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Le microcrédit en France : quel impact sur l’emploi ?

Jeudi 21 juin 2012

Le microcrédit est-il une solution pour créer des emplois en France ? C’est la question que je me suis posée en découvrant le baromètre 2012 de la microfinance, publié par Convergence 2015, qui regroupe 200 organisations en Europe sur les enjeux de l’entrepreneuriat social, de la microfinance et du développement durable.

 

Création d’entreprise et inclusion bancaire

 

Le microcrédit est avant tout un outil financier permettant l’accès au crédit à des personnes qui en sont privées. Il favorise l’inclusion bancaire dans notre pays où, malgré un taux de bancarisation de 99%, l’accès à tous les services bancaires reste inégal.

Le microcrédit professionnel est destiné à la création d’entreprise. Il se définit comme un prêt, bancaire ou extra-bancaire, inférieur à 25 000 euros, assorti obligatoirement d’un d’accompagnement. En France, cet accompagnement est proposé principalement par trois réseaux : l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Économique), France Active et France Initiative.

 

57 000 emplois créés ou consolidés en 2011

 

Quelques chiffres. En 2011, la microfinance a aidé à la création 19 000 entreprises et au soutien de 12 000 entreprises.

Ces entreprises ont créé ou consolidé 57 000 emplois. Leurs créateurs sont le plus souvent des hommes (62%), des chômeurs (65%) et 43% ont un baccalauréat ou un diplôme de l’enseignement supérieur.

Les entreprises créées interviennent dans ces secteurs :

  • commerce et réparation: 38%
  • services aux entreprises et aux particuliers: 27%
  • hôtels et restaurants: 12%
  • construction BTP: 11%

En France, les trois grands acteurs du microcrédit sont l’Adie, France Active et France Initiative. Comment mesurent-il leur impact sur l’emploi ?

 

L’Adie

 

En 2011, l’Adie a franchi la barre des 100 000 microcrédits signés depuis sa création en 1989.

L’Adie réalise une mesure de son impact sur l’emploi, en faisant appel à Cerise, un réseau d’échange sur la microfinance dans les pays du sud et en Europe.

« Les résultats de l’audit soulignent la grande diversité et la très forte représentation d’un public exclu (non seulement allocataires de minima sociaux, mais aussi migrants, gens du voyage, jeunes, femmes, seniors, personnes handicapées, personnes illettrées, en interdit bancaire, etc.). A ces personnes, sont offerts des services de prêts de qualité : proximité, transparence, alliés à un accompagnement structurant et personnalisé (mobilisation de bénévoles, services en ligne, standard téléphonique) », relève l’Adie. (source : rapport annuel 2011)

 

France Active

 

France Active, créée en 1988, est une association pionnière de l’économie solidaire en France. Elle annonce 25 000 emplois créés ou consolidés en 2011 « grâce au soutien de l’État, du Fonds social européen, des régions, des départements et de la Caisse des Dépôts ». Une majorité de ces emplois sont créés dans des entreprises solidaires. Le réseau France Active assure le financement et l’accompagnement des entrepreneurs sociaux dans les secteurs de l’insertion par l’activité économique, le handicap, l’environnement, la formation, etc.

France Active propose également des microcrédits bancaires garantis aux créateurs d’entreprises. Ce microcrédit, avec un taux d’intérêt réduit (inférieur à 5%) permet un recours au crédit sans recours excessif aux cautions solidaires, ce qui favorise la pérennité du projet, indique France Active. France Active se développe avec ses représentants régionaux, comme le Fondes Pays de Loire, qui mobilise l’épargne locale pour soutenir l’emploi dans sa région.

 

(source : rapport annuel 2011)

 

France Initiative

 

France Initiative annonce la création ou le maintien de 35 000 emplois en 2011. Parmi les entrepreneurs financés, 67% étaient demandeurs d’emploi, 23% avaient moins de 30 ans. Parmi les créateurs d’entreprises, 35% sont des femmes, soit 6 000 personnes. « Ce pourcentage croît lentement mais de manière continue depuis plusieurs années, indique France Initiative. Il concrétise les efforts de promotion et de valorisation par l’exemple de l’entrepreneuriat féminin menés par les plateformes et les coordinations régionales, notamment à travers l’organisation de concours régionaux ». Les secteurs aidés vont du commerce (32%) aux services aux particuliers (20%) en passant par l’hôtellerie restauration (15%) et la construction (12%).

L’accompagnement est privilégié dans les 238 plateformes réparties sur le territoire. Elles font intervenir les acteurs économiques au niveau local : les collectivités locales, les chefs d’entreprise, les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métiers et de l’artisanat, les banques, les professionnels du chiffre et du droit (experts- comptables, avocats). (source : rapport annuel 2011)

La Sicav danone communities (1/2)

Mardi 24 avril 2012

« A long terme, l’histoire de danone.communities pourrait se révéler aussi passionnante que celle de Grameen Danone », écrit Muhammad Yunus**.

C’est cette histoire que j’ai voulu retracer lors d’une conférence téléphonique réalisée avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Il est à noter que la Sicav danone.communities va bientôt évoluer. L’entretien porte sur les grandes caractéristiques de la Sicav. Nous évoquerons la nouvelle version prochainement.

Bonjour Mathieu Azzouz, pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre activité au sein d’Amundi ?

J’ai rejoint Amundi il y a à peu près un an et demi pour prendre en charge l’équipe de gestion engagée. Avant j’étais analyste extra financier et gérant ISR de fonds actions. Ici, nous gérons les fonds solidaires ou d’impact investing.

Danone.communities fait partie de cette famille. Nous avons environ 250 millions d’encours sous gestion. Nous couvrons toute une gamme : des fonds solidaires et de partage 90/10, le fonds de social business danone.communities ; un fonds d’aide au développement qui s’appelle Amundi AFD Avenirs Durables. D’autre part, nous gérons un fonds éthique appelé Hymnos, un fonds d’exclusion à forte sélectivité ISR. Ces fonds sont ouverts à tous types d’investisseurs, particuliers ou institutionnels.

Pouvez-vous rappeler comment a été créé le fonds danone.communities en 2007 ?

Le fonds a été créé en 2007, à la suite d’une rencontre de Franck Riboud et Muhammad Yunus. Les deux partenaires se sont demandé comment Danone pourrait apporter ses compétences sur des projets à impact social tout en respectant la philosophe prônée par M. Yunus pour répondre aux problématiques des populations les plus pauvres dans les pays émergents.

Ils ont réfléchi à un modèle qui permettrait de toucher le plus grand nombre. C’est ici que le Crédit Agricole a été approché et qu’est intervenue la société de gestion Amundi.

Quel est le rôle joué par chacun des acteurs, Danone, Crédit Agricole et Amundi ?>

Chacun apporte sa compétence : les projets identifiés par Danone qui apporte son expertise et sa force d’innovation en matière de nutrition- santé sont ensuite sélectionnés et approuvés par le Comité d’Orientation composé de représentants du Groupe Danone, de la société de gestion Amundi et par Omnes Capital (anciennement Crédit Agricole Private Equity), la société de gestion du FCPR.

La création de la Sicav, avec son orientation de gestion prudente et son minimum de souscription autour de 50€, permet de faire participer le plus grand nombre possible d’investisseurs (institutionnels comme particuliers) à la création de projets innovants et à fort impact social non seulement dans les pays émergents mais également en France. Et ce tout en épargnant.

Les projets sont sélectionnés selon une feuille de route très précise. Ils doivent répondre à un modèle économique pérenne et être tournés vers des objectifs sociaux comme faire reculer la pauvreté et la malnutrition et avoir un impact social auprès des communautés locales, tout en respectant les enjeux du développement durable.

Leur caractère innovant est également pris en compte dans la sélection des dossiers ainsi que la qualité, l’expérience et la personnalité de l’entrepreneur. Enfin, l’association avec des partenaires disposant de réseaux de compétences dans les pays dans lesquels sont réalisés ces investissements favorise la connaissance des marchés locaux.

Grameen Danone Foods Ltd a été le projet historique de danone.communities., pour la production de yaourts enrichis en nutriment pour lutter contre la malnutrition mais aussi créer de l’emploi local. Elle utilise le lait local et les shokti doi sont distribués par les shokti ladies qui ont pu monter leur petite entreprise grâce au micro-crédit.

Les clients sont des personnes qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, elles n’ont donc pas de réfrigérateur pour entreposer des yaourts. Danone a donc mis au point, il y a un an, un yaourt qui a cassé la chaîne du froid et qui peut être conservé à température ambiante, près de six mois. Le projet répond à trois exigences :

  • apporter une meilleure santé
  • ne pas être chers et être adaptés à la population visée
  • créer des emplois, notamment par l’utilisation de produits locaux.

Fondes Pays de Loire et circuit court de l’épargne solidaire

Mercredi 18 janvier 2012

Épargner local pour soutenir des entreprises de sa région. C’est le sens de la démarche du Fondes Pays de la Loire. Il a construit, depuis 2011,  ”une démarche de circuit court” de l’épargne solidaire  et “notamment de l’épargne salariale et solidaire”, indique une représentante de cette structure membre du réseau France active.

Le circuit court, ce principe de distribution est bien connu dans le domaine de l’alimentation. Il consiste à rapprocher le consommateur du producteur. Dans le domaine de l’épargne, il s’agit de mobiliser l’épargne au niveau local pour soutenir l’emploi sur un territoire.

Pour en savoir plus, j’ai interrogé Fanny Le Hars, chargée des partenariats au Fondes Pays de la Loire.

Pouvez-vous vous présenter et préciser quelle est votre fonction au sein du Fondes ?

Je suis en charge de la mobilisation de l’épargne salariale et solidaire à Fondes Pays dela Loire.

Dans ce cadre je travaille avec les services des collectivités partenaires, je rencontre des chefs d’entreprises, des organisations professionnelles, des syndicats pour les sensibiliser aux circuits courts de l’épargne solidaire et aux produits de placements que notre organisation mobilise au service de l’emploi. J’anime également des événements autour de l’épargne solidaire au service des territoires.

En quoi consiste le circuit court de l’épargne ? Quels types de produits d’épargne cela concerne ?

Le circuit court de l’épargne consiste à donner du sens aux placements. Cela permet aux épargnants de savoir à quoi sert leur épargne, sur quoi elle est placée, comment elle est utilisée, dans quelles entreprises elle est investie et si c’est au service de l’emploi et pour des projets sur son territoire. Cela concerne tous les produits bancaires : du livret au fonds d’investissement en passant par l’épargne salariale, ces produits ayant chacun des mécanismes d’investissement différents. Nous travaillons avec les établissements bancaires de la place et, avec eux, nous développons une gamme de produits d’épargne.

Depuis quand avez-vous mis en place ce système de circuit court ?

Ce circuit court de l’épargne existe depuis 1998 avec l’ouverture d’un 1er compte à terme pour lequel nous bénéficions de 50 % des intérêts des placements. Opérateur historique de l’épargne solidaire, nous bénéficions de cette ressource depuis 1991 via la société d’investissement de notre réseau : la SIFA (Société d’Investissement France Active).

Nous avons donc une structure juridique et financière solide qui nous permet aujourd’hui de pouvoir proposer la traçabilité de l’épargne. C’est en 2011, que de façon précurseur en France, nous avons construit une démarche de “circuit court” des produits qui nous sont dédiés et notamment de l’épargne salariale et solidaire.

Concernant les produits d’épargne dont nous sommes bénéficiaires, on peut citer :

  • Fonds d’investissements solidaires : la gamme FCP Insertion Emplois
  • Produits de partage : Livrets Codesol, Epidor Solidaire et le FCP Epargne Solidaire avec le Crédit Coopératif ; Le FCP France Emploi géré par le Crédit Mutuel ; Munisolidarité Placement avec le Crédit Municipal de Nantes.
  • Les fonds d’épargne salariale solidaire. Nous sommes bénéficiaires (via la société d’investissement nationale –la SIFA) de fonds dans toutes les sociétés de gestion.

Comment fait-on, concrètement, pour “suivre à la trace” l’épargne ?

Cela nécessite d’une part d’organiser les relations entre les souscripteurs, les établissements financiers et notre organisation et d’autre part d’organiser la relation entre les épargnants et les ”bénéficiaires” pour assurer la lisibilité des engagements financiers au service de l’emploi et des territoires.

Pour quelles raisons avoir opté pour ce système ?

Dans un contexte économique difficile et face à une internationalisation toujours plus grande des flux financiers, il nous semble important de pouvoir offrir une alternative régionale aux épargnants, de donner un sens à leur épargne et dans une logique de proximité au service du développement des entreprises régionales et de l’emploi en Pays dela Loire.

Quel est l’avantage pour l’épargnant ?

Les réponses sont multiples, en fonction du support d’épargne mobilisé. Mais les avantages pour les épargnants sont entre autre la sécurisation de son capital — sur les fonds de partage notamment -, la rémunération – selon les produits -, la dimension d’utilité sociale – à titre personnel ou dans le cadre d’une politique de RSE — tout en contribuant à soutenir la dynamique économique sur leurs territoires de vie et de travail.

Combien d’entreprises solidaires et de personnes sont financées par le Fondes en Pays de la Loire ?

En 2010, FONDES a engagé 1,25 million d’euros auprès de 136 entreprises solidaires portant plus de 2000 emplois.
De plus, 610 projets de création d’entreprises concernant 930 emplois ont également été financés par FONDES, pour un montant de 7,5 millions d’euros.

Pour aller plus loin :


Les fonds 90/10 pour investir solidaire

Lundi 9 janvier 2012

fonds-investir-solidaire_shaggy359-FlickrLes fonds 90/10 sont ainsi dénommés parce qu’ils investissent dans des valeurs ISR (Investissement Socialement Responsable) pour 90 % et dans des entreprises solidaires pour 5 à 10 %.

Ces fonds 90/10 représentent les deux tiers de l’épargne solidaire dont l’encours s’élevait à 3,150 milliards d’euros fin 2010. Dans ce total, l’épargne salariale solidaire a un poids croissant (1,460 milliard d’euros)*.

Investir dans des entreprises solidaires

Les fonds 90/10 se définissent par l’obligation d’investir de 5 à 10 % dans des sociétés solidaires. Ces entreprises travaillent dans les secteurs de l’emploi, du social et du logement. L’épargne solidaire finance également la solidarité internationale et, dans une moindre mesure, l’environnement. Dans les faits, le pourcentage des fonds 90/10 investi dans le solidaire s’élève à 6,72 %.

Une entreprise solidaire au sens de l’article L 3332-17-1 du Code du travail est une entreprise :

Dont les titres de capital, lorsqu’ils existent, ne sont pas admis aux négociations sur un marché réglementé et qui :
- soit emploie des salariés dans le cadre de contrats aidés ou en situation d’insertion professionnelle ;
- soit, si elle est constituée sous forme d’associations, de coopératives, de mutuelles, d’institutions de prévoyance ou de sociétés dont les dirigeants sont élus par les salariés, les adhérents ou les sociétaires, remplit certaines règles en matière de rémunération de leurs dirigeants et salariés. Ces règles sont définies par décret.*

Label Finansol

La plupart de ces fonds sont reconnaissables par leur label Finansol, organisme qui labellise les produits d’épargne solidaire. Créé en 1997, il a accordé son label à 126 produits d’épargne solidaires.

Certains fonds ont aussi un mécanisme de partage : l’épargnant partage une partie des revenus avec une association de son choix.

Les secteurs de l’investissement solidaire

Les secteurs de l’emploi, du social et du logement représentent 82 % des investissements solidaires des fonds 90-10, et même 90 % pour l’épargne salariale solidaire.

“Des chiffres très élevés qui s’expliquent historiquement. En effet, trois structures détentrices de l’agrément solidaire ont été pionnières et ont reçu la quasi-totalité des investissements solidaires :la SIFA(France Active), l’ADIE et Habitat et Humanisme. Les deux premières interviennent sur la thématique de l’emploi tandis que la troisième œuvre dans le domaine du logement très social”.*

La solidarité internationale représente 25 % de l’épargne solidaire bancaire, mais seulement 6 % de l’épargne salariale solidaire. Le secteur de l’environnement représente 3 % de l’investissement solidaire.

La composition des fonds

La part investie dans les entreprises solidaires est de 6,72 %. on est donc plus proche du plancher de 5 % que du maximum autorisé de 10 %.

la part investie dans des entreprises cotées est de 48,85 % et la part d’obligations est de 38,12 %. Les actifs monétaires représentent 6,31 %.

Le comité du label Finansol veille à la composition de ces fonds. La partie 90 doit être investie en valeurs ISR. Les gérants ont pour obligation de présenter leur politique d’Investissement Socialement Responsable sur ces titres.

L’encours des cinq premiers fonds 90/10

    • FCP Insertion Emplois Dynamique – Natixis AM/Caisse d’épargne (254 millions d’euros)
    • FCPE Carrefour Équilibre Solidaire – Natixis AM/Natixis IE (217 millions d’euros)
    • FCPE Amundi Label Équilibre Solidaire – Amundi Group (100 millions d’euros)
    • FCPE Impact ISR Rendement Solidaire – Natixis AM/Natixis IE (97 millions d’euros)
    • FCP BNP Paribas Obli Etheis – BNP Paribas AM/BNP Paribas (91 millions d’euros)

L’épargne solidaire en chiffres

  • En 2010, 800 000 Français détenaient un produit d’épargne solidaire.
  • Un encours de 3,15 milliards d’euros en 2010.
  • 34 000 emplois créés en 2010 et 2 500 familles relogées

Pour aller plus loin :

* Baromètre professionnel de l’épargne solidaire, 2011 (La Finance pour tous)