Les riches s’intéressent-ils à l’investissement responsable ? Comment ceux qu’on appelle aussi les individus fortunés (IF) manifestent-ils leur préoccupation pour le développement durable au travers de leurs placements ?
Il apparaît que les individus fortunés accordent une place croissante à l’investissement durable, selon une étude d’Eurosif, forum européen de l’investissement durable.
Cette étude nous permet tout d’abord de définir ce qu’est un individu fortuné. On le désigne aussi sous l’acronyme anglais HNWI (High Net Worth Individual). Il dispose d’au moins 1 million de dollars à investir. Cette population s’élève à 11 millions de personnes sur la planète avec 42 000 milliards de dollars investissables, selon le rapport sur la richesse dans le monde, présenté ce mois-ci par Capgemini*.
Sur cette population d’Individus fortunés, Eurosif s’est intéressé aux 3,4 millions d’Européens (dont 404 000 Français). Eurosif estime le marché de l’investissement durable pour les IF à 729 milliards euros en 2010, soit 11% de l’investissement total des Européens. Il était de 540 milliards en 2008. Il est à noter qu’Eurosif préfère parler d’investissement durable (sustainable investment) plutôt que d’Investissement Socialement Responsable (ISR), considéré comme « plus approprié dans le contexte du marché des Individus fortunés ».
La part de leur portefeuille dans les investissement durable est variable. Pour 45% d’entre eux, elle représente plus de 5% de leur portefeuille. Les investissements sont réalisés principalement en Europe (34%), en Amérique du Nord (21%) et dans les pays émergents (12%).
La motivation des investisseurs
Pour les investisseurs fortunés, les motivations sont avant tout la recherche d’une opportunité financière (38%), ainsi qu’une meilleure gestion du risque (19%) grâce à l’intégration de critères ESG. En revanche, la dimension philanthropique n’apparaît centrale que pour 10% des personnes.
Les IF pensent que l’investissement durable est un bon rempart contre la crise financière. Eurosif, sur la base de nombreuses études, observe toutefois qu’il est impossible de prévoir si un investissement durable aura une performance supérieure. Les interrogations sur la performance de l’ISR restent en débat.
Quelles stratégies d’investissement ?
Les stratégies d’investissement durable se répartissent en trois groupe, selon Eurosif.
1. Investissement thématique
Les investissements thématiques sont choisis par 60% des individus fortunés. Ils consistent à investir selon une thématique liée à l’environnement. Les plus fréquentes sont l’eau, la lutte contre le changement climatique, les énergies renouvelables, la santé et la nutrition.
2. Sélection (screening)
Le screening, ou sélection consiste à sélectionner les meilleures valeurs selon des critère ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).
Le screening peut également être négatif : on parle alors d’exclusion. On exclut des entreprises, des secteurs, voire des pays selon des critères environnements ou sociaux. Par exemple, on décidera de ne as investir dans le tabac ou dans des entreprises qui ne respectent pas certaines normes internationales. Le screening positif est adopté par 50% des investisseurs, le screening négatif par 35% d’entre eux.
3. Community investing
Ces investissements s’effectuent en direction de populations délaissées par les services financiers classiques. Par exemple, on investira pour soutenir la création d’entreprise dans un quartier défavorisé. Ce type d’investissement concerne 22% des individus fortunés.
On peut notamment penser au Giving pledge, programme réunissant une soixantaine de milliardaires s’engageant à donner une partie de leur fortune. Ils se sont regroupés autour des Américains Bill Gates et Waren Buffett.
(Précision : le total des pourcentage dépasse 100 en raison des réponses multiples).
L’Asie prend le pouvoir
Pour élargir le focus, signalons que pour la première fois l’Asie-Pacifique dépasse l’Amérique du Nord en nombre d’individus fortunés. On en compte 3,37 millions en Asie-Pacifique contre 3,35 en Amérique du Nord. Les États-Unis, le Japon et l’Allemagne représentent à eux seul 53,3% de cette population, selon Capgemini.
* On peut aussi consulter le rapport Global Wealth 2012, du Boston Consulting Group ; par ailleurs, le magazine Forbes tient à jour sa liste des personnes les plus riches du monde.



