Archive pour le mot-clef ‘gaz à effet de serre’

Le marché européen du carbone soutenu par les députés

Lundi 25 février 2013

La commission de l’environnement du Parlement européen a approuvé, le 19 février 2013, une mesure d’urgence pour sauver le marché européen du carbone. La décision consiste à reporter la mise en vente de nouveaux quotas d’émission de CO2. L’idée est d’enrayer la chute du prix du carbone, tombé à un cours historiquement bas. En faisant remonter le cours, les entreprises seraient incitées à réduire leurs émissions au lieu d’acheter des quotas.

 

“Message clair”

Ces derniers mois, le prix de la tonne a oscillé entre 5 et 7 euros, avec un plus bas historique à 2,82 euros, le 24 janvier 2013. On estime qu’il devrait dépasser 20 euros pour réellement inciter les industriels à développer des technologies propres. (source : Le Monde) Il se situait à 4,68 euros, le 21 février, à la bourse de l’énergie allemande EEX.

En gelant la mise aux enchères de nouveaux quotas d’émission de CO2, le Parlement européen entend soutenir le marché européen du carbone. “La commission de l’environnement a envoyé un message clair en faveur d’un système d’échange de quotas d’émission solide et sain. Augmenter le prix du carbone aidera à catalyser la transition de l’Union européenne vers une économie faible en carbone”, a déclaré le président de la commission de l’environnement, l’Allemand Matthias Groote.

 

Plan de sauvetage à confirmer

Le plan de sauvetage devra encore être confirmé. Il a déjà été retardé en raison de divisions entre les vingt-sept États membres de l’UE.

Certains députés se sont opposés aux mesures proposées. “Intervenir dans un système de marché, avec l’intention de créer des incitations par les prix, tout en augmentant les coûts pour l’industrie et les PME enverrait un mauvais signal en ces temps de ralentissement économique”, a déclaré la députée slovène Romana Jordan.

 

Besoin de réforme

Quelles sont les causes de cette crise du marché européen du carbone ? « La crise économique a réduit les émissions de CO2 de manière inattendue, et un large surplus de quotas non utilisés s’est additionné, faisant chuter les prix du carbone. Pour éviter de noyer plus avant les marchés, la Commission européenne souhaite retarder la vente des nouveaux quotas et a demandé l’approbation du Parlement européen et du Conseil », selon une source du Parlement européen.

On évoque aussi un besoin de réformer ce marché. Selon l’ONG Réseau Action Climat, citée par Le Monde, “le marché carbone européen a reçu un traitement d’urgence. Mais son rétablissement complet nécessite une véritable intervention chirurgicale. Le marché carbone a besoin de réformes structurelles, telles qu’un objectif de réduction d’émissions pour 2020 plus ambitieux (–30% au lieu de –20% actuellement), des objectifs pour 2030 et la suppression définitive des quotas en excédent sur le marché”

 

Excédent de quota

Le marché européen du carbone est un instrument qui vise à réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz à effet de serre. En Europe, 12 000 sites industriels se voient attribuer chaque année un plafond d’émissions de CO2. Les entreprises qui dépassent ce plafond doivent acheter des crédits sur le marché. Celles qui ont suffisamment réduit leurs émissions peuvent revendre leurs excédents.

Or, les quotas d’émission de CO2 sont devenus largement excédentaires. On estime l’excédent à 1,4 milliard de crédits. Si la décision est confirmée lors de la session plénière d’avril, la Commission européenne retirera un quart des quotas des enchères 2013-2015, soit 900 tonnes de CO2, et les réinjectera pour 2019-2020.

Le marché européen du carbone a déjà subi des soubresauts par le passé. L’Union européenne est responsable de 11% des émissions de CO2 du globe, contre 29% pour la Chine et 16% pour les États-Unis.

La finance carbone : vers une économie soutenable

Lundi 23 avril 2012

« Le régime de croissance fondée sur la surconsommation occidentale, financée par la fuite dans l’endettement débridé et combinée à la dépendance excessive de la croissance émergente vis-à-vis de l’exportation, a révélé qu’il était insoutenable. »

Tel est le constat effectué par l’économiste Michel Aglietta, dans un article, Financer la croissance soutenable. Il y démontre la nécessité de passer d’un modèle d’économie insoutenable écologiquement à un modèle soutenable en utilisant des outils parmi lesquels il y a la finance carbone.

La finance carbone est un sujet encore assez méconnu. Son objectif est de réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz à effet de serre*, et notamment de CO2, en favorisant des investissements moins polluants.

Les dégradations de l’environnement induites par le changement climatique auront des conséquences sur les générations avenir et rendent la croissance de l’économie non soutenable. C’est pourquoi les générations d’aujourd’hui doivent s’adapter pour éviter des conséquences négatives pour les générations futures.

Les marchés du CO2 sont un des outils pour réduire l’émission de gaz à effet de serre. Le principe est d’obliger les entreprises de certains secteurs industriels à réduire leurs émissions de CO2. Un organisme distribue aux entreprises des quotas correspondant à leurs émissions. L’entreprise qui dépasse les quotas devra acheter des quotas d’émission à une entreprise qui a moins pollué.

Les marchés du carbone s’organisent autour de trois grands mécanismes, comme l’écrivent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis dans leur étude  Les Marchés carbone expliqués. Ces trois mécanismes sont

  • la création d’un marché carbone international,
  • la Mise en œuvre conjointe (MOC) et le Mécanisme
  • pour un développement propre (MDP).

Le marché européen du carbone

Il existe plusieurs marchés du carbone. Le marché européen est le plus développé.

Le marché européen du carbone, l’EU ETS (European Union Emission Trading System), a été lancé en 2005. Il inclut les 27 États de l’UE.

L’EU plafonne les émissions de CO2 dans le secteur énergétique (production d’électricité et de chaleur, raffinage, combustion) et les industries lourdes (production d’acier, de ciment, de verre et de papier). Plus de 10 000 installations industrielles sont concernées. Récemment, les compagnies aériennes ont été introduites dans l’EU ETS.

Le marché européen du carbone (EU ETS) fonctionne par échange de quotas d’émission de carbone. Une entreprise qui a besoin de quotas (parce qu’elle pollue plus) peut en acheter sur le marché. Une entreprise qui dispose d’un surplus (parce qu’elle pollue moins) peut en revendre.

D’autres marchés du carbone

Le développement de plusieurs marchés de quotas est actuellement à l’étude, expliquent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis. Les projets les plus avancés se trouvent aux États-Unis – où le programme RGGI, pour Regional Greenhouse Gas Initiative, est entré en vigueur en janvier 2009 — en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Japon.

La mise en œuvre conjointe (MOC)

Ce mécanisme consiste à mettre en œuvre des projets visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre. La mise en œuvre est dite conjointe car elle suppose la participation de deux pays parmi la liste des 38 concernés par le protocole de Kyoto, traité international signé en 1997 et visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces pays incluent notamment les pays les plus industrialisés, principalement en Europe. Les États-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto.

Les projets sont vérifiés par des certificateurs indépendants. Ils génèrent des unités de réductions des émissions (URE) correspondant aux réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Ils entraînent des transferts de quotas d’un pays à l’autre.

Le mécanisme pour un développement propre (MDP)

Ce mécanisme est identique à celui dela MOC, à la différence que les projets sont réalisés dans des pays qui n’appartiennent pas aux 38 pays de la liste du protocole de Kyoto.

Ces projets ont pour but de promouvoir l’investissement dans les pays en développement et d’encourager l’utilisation de technologies faiblement émettrices. La plupart de ces projets sont réalisés en Asie.

Le prix du carbone

Le développement du marché du carbone a permis de faire apparaître un prix du carbone. Sa valeur fluctue au fil du temps, à l’instar par exemple du prix des matières premières ou des actions.

Le prix du carbone a connu une baisse sur la période 2008-2012, passant de 20-30 € la tonne à 9€ en février 2012, selon Tendance carbone, le bulletin mensuel du marché européen du carbone, édité par CDC Climat, BlueNext et MetNext. Cette baisse s’expliquerait notamment par le ralentissement de la production industrielle en Europe et par l’incertitude concernant la rareté des quotas au-delà de 2020.

Complexe dans sa mise en œuvre, le marché du carbone se fixe donc un objectif à long terme : protéger les conditions de vie des générations futures en sauvegardant le climat.

 

 

* Le protocole de Kyoto, adopté en 1997, fixe comme objectif pour les 38 pays les plus industrialisés du monde une réduction de 5 % de leurs émissions globales de 6 gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, HFC, PFC, SF6) par rapport aux niveaux observés en 1990.