Pourquoi ne pas investir dans une jeune entreprise innovante ? Un investissement certes risqué mais qui peut faire réaliser d’importantes plus-values.
C’est le pari que font les business angels, ces investisseurs qui participent à la création d’entreprise sans être entrepreneurs.
« Un Business Angel est une personne physique qui investit une part de son patrimoine dans une entreprise innovante à potentiel et qui, en plus de son argent, met gratuitement à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps ».
Telle est la définition donnée par France Angels, l’association qui fédère les réseaux de business angels en France.
On compte 7000 business angels en France, regroupés dans 85 réseaux, selon l’APCE. Ils seraient 40 000 en Grande-Bretagne et 400 000 aux États-Unis.
Parole de business angel : interview de Patrick Hannedouche
J’ai contacté Patrick Hannedouche, 54 ans, chef d’une entreprise d’une vingtaine de salariés (source: Société.com) et business angel.
Auteur du blog Business Angel France, il nous livre son expérience sur cet investissement risqué, mais passionnant:
Pourriez-vous vous présenter et présenter votre site ?
Je suis à la base un entrepreneur puisque j’ai créé Juste à temps, le cybermarché du bureau en 1990. Fort de cette expérience, je suis devenu investisseur dans des créations d’entreprise où je peux apporter ma vision, mon expérience, mon réseau et du capital. Je suis membre de Paris Business Angels.
J’ai créé mon blog Business Angel France en 2007 pour aider les créateurs d’entreprise et amplifier le mouvement des Business Angels en France. J’y pratique le parler-vrai qui me caractérise et je m’appuie sur mon expérience.
Pour quelles raisons choisit-on de devenir business angel ?
Pour ma part, je suis devenu business angel pour partager ma passion de la création d’entreprise et participer à de belles aventures entrepreneuriales.
Sinon, je vois aussi beaucoup de confrères, notamment cadres supérieurs, devenir business angel parce qu’ils ne peuvent pas (ou n’osent pas) créer leur start-up. Également beaucoup de jeunes retraité(e)s y voient une manière de se rendre utiles.
Vous écrivez, dans votre article « Les 12 commandements d’un BA », que le choix d’investir dans une entreprise repose plus sur la qualité des équipes que sur celle du projet. Comment fait-on pour bien évaluer les qualités d’une équipe?
- En étudiant son parcours : pour ma part, j’adore investir dans des start-ups dirigées par des serial entrepreneurs, même et je dirais surtout s’ils ont connu (et digéré !) l’échec.
- En vérifiant qu’il y a bien une équipe et non une seule personne qui décide de tout.
- En regardant la complémentarité (formation, expérience…) de ses membres.
- En les rencontrant plusieurs fois dans des circonstances différentes avant d’investir.
Quel est le rôle du business angel dans la gouvernance d’une start-up?
Elle est très variable entre le business angel sleeping partner* et celui qui devient administrateur de la startup. En aucun cas son rôle est de diriger l’entreprise investie.
Comment évaluer le risque de l’investissement du business angel dans une entreprise?
Soyons clair, il est très élevé et beaucoup plus risqué que la bourse, même en ce moment ! En effet, les sorties par le bas (arrêt de l’entreprise) sont beaucoup plus nombreuses que les sorties par le haut (revente, introduction en bourse). Je n’ai pas de statistique, mais le rapport de 3 sorties par le bas pour 1 sortie par le haut me semble proche de la réalité.
Quels rôles jouent les nouveaux outils web pour rapprocher les investisseurs des créateurs d’entreprise?
Ils changent tout. Et je prendrai deux exemples :
- Le développement des sites de mise en relation entre investisseurs et créateurs d’entreprise, comme Finance Utile et Oseo Capital PME en France ou Angellist à l’international.
- Les réunions à distance : avec skype, l’endroit où vous êtes a beaucoup moins d’importance.
Ceci implique de bien savoir manier ces nouveaux outils, ce qui n’est pas inné chez les business angels souvent seniors contrairement aux jeunes créateurs d’entreprise majoritairement digital natives ou de la génération Y.
Comment jugez-vous la finance participative qui se développe sur Internet ? Qu’est-ce qui la différencie de l’action du business angel?
C’est très bien que la finance participative se développe sur internet, pour toucher une nouvelle population d’investisseurs souvent peu aguerrie à l’entrepreneuriat. Même si son développement est freiné par la législation, comme pour Friendsclear.
La différence essentielle tient au fait qu’il s’agit d’un prêt pour la finance participative et d’un investissement dans le capital pour un business angel.
Vous êtes entrepreneur et business angel. Qu’est-ce que ces deux fonctions vous ont apporté réciproquement ?
Pour les deux, de belles aventures humaines entrepreneuriales. Sachant que je suis aux commandes chez « Juste à temps » et copilote comme business angel. Et, croyez en mon expérience, ce n’est pas la même chose. J’ajouterai que l’un nourrit l’autre : mon activité business angel est un formidable outil de veille et un parfait laboratoire pour mon entreprise ; et réciproquement, mes 20 ans d’entrepreneuriat me permettent de mieux conseiller les jeunes entrepreneurs.
Pour compléter :
Les business angels ont généralement un patrimoine important et une bonne connaissance de l’entreprise. Ils se rassemblent autour de trois profils :
- Ancien chef d’entreprise ou un cadre supérieur qui est en mesure d’investir de 5 000 à 200 000 euros par an.
- Ancien chef d’entreprise qui a revendu sa société et peut investir de 50 000 à 500 000 euros par an.
- Membre d’un family office (groupement d’investisseurs d’une même famille)
Pourquoi devient-on business angel ?
Les motivations sont diverses :
- rechercher d‘importantes plus-values
- participer à une aventure entrepreneuriale
- diversifier son patrimoine financier
- stimuler la création d’entreprise
- bénéficier de dispositifs fiscaux avantageux
Pour aller plus loin :
- « Finance utile »: une plateforme web pour investir dans des start-up innovantes
- La nouvelle finance à l’Université de la Terre
- Les plateformes de prêt solidaire popularisent le microcrédit
* Se dit d'un investisseur qui ne s'implique ni dans la gestion ni dans la définition de la stratégie de l'entreprise dans laquelle il est actionnaire






