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Coca-Cola, boissons sucrées et responsabilité sociale de l’entreprise

Lundi 12 septembre 2011

Coca-Cola_ boissons_sucrees_responsabilites_sociale_entrepriseLa taxe sur les boissons sucrées, annoncée par le gouvernement, n’a pas été du goût de Coca-Cola et autres producteurs de boissons non alcoolisées. La marque américaine a ainsi menacé d’annuler un investissement en France, avant de se raviser.

La taxe représente 1 centime par canette. Elle devrait rapporter 120 millions d’euros. La moitié serait payé par Coca-Cola puisque l’entreprise représente environ 50% du marché français des boissons sucrées (source: Les Echos).

Mais au-delà du débat fiscal, c’est bien la question de la responsabilité sociale de l’entreprise qui est posée. Est-elle bien ou mal posée ? Plutôt maladroitement, car le gouvernement a un peu trop ostensiblement brandi l’argument santé. Les boissons gazeuses ont été placées trop vite au banc des accusés.

Entreprises alimentaires et responsabilité sociale et environnementale

Mais du point de vue de l’investisseur engagé dans une démarche d’investissement responsable (ISR), ces questions présentent de l’intérêt. Les entreprises du secteur alimentaire ont des comptes à rendre aux consommateurs, mais aussi aux investisseurs. Elles doivent prendre de soin de notre santé, parce que c’est leur mission, mais aussi parce que c’est leur intérêt.

C’est ce qu’on observe en consultant le rapport de responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise Coca-Cola France. Nous l’avons lu à la lumière du rapport « Alimentation et boissons : quels risques dans notre assiette? », publié par IDEAM, société de gestion ISR du groupe Amundi, filiale du Crédit Agricole*.

Intéressons-nous particulièrement à deux points : l’alimentation santé et la protection de l’eau.

Lutte contre l’obésité

Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à leur santé. Les législations contraignent les entreprises à en tenir compte.

Pour lutter contre l’obésité, Coca-Cola propose des produits sans calorie. En 2009, 23% du volume vendu était représenté par des boissons sans calorie ou à faible contenu calorifique, contre 15% en 2000 (source : Ideam).

La marque développe également des produits sans sucre :

« En France, la gamme des boissons sans sucre ou à teneur réduite en sucres représente presque 60 % de notre portefeuille de produits : 26 % pour les produits sans sucres (gamme light/ zéro), soit 13 produits de notre gamme sur 51, et 31 % de produits à teneur réduite en sucres (16 produits de la gamme sur 51) ». (source: rapport Coca cola)

Marketing responsable auprès des enfants

La marque américaine adopte un « marketing responsable » auprès des enfants. Sa politique prévoit que les enfants de moins de 12 ans ne soient pas directement ciblés par le message et qu’ils ne soient pas représentés en train de boire un des produits de l’entreprise sans la présence d’un parent.

La marque ne commercialise pas ses produits dans les écoles primaires. Au collège, elle offre une gamme complète de boissons, y compris de l’eau, du jus et d’autres boissons de la gamme, soit en version traditionnelle soit en version allégée en calories.

Gestion de l’eau : controverses en Inde

La gestion de l’eau représente un enjeu environnemental et social majeur. Produire une bouteille de soda entraîne une consommation d’eau. Dans certains pays, l’entreprise rivalise avec les populations locales pour l’accès à l’eau.

En Inde, Coca-Cola a été impliqué dans plusieurs controverses, accusé de consommer trop d’eau.

Vers une production « neutre en eau »

L’entreprise a été confrontée à un mouvement dans la population locale.

« En 2004, le mouvement obtient gain de cause : le fabricant de sodas doit plier bagage, chassé par le conseil du village qui lui refuse le renouvellement de sa licence d’exploitation. Des tests montrent en effet un taux extrêmement élevé de cadmium dans les déchets rejetés par Coca-Cola ». (source: Novethic)

Depuis, Coca-Cola a travaillé pour rétablir son image de marque en Inde. Il a posé l’objectif de devenir « neutre en eau » pour tous ses produits en 2012. « Remplacer chaque goutte d’eau utilisée dans nos boissons et dans leur production », explique un responsable.

Les Français, petits buveurs de Coca-Cola

En France, Coca-Cola est leader du marché des boissons non alcoolisées, avec une part de marché estimée à 53,5%.

Pourtant, les Français sont « parmi les plus petits consommateurs par tête de Coca dans le monde », précise Tristan Farabet, le président directeur général de Coca-Cola Entreprise. (Les Échos).

Coca-Cola, déjà coté à New York, est entré en bourse à Paris, le 24 mai 2011. Cela fait suite à la séparation de ses activités européennes de celles en Amérique du Nord.

La firme américaine compte Warren Buffet parmi ses gros actionnaires. Son fonds d’investissement possède plus de 8% du capital. Il déclare être un consommateur régulier de cette boisson. Dans une de ses lettres annuelles, il affirme boire cinq canettes de Cherry Coke par jour.

Quant à la taxe sur les boissons sucrées, donnera-t-elle à Coca-Cola l’occasion de faire preuve de responsabilité sociale ?

* BforBank est une filiale du Crédit Agricole.


Copyrights : DeusXFlorida sur Flickr

Muhammad Yunus conteste son renvoi de la Grameen Bank

Mardi 5 avril 2011

Nul n’est prophète en son pays. Muhammad Yunus l’a appris à ses dépens. Il y a quelques jours, le Nobel de la Paix 2006 a été limogé de la Grameen Bank qu’il a fondée en 1983. Le gouvernement de son pays, le Bangladesh, l’a poussé vers la sortie.

Officiellement, le motif de son renvoi est administratif. Âgé de 70 ans, Yunus a dépassé l’âge de la retraite, fixé à 60 ans, selon la banque centrale du Bangladesh.

Il faut dire que le prix Nobel de la Paix est brouillé depuis des années avec le Premier ministre, Sheikh Hasina. Il bouscule les politiciens locaux, notamment depuis 2007, quand il a voulu lancer un parti politique. Récemment, le Premier ministre a critiqué la Grameen Bank, l’accusant de “sucer le sang des pauvres”.

M. Yunus a saisi la justice de son pays pour contester la décision de son renvoi.

Des soutiens internationaux

Il a aussi reçu des marques de soutien d’officiels, aux États-Unis et en Europe.

En France, une tribune a été publiée dans Le Monde : « Il faut sauver la Grameen Bank et le microcrédit au Bangladesh ».

Elle est signée notamment de Maria Nowak, fondatrice de l’ADIE*, Michel Rocard et Martin Hirsch, président de l’Agence du service civique.

Pour eux, les intentions du Premier ministre du Bangladesh ne font aucun doute. « Aujourd’hui, l’avenir de la Grameen est en péril, menacé politiquement. Depuis près de quatre mois, le gouvernement bangladais a décidé de mettre la main sur l’institution

Une banque fondée sur le non profit

Selon eux, le modèle de microcrédit de la Grameen Bank est menacé. Ce modèle est unique, pour trois raisons :

  • Il ne cherche pas à faire du profit
  • Il responsabilise les emprunteurs : les petits emprunts accordés sont destinés à financer des projets entrepreneuriaux
  • Il est démocratique : les emprunteurs deviennent actionnaires de la banque

La microfinance sous le feu de la critique

Depuis les années 1980, la microfinance s’est développée, y compris en Europe (à lire sur le Réseau européen de la microfinance). Mais l’affaire Yunus se produit sur fond de critiques contre la microfinance.

Une dérive a été observée, notamment en Inde. Le secteur a connu des excès critiqués par Muhammad Yunus lui-même pour qui l’institution de microfinance doit rester à but non lucratif.

Or, en Inde, un tout autre modèle s’est développé. Ses partisans estiment que la microfinance peut engendrer des profits. Ces sociétés de microcrédit pratiquent des taux plus élevés. Certaines sont même cotées en bourse.

Quand Muhammad Yunus a créé sa banque, seuls les usuriers prêtaient aux plus pauvres, à des taux faramineux. Or, aujourd’hui, certaines sociétés de microfinance se comportent comme des usuriers, déplore-t-il (source :  New York Times).

A cette époque, écrit-il, « je n’aurais jamais imaginé qu’un jour le microcrédit donnerait lieu à sa propre espèce d’usuriers. » Et imaginait-il qu’il serait un jour limogé de la banque qu’il a fondée?

* l’ADIE est un organisme français de microcrédit.

Malaise dans la microfinance en Inde

Mardi 11 janvier 2011

« Dans les années 1970, quand j’ai commencé à travailler sur ce qui allait s’appeler  »microcrédit », un de mes objectifs était d’éliminer la présence d’usuriers qui s’enrichissent sur le dos des pauvres. En 1983, j’ai fondé la Grameen Bank pour proposer de petits prêts que les gens, surtout des femmes pauvres, pourraient utiliser pour se sortir de la pauvreté. A cette époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour le microcrédit donnerait lieu à sa propre espèce d’usuriers. »

Voici ce qu’écrivait Muhammad Yunus, le 6 janvier dernier, en réaction à la crise qui sévit dans la microfinance en Inde.

Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix en 2006, est connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank. Le microcrédit consiste à attribuer des prêts de faible montant à des entrepreneurs qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques.

Un mauvais virage

Si M. Yunus réagit, c’est que la microfinance a sans doute pris un mauvais virage, comme il l’écrit. Plusieurs suicides de débiteurs pressés de rembourser des crédits ont eu lieu dans l’état de l’Andhra Pradesh, en Inde, fin 2010 (source: Bloomberg).

Les pratiques de certaines sociétés de microfinance sont dénoncées. Elles proposent des prêts à taux élevés et des méthodes de recouvrement agressives.

En réaction, le gouvernement de l’Andhra Pradesh a imposé, en octobre dernier, des mesures très contraignantes à ces sociétés. Les nouvelles règles leur imposent de prélever les remboursements sur un rythme mensuel et non plus chaque semaine, les obligent à recevoir ces remboursements dans un lieu public pour éviter toute pression au domicile des emprunteurs, etc. (source: Les Echos; NB le lien aboutit à un contenu payant).

Le secteur de la microfinance a connu un formidable essor, notamment en Inde. Le pays compte plus de 400 sociétés de microcrédit. Cette concurrence peut conduire certains emprunteurs à empiler les crédits.

De plus, des sociétés proposent des taux d’intérêt trop élevés, dépassant souvent les 25 ou les 30 %.

Enfin, certaines se comporteraient comme les usuriers et utiliseraient toutes sortes de moyens de pression pour contraindre les emprunteurs à rembourser.

Quand la microfinance entre en bourse

Le groupe SKS Microfinance illustre le tournant pris par le secteur. Cette société, fondée par l’entrepreneur social, Vikram Akula, est leader du secteur. Selon lui, la microfinance a un but lucratif. C’est ce qui l’a conduit à introduire sa société en bourse. L’action, émise à 985 roupies en août dernier, s’est envolée au-delà des 1400 roupies, avant de redescendre en-dessous de 700 roupies. Une société qui prête aux pauvres peut-elle être rentable au point de rémunérer des actionnaires? Tout le monde n’en est pas aussi convaincu que Vikram Akula.

Dans le même temps, Muhammad Yunus lui-même subit des critiques. Des allégations qu’ils rejette et qui pourraient bien être dues à l’inimitié que lui vouent certains politiciens de son pays, le Bangladesh (source: The Economist).

Dans son article du Herald Tribune, Muhammad Yunus estime que la microfinance a pris un mauvais virage quand on est passé d’organisations à but non lucratif, à des sociétés commerciales.

Yunus recommande de revenir au modèle économique d’origine, fondé sur le non profit. Il conseille également de limiter le taux du prêt. Enfin, les pays où le microcrédit se développe devraient se doter d’une autorité de régulation de la microfinance.

* International Herald Tribune, repris par Yunus centre.