Comment investir tout en restant en accord avec ses valeurs personnelles ? C’est la question à laquelle répond par exemple le fonds Hymnos, géré par Amundi*.
Créé en 1989 à la demande de congrégations religieuses, ce fonds étique a évolué depuis pour répondre aux investisseurs les plus exigeants dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR). En effet, il exclut les activités qui nuisent à l’homme et à la société. Sont donc exclues les entreprises dont plus de 5% de leur chiffre d’affaires provient des secteurs impliqués dans la production, la vente ou la distribution d’armes, dans la pornographie et ceux pouvant entraîner des addictions : tabac, alcool, jeux de hasard.
Ce fonds à la gestion équilibrée (50% actions, 50% obligations), a été récompensé, pour la deuxième année consécutive, par le Trophée Lipper pour sa performance financière.
Pour en savoir plus, j’ai interviewé dernièrement Gaëlle Dedouche, sa gérante.
E-M : Gaëlle Dedouche, pouvez-vous vous présenter ?
G-D : Je travaille chez Amundi depuis 7 ans, dont 6 ans en tant que gérante. A partir de 2008, j’ai pris en charge la gestion de fonds dits « engagés » ou à fort impact social. Il s’agit notamment des fonds solidaires, des fonds de partage, d’entrepreneuriat social ou d’aide au développement. Je suis également chargée de la gestion d’Hymnos, qui est un fonds ISR d’exclusions sectorielles.
E-M : Quand ce fonds a t-il été créé et quelles sont ses principales caractéristiques ?
G-D : Le fonds Hymnos a été créé en 1989 en France, à la demande de congrégations religieuses. Elles ont choisi le nom d’Hymnos, qui signifie « chant de louange ». C’est un fonds qui se caractérise par trois mots clés:
- équilibré : puisque il compte 50% actions et 50% obligations ;
- exclusions : il exclut les secteurs de l’addiction et de l’armement ;
- sélectif : ce fonds ISR a une forte sélectivité sur les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, dits ESG
E-M : Le fonds Hymnos est décrit comme équilibré car il compte 50% en actions et 50% en obligations. C’est à dire… ?
G-D : L’allocation est de 50% d’actions et 50% d’obligations. Nous avons une flexibilité de plus ou moins 10% mais nous restons assez proches des 50-50, car nous estimons que c’est une allocation optimale. En effet, de 2003 à 2008, c’est plutôt le marché actions qui a tiré à la hausse les performances du fonds, et depuis 2008, c’est plutôt le marché obligataire qui a pris le relais. C’est ce qui permet d’obtenir de bonnes performances régulières. Nous avons un objectif de performance de 4% par an pour un horizon de placement conseillé supérieur à 5 ans.
L’univers d’investissement du fonds est centré sur des actions de sociétés européennes et sur des obligations européennes.
E-M : Ce fonds a une approche éthique, excluant les secteurs qui nuisent à l’homme et à la société. Comment est mise en place cette exclusion ?
G-D : Ce fonds exclut les valeurs qui peuvent être nocives pour l’homme et générer un coût pour la société. Ont été identifiés les secteurs de l’armement (et pas uniquement les bombes à sous munitions et les mines anti-personnel), et les secteurs de l’addiction : le tabac, les jeux et la pornographie. Ces secteurs représentent environ 13% du MSCI Europe (indice Morgan Stanley Capital International pour l’Europe). Sur 460 valeurs du MSCI Europe, nous en excluons 60 qui correspondent à ces critères d’exclusions.
Pour identifier les entreprises à exclure, nous nous appuyons sur des agences de notations, comme SustainAbility, qui vérifient si plus de 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise est lié ou pas à la production d’armes, de tabac, d’alcool, etc. Cela conduit à exclure des entreprises dont le métier premier n’est pas parmi ces secteurs. Par exemple, certaines enseignes de la grande distribution sont exclues car elles vendent de l’alcool.
E-M : S’ajoute aussi un filtre Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG), caractéristique de l’ISR. Pouvez-vous le décrire ?
G-D : Le fonds Hymnos se caractérise par une forte sélectivité. En effet, sur les 460 valeurs du MSCI Europe, nous en retirons 60 par l’exclusion sectorielle puis encore 300 par le filtre ESG. On ne retient donc que 30% des entreprises les mieux notées par secteur selon les critères ESG. Rappelons que pour la plupart des fonds européens avec une approche dite « meilleurs élèves/ best in class », on en conserve environ 70%.
Enfin, nous avons mis en place une notation ESG des États. Elle mesure et compare les niveaux d’intégration des enjeux du Développement Durable dans les systèmes institutionnels et les politiques publiques des États sur les trois domaines : Environnemental, Social et de Gouvernance. Cela nous a permis notamment dès 2010 de sortir la Grèce, mal notée d’un point de vue ESG, ce qui nous a évité tous les tracas ultérieurs. C’est une des sources de performance du fonds.
E-M : En gestion financière, quels sont les règles d’optimisation du portefeuille ?
G-D : Après la notation extra-financière nous intégrons des paramètres purement financiers. Les entreprises ou États en portefeuille sont sur ou sous pondérées en fonction de leur évaluation financière. C’est un modèle qui prend en compte plusieurs indicateurs pour déterminer si la valeur a une bonne note financière.
E-M : Sur la performance de ce fonds, dont l’horizon de placement conseillé est supérieur à 5 ans ?
G-D : Depuis le début de l’année 2012**, la performance nette du fonds est supérieure à 8 %. Notre objectif de performance annuel est de 4%. Sur 10 ans cet objectif est atteint. Le fonds Hymnos a été récompensé pour la deuxième année consécutive par le Trophée Lipper en étant le plus performant dans sa catégorie de fonds équilibré de la zone euro, comparé à des fonds non ISR sur une période de trois ans.
E-M : Enfin, quels sont les investisseurs concernés par le fonds Hymnos ?
G-D : Les investisseurs qui souscrivent à ce fonds éthique sont aussi bien des personnes physiques que morales : des congrégations religieuses, des investisseurs institutionnels et des particuliers. Le fonds propose deux parts pour satisfaire à tout type de clientèle. Il est distribué par les réseaux partenaires d’Amundi.
* Précision :Amundi est une filiale du groupe Crédit Agricole, auquel appartient BforBank
** au 26 septembre 2012