Depuis son élection, le pape François place le thème de la finance au cœur de son discours.
L’Argentin, qu’on a surnommé Le Pape des pauvres, est dans le droit fil de la doctrine sociale de l’église catholique.
Finance et religion, les deux thèmes sont dans l’actualité, car les religieux débattent de l’éthique financière, mais aussi parce que la banque du Vatican – l’Institut pour les Œuvres de Religion (IOR) – affirme sa volonté de se réformer.
Le Pape François a abordé le sujet de la finance, le 16 mai dernier, en recevant quatre nouveaux ambassadeurs au Vatican (La Croix). Dans son discours, il a placé au centre de sa réflexion une citation de Jean Chrysostome exhortant à la solidarité avec les plus pauvres :
« j’encourage les maîtres financiers et les gouvernants de vos pays, à considérer les paroles de saint Jean Chrysostome : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs ».
Le Pape François appelle à davantage de solidarité
Le Pape François a posé le constat d’une aggravation des inégalités dans le monde :
« la peur et la désespérance saisissent les cœurs de nombreuses personnes même dans les pays dits riches ; la joie de vivre s’amenuise ; l’indécence et la violence prennent de l’ampleur ; et la pauvreté devient plus criante ».
Selon lui,
« l’une des causes de cette situation, à mon avis, se trouve dans le rapport que nous entretenons avec l’argent, et dans notre acceptation de son empire sur nos êtres et nos sociétés ».
Sans rejeter les riches, il invite à la réflexion :
« Le Pape aime tout le monde : les riches comme les pauvres. Mais le Pape a le devoir au nom du Christ, de rappeler au riche qu’il doit aider le pauvre, le respecter, le promouvoir. »
Finance : vers plus de règles et autorégulation
Parallèlement, un colloque sur l’éthique bancaire réunissait, le 13 mai, au Vatican, des banquiers, des chefs d’entreprise, des économistes autour d’hommes d’église, dont le président du Conseil pontifical Justice et Paix, le cardinal Peter Turkson (source : Radio Vatican).
Un des animateurs du colloque était Pierre de Lauzun, directeur général adjoint de la Fédération bancaire française et délégué général de l’Association française des Marchés Financiers.
Il a rappelé que les marchés financiers ont besoin à la fois de règles et d’autorégulation.
« Si vous ne comptez que sur la moralité des gens, évidemment, les bandits font ce qu’ils veulent. »
Démonstration par l’exemple : sur la route,
« si vous ne comptez que sur les policiers et que tout le monde conduit n’importe comment, ça ne fonctionne pas. »
Pour Pierre de Lauzun, il y a donc à la fois un besoin « d’intériorisation des règles », donc d’un « changement culturel le plus large possible » Mais pour lui, il faut dans le même temps des règles pour « limiter les excès ».
Le débat s’est porté sur l’ISR (Investissement Socialement Responsable), accusé parfois de n’être qu’une façade. Mais pour Pierre de Lauzun, l’ISR permet de
« reconnaître qu’il y a un certain bien à faire quelque part ».
De plus, si on investit sur les marchés,
« c’est pour avoir un certain rendement, sinon ce n’est pas un investissement. »
C’est donc là où il faut être responsable, poursuit-il.
« Mais attendre un rendement zéro, c’est accepter de gaspiller de l’argent, ce qui n’est pas bien non plus. Produire est un bien commun, pas gaspiller. »
La banque du Vatican : la banque la plus secrète du monde ?
Dans le même temps, les questions financières s’imposent au Vatican. La gestion de l’Institut pour les Œuvres de Religion (IOR), autrement dit la banque du Vatican, nécessite des réformes qui vont dans le sens d’une plus grande transparence.
L’IOR vient ainsi d’annoncer qu’il publiera son bilan ainsi que d’autres documents sur un site Internet, à la fin de l’année, selon son président, Ernst von Freyberg (France 24).
L’industriel allemand, nommé par l’ancien pape Benoît XVI en février 2013, précise que le site aura pour but d’expliquer
« ce qu’est l’institution, de dire quels sont ses actifs financiers et ses activités ».
L’OIR, qualifiée de banque la plus secrète du monde par le magazine économique Forbes, s’est pliée à des contrôles pour figurer sur la liste blanche de l’Union européenne des institutions financières qui luttent pour empêcher le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.
Pour ce faire, les comptes du Vatican seront supervisés par l’Autorité d’Information Financière, une institution mise en place par Benoît XVI, présidée par le financier suisse René Brülhart (source : Zenit).





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