La taxe sur les boissons sucrées, annoncée par le gouvernement, n’a pas été du goût de Coca-Cola et autres producteurs de boissons non alcoolisées. La marque américaine a ainsi menacé d’annuler un investissement en France, avant de se raviser.
La taxe représente 1 centime par canette. Elle devrait rapporter 120 millions d’euros. La moitié serait payé par Coca-Cola puisque l’entreprise représente environ 50% du marché français des boissons sucrées (source: Les Echos).
Mais au-delà du débat fiscal, c’est bien la question de la responsabilité sociale de l’entreprise qui est posée. Est-elle bien ou mal posée ? Plutôt maladroitement, car le gouvernement a un peu trop ostensiblement brandi l’argument santé. Les boissons gazeuses ont été placées trop vite au banc des accusés.
Entreprises alimentaires et responsabilité sociale et environnementale
Mais du point de vue de l’investisseur engagé dans une démarche d’investissement responsable (ISR), ces questions présentent de l’intérêt. Les entreprises du secteur alimentaire ont des comptes à rendre aux consommateurs, mais aussi aux investisseurs. Elles doivent prendre de soin de notre santé, parce que c’est leur mission, mais aussi parce que c’est leur intérêt.
C’est ce qu’on observe en consultant le rapport de responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise Coca-Cola France. Nous l’avons lu à la lumière du rapport « Alimentation et boissons : quels risques dans notre assiette? », publié par IDEAM, société de gestion ISR du groupe Amundi, filiale du Crédit Agricole*.
Intéressons-nous particulièrement à deux points : l’alimentation santé et la protection de l’eau.
Lutte contre l’obésité
Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à leur santé. Les législations contraignent les entreprises à en tenir compte.
Pour lutter contre l’obésité, Coca-Cola propose des produits sans calorie. En 2009, 23% du volume vendu était représenté par des boissons sans calorie ou à faible contenu calorifique, contre 15% en 2000 (source : Ideam).
La marque développe également des produits sans sucre :
« En France, la gamme des boissons sans sucre ou à teneur réduite en sucres représente presque 60 % de notre portefeuille de produits : 26 % pour les produits sans sucres (gamme light/ zéro), soit 13 produits de notre gamme sur 51, et 31 % de produits à teneur réduite en sucres (16 produits de la gamme sur 51) ». (source: rapport Coca cola)
Marketing responsable auprès des enfants
La marque américaine adopte un « marketing responsable » auprès des enfants. Sa politique prévoit que les enfants de moins de 12 ans ne soient pas directement ciblés par le message et qu’ils ne soient pas représentés en train de boire un des produits de l’entreprise sans la présence d’un parent.
La marque ne commercialise pas ses produits dans les écoles primaires. Au collège, elle offre une gamme complète de boissons, y compris de l’eau, du jus et d’autres boissons de la gamme, soit en version traditionnelle soit en version allégée en calories.
Gestion de l’eau : controverses en Inde
La gestion de l’eau représente un enjeu environnemental et social majeur. Produire une bouteille de soda entraîne une consommation d’eau. Dans certains pays, l’entreprise rivalise avec les populations locales pour l’accès à l’eau.
En Inde, Coca-Cola a été impliqué dans plusieurs controverses, accusé de consommer trop d’eau.
Vers une production « neutre en eau »
L’entreprise a été confrontée à un mouvement dans la population locale.
« En 2004, le mouvement obtient gain de cause : le fabricant de sodas doit plier bagage, chassé par le conseil du village qui lui refuse le renouvellement de sa licence d’exploitation. Des tests montrent en effet un taux extrêmement élevé de cadmium dans les déchets rejetés par Coca-Cola ». (source: Novethic)
Depuis, Coca-Cola a travaillé pour rétablir son image de marque en Inde. Il a posé l’objectif de devenir « neutre en eau » pour tous ses produits en 2012. « Remplacer chaque goutte d’eau utilisée dans nos boissons et dans leur production », explique un responsable.
Les Français, petits buveurs de Coca-Cola
En France, Coca-Cola est leader du marché des boissons non alcoolisées, avec une part de marché estimée à 53,5%.
Pourtant, les Français sont « parmi les plus petits consommateurs par tête de Coca dans le monde », précise Tristan Farabet, le président directeur général de Coca-Cola Entreprise. (Les Échos).
Coca-Cola, déjà coté à New York, est entré en bourse à Paris, le 24 mai 2011. Cela fait suite à la séparation de ses activités européennes de celles en Amérique du Nord.
La firme américaine compte Warren Buffet parmi ses gros actionnaires. Son fonds d’investissement possède plus de 8% du capital. Il déclare être un consommateur régulier de cette boisson. Dans une de ses lettres annuelles, il affirme boire cinq canettes de Cherry Coke par jour.
Quant à la taxe sur les boissons sucrées, donnera-t-elle à Coca-Cola l’occasion de faire preuve de responsabilité sociale ?
* BforBank est une filiale du Crédit Agricole.
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