pour aller plus loin :



* Se dit d'un investisseur qui ne s'implique ni dans la gestion ni dans
la définition de la stratégie 
de l'entreprise dans laquelle il est actionnaire

Coca-Cola, boissons sucrées et responsabilité sociale de l’entreprise

Lundi 12 septembre 2011

Coca-Cola_ boissons_sucrees_responsabilites_sociale_entrepriseLa taxe sur les boissons sucrées, annoncée par le gouvernement, n’a pas été du goût de Coca-Cola et autres producteurs de boissons non alcoolisées. La marque américaine a ainsi menacé d’annuler un investissement en France, avant de se raviser.

La taxe représente 1 centime par canette. Elle devrait rapporter 120 millions d’euros. La moitié serait payé par Coca-Cola puisque l’entreprise représente environ 50% du marché français des boissons sucrées (source: Les Echos).

Mais au-delà du débat fiscal, c’est bien la question de la responsabilité sociale de l’entreprise qui est posée. Est-elle bien ou mal posée ? Plutôt maladroitement, car le gouvernement a un peu trop ostensiblement brandi l’argument santé. Les boissons gazeuses ont été placées trop vite au banc des accusés.

Entreprises alimentaires et responsabilité sociale et environnementale

Mais du point de vue de l’investisseur engagé dans une démarche d’investissement responsable (ISR), ces questions présentent de l’intérêt. Les entreprises du secteur alimentaire ont des comptes à rendre aux consommateurs, mais aussi aux investisseurs. Elles doivent prendre de soin de notre santé, parce que c’est leur mission, mais aussi parce que c’est leur intérêt.

C’est ce qu’on observe en consultant le rapport de responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise Coca-Cola France. Nous l’avons lu à la lumière du rapport « Alimentation et boissons : quels risques dans notre assiette? », publié par IDEAM, société de gestion ISR du groupe Amundi, filiale du Crédit Agricole*.

Intéressons-nous particulièrement à deux points : l’alimentation santé et la protection de l’eau.

Lutte contre l’obésité

Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à leur santé. Les législations contraignent les entreprises à en tenir compte.

Pour lutter contre l’obésité, Coca-Cola propose des produits sans calorie. En 2009, 23% du volume vendu était représenté par des boissons sans calorie ou à faible contenu calorifique, contre 15% en 2000 (source : Ideam).

La marque développe également des produits sans sucre :

« En France, la gamme des boissons sans sucre ou à teneur réduite en sucres représente presque 60 % de notre portefeuille de produits : 26 % pour les produits sans sucres (gamme light/ zéro), soit 13 produits de notre gamme sur 51, et 31 % de produits à teneur réduite en sucres (16 produits de la gamme sur 51) ». (source: rapport Coca cola)

Marketing responsable auprès des enfants

La marque américaine adopte un « marketing responsable » auprès des enfants. Sa politique prévoit que les enfants de moins de 12 ans ne soient pas directement ciblés par le message et qu’ils ne soient pas représentés en train de boire un des produits de l’entreprise sans la présence d’un parent.

La marque ne commercialise pas ses produits dans les écoles primaires. Au collège, elle offre une gamme complète de boissons, y compris de l’eau, du jus et d’autres boissons de la gamme, soit en version traditionnelle soit en version allégée en calories.

Gestion de l’eau : controverses en Inde

La gestion de l’eau représente un enjeu environnemental et social majeur. Produire une bouteille de soda entraîne une consommation d’eau. Dans certains pays, l’entreprise rivalise avec les populations locales pour l’accès à l’eau.

En Inde, Coca-Cola a été impliqué dans plusieurs controverses, accusé de consommer trop d’eau.

Vers une production « neutre en eau »

L’entreprise a été confrontée à un mouvement dans la population locale.

« En 2004, le mouvement obtient gain de cause : le fabricant de sodas doit plier bagage, chassé par le conseil du village qui lui refuse le renouvellement de sa licence d’exploitation. Des tests montrent en effet un taux extrêmement élevé de cadmium dans les déchets rejetés par Coca-Cola ». (source: Novethic)

Depuis, Coca-Cola a travaillé pour rétablir son image de marque en Inde. Il a posé l’objectif de devenir « neutre en eau » pour tous ses produits en 2012. « Remplacer chaque goutte d’eau utilisée dans nos boissons et dans leur production », explique un responsable.

Les Français, petits buveurs de Coca-Cola

En France, Coca-Cola est leader du marché des boissons non alcoolisées, avec une part de marché estimée à 53,5%.

Pourtant, les Français sont « parmi les plus petits consommateurs par tête de Coca dans le monde », précise Tristan Farabet, le président directeur général de Coca-Cola Entreprise. (Les Échos).

Coca-Cola, déjà coté à New York, est entré en bourse à Paris, le 24 mai 2011. Cela fait suite à la séparation de ses activités européennes de celles en Amérique du Nord.

La firme américaine compte Warren Buffet parmi ses gros actionnaires. Son fonds d’investissement possède plus de 8% du capital. Il déclare être un consommateur régulier de cette boisson. Dans une de ses lettres annuelles, il affirme boire cinq canettes de Cherry Coke par jour.

Quant à la taxe sur les boissons sucrées, donnera-t-elle à Coca-Cola l’occasion de faire preuve de responsabilité sociale ?

* BforBank est une filiale du Crédit Agricole.


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6 secteurs pour investir sur la thématique écologique

Mardi 30 août 2011

Les valeurs sur les thématiques écologiques attirent l’attention croissante des investisseurs. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille de visiter le comparateur de fonds du site de BforBank. Il répertorie notamment 52 fonds du secteur écologie.

Le comparateur vous donne accès à la fiche technique de chaque fonds: caractéristiques, indicateurs de risque, performances et frais.

Ces thématiques dites « vertes » commencent à devenir attractives. Prenons l’exemple des énergies renouvelables (ENR). Ce secteur gagne en compétitivité car l’énergie devient de moins en moins coûteuse à produire. «Le coût global des énergies renouvelables est actuellement supérieur aux prix des énergies conventionnelles, mais, dans certaines conditions, il est déjà compétitif », écrit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans son dernier rapport (cité par Les Echos).

La thématique environnementale offre ainsi une large de palette d’investissements possible. Passons-les en revue* :

1. Les énergies renouvelables : ce secteur inclut le solaire et en particulier le photovoltaïque, mais aussi l’éolien, l’énergie hydraulique, la biomasse et l’énergie géothermique (Wikipedia). L’investissement dans ce secteur peut se faire en installant, par exemple, des panneaux photovoltaïques dans son habitation. Mais il peut également passer par des fonds qui ont pour thématique les énergies renouvelables.

2. L’immobilier HQE : cet immobilier Haute Qualité Environnementale désigne l’introduction de critères de développement durable pour la conception, la construction, le fonctionnement et la déconstruction des bâtiments. Il est à noter que l’HQE coexiste avec des labels comme l’HPE (Haute performance énergétique) ou le BBC (Bâtiment basse consommation). L’investissement dans l’immobilier suppose donc de se familiariser avec ces normes.

3. L’agriculture biologique : c’est un secteur stratégique, car le besoin en produits alimentaires de qualité est criant. L’agriculture biologique en France doit encore se développer. Le plan « agriculture biologique: horizon 2012 » s’était fixé pour objectif d’attendre 6% de la surface agricole utile (SAU) dédiée au bio, c’est-à-dire de tripler la SAU actuelle. (source : Ministère de l’environnement)

Pour investir dans le bio, vous pouvez par exemple, vous intéresser à la foncière Terres de liens ou à l’association Garrigue. Vous pouvez également opter pour l’originalité et acheter une vache ou ralentir l’argent, c’est-à-dire choisir de soutenir l’agriculture locale.

4. La gestion de l’eau : l’eau sera un enjeu majeur pour les années qui viennent, en France et dans le monde. Nous sommes actuellement dans la Décennie internationale d’action « l’Eau source de vie » (2005-2015), menée sous l’égide des Nations Unies.

Les entreprises innovantes dans le secteur de l’eau peuvent constituer des investissements d’avenir. Récemment, nous avions évoqué un exemple de traitement de l’eau : Grameen Veolia Eau, un « social business » qui assainie de l’eau dans des régions où elle est contaminée par de l’arsenic.

5. Le traitement des déchets : trier les déchets est une habitude responsable qui commence à être ancrée chez les particuliers, mais aussi les entreprises. Éviter le gaspillage et retraiter les déchets devient un enjeu important.

Le secteur est vaste, allant de la grosse entreprise comme Veolia à des petites associations de collecte des déchets comme Récol ’Terre, dont nous avons déjà parlé.

« Choisir ce thème en tant qu’épargnant, c’est avoir la conviction que le traitement des déchets sera incontournable et donc source de rentabilité future », estiment Aude Sarda et Nadia Dhaoidi*.

6. L’innovation : plus généralement, des entreprises proposent des solutions innovantes dans le domaine du développement durable. Les innovations sociales ou liées aux infrastructures ou à la dématérialisation sont des pistes à suivre pour l’épargnant.

* Nous suivons en partie le classement adopté par Aude Sarda et Nadia Dhaoidi dans leur livre Epargner éthique.

Le microcrédit en France : petit état des lieux

Lundi 16 mai 2011

Quand Djena, jeune femme de Montfermeil (Seine Saint-Denis), a voulu ouvrir sa boutique d’onglerie, les financements étaient difficiles à trouver. Une amie l’a alors mise en contact avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique). L’organisme de microcrédit lui a permis d’emprunter et de démarrer son entreprise.

A l’image de cette jeune femme, des milliers de personnes ont recours au microcrédit chaque année en France. C’est ce que nous indique le baromètre 2011 de la microfinance, publié à l’occasion du forum Convergences 2015, qui s’est déroulé début mai.

Le microcrédit est encore récent en France. Il commence à être mieux connu : 80% des Français en ont déjà entendu parlé (contre 71% en 2010), selon un sondage réalisé à l’occasion du forum Convergences 2015.

Le baromètre de la microfinance relève trois sortes de microcrédits pratiqués en France :

1 – Le microcrédit personnel

Ce type de microcrédit est un prêt destiné à l’acquisition d’un bien de consommation ou d’une formation dans le but d’améliorer les conditions de vie ou de travail des emprunteurs. On l’appelle aussi microcrédit social (ou à la consommation).

Le nombre de microcrédits personnels s’élève à 7 884 en 2010 (contre 457 en 2006). Le montant total des microcrédits personnels est de 17,4 millions d’euros, soit 2200 euros en moyenne par prêt.

Ces prêts sont utilisés principalement pour l’emploi et la mobilité (71%), le logement (13%) ou l’éducation et la formation (5%).

(source : Caisse des Dépôts, Bilan du microcrédit personnel, 2010, via le Baromètre de la microfinance).

2 – Le microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel est un prêt destiné à financer une activité économique.

En France, on en distingue deux types :

  • Le microcrédit bancaire est octroyé par des établissements bancaires, pour un montant inférieur à 25 000 euros.
  • Le microcrédit associatif est octroyé par des associations agréees à des chômeurs, titulaires de minimas sociaux et créateurs d’entreprise de moins de trois salariés. Ces prêts sont limités à 10 000 euros.

Le nombre de microcrédits professionnels se monte à 14 249 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009 (contre 7 713 microcrédits pour un montant de 21,8 millions d’euros en 2006).

Le montant moyen des prêts est resté stable à 3000 euros en moyenne.

(source : rapport Inspection Générale des Finances et Baromètre de la microfinance)

3 – Le microcrédit professionnel garanti par le Fonds de Cohésion Sociale (FCS)

Ces crédits professionnels sont garantis par le Fonds de cohésion sociale, via l’association France Active.

Le FCS est géré par la Caisse des Dépôts. Il est basé sur une régulation forte. Les emprunteurs sont accompagnés pour s’assurer que le microcrédit personnel est bien adapté à sa situation. Les établissements financiers agréés par le FCS bénéficient d’une garantie à hauteur de 50% sur la sinistralité constatée.

Plus de 3800 microcrédits ont été réalisés en 2010 par le réseau France Active pour un montant total de 113,6 millions d’euros.

De plus, 13 841 prêts à taux zéro ont été accordés dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise) pour un montant total de 77,9 millions d’euros, en 2010 (contre 8384 prêts Nacre en 2009, pour un montant de 45,4 millions d’euros). (source: Baromètre de la microfinance)

Les Cigales : des clubs d’investissement locaux et solidaires

Vendredi 13 mai 2011

Un café librairie est un bon endroit pour parler de la finance autrement. C’est sans doute ce que se sont dit les fondateurs de la Cigales « Merienn Menez Are », à Scrignac (Finistère).

L’acronyme Cigales, qui s’écrit toujours avec un « s », signifie Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire. C’est un club de citoyens qui mettent leur épargne en commun pour financer des petites entreprises.

« C’est également un lieu de convivialité, de rencontres et d’auto-formation à l’économie », rappellent les membre de Merienn Menez Are, « les fourmis des monts d’Arrée ». (via Ouest France)

Investir et accompagner des entrepreneurs

Récemment créée, cette Cigales se donne du temps avant d’investir dans un projet à local et solidaire. « Les critères financiers d’investissement réalistes sont conjugués à des critères sociaux », précise-t-on.

La dizaine de membres apportera régulièrement de l’argent pour investir. Le montant moyen d’investissement pour une Cigales est de 26 euros par mois.

Ces clubs d’investissement regroupent en moyenne 15 membres. On comptait 125 clubs actifs en 2009.

Les entreprises « cigalées » sont des SARL (68%), des SCIC/SCOP (18%), des associations (14%). (source: Fédération des Cigales).

Action locale et solidaire

Pour les Cigales, le soutien humain est aussi important, si ce n’est plus, que l’aide financière. La dimension de club joue son rôle. Les entrepreneurs peuvent bénéficier d’un accompagnement de la part de citoyens investis dans l’action locale et solidaire.

Une Cigales a une durée de vie de 5 ans, renouvelable une fois. Ses caractéristiques financières et fiscales sont les suivantes:

  • sécurité : le risque est élevé, il est lié à l’activité des entreprises financées.
  • disponibilité : la durée de placement conseillée est de cinq ans.
  • rémunération : elle varie selon les projets.
  • fiscalité : l’investisseur a droit à une réduction d’impôt équivalente à 25% de l’investissement réalisé. (source: Finansol)

La Fédération des Cigales est une association loi 1901, agréée entreprise solidaire et jeunesse et éducation populaire. Elle a pour objet l’animation et le développement du mouvement constitué par les Cigales. Elle est membre de Finansol, qui labellise les projets et les produits d’épargne solidaires.

NB : le mouvement des Cigales a été à l’origine de la création de Garigue, coopérative qui finance des entreprises.