Archive pour le mot-clef ‘investissement’

La Banque Publique d’Investissement financera l’Économie Sociale et Solidaire

Mercredi 6 mars 2013

La Banque Publique d’Investissement a tenu son premier Conseil d’administration, le 21 février 2013, à Dijon. La BPI, créée grâce à la loi n°2012-1559 du 31 décembre 2012, se définit comme “un groupe public au service du financement et du développement des entreprises, agissant en appui des politiques publiques conduites par l’État et conduites par les régions” Elle est présidée par Jean-Pierre Jouyet et a pour directeur général Nicolas Dufourcq.

Une de ses missions est le financement de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) : “Elle participe au développement des secteurs d’avenir, de la conversion numérique et de l’économie sociale et solidaire“, lit-on dans la Loi. Ce financement se caractérise par son aspect innovant : la BPI renforcera l’offre de financement dans différents secteur dont,

« l’innovation sociale : mise en place d’outils dédiés au financement de projets et d’entreprises qui répondent à des besoins sociaux ou sociétaux actuellement mal ou pas couverts par le marché » (source : bpifrance.fr).

Financer l’Économie Sociale et Solidaire

Si le financement de l’ESS n’est pas affiché comme une priorité, il figure bien parmi les objectifs. Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l’ESS et de la Consommation a rappelé à plusieurs reprises cet engagement du président de la République.

Il l’a précisé lors d’un débat organisé, le 7 février dernier, par le Labo de l’ESS, sur le thème “Et si on remettait la finance au service de la société ?

De nouveaux instruments financiers, adaptés aux caractéristiques de l’économie sociale et solidaire, vont être mis en place”, a-t-il déclaré. Ces instruments devront permettre d’atteindre l’objectif fixé par le Président de la République de 500 millions d’euros pour le financement du secteur. Le ministre a également rappelé qu’un représentant de l’économie sociale et solidaire siégera au Conseil national d’orientation de la BPI ainsi que dans les comités régionaux. Il a souligné le nécessaire accompagnement des entreprises de l’ESS.

900 000 épargnants solidaires

Le Labo de l’ESS, un think tank ayant pour objectif de faire connaître et reconnaître l’ESS, a émis des propositions pour financer l’ESS, publiées en février 2013.

Le financement de l’ESS passe par la finance solidaire. Son encours est de 3,5 milliards d’euros, en date du 31 décembre 2011. Cela génère 879 millions d’euros de financement pour des projets à forte utilité sociale et environnementale.

Comme le rappelle le labo de l’ESS, les 900 000 épargnants solidaires ont ainsi permis, entre 2002 et 2011 :

  • de créer ou consolider 201 000 emplois
  • soutenir 82 700 entreprises
  • loger 33 500 personnes
  • financer 1000 projets de solidarité internationale.

Des emplois non délocalisables

L’ESS représente 10,3% de l’emploi français, soit  2,34 millions de salariés dans 222 900 établissements employeurs (source : Observatoire de l’ESS – pdf). Ces emplois sont très présents dans les secteurs de :

  • l’action sociale (63% des emplois du secteur) ;
  • le sport et les loisirs (56%) ;
  • les activités financières, bancaires et d’assurance (30%) ;
  • la culture (29%) et l’enseignement (19%).

Ces emplois sont généralement ancrés localement :

« de par l’implication des membres dans la création et la gouvernance des organisations et entreprises de l’ESS (principe de double qualité), ces dernières sont des acteurs émanant des territoires, portant des services de proximité et créant des emplois non délocalisables », explique l’Observatoire de l’ESS.

L’ISR aux USA atteint 3 744 milliards de dollars

Jeudi 31 janvier 2013

L’encours de l’ISR (Investissement Socialement Responsable) aux États-Unis s’élève à 3 744 milliards de dollars selon un rapport de l’US SIF (Forum pour l’investissement durable et responsable aux USA), publié fin 2012. Cela représente un neuvième des 33 300 milliards investis aux États-Unis ou encore au PIB du Brésil et du Canada réunis.

Comment se définit cet investissement responsable ? Il consiste à prendre en compte les questions Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG) dans les processus d’analyse et de décision en matière d’investissement.

Toutefois, notons que l’expression américaine SRI, Sustainable and Responsible Investing ne correspond pas l’expression française ISR, Investissement Socialement Responsable, mettant l’accent sur le caractère durable (sustainable) des investissements.

De plus, l’ISR aux États-Unis peut se diviser en deux :

  • Intégration ESG : cette approche applique des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) à l’analyse financière et à la gestion de portefeuille. Elle totalise 3 314 milliards de dollars détenus par des investisseurs institutionnels, des établissements financiers et des particuliers.
  • Engagement actionnarial : cette approche consiste à proposer des résolutions lors des votes lors des conseils d’administration des entreprises sur des thèmes ESG. Elle totalise 1 536 milliards de dollars.

 

Certains fonds comportent à la fois de l’intégration ESG et de l’engagement actionnarial, ce qui explique que le total des deux approches dépasse le total de 3 744 milliards de dollars.

Les méthodologies privilégiées :

  • Screening : le screening consiste à sélectionner les meilleures entreprises selon des critères ESG (positive screening) ou à exclure les plus mauvaises (negative screening).
  • Engagement actionnarial : l’engagement consiste pour l’actionnaire à agir au sein de l’entreprise. Cette action inclut le dialogue avec l’entreprise ou le vote en conseil d’administration sur des préoccupations Environnementales, Sociales et de Gouvernance.
  • Community investing : l’investissement dans les communautés se porte vers des zones défavorisées, aux États-Unis ou dans les pays en développement.

Les tendances en 2012

Quelques tendance se dégagent, citées par le rapport de l’US SIF :

  • L’intégration des critères ESG progresse grâce à la demande de produits ISR de la part des investisseurs institutionnels et particuliers, selon 72% des gérants interrogés. Globalement, l’ISR aux USA est passé de 639 milliards de dollars en 1995 à 3 744 milliards de dollars en 2012

.

  • Les critères de gouvernance sont devenu un enjeu ESG majeur. Les investisseurs sont sensibles à des enjeux de gouvernance tels que la rémunération des dirigeants et le fonctionnement des conseils d’administration.
  • Les votes de résolutions sur des sujets environnementaux ou sociaux ont été plus nombreux lors des conseils d’administration. Cet engagement des actionnaires vise à améliorer la politique environnementale et sociale des entreprises. Par ailleurs, un nombre croissant de gérant poursuivent un dialogue avec les entreprises en vue d’améliorer les pratiques de celles-ci.

Des chiffres à relativiser…

Avec des encours importants, l’ISR aux USA fait figure de géant. De plus, bénéficie de l’antériorité. Le premier fonds ISR américain, le Pax World Fund date de 1971, rappelle l’institut de recherche Novethic, filiale de la Caisse des Dépôt française.

Toutefois, les chiffres sont à relativiser car l’approche américaine de l’ISR est moins exigeante que celle pratiquée en Europe, souligne Novethic.

Ainsi, par exemple, un fonds qui n’utilise qu’un seul critère d’exclusion sera considéré comme ISR. L’exclusion du secteur du tabac étant devenue courante, beaucoup de fonds peuvent se prévaloir de l’étiquette ISR. « La grande majorité des actifs comptabilisés dans les chiffres du SIF appartiennent ainsi à des fonds avec un critère d’exclusion unique, comme le tabac, l’armement ou l’alcool », indique Novethic.

Précision : l’US SIF est une association qui réunit des entreprises et des organisations engagées dans l’investissement durable et responsable aux États-Unis. Ces entreprises du secteur financier pratiquent la gestion ISR au moyen de l’analyse de portefeuille, l’engagement actionnarial et l’investissement dans les communautés.

LH Forum : l’économie positive est en marche

Jeudi 20 septembre 2012

Dans notre précédente note, nous évoquions le Forum de l’économie positive, qui se déroulait au Havre les 13 et 14 septembre. Jacques Attali, l’un des organisateurs de l’évènement, y développait sa vision de cette économie basée sur l’altruisme.

Dans ce billet nous allons présenter des entrepreneurs présents lors de la conférence et qui démontrent, aux quatre coins de la planète, qu’une telle économie est en train de se mettre en place de façon concrète.

L’homme qui a nettoyé l’Estonie

Rainer Nolvak est un entrepreneur estonien de 46 ans. Il y a cinq ans, révolté par le nombre de détritus qui salissent son pays, il décide d’agir. Il va d’abord utiliser des outils de géolocalisation pour repérer les décharges illégales. Puis, après une préparation de huit mois, il utilisera la force des réseaux sociaux pour mobiliser 50 000 Estoniens. Ensemble, ils nettoyeront l’intégralité de leur pays en cinq heures. Depuis, avec son association Let’s do it world, il a réussi à mobiliser des foules dans plusieurs pays pour des actions de nettoyage.

En France, c’est Julien Gee qui a repris le témoin de Rainer Nolvak. Il a créé une carte de France des décharges illégale avec une équipe de bénévoles. Il mobilise des volontaires pour une opération de nettoyage qui aura lieu dans plusieurs départements le 22 septembre.

Monsieur Toilettes

Jack Sim s’est taillé un joli succès grâce à sa bonne humeur et son ton percutant pour parler d’un sujet a priori peu ragoûtant : les toilettes. Cet homme d’affaire singapourien se consacre à un défi gigantesque : 2,6 milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à des toilettes, avec tous les problèmes de santé et de pollution que cela engendre. Il a su montrer l’intérêt d’une stratégie qui consiste à s’intéresser au besoins des pauvres. Elle permet non seulement d’améliorer leur existence mais également d’ouvrir de nouveaux marchés. Pour encourager l’achat d’un WC il faut rendre l’objet désirable. Quand Jack Sim le compare à un sac Vuitton il fait rire mais rappelle aussi que ce qui provoque un achat, c’est le statut social auquel il est attaché.

Sport santé

A l’origine, ce sont deux professeurs d’éducation physique et sportive. Ils ne se voyaient pas rentrer dans le cadre de l’Education nationale. Au lieu de cela, ils ont décidé de faire faire du sport à des personnes en situation de fragilité : des personnes âgées dépendantes résidant dans des institutions. D’abord accueillie avec scepticisme, leur idée est plébiscitée par les personnes âgées. L’équipe de Siel bleu s’est aussi tournée vers les entreprises. Elle propose des exercices physiques d’échauffement à pratiquer en début de journée. L’effet est de réduire le nombre d’accidents du travail et d’arrêts de travail, ainsi que d’augmenter le bien être au travail.

Finance positive

L’économiste Bernard Lietaer a démontré l’utilité de développer des monnaies locales. En 1984, il en existait deux, dont le Wir, en Suisse. Il y en a plus de 5000 aujourd’hui. Ce sont des systèmes de nature coopérative.

Faisal Rahman est un financier basé à Londres. Il a intégré Fair finance, une société basée sur le crédit social dans l’Est de Londres. Il propose des conseils financiers et du microcrédit pour les plus pauvres.

Ruben Dieudonné est le directeur de Microcred Sénégal, du groupe PlaNet finance. Il explique le fonctionnement du microcrédit au Sénégal. Les emprunteurs sont souvent des entrepreneurs qui œuvrent dans le secteur informel. Autrement dit, ils ne peuvent produire une comptabilité en bonne et due forme mais, d’un autre côté, leurs entreprises sont parfaitement viables. Pour leur prêter, il convient donc de bien les connaître et d’établir avec eux une relation de confiance réciproque.

Sauvegarder la nature

Sebastiao Salgado est un photographe brésilien, né en 1944. Il s’est lancé un défi : faire revivre la Forêt Atlantique au Brésil. Cette forêt était abondante pendant l’enfance du photographe. Sa famille y possédait une parcelle de terre. Progressivement, les arbres ont été abattus, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que 7% de la surface d’origine. Salgado a créé une réserve naturelle et un institut. Le replantage s’est fait, avec des espèces d’arbres diverses. La forêt reprend ses droits, et des espèces d’animaux reviennent y vivre.

Le cinéaste Luc Jacquet est célèbre depuis qu’il a réalisé La Marche de l’Empereur, Oscar du meilleur film documentaire en 2006. Ce film, réalisé en Antarctique, fait prendre conscience des effets du réchauffement climatique. Depuis, avec sa fondation wild touch, ce scientifique de formation prépare de nouveau films et web documentaires destinés à soutenir des programmes de conservation de la nature.

Commerce équitable

François-Ghislain Morillion est un diplômé de HEC qui a voulu entreprendre autrement, au début des années 2000. Après avoir observé une cinquantaine d’entreprises sociales à travers le monde, il décide de se lancer dans l’aventure avec son associé, Sébastien Kopp. Son défi: créer une paire de basket plus respectueuse de l’environnement, avec des conditions de travail plus acceptables pour les employés et les sous traitants. Ils lancent alors la marque Veja au Brésil, où le projet est ancré. Les baskets sont fabriquées avec du coton biologique, du caoutchouc sauvage d’Amazonie et du cuir tanné au naturel. Pour la partie commercialisation en France et en Europe, l’entreprise emploie des personnes en insertion. En 2011, Veja a vendu 120 000 paires de baskets dans des boutiques de mode de 21 pays en Europe.

Pourquoi ce forum international a-t-il eu lieu… au Havre précisément ? Le Havre est une ville portuaire, ouverte sur le monde. Elle forme aussi avec la capitaleun axe « Paris-Rouen-Le Havre » qui vise à faire de la capitale française une véritable métropole maritime. Le Havre s’est également orientée vers l’économie verte, avec le développement de l’éolien off shore.

Le rôle des investisseurs de long terme

Jeudi 13 septembre 2012

Le réseau social Twitter est le média de l’instantané. Chacun y réagit en temps réel. Mais il arrive qu’on y lise des citations intemporelles comme celle-ci :

Warren Buffett on the importance of early investing: “Someone’s sitting in the shade today because someone planted a tree a long time ago.”

— SocialFinance.ca (@socialfinance) Septembre 4, 2012

 

« Quelqu’un est assis à l’ombre aujourd’hui parce que quelqu’un d’autre a planté un arbre il y a longtemps », nous dit Warren Buffett. C’est une bonne image pour suggérer ce qu’est l’investissement de temps long. Celui qui investit sur le long terme n’en recevra pas de bénéfice à court terme : il travaille à échéance longue (plus de dix ans) et éventuellement pour les générations futures.

 

Les besoins d’investissement de long terme

La réflexion sur l’épargne et l’investissement de temps long concerne les individus mais elle implique toute la société.

Les besoins d’investissement de temps long sont considérables, comme le rappelait en novembre 2011 Augustin de Romanet*, qui était alors Directeur général de la Caisse des Dépôts, lors des Assises du financement du long terme, à Paris. Voici trois secteurs qui illustrent les besoins d’investissement de long terme en France :

  1. Énergie : l’enjeu est de « renouveler un parc nucléaire vieillissant et d’accorder une part plus importante aux énergies renouvelables », explique Augustin de Romanet. Les investissements sont estimés à 11 milliards par an à horizon 2015, puis à 16 à 17 milliards par an à horizon 2020. Après 2020 l’incertitude tient notamment à savoir quelle place sera attribuée au nucléaire.
  2. Transport : à l’horizon de 20 à 30 ans, des investissements importants sont à prévoir pour des créer des infrastructures de transport et moderniser celles qui existent. Le chiffrage est difficile à faire car le Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) est en train d’évoluer (Les Échos).
  3. Technologies de l’information et de la communication : les réseaux existants (cuivre) arrivent en fin de vie, il est nécessaire de déployer des réseaux de fibre optique. De 20 à 30 milliards d’investissement seront programmés à échéance de vingt ans.

 

Qui sont les investisseurs de long terme ?

  1. Fonds de pension et compagnies d’assurance : Dans les pays occidentaux, les investisseurs de long terme sont traditionnellement liés à l’épargne dédiée à la préparation de la retraire. Ce sont les fonds de pension dans les pays ayant fondé leur régime de retraite sur la capitalisation. En France, les compagnies d’assurance-vie jouent ce rôle d’investisseur du temps long. **
  2. Fonds souverains : Ils sont liés à un Etat, investissent des fonds publics et sont pour partie investis dans des actifs financiers étrangers. Ils appartiennent généralement à des pays disposant de ressources en matières premières: Pays du Moyen-Orient, Norvège, Russie. Ce sont aussi des pays ayant accumulé des réserves de change importantes : Chine et autres pays d’Asie.
  3. Fonds de dotation, caisse des dépôts, fonds de lissage des retraites : Les fonds de dotation universitaire ont pour vocation de soutenir le financement des universités sur le long terme.

Les caisses des dépôts existent en France, en Allemagne, en Italie, au Québec ou au Maroc. A l’instar de la Caisse des dépôts française, créée en 1816, elles financent des investissements stratégiques.

Les fonds de lissage tels que le Fonds de réserve des retraites (FRR) ont pour mission d’amortir l’impact du vieillissement démographique sur les systèmes publics par répartition.

Le poids de ces investisseurs est considérable: 29 500 milliards de dollars pour les fonds de pension et 20 000 milliards de dollars pour les compagnies d’assurance, en 2010, selon le rapport déjà cité**. Les fonds souverains et les fonds de réserve publics sont estimés à 3 800 milliards de dollars.

 

Le rôle de l’ISR

Du côté de l’épargnant, l’épargne longue est souvent vue comme une contrainte. Les épargnants français privilégient les produits liquides, tels que les livrets bancaires, indique le gérant Vincent Jacob (in Le Rapport moral sur l’argent dans le monde*).

Mais ils sont tout de même sensibles au temps long. L’immobilier, investissement long, tient une place de choix dans le patrimoine des Français.

Enfin, l’ISR (Investissement Socialement Responsable) peut se positionner comme moyen d’investissement de long terme. Il privilégie des projets de développement durable. De plus, la détention d’actions sur une longue période favorise le partenariat entre l’actionnaire et l’entreprise. Ainsi, souligne Vincent Jacob, de même que les acteurs de l’ISR ont défini des principes pour l’exercice du droit de vote, ils serait souhaitable qu’ils définissent des principes relatifs à la durée de détention des titres.

 

* Les Assises du financement du long terme, Rapport moral sur l’argent dans le monde, 2011-2012.

** Investisseurs et investissement de long terme, La Documentation française, 2010, rapport à télécharger.

L’eau, un thème d’investissement socialement responsable

Mercredi 29 août 2012

L’eau est un sujet de préoccupation grandissant à l’échelle de la planète. L’accès à une eau de qualité est très inégal selon les régions du monde, et la gestion de l’eau réclame une stratégie globale de la part des pouvoirs publics et des entreprises. Pour les investisseurs également, l’ « or bleu » est devenu un thème porteur, à un moment de l’histoire où l’on cherche plus que jamais à “diversifier” et sortir des terrains connus.

Les enjeux économiques de l’eau

L’accès à l’eau est un enjeu important dans de nombreuses régions du globe. Les inégalités sont très fortes. Un seul chiffre pour le montrer : 10% des pays possèdent 60% de la ressource mondiale, comme le souligne l’étude « L’entreprise et l’eau », réalisée par Deloitte en 2012. Ces inégalités seront aggravées par le changement climatique : les précipitations seront plus importantes dans les hautes latitudes et des pluies moins abondantes dans les régions tropicales et subtropicales.

La demande en eau est croissante, principalement dans le secteur agricole. De plus, irrigation, nettoyages, industries, refroidissement des procédés, demandent de plus en plus d’eau. Dans certains cas, l’utilisation de l’eau par les entreprises peut entrer en conflit avec celui des populations locales.

A la différence de certains pays en développement, les pays industrialisés ont des infrastructures pour acheminer l’eau. Elles ont pour la plupart été bâties dès le début du Xxe siècle. Beaucoup d’entre elles sont âgées et nécessitent de lourds investissements, comme le souligne l’étude «L’eau, un marché du futur », publiée en 2010 par la société de gestion suisse Sam. Le coût, par exemple, des fuites d’eau représente à lui seul un manque à gagner important (à lire : une étude de l’Agence Européenne de l’Environnement).

Mesurer l’empreinte eau

Moins connue que l’empreinte carbone, l’empreinte eau mesure la quantité d’eau virtuelle nécessaire pour produire un produit ou un service. Cette empreinte peut être due aux prélèvements d’eau effectuées par une entreprise lors de ses processus de production. Elle peut être liée également aux rejets qui peuvent affecter l’environnement.

Certaines entreprises sont confrontées à des risques liés à l’approvisionnement et au respect de la réglementation. Elles sont aussi confrontées à un risque de réputation, provoqué par une attention croissante des parties prenantes aux enjeux liés à l’eau, précise l’étude de Deloitte déjà citée.

Face à ces risques, les entreprises disposent d’outils pour mesurer leur empreinte eau. Elles peuvent ainsi améliorer leurs pratiques et réduire les coûts.

Une opportunité pour les investisseurs

Le marché global de l’eau est estimé à 480 milliards de dollars, selon l’étude de la société Sam, déjà citée. Cela fait environ 382,7 milliards d’euros.

Les principaux secteurs agissant sont la distribution et le management de l’eau, le traitement des eaux usées, l’assainissement, le désalinisation, l’irrigation des zones cultivables.

Tous nécessitent des investissements lourds. Ils sont susceptibles d’intéresser des investisseurs responsables, concernés par les enjeux du développement durable. De fait, des fonds thématiques dédiés à l’eau sont apparus, au début des années 2000.

C’est le cas de la société suisse Pictet, qui a lancé le premier fonds eau en 2000. « Elle attire les investisseurs en dressant un tableau plutôt inquiétant du « stress hydrique » de la planète mais intègre des vendeurs d’eau en bouteille comme Nestlé ou Danone », selon l’institut de recherche Novethic.

Parmi les fonds sur la thématique de l’eau, citons KBC Eco Fund Water, Sarasin Sustainable Water Fund, Amundi Funds Aqua Global, Palatine Or bleu et Sam Sustainable Water fund.

Les Cigales financent et accompagnent l’économie solidaire

Jeudi 26 juillet 2012

Connaissez-vous les Cigales* ? Ces Club d’Investisseurs pour Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire (Cigales) regroupent des citoyens qui se réunissent pour épargner et soutenir des projets dans l’économie solidaire.

Pour en savoir plus, j’ai interrogé Yvonne Genest, présidente de l’association régionale des Pays de la Loire des Cigales. Elle est aussi gérante du club Cigales Emergence, basé en Mayenne.

 

Comment avez-vous découvert les clubs Cigales jusqu’à devenir vous-même gérante d’une Cigales ?

C’est un parcours assez simple. J’étais fonctionnaire d’État et lors de la création d’une Cigales en Haute Mayenne en 2008, je représentais mon sous-préfet, en tant que secrétaire générale, à cette réunion de constitution d’un club. Les élus de Haute Mayenne avaient un projet de structuration ou de mise en place d’une filière énergie bois déchiqueté. Les collectivités voulaient contribuer financièrement. Étant donné que ce type de financement est très encadré, j’avais pour mission de préciser ce qu’il était légalement possible de faire. J’ai découvert les Cigales à cette occasion : je ne savais même pas que cela existait !

Après cette réunion, je suis revenue avec mes notes et j’ai présenté le projet des élus du nord Mayenne qui comprenait la constitution éventuelle d’un Club d’Investisseurs pour Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire. Le sous-préfet ne me croyait qu’à moitié en disant « mais ce n’est pas possible qu’il y ait des particuliers qui mettent la main à leur porte monnaie et qui épargnent ensemble pour un projet économique dont la viabilité n’est pas forcément assurée, avec le risque de perdre leur capital ! »

Je me suis alors documentée sur les Cigales et j’ai trouvé le principe très intéressant, à savoir que des citoyens épargnent ensemble et décident ensemble de supporter un projet et de l’aider à se réaliser. Je pensais que seuls existaient les financements classiques par les banques. Je ne connaissais pas les business angels et les clubs d’investisseurs. J’ai découvert un outil très simple, à la portée de tout citoyen.

Étant à quelques mois de la retraite, j’ai souhaité entrer dans le club Cigales qui se créait, Emergence. J’ai décidé non seulement d’y investir de l’argent mais aussi d’y consacrer du temps.

 

Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement de votre club Cigale, « Emergence » ?

La Cigales Emergence est une des deux situées en Haute Mayenne. Elle comprenait 20 membres à sa création en 2009. Deux membres sont malheureusement décédés depuis. Nous sommes 18 aujourd’hui. Il faut noter que l’effectif est resté stable alors que parfois les personnes se découragent. Le club se crée en principe pour cinq ans renouvelable une fois. On assiste parfois, au bout de trois ou quatre ans, à un certain essoufflement. Dans mon club, ça n’est pas le cas.

Notre Cigales s’est créée autour du projet de création d’une filière énergie bois déchiqueté en haute Mayenne. L’entreprise financée, « Haute Mayenne Bois Énergie », est une société de négoce sous forme de SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Elle achète le bois déchiqueté aux producteurs, agriculteurs et forestiers, et elle le revend aux propriétaires de chaudières qui utilisent ce combustible.

Nous avons réalisé un second financement. Une association qui s’appelle « Manger bio 53 » vient de se mettre en place. Elle regroupe des producteurs biologiques pour mieux répondre à l’obligation qu’ont les collectivités locales de fournir 20% des repas biologiques en restauration collective.

Notre club Cigales se réunit en moyenne trois fois par an. Certaines années nous avons fait cinq ou six réunions. On évite de trop se réunir pour des raisons pratiques : il est parfois difficile de coordonner les emplois du temps d’une vingtaine de personnes. Nous échangeons beaucoup par mail. En revanche, quand il y a un dossier à examiner ou une décision à prendre, nous nous réunissons. En quatre ans nous avons rencontré six porteurs de projets.

 

Comment sélectionnez-vous les projets ?

Nous sélectionnons les projets avant tout en fonction de leur viabilité économique. On insiste sur ce point : notre but n’est pas de faire des dons ou de perdre notre épargne, même si ça peut arriver. C’est d’abord une démarche économique que nous faisons. Ce n’est pas une recherche du profit, mais nous avons pour objectif de récupérer au moins notre capital.

La deuxième chose, c’est que le projet doit avoir trait au développement durable. Il doit être en accord avec les trois piliers du développement durable : l’aspect économique, l’aspect environnemental et l’aspect social. Ça peut être un projet culturel, ou purement social. Si, par exemple, une boulangerie s’installe à Laval, on ne va pas l’aider parce que si le porteur de projet a bien fait son étude de marché et que c’est un bon professionnel, il n’a pas besoin du coup de pouce des Cigales. En revanche, un boulanger avec un petit commerce dans une commune rurale, c’est un projet qui apportera du lien social au sein du village. Nous privilégions également les coopératives, car notre but est de financer l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

 

Quel accompagnement les Cigales apportent-elles aux entrepreneurs qu’elles financent ?

Quand on étudie la viabilité économique du projet, cela repose avant tout sur la qualité du porteur de projet, sur l’humain. Les Cigales ne font pas qu’apporter du financement, elles accompagnent l’entrepreneur. Avec les compétences des cigaliers (membres du club Cigales), nous aidons le créateur dans ses démarches s’il y a besoin. Par exemple, pour la SCIC Haute Mayenne Bois Énergie, nous réfléchissons, avec les cigaliers, le gérant et les autres actionnaires comment gérer l’entreprise pour avoir plus de bénéfices. Les Cigales peuvent apporter un soutien technique, moral ou administratif.

Pour composer une Cigales, on essaie de réunir des compétences multiples. Dans la mienne, par exemple, on a presque la parité homme/femme. Il y a des agriculteurs, des chefs d’entreprise, des administratifs, des enseignants, une assistante sociale, une directrice adjointe de mission locale, une secrétaire comptable. On essaie de mobiliser des personnes aux compétences complémentaires. C’est ce qui fait notre force !

 

Quel type de participation prenez-vous dans les sociétés ou les coopératives ?

On entre dans le capital de la société jusqu’à la minorité de blocage, qui est de 33%. Il ne s’agit pas de devenir majoritaire. Quand il s’agit d’une coopérative, cela n’a pas d’importance car les décisions se prennent sur le principe « un homme = une voix » et non au prorata du capital apporté.

Le capital est immobilisé le temps nécessaire. Les sommes investies sont défiscalisables à condition de les investir pendant une période de cinq ans. Mais il est possible que l’entreprise ait besoin de plus de temps pour rembourser ses actionnaires. Et alors le club deviendra un club de gestion. Les cigaliers revendent finalement leurs actions, avec un bénéfice éventuel.

  •  Quelques chiffres: la Fédération des Cigales comptait 136 clubs actifs en France en 2010. Les Cigales comptent en moyenne 13 membres par club. Chacun épargne en moyenne 21 euros par mois. Un club étudie en moyenne 3 projets. Les entreprises financées sont des SARL (68%), des associations (18%) et des SCIC/SCOP (14%).

 

*L’acronyme « Cigales » est toujours écrit avec un « s » même s’il est employé au singulier.

Comment la finance intègre les risques liés à la biodiversité

Mardi 22 mai 2012

L’économie durable n’est-elle qu’une notion gentillette et verte, détachée de l’économie réelle et financière ? Certes non, et ce blog contribue à en parler régulièrement, depuis novembre 2010. La finance intègre par exemple désormais les risques touchant la biodiversité.

Un cas concret pour débuter. En avril 2012, une marée noire se produisait au large de la Nouvelle Orleans, au sud des États-Unis, engageant la responsabilité de la société BP. La pollution engendrée a affecté l’écosystème, menaçant plusieurs espèces, dont des baleines, des dauphins, des lamantins et de nombreux oiseaux.

Les conséquences financières ont été chiffrées à 90 milliards de dollars, selon un document du Biodiversity and Ecosystem Service Work Stream (BESWS) de l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP FI), dont je rependrai des citations dans ce billet*. Ce chiffre inclut la capitalisation boursière, les opérations de nettoyage et les versements compensatoires. Le cours de l’action de BP a perdu 55% entre avril 2010 et juin 2010.

Bien sûr, cette marée noire est un cas extrême illustrant l’impact financier de la biodiversité. La biodiversité désigne la diversité naturelle des organismes vivants : diversité des écosystèmes, des espèces et des populations. Son importance croissante est attestée par des conventions internationales, comme la convention de Rio sur la diversité biologique, signée en 1992. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP FI) fait coopérer 200 institutions financières pour promouvoir les liens entre l’environnement et les performances financières. La protection de la biodiversité est un de ses axes de travail. Il vise à faire prendre en compte les enjeux de la biodiversité par le milieu financier.

La biodiversité est perçu par les financiers sous l’angle du risque. Il peut prendre différentes formes : risque de réputation, risque opérationnel, risque lié à la législation et à la responsabilité des entreprises.

Risque de réputation

La dégradation de la biodiversité causée par une entreprise se traduit souvent par des retombées médiatiques négatives. Cela affecte la réputation de l’entreprise mise en cause. Ce risque est placé en tête par les responsables d’institutions financières, selon le rapport cité plus haut.

Une enquête du ministère de l’Environnement montre que 85% des entreprises sont motivées à agir en faveur de la biodiversité pour des questions d’image (voir schéma).

Risque opérationnel

Certains secteurs sont directement confrontés au risque lié à la biodiversité. C’est le cas de l’exploitation du pétrole et du gaz. Le forage pétrolier et gazier migre vers des eaux de plus en plus profondes, ce qui peut générer des répercussions sur les écosystèmes marins. Des explorations pétrolières et gazières sont menées en Amazonie, grande zone de biodiversité. L’enjeu est de veiller au respect des normes et de respecter le droit des peuples autochtones.

Les problèmes liés à l’approvisionnement en eau concernent le secteur minier et l’hydroélectricité.

Le secteur de la pêche est affecté par l’épuisement des stocks. « À l’échelle mondiale, les pertes réelles cumulées de bénéfices nets, résultat de la mauvaise gestion des pêches à l’échelle internationale sur la période 1974-2007, s’élèvent à 2,2 billions de dollars », précise l’étude.

La foresterie et l’agro-industrie sont d’autres secteurs touchés par les risques liés à la perte de biodiversité.

Législation et responsabilité

Les entreprises peuvent être reconnues responsables de dégâts causés à l’environnement. Par exemple, une directive de l’Union européenne sur la responsabilité environnementale, prévoit que les établissements financiers sont tenus d’évaluer la responsabilités de leurs clients à l’égard des services écosystémiques.

Comment les institutions financières et les investisseurs peuvent-ils prendre en compte la biodiversité ?

  • Les banques

Elle est de plus en plus considérée, notamment par les banques et les gestionnaires d’actifs signataires des PRI (Principes pour l’Investissement Responsable**). Ils intègrent le risque de réputation lié au financement de projet. Certains intègrent les risques environnementaux et sociaux dans leur stratégie.

Par exemple, la Rabobank, spécialisée dans l’agroalimentaire, a défini cinq principes, dont celui d’une gestion responsable des ressources naturelles. Ils déclinent à travers de mesures telles que la prévention de la dégradation et de l’érosion des sols, la réduction de la pollution de l’eau, la prévention de la surpêche, la réduction des dégâts causés à l’écosystème marin et plus généralement la préservation des zones présentant une haute valeur de conservation et de la biodiversité.

  • Les investisseurs

« Pour bon nombre de sociétés de placement, les services écosystémiques ne constituent pas des risques ou des perspectives significatifs », relèvent les auteurs du rapport. Cette situation est appelée à évoluer pour une meilleure approche de la biodiversité.

Certains investisseurs, comme le fond de pension australien VicSuper, intègrent les risques liés à la biodiversité la la sélection et la gestion de plusieurs actions. L’objectif est notamment d’assurer de meilleurs rendements à long terme pour ses bénéficiaires.

 

* «Le capital naturel : un mythe ? Intégrer la biodiversité et les services écosystémiques (BES) dans la finance », Ivo Mulder et Paul ClementsHunt.

** Les initiales correspondent à la traduction anglaise de Principles for Responsible Investment (PRI).

La finance carbone : vers une économie soutenable

Lundi 23 avril 2012

« Le régime de croissance fondée sur la surconsommation occidentale, financée par la fuite dans l’endettement débridé et combinée à la dépendance excessive de la croissance émergente vis-à-vis de l’exportation, a révélé qu’il était insoutenable. »

Tel est le constat effectué par l’économiste Michel Aglietta, dans un article, Financer la croissance soutenable. Il y démontre la nécessité de passer d’un modèle d’économie insoutenable écologiquement à un modèle soutenable en utilisant des outils parmi lesquels il y a la finance carbone.

La finance carbone est un sujet encore assez méconnu. Son objectif est de réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz à effet de serre*, et notamment de CO2, en favorisant des investissements moins polluants.

Les dégradations de l’environnement induites par le changement climatique auront des conséquences sur les générations avenir et rendent la croissance de l’économie non soutenable. C’est pourquoi les générations d’aujourd’hui doivent s’adapter pour éviter des conséquences négatives pour les générations futures.

Les marchés du CO2 sont un des outils pour réduire l’émission de gaz à effet de serre. Le principe est d’obliger les entreprises de certains secteurs industriels à réduire leurs émissions de CO2. Un organisme distribue aux entreprises des quotas correspondant à leurs émissions. L’entreprise qui dépasse les quotas devra acheter des quotas d’émission à une entreprise qui a moins pollué.

Les marchés du carbone s’organisent autour de trois grands mécanismes, comme l’écrivent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis dans leur étude  Les Marchés carbone expliqués. Ces trois mécanismes sont

  • la création d’un marché carbone international,
  • la Mise en œuvre conjointe (MOC) et le Mécanisme
  • pour un développement propre (MDP).

Le marché européen du carbone

Il existe plusieurs marchés du carbone. Le marché européen est le plus développé.

Le marché européen du carbone, l’EU ETS (European Union Emission Trading System), a été lancé en 2005. Il inclut les 27 États de l’UE.

L’EU plafonne les émissions de CO2 dans le secteur énergétique (production d’électricité et de chaleur, raffinage, combustion) et les industries lourdes (production d’acier, de ciment, de verre et de papier). Plus de 10 000 installations industrielles sont concernées. Récemment, les compagnies aériennes ont été introduites dans l’EU ETS.

Le marché européen du carbone (EU ETS) fonctionne par échange de quotas d’émission de carbone. Une entreprise qui a besoin de quotas (parce qu’elle pollue plus) peut en acheter sur le marché. Une entreprise qui dispose d’un surplus (parce qu’elle pollue moins) peut en revendre.

D’autres marchés du carbone

Le développement de plusieurs marchés de quotas est actuellement à l’étude, expliquent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis. Les projets les plus avancés se trouvent aux États-Unis – où le programme RGGI, pour Regional Greenhouse Gas Initiative, est entré en vigueur en janvier 2009 — en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Japon.

La mise en œuvre conjointe (MOC)

Ce mécanisme consiste à mettre en œuvre des projets visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre. La mise en œuvre est dite conjointe car elle suppose la participation de deux pays parmi la liste des 38 concernés par le protocole de Kyoto, traité international signé en 1997 et visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces pays incluent notamment les pays les plus industrialisés, principalement en Europe. Les États-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto.

Les projets sont vérifiés par des certificateurs indépendants. Ils génèrent des unités de réductions des émissions (URE) correspondant aux réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Ils entraînent des transferts de quotas d’un pays à l’autre.

Le mécanisme pour un développement propre (MDP)

Ce mécanisme est identique à celui dela MOC, à la différence que les projets sont réalisés dans des pays qui n’appartiennent pas aux 38 pays de la liste du protocole de Kyoto.

Ces projets ont pour but de promouvoir l’investissement dans les pays en développement et d’encourager l’utilisation de technologies faiblement émettrices. La plupart de ces projets sont réalisés en Asie.

Le prix du carbone

Le développement du marché du carbone a permis de faire apparaître un prix du carbone. Sa valeur fluctue au fil du temps, à l’instar par exemple du prix des matières premières ou des actions.

Le prix du carbone a connu une baisse sur la période 2008-2012, passant de 20-30 € la tonne à 9€ en février 2012, selon Tendance carbone, le bulletin mensuel du marché européen du carbone, édité par CDC Climat, BlueNext et MetNext. Cette baisse s’expliquerait notamment par le ralentissement de la production industrielle en Europe et par l’incertitude concernant la rareté des quotas au-delà de 2020.

Complexe dans sa mise en œuvre, le marché du carbone se fixe donc un objectif à long terme : protéger les conditions de vie des générations futures en sauvegardant le climat.

 

 

* Le protocole de Kyoto, adopté en 1997, fixe comme objectif pour les 38 pays les plus industrialisés du monde une réduction de 5 % de leurs émissions globales de 6 gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, HFC, PFC, SF6) par rapport aux niveaux observés en 1990.

Pays de la Loire : un emprunt socialement responsable

Mardi 13 mars 2012

Le Conseil régional des Pays de la Loire a lancé une émission d’obligations à caractère socialement responsable, d’un montant de 43 millions d’euros. Ce placement a été réalisé auprès d’investisseurs institutionnels (assureurs et caisses de retraites) répondant aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Cet emprunt financera le budget 2012 de la région. Les obligations, d’une valeur nominale de 100 000 euros, ont un taux fixe de 4% (source : Région Pays de la Loire).

« Développement équilibré et durable »

Cette émission obligataire s’inscrit dans la politique de la région en matière de développement durable. « En effet, au travers de la déclinaison des actions de son Agenda 21, la Région œuvre au quotidien et au travers de ses compétences (formation professionnelle, apprentissage, solidarités, développement des transports, environnement, logement social, constructions et rénovations HQE dans les lycées) pour assurer un développement équilibré et durable de son territoire », précise le communiqué de la banque HSBC, chef de file de l’opération.

En 2009, la région, dirigée par le Parti socialiste (PS), avait déjà lancé un emprunt de 80 millions d’euros, principalement auprès des particuliers (source : La Tribune).

“Véritable banque régionale d’investissement”

Parmi les projets prévus par cette région de l’ouest, citons en trois :

  • Banque régionale d’investissement : la région souhaite aider au financement des entreprises, soit en intervenant directement, soit par des partenariats avec des établissements financiers. « Projets industriels structurants, innovations technologiques de rupture, éco-projets, développement de l’économie sociale et solidaire, pêche durable, soutien aux collectifs de PME : la Région souhaite accélérer par son intervention financière de nombreux enjeux de mutation des entreprises. » explique Christophe Clergeau, 1er vice-président en charge de l’économie et de l’innovation.
  • Transport : financer le déplacement domicile travail : la région financera une partie de l’abonnement de salariés de la région se déplaçant sur les réseaux de trains régionaux. Le déplacement domicile-travail ne coûtera pas plus de 45 euros par mois pour un salarié, la région prenant en charge le supplément, après déduction des 50% pris en charge par l’employeur.
  • Économies d’énergie et énergies renouvelables : en 2010, la Région des Pays de la Loire s’est engagée à réduire de 30 % les consommations énergétiques, à augmenter de 30 % la part des énergies renouvelables et à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020.

La région Pays de la Loire s’est notamment investie dans le développement des énergies marines renouvelables.

Critique constructive

L’opposition régionale répond à ces projets par une critique qui se veut constructive. Ainsi, le groupe UMP (Union pour un Mouvement Populaire) soutient certains projet mais déclare ”nous avons voté contre ce budget qui ne réduit pas assez les dépenses inutiles et ne priorise pas nos investissements, ce que le CESER demande depuis plusieurs sessions. Ainsi il faut emprunter 252 millions pour boucler ce budget avec un remboursement annuel de dette atteignant 120 millions ! »

Conclusion:

La région Pays de la Loire a été la première, en 2009, à lancer un emprunt obligataire pour faire appel aux épargnants (L’Express). Elle a été suivie notamment par le Limousin, l’Auvergne et la région Rhonne-Alpes, en direction des particuliers et des investisseurs institutionnels.

Que pensez-vous de ce moyen pour les pouvoirs publics de faire appel à l’épargne populaire?

La Nef : société financière alternative et écologique

Vendredi 2 mars 2012

En France, les banques sont généralement de grands groupes au nom connu du public. En revanche, on connaît moins la Nef, cette Société financière anonyme coopérative.
Cette banque alternative ne vous accueillera pas dans ses bureaux au coin de votre rue, car elle n’a pas d’agences en dur. Mais vous pourrez vous renseigner sur  la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef) dans les agences du Crédit Coopératif, qui héberge ses activités.
Mais qu’est-ce qui caractérise cette coopérative de finances solidaires aux 26 000 sociétaires ?
La réponse est à chercher du côté des investissements financés par la Nef : ce sont majoritairement sur des projets écologiques. La Nef se singularise également par les valeurs qu’elle défend, et notamment la fraternité.

Des projets écologiques, sociaux et culturels

La Nef finance principalement des projets dans le domaine du développement durable et de l’écologie.
« En 2010, les épargnants ont réaffirmé leur volonté de soutenir le financement de projets respectueux de l’environnement. Parallèlement, 63 % des prêts débloqués ont concerné des projets du secteur de l’écologie ». (source : rapport d’activité)
Le secteur « Social » a représenté 29 % des prêts débloqués et le secteur culturel, 6%.
De plus, la Nef publie la liste de tous les prêts débloqués. Les projets financés sont détaillés. « À travers cette publication destinée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent », précise-t-on sur le site.

Parmi les dernières activités financées, citons Énergie partagée, dont nous avons déjà parlé. Cette association qui vise à la construction de projets dans les énergies renouvelables : éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc. La Nef a joué un rôle moteur dans la financement de la Société en commandite par actions qui collecte des fonds pour l’association.

Terre de liens est un autre projet financé depuis quelques années. Il consiste à acquérir des terres agricoles pour les louer à des paysans pratiquant l’agriculture biologique. La Nef a un rôle d’associé commandité de la Foncière et membre du CA de l’association nationale. Terre de liens a collecté 8,5 M€ de capital en 2010 et permis l’installation de 25 fermes.

Des relations d’entraide par l’argent

L’histoire de la Nef remonte à la fin des années 1970. Un groupe d’hommes et de femmes veulent  « expérimenter entre eux des relations d’entraide par l’argent », explique-t-on sur le site. Ils créent une association, la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef). Ils s’inspirent alors de banques dites éthiques ou alternatives existant en Allemagne et en Hollande.
L’objectif de cette association sera de soutenir des projets qui ne trouvent pas de financement dans les réseaux bancaires classiques. Premier projet soutenu, en 1980 ? L’installation d’une exploitation agricole en bio-dynamie.
Lors de cette première période, les adhérents de l’association agissent avec un esprit de solidarité très fort. « Les projets sont alors financés plus sur des critères de confiance que des critères économiques traditionnels (rentabilité, endettement, etc.), les sociétaires adhérents prennent une risque supporté par l’ensemble de la communauté associative », explique Victor Grange, chargé de crédit à la Nef, dans L’autre finance, de Daniel Bachet et Philippe Naszayi.

Quand l’association devient établissement financier

La loi bancaire de 1984 oblige l’association à changer de statut, car les associations ne peuvent plus collecter des fonds et les gérer. En 1988, la  Nef adopte un statut de coopérative. La Société financière anonyme coopérative de la Nef rassemble alors 650 coopérateurs. Le Crédit coopératif se porte garant de la gestion de ses activité, ce qui lui permet de devenir une société financière agréée.

De 2005 à aujourd’hui, la Nef va croître régulièrement : de 16 000 sociétaires en 2005 à 26 000 fin 2010. Les salariés passent de 16 en 2001 à 54 en 2010.
Des militants du débuts on est passé à un recrutement plus classique du milieu bancaire. « A la politique de ressources humaines des premiers temps, axé sur la cooptation, l’embauche suite aux stages, on substitue un recrutement davantage tourné vers des personnes issues du milieu bancaire traditionnels »,  explique Victor Grange.

L’économie, domaine où s’exerce la solidarité

La Nef exprime son respect des valeurs et notamment celles de liberté, égalité et fraternité :

  • Fraternité, au sens de solidarité entre les personnes et envers les générations futures ;
  • Liberté, au sens de respect de la personne, de la liberté d’esprit et des choix individuels ;
  • Égalité, dans le sens des principes coopératifs : double qualité des membres et répartition des pouvoirs.

La fraternité, contenue dans son nom, est une valeur centrale: « Pour la Nef, l’économie est le domaine d’activité humaine au sein duquel doit s’exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d’entraide et d’exercer sa responsabilité sur les flux financiers. »
La transparence est une autre valeur mise en pratique. Comme nous l’avons vu, les projets financés sont publiés.
Les activités de la banque sont soutenus par une réflexion éthique. Un Comité d’Éthique a été créé en 2003. Il est composé de sociétaires et de personnalités représentatives des réseaux de l’économie sociale et solidaire.

Un projet de banque éthique européenne

Le projet de banque éthique a aussi une dimension européenne. La Nef est engagée dans la création d’un projet européen avec ses partenaires italiens (Banca Etica), espagnols (Fiare), belges (Crédal, Hefboom) et allemands (Oekogeno). Ce réseau est rassemblé au sein de la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthiques et Alternatives (FEBEA).
La Nef avait pour projet de fusionner avec l’italienne Banca Italia. Cette dernière n’a pas donné suite. « En 2010, après plus de trois années de travail en commun dans un projet de fusion, notre partenaire italien Banca Etica a décidé de ne pas donner suite, pour des raisons qui lui sont propres mais en lien direct avec la crise économique. »
Aujourd’hui, le projet de Banque éthique européenne est porté par la CFE (Coopérative pour une Finance Éthique), une entreprise extérieure à la Nef.