Archive pour le mot-clef ‘Engagement’

Rencontre avec Antoine Sorange, responsable de l’analyse extra-financière chez Amundi (2/2)

Mardi 18 octobre 2011

Un logiciel pour aider à la décision

Antoine Sorange nous fait une démonstration de l’utilisation du logiciel SRI. Il montre à l’écran un résumé de l’analyse extra financière d’une valeur, en l’occurrence Peugeot.

Ce résumé est matérialisé par un triple réseau de cercles visualisant les notes dans les domaines environnemental, social et de gouvernance (ESG). L’analyste peut modifier les notes d’une entreprise grâce au logiciel, à condition de le justifier au moyen d’une note de synthèse. La décision de l’analyste est souveraine, même si les analystes en débattent également entre eux.

Pour les analystes extra-financiers, le logiciel SRI est avant tout un lanceur d’alertes. Il détecte notes qui posent problème. « Par exemple, sur une valeur, deux agences de notations vont donner deux notes divergentes. L’outil va alors émettre une alerte. Pour nous, l’important sera de creuser ce critère en particulier, de rencontrer l’entreprise pour se faire une opinion. »

Ce travail d’enquête se poursuit afin de confirmer la notation de certaines entreprises. « Si, par exemple, une valeur est très bien notée, on va chercher à comprendre pourquoi et interroger l’entreprise. A contrario si une autre est très mal notée, par exemple avec la note E qui signifie exclusion des portefeuilles, et qu’elle représente 3% des indices, on va analyser en profondeur avant de demander au gérant d’exclure cette valeur. En effet, les fournisseurs de données ont des questionnaires très génériques, pas toujours adaptés aux entreprises. Parfois également les entreprises peuvent avoir une mauvaise note parce qu’elles n’ont pas pris le temps de publier certaines données ».

Des rencontres avec les entreprises

L’analyse extra-financière implique des rencontres avec les entreprises pour des compléments d’information. Ces rencontres ont pour but d’en savoir plus.

analyse extra-financière Amundi

« Les analystes rencontrent les entreprises sur des questions environnementales ou sociales. Cela aboutit parfois à la modification des « fiches valeurs » des entreprises.

L’équipe Corporate Governance d’Amundi rencontre également les entreprises, elle travaille en lien avec les analystes extra-financiers « L’équipe de corporate governance, qui est proche de la nôtre, a pour mission de définir et faire évoluer la politique de vote d’Amundi et de voter aux assemblées. Le premier axe d’engagement est le vote. Cette équipe pratique aussi le dialogue pré assemblée. Avant de voter contre une résolution, elle contacte l’entreprise et parfois on aboutit à une solution consensuelle avec l’entreprise, parfois non et dans ce cas on vote contre. »

Une politique d’engagement

Enfin, l’équipe d’analystes va continuer sa politique d’engagement et l’amplifier. Des rencontres avec les entreprises auront pour but de les sensibiliser à des questions environnementales ou sociales. « Le troisième axe qu’on va développer, ce sera de l’engagement au sens exact du terme. On va cibler un sujet, parce qu’on ne pourra pas traiter tous les sujets environnementaux et sociaux, et des entreprises et faire de l’engagement auprès de ces entreprises. »

Enfin, le regard des médias et du grand public sur son métier laisse Antoine Sorange frustré. « Le grand public a perdu confiance dans le monde financier. Pourtant, nous sommes convaincus que ce qu’il se passe dans la gestion d’actif reste très sain. Il y a des règles, mais également un contrôle de risque. Et puis l’ISR n’est-il pas un moyen de redonner confiance au grand public parce qu’il est connecté aux enjeux industriels, à l’emploi, au lien social et plus généralement à la notion de long terme ?».

Photo : L’équipe d’analyse extra-financière d’Amundi. Crédit photo :Bérangère Lomont.

* L’analyse ISR était regroupé sous le nom d’IDEAM, filiale d’Amundi. Depuis octobre 2011 cette équipe a été rebaptisée le département ISR d’Amundi. Précision: Amundi est une filiale du groupe Crédit Agricole, auquel appartient BforBank.

Novethic décerne ses labels et prône la pédagogie sur l’ISR

Jeudi 6 octobre 2011

Novethic_decerne_labels_investissement_socialement_responsableC’est presque devenu un rituel. Chaque mois d’octobre, depuis 2009,  Novethic attribue ses labels aux fonds ISR (Investissement Socialement Responsable). La Semaine de l’ISR se profile. Elle aura lieu pour la deuxième année, du 10 au 16 octobre.

Cette année, Novethic, centre de recherche et média dédié à l’ISR, a décerné son label à 156 fonds sur 184 candidats parmi les quelque 300 fonds se revendiquant ISR en France. L’ an passé, 142 fonds sur 182 l’avaient reçu et en 2009, lors de la première édition, 92 sur 121.

Le nombre de fonds labellisés augmente. Novethic l’explique ainsi:

« c’est essentiellement parce que, bon an mal an, la transparence progresse chez les offreurs de fonds ISR. La mise à disposition d’information extra-financière semble être progressivement industrialisée et intégrée à l’actualisation des reporting financiers ».

Besoin de pédagogie

L’institut Novethic insiste sur le besoin de pédagogie. Elle doit notamment s’exercer au niveau de la distribution dans les réseaux bancaires.

« La pédagogie sur l’ISR et la spécificité de ce mode de gestion qui consiste à intégrer à l’analyse financière des critères ESG passe non seulement par une visibilité sur les sites des sociétés de gestion mais aussi par une distribution effective dans les réseaux qui proposent des produits financiers aux clients particuliers. Progressivement les fonds labellisés ont gagné les sites Internet des réseaux de distribution. C’est le cas notamment des groupes Caisse d’Épargne, Crédit Agricole, HSBC et LCL ».

La collecte de l’ISR reste positive (+2,7% au premier semestre 2011). Toutefois, les Français qui ont de l’épargne privilégient les livrets (+15 milliards d’euros en huit mois).

Percée de l’engagement

Novethic a récompensé cinq fonds de la mention « engagement » pour une démarche d’activisme actionnarial. Cette démarche monte en puissance. En 2010, seul un fonds avait obtenu cette mention.

Vingt-quatre fonds ont reçu la mention « indicateurs ESG » car ils effectuent une mesure de leur performance extra-financière. Voici les  quatre critères pour l’attribution du label:

1. Analyse Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG)

Pour être labellisé, un gérant de fonds doit prendre en compte les enjeux ESG, processus auquel peuvent s’ajouter des critères éthiques d’exclusion de titres ou de secteurs.

2. Transparence du processus

Le souscripteur doit pouvoir comprendre les caractéristiques extra-financières du fonds et leurs impacts sur la gestion du produit. Le gérant doit s’appuyer pour cela sur le Code de transparence AFG-FIR qui doit être clairement accessible.

3. Reporting extra-financier de qualité

Le reporting mensuel et/ou trimestriel d’un OPCVM ISR doit avoir une dimension complémentaire à celle des reportings des fonds non ISR.

4. Publication de la composition intégrale du portefeuille

La Semaine de l’ISR

La semaine de l’ISR aura lieu, du 10 au 16 octobre, pour la deuxième année, sous le haut patronage du ministère de l’Ecologie et du développement durable.

La Semaine de l’ISR a pour but de populariser l’ISR auprès du grand public. Des événements seront organisés dans toute la France par des acteurs de l’ISR.

Six familles pour explorer les nuances de l’Investissement Socialement Responsable (2/2)

Mardi 27 septembre 2011

Suite et fin de l’entretien avec Vincent Auriac, d’Axylia Conseil : un gérant qui conseille des sociétés et des associations pour leur investissement responsable.

Les avocats de l’engagement

Investissement socialement responsable les avocats de l'engagement« Les avocats de l’engagement ce sont tout ce que les anglo-saxons appellent l’engagement. Ce mot en anglais signifie à la fois « discuter » et « se fiancer ».

L’idée est de se dire qu’il y a des problèmes à caractère environnemental, social on de gouvernance et que le seul fait de noter ne va pas suffire à les résoudre. Je décide alors en tant qu’actionnaire d’engager un dialogue avec l’entreprise et lui demander qu’elle y trouve des réponses. L’approche de l’engagement est une attitude active en vue d’améliorer le comportement de l’entreprise dans laquelle j’investis.

Aux États-Unis, par exemple, les congrégations religieuses, les associations environnementales et les groupes de pression pratiquent l’engagement depuis longtemps. Les institutions religieuses américaines (juifs, catholiques, protestants et musulmans) travaillent ensemble sur ces questions depuis quarante ans.

En Europe, l’engagement concerne plutôt les questions de gouvernance. Par exemple, en Suisse, la fondation Ethos travaille depuis des années sur ce sujet. En France c’est arrivé il y a une dizaine d’années, avec la société Phitrust. Mais cela reste une approche extrêmement marginale (0,2% des encours). »

Les marqueurs d’empreinte

Investissement socialement responsable les marqueurs d'empreinte« Les gérants qui pratiquent ce genre d’ISR s’obligent à mesurer l’impact qu’ils ont sur la société. Pour eux, la performance financière n’est pas déconnectée de l‘impact sur la société.

Dans ce genre de fonds, on mesure cet impact de façon précise : combien d’emplois créés, combien de CO2 émis, etc. Cette démarche est plus exigeante. Il faut aller chercher une information qui n’est pas toujours donnée par les entreprises !

Cela traduit aussi une exigence de transparence vis à vis du souscripteur qui est souvent perdu devant la notation ISR.

Cette démarche s’est appliquée à l’origine sur des projets non cotés, le microcrédit ou les entreprises solidaires. Aujourd’hui encore, elle ne représente qu’une part minime de l’ISR en France. »

Les acteurs de la solidarité

Investissement socialement responsable les acteurs de la solidarité« Les souscripteurs de cette famille veulent résoudre des problèmes sociétaux de façon très concrète.

Cette catégorie regroupe tous les produits solidaires. Elle réunit aussi bien les l’épargne solidaire que l’épargne de partage. Selon moi, tous ces produits d’épargne appartiennent à la grande famille de l’ISR.

Ils peuvent opter pour le partage : avec un fonds de partage, je reverse une partie de mon gain à une association pour qu’elle résolve un problème de société.

L’autre approche est la démarche solidaire à travers de la microfinance. Je vais ainsi contribuer à résoudre des problèmes en investissant dans de petites entreprises non cotées que je ne pourrais pas traiter en investissant dans de grandes sociétés.

En France, il existe de nombreux produits solidaires. Le premier produit de partage est apparu peu avant le premier fonds ISR.

Depuis 10 ans sont apparus les fonds solidaires. Ils se sont développés notamment à travers de l’épargne salariale solidaire. Ces fonds investissent 5 à 10% dans des entreprises solidaires.

De 90 à 95% de ces produits solidaires sont également ISR. »

Axylia conseil
Cette société a été créée en 2005. Ses activités sont le conseil auprès
d'institutionnels (associations, congrégations religieuses) qui
investissent "responsable", d'institutions financières qui souhaitent
créer des produits ISR ou refondre des produits existants.
Elle organise les Ateliers de l'investissement responsable sur les thèmes
de l'ISR et de la philanthropie. La brochure sur les familles ISR peut vous être adressée sur
simple demande à la société Axylia.

L’engagement actionnarial dans une stratégie ISR (1/2)

Lundi 11 juillet 2011

L’engagement actionnarial est un moyen, pour un investisseur, d’influer sur une entreprise pour qu’elle améliore ses pratiques dans les domaines Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG). C’est une approche liée à l’ISR (Investissement Socialement Responsable), comme nous le verrons dans ce billet et le suivant, où nous définirons d’abord l’engagement actionnarial, puis les objectifs et les moyens d’actions dont disposent les investisseurs.

Inciter les entreprises à s’améliorer

La fondation suisse Ethos est spécialisée dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Parmi ses moyens d’action, elle a recours à l’engagement actionnarial.

Une de ses réussites est sa campagne « Stop Chairman-CEO », menée en 2005. L’objectif était de faire cesser le cumul des fonctions de président et de directeur général dans certaines entreprises. Autrement dit, il s’agissait d’agir sur un des trois types de critères ESG, la gouvernance.

Ethos et cinq caisses de pension suisses ont ainsi présenté une résolution lors de l’Assemblée générale de la société Nestlé. Elle demandait la modification des statuts pour empêcher le cumul des deux fonctions de président et de directeur général.

Le résultat n’a pas été entièrement concluant, puisque les actionnaires ont voté contre à 51%, avec 36% de votes pour et 13% d’abstention. Mais le dirigeant, Peter Brabeck, a compris le message envoyé par les actionnaires. Il a annoncé qu’il s’engageait à quitter sa fonction de directeur général dans les deux ans, ce qu’il a fait en 2008. (source l’étude de Novethic Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse*)

Dialoguer avec les dirigeants

Cette action menée par Ethos est un exemple d’engagement actionnarial dans une visée ISR.

Mais l’engagement actionnarial peut prend d’autres formes, comme nous le verrons: dialogue régulier avec les dirigeants de l’entreprise, communication publique sur l’engagement, questions posées en Assemblée générale, désengagement et revente des actions, etc. C’est une démarche structurée qui inclut une réflexion sur les objectifs et un reporting des actions menées. Son but est d’inciter les entreprises à avoir une conduite plus éthique et à s’améliorer dans les domaines environnemental et/ou sociétal ou sur le plan de la gouvernance.

Engagement et activisme

Pour définir l’engagement actionnarial, il faut tout d’abord préciser que ce terme est employé en concurrence avec celui d’activisme actionnarial. Le terme d’activisme a une connotation négative auprès des investisseurs, car il sous entend une volonté d’influer brutalement sur la gouvernance, souvent dans le but de générer un profit à court terme.

Nous préférerons le terme d’engagement actionnarial, en suivant la terminologie de l’institut de recherche Novethic, qui a publié une étude sur le sujet*.

Selon sa définition, « l’engagement actionnarial désigne le fait pour un investisseur de prendre position sur des enjeux ESG et d’exiger des entreprises visées qu’elles améliorent leurs pratiques dans la durée. ».

Dialogue constructif

Par exemple, cette opposition entre engagement et activisme est exprimée par la société Edmond de Rothschild Asset Management, dans sa politique d’engagement ESGP** du fonds Tricolore rendement, publiée sur son site. Elle définit sa politique d’engagement comme privilégiant « le dialogue constructif et une

participation active à la politique de vote à l’activisme ». Cette stratégie d’engagement se veut plus positive que l’opposition frontale avec l’entreprise.

Un phénomène d’origine anglo-saxonne

L’engagement actionnarial s’est d’abord développé aux États-Unis. Les communautés religieuses en ont fait un instrument pour exclure certains secteurs d’investissements, jugés contraires à leurs valeurs. En se regroupant ces communautés ont pu exercer une pression sur les entreprises grâce à l’engagement actionnarial.

En Europe, l’engagement est plutôt en vogue en Grande-Bretagne et dans les pays du nord de l’Europe. Les pays comptabilisant le plus d’encours soumis à une approche d’engagement sont le Royaume-Uni (830 milliards d’euros en 2009), les Pays-Bas (307 milliards d’euros), la Norvège (195 milliards d’euros) et la Suède (119 milliards d’euros), loin devant la France (6 milliards d’euros). Au total, l’engagement totalise 1500 milliards d’euros en Europe, soit 30% des 5000 milliards comptabilisés en ISR, au sens large du terme. (source: Novethic)

* Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse est une étude réalisée en 2011 par Dominique Blanc, Aela Cozic et Samer Hobeika, du centre de recherche ISR de Novethic.

** ESGP signifie Environnemental, Social, Gouvernance et Parties prenantes

Copyright : Par zigazou76 sur Flickr