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La Sicav danone communities (2/2)

Mercredi 25 avril 2012

Suite de notre entretien avec avec Mathieu Azzouz, gérant de ce fonds chez Amundi.

Pouvez-vous préciser quelle est l’orientation de gestion de cette Sicav que vous qualifiez de prudente ?

danone.communities entre dans le cadre réglementaire des fonds 90/10. La stratégie d’investissement de la sicav consiste à investir au moins 90 % de l’actif dans une sélection d’OPCVM privilégiant une approche “Investissement Socialement Responsable (ISR) et au maximum 10 % dans le FCPR danone.communities.

Nous avons privilégié une orientation prudente sur les 90 %, pour ne pas pénaliser nos investissements dans les projets. Une orientation plus dynamique introduirait une volatilité plus élevée et donc pourrait nous amener en raison d’une baisse de nos actifs à des dépassements de ratios réglementaires pour la part des 10% investis dans les projets

Un deuxième point a sous-tendu notre réflexion. Dans les projets solidaires classiques, on investit dans des associations qui peuvent avoir 20 ou 30 ans d’existence avec un business plan déjà bien établi. Mais ici, dans notre contexte, on part de zéro. Les projets ont besoin de temps d’existence pour démontrer leur pérennité.

Il fallait donc que les 90 % soient investis de manière prudente afin de pouvoir accompagner les projets du FCPR sur le long terme. Nous proposons trois compartiments qui se différencient par leurs profils rendement/risque qui s’échelonnent sur une durée minimum de placement recommandée allant de 6 mois à 5 ans.

Quel est le profil des investisseurs ?

Danone.communities est destiné à tout type d’investisseurs : des investisseurs institutionnels mais aussi des particuliers via nos réseaux partenaires qui sont aujourd’hui principalement des clients de la banque privée. Le fonds est également ouvert aux salariés de Danone qui peuvent investir via l’épargne salariale de leur société.

Comment se manifeste leur intérêt à l’impact social des projets ?

En terme de performance financière, depuis un an et demie, avec ce qu’offre l’Eonia (Euro Overnight Index Average), sur lequel est basé l’objectif de gestion, on n’observe pas de sorties significatives. Les investisseurs sont donc bien des personnes qui comprennent qu’ils doivent accompagner des projets sur le long terme et qui s’intéressent autant à l’impact social des projets qu’à la performance financière en elle-même. Ils veulent savoir où va leur argent.

L’impact social des projets se mesure au travers d’indicateurs tels que la contribution à la santé publique, le recul de la malnutrition, l’accès à l’eau, la lutte contre la pauvreté et la création d’emplois.

Quelques impacts sociaux des 3 projets emblématiques du FCPR :

Avec le soutien d’un réseau solide de Shokti Ladies (878), les ventes ont nettement progressé en fin d’année, en particulier avec un pic des ventes de près de 2.9 millions d’unités en octobre 2011. D’autre part, les résultats encourageants de l’étude menée par Gain et l’université John Hopkins sur l’impact sur la santé des enfants ciblés par le Shokti Doï, yaourt renforcé en micronutriments produit par Grameen Danone Foods Ltd, devraient être rendus publics cette année.

La Laiterie du Berger (Sénégal), deuxième projet du fond, a une mission précise, qui est celle de valoriser la production de lait frais et local et d’améliorer les conditions de vie des éleveurs Peuls. En 2011, cette mission s’est renforcée avec une croissance des ventes (+60% en août) soutenue par une nouvelle campagne de publicité et une distribution plus étendue. D’autre part, le projet a franchi une étape importante de sa consolidation financière avec, notamment, l’atteinte d’un excédent brut d’exploitation positif en octobre 2011.

Depuis sa création, 1001 Fontaines a installé 54 stations d’eau et touche près 70 000 personnes par jour. Chai Lo, son fondateur cambodgien, a reçu cette année le prix du « Meilleur Entrepreneur Social 2011 » pour l’Asie par la Fondation Schwab.

Comment va évoluer à l’avenir la Sicav danone.communities ?

Pour l’instant la Sicav réunit 70 millions d’euros et nous avons besoin d’atteindre 100 millions d’euros pour mener à bien tous les projets..

Nous venons de lancer une version 2 de la Sicav, avec l’idée de mieux adapter l’orientation de gestion à l’environnement économique, de mieux distinguer les trois compartiments afin de pouvoir satisfaire les besoins d’épargne d’un plus grand nombre d’investisseurs potentiels, en différenciant mieux les 3 profils de gestion proposés au travers de la SICAV. L’horizon d’investissement ira de 6 mois à 5 ans, et introduira pour le dernier compartiment une part en actions tout en conservant un profil de gestion prudent adapté.

L’un des projets de danone.communitites a été récemment développé en France. De quoi s’agit-il ?

C’est le projet Isomir. Il a été lancé l’année dernière, en partenariat avec l’Adie, institut de microfinance. Il vise à rapprocher les agriculteurs de leurs consommateurs. Cela consiste à créer des locaux préfabriqués proches des consommateurs. L’agriculteur va pouvoir venir y entreposer ses produits ou les produire sur place s’il s’agit de fromages. L’objectif est d’apporter une alimentation bio à des populations qui ont subi une désurbanisation ou un moindre accès à l’alimentation de base.

Pour conclure, pouvez-vous résumer en quelques mots la Sicav danone.communities ?

Un projet innovant permettant au plus grand nombre de participer au financement de projets à fort impact social tout en épargnant de manière prudente.

 

* précision : BforBank est une filiale du Crédit Agricole

** Muhammad Yunus, Pour une économie plus humaine, p. 23.

Le microcrédit en Bosnie-Herzégovine affecté par la crise

Mercredi 26 octobre 2011

role_microcredit_BosnieL’implantation du microcrédit en Bosnie-Herzégovine est profondément liée à l’histoire de ce pays. Après la guerre qui l’a frappé, de 1992 à 1995, la microfinance a été un moyen de relancer une économie en ruine. Le microcrédit était alors perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté, mais aussi un outil de reconstruction post-conflit.

La microfinance s’est d’abord développée grâce au soutien de la Banque mondiale. Elle a apporté premiers financements en 1997 dans le cadre des LIP (Projets d’Initiatives Locales). (source: le Réseau européen de la microfinance).

L’essor rapide du microcrédit

Par la suite, le secteur s’est largement ouvert aux sociétés privées de microfinance. L’essor du microcrédit a été très important et très rapide. Il comptait comptait près de 200 000 clients en 2006, puis 400 000 clients en Bosnie-Herzégovine en 2008.

Pour un pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, cela constitue le deuxième plus fort taux de pénétration du microcrédit au monde. Seul le Bangladesh, sa terre d’origine, possède un pourcentage d’adoption supérieur.

Des clients confrontés à l’endettement

Après cette période de croissance rapide, le secteur va entrer en crise. De nombreux clients vont être confrontés au surendettement. La législation sera alors renforcée. Elle distingue les fondations de microcrédit à but non lucratif (MCF) et les entreprises de microcrédit en vue de bénéfices (MCC).

L’endettement des clients du microcrédit en Bosnie-Herzégovine revêt plusieurs formes.

role_microcredit_Bosnie_economieTout d’abord, nombreux ont souscrit plusieurs prêts dans différentes institutions de microcrédit. Selon une étude*, 58% des clients ont souscrit au moins deux prêts. 17% en ont souscrit plus de trois.

Une fraction des clients du microcrédit (17%) sont surendettés et une autre partie (11%) sont en passe de le devenir.

Un tiers des emprunteurs se portent garants pour d’autres. Ils sont d’autant plus enclins à se porter garants qu’ils ont contracté plus d’emprunts. Alors que 14% des clients qui n’ont souscrit qu’un prêt se portent garants pour un autre client, 70% de ceux qui ont plus de trois prêts le font. Beaucoup ne sont pas conscients du risque qu’ils prennent en se portant caution pour un autre.

Selon les auteurs de l’étude, plusieurs facteurs ont contribué au surendettement des clients du microcrédit:

  • La détérioration des conditions économiques
  • L’apparition d’une culture du crédit facile
  • Le développement du secteur de la microfinance et la compétition acharnée entre les acteurs

L’impact du microcrédit en Bosnie-Herzégovine

Il n’est pas aisé d’évaluer l’impact du microcrédit sur l’économie de la Bosnie-Herzégovine.

La situation du pays en 1995 était dramatique après la guerre et les accords de Dayton. De fait, il est reconnu que le microcrédit a eu un effet positif dans la reconstruction de la société après le conflit. Il a permis aux habitants de recréer des réseaux de relations et d’échanges.

Sur le plan économique, les avis sont mitigés. Selon les évaluations de la Banque mondiale (en 2004), le premier plan d’initiative locale (Lip I) a permis de rétablir l’activité économique grâce au développement des microentreprises. Le second plan (Lip II) a créé ou maintenu 200 000 emplois et servis 98 852 clients du microcrédit, selon la Banque mondiale (citée dans Assessing microfinance: The Bosnia and Herzegovina case).

D’autres spécialistes se montrent critiques. Milford Bateman, économiste, est l’auteur de Why Doesn’t Microfinance Work? The destructive rise of local neoliberalism. Il est sévère avec la microfinance :

« Ce que l’on a surtout vu en Bosnie-Herzégovine, c’est la multiplication de petits marchands informels dans les rues percevant des revenus de misère… ce qui a poussé de nombreux commerçants établis à mettre la clé sous la porte. Au final, la microfinance a moins créé des emplois qu’elle n’a informalisé l’économie, au détriment, d’une part, du tissu des petites et moyennes entreprises qu’il aurait fallu au contraire soutenir et, d’autre part, des rentrées fiscales. » (source: Alternatives économiques)

* Cette étude est publiée sur le site du réseau européen de la microfinance.

photo: France diplomatie et CIA.

Exclure le tabac d’un portefeuille ISR

Mardi 18 octobre 2011

actions-exclure-tabac-portefeuille-bourseLe prix du tabac vient d’augmenter en France. La hausse de 6 %, voulue par le Gouvernement, devrait rapporter 600 millions d’euros à l’État.

Derrière cette mesure fiscale, il y a un problème de santé publique, des questions économiques, mais aussi des interrogations éthiques. L’éthique préoccupe notamment l’investisseur : doit-il exclure de son portefeuille les entreprises du secteur du tabac pour ne pas favoriser une industrie qu’il juge nocive ?

L’exclusion, à l’origine de l’ISR

Exclure un secteur économique est une démarche typique de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Ainsi, les pionniers de l’ISR l’ont pratiquée. Les Quakers, au États-Unis au XVIIIe siècle, ont ainsi très tôt décidé de ne pas investir dans la vente d’armes et le trafic d’esclaves. Aujourd’hui, cette approche a cours aux États-Unis, en Scandinavie, en Grande-Bretagne. En France, elle est minoritaire.

Les avocats de l’exclusion du tabac insistent sur la nocivité du produit. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France, avec environ 66 000 décès chaque année.

La fiscalité est un moyen (souvent imparfait) de juguler la consommation. Chaque année l’État perçoit 10 milliards d’euros de taxes sur les ventes de tabac. L’essentiel va dans les caisses de la Sécurité sociale. Le coût social du tabac, à savoir les coûts supportés par la collectivité (dépenses de santé, campagnes de prévention, perte de revenus et de production, etc.), est estimé lui aussi à 10 milliards d’euros. Il y a quinze millions de fumeurs en France (source : Tabac info service).

Exclure le tabac : une conviction

Ne pas investir dans le tabac est une question de conviction. En France, certains gérants ISR ont choisi d’exclure le tabac de leurs portefeuilles. La Financière de Champlain, par exemple, pratique l’exclusion de secteurs en n’investissant pas dans les entreprises dont plus de 5 % du Chiffre d’affaires provient de l’armement, l’alcool, la pornographie, les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) ou le tabac.

Ces exclusions sectorielles sont conjuguées à d’autres exclusions et à des critères positifs, détaillées dans le Livre blanc de cette société de gestion. L’un de ses fonds, Performance responsable répond à cette approche d’exclusion.

Risque de la performance

Pour les gérants, la réflexion éthique est mise en balance avec une réflexion sur la performance. C’est ce qu’expliquent David Diamond, responsable de l’ISR et Mathilde Moulin, analyste ISR*:

« Il convient de prendre en compte dans la réflexion la demande réelle du client, qui n’est pas forcément prêt à accepter le risque sur la performance, induit par l’exclusion de l’univers d’investissement de secteurs entiers ».

En réponse à ce souci, ils proposent de remplacer l’exclusion par une sélection selon certains critères :

« ne pas exclure de facto l’ensemble d’un secteur, mais d’introduire un filtre sur des critères clés de responsabilité tel l’information des consommateurs et les pratiques commerciales et de ne sélectionner que les groupes disposant d’un positionnement excellent, en absolu et non en relatif, sur ces critères ».

Un fonds qui a du vice

Si le débat sur la performance est si tendu, c’est que les secteurs tels que le tabac ou l’alcool sont réputés pour offrir un retour sur investissement intéressant. Les produits addictifs exercent un attrait sur le consommateur.

Partant de ce constat, l’Américain Dan Ahrens a eu l’idée de créer un fonds basé sur des placements non éthiques. C’est le Vice Fund, créé en 2002.

Il investit sur le tabac, l’alcool, l’armement, et les jeux d’argent. En somme, c’est l’exact contraire d’un Investissement Socialement Responsable.

Aux dernières nouvelles, ce « fonds du vice » se porterait à merveille, sur performant l’indice des 500 principales valeurs américaines, le S&P 500 (L’Expansion).

Investir en connaissance de cause

Mais ces chiffres ne troublent l’investisseur responsable. John R. Talbott, auteur d’ouvrages sur la finance, reconnaît que les produits addictifs, comme l’alcool et le tabac, offrent de bonnes performances financières, mais il n’en fait pas de « bons » investissements pour autant :

« Mais voulez-vous vraiment être propriétaire d’une entreprise qui vend des produits addictifs mortels ? Je peux pardonner aux fumeurs qui contractent un cancer du poumon ou aux buveurs qui détruisent leur foie, parce que ces produits créent une forte dépendance, et que, dans ce cas, le libre arbitre humain ne fonctionne pas correctement. Mais je ne pourrais jamais pardonner aux investisseurs rationnels qui choisissent de posséder des parts d’entreprises qui vendent ces produits. Leur décision, même si elle me paraît irrationnelle, est prise en pleine connaissance de cause ».

(J. R. Talbott_ Les 86 plus gros mensonges sur Wall Street)

Lettre ISR Allianz global investors, mars 2011

Copyrights : incurable_hippie sur Flickr

Les Quakers : à l’origine de l’Investissement responsable

Lundi 19 septembre 2011

Quakers l'origine de l'investissement responsable

Quand on recherche les origines de l’Investissement Socialement Responsable (ISR), on croise immanquablement la route de communautés religieuses. La plus ancienne d’entre elles semble être les Quakers, aux dires des spécialistes. Cette communauté religieuse a été la première, dès le XVIIeme siècle, à mettre en cohérence ses investissements financiers avec ses croyances religieuses. Ils ont notamment refusé la vente d’être humains à l’époque où sévissait l’esclavage.

Les Quakers, qui préfèrent être appelés la Société Religieuse des Amis, forment un groupe peu nombreux, mais connu à travers le monde. Ils ont notamment eu une action remarquable pendant les deux guerres mondiales, ce qui valut le prix Nobel de la Paix en 1947 à deux organisations Quakers.

Crainte et tremblement

Le mouvement a été fondé en Grande-Bretagne au XVIIeme siècle par des dissidents de l’Église anglicane. Il s’implantera le siècle suivant aux États-Unis, dans l’État de Pennsylvanie, souvent surnommé l’ « État Quaker ».

Le nom de Quakers (trembleurs) est un sobriquet donné par leurs détracteurs. Le fondateur, George Fox (1624-1691), est entré en conflit avec l’église officielle, ce qui lui valut quelques procès. Le surnom de quaker viendrait, selon certains, du conseil qu’il aurait donné à un juge qui l’interrogeait : « Fais ton salut avec crainte et tremblement ». Pour d’autres il proviendrait des manifestations d’émotions frénétiques qui se produisaient habituellement dans les cultes.

Austérité, prospérité, intégrité

Appartenant à une branche réputée austère du catholicisme, les Quakers prônent la simplicité. Ils n’en sont pas moins des commerçants et industriels prospères. Ils ont fait fortune en Grande-Bretagne. Les grandes entreprises Barclays, Lloyds, PriceWaterhouse, Clarks Shoes, Cadbury, ont des origines Quaker*.

Dans la conduite de leurs affaires, on retrouve ce goût pour l’austérité. Ainsi, ils sont réputés pour leur intégrité fondée sur le respect des contrats, le respect des prix fixés de façon équitable et l’absence d’inclination au marchandage.

Responsabilité sociale avant l’heure

Ils adoptent des principes de « responsabilité sociale » avant l’heure, portant une grande attention à l’apprentissage ainsi qu’à la sécurité et à l’hygiène au travail. Aux États-Unis, les Quakers connurent la prospérité, mais également des difficultés liées à leur différence religieuse.

Refus de l’esclavage

Ils se manifestent par leur refus d’accumuler les richesses. Ils refusent notamment de s’enrichir par deux types d’activités contraires à leurs principes : la vente d’esclaves et le commerce des armes. En 1758, au « Quaker Philadelphia Yearly Meeting », l’achat et la vente d’êtres humains furent définitivement interdits.

Recherche de la simplicité

Parmi les valeurs portées par les Quakers, la simplicité a des implications sur le plan économique.
C’est ce qu’explique Jeanne-Henriette Louis, auteur de « La Société des Amis (Les Quakers) », professeur d’Université et membre de la Société des Amis :

« Le témoignage de simplicité cherche donc à concentrer son attention sur ce qui est essentiel et éternel, sans être distrait par le transitoire et le banal. […]
Une croissance de l’économie basée sur l’extravagance, le gaspillage, et la stimulation artificielle des besoins, est comprise comme une violation fondamentale du témoignage de simplicité. […] La recherche de simplicité va de pair avec le refus de la guerre: les guerres, en effet, sont dominées par l’avidité, le désir de possession et la recherche du pouvoir. Mener une vie simple facilite le « lâcher-prise » et met à l’abri de l’utilisation de la violence afin de sauvegarder ses possessions.
La recherche de la simplicité était, jusqu’à la fin du XIXeme siècle, symbolisée par l’adoption d’un « costume Quaker » très sobre. Ce costume a disparu à présent dans la plupart des groupes, et le goût pour la simplicité revêt des formes moins littérales. »

Valeurs et investissement

Cette origine religieuse de l’ISR a imprégné les débuts de l’investissement responsable. Ainsi, par exemple, quand l’ISR s’est organisé de façon plus formelle, c’est à nouveau dans les communautés religieuses qu’il a pris son essor. En France, sœur Nicole Reille est reconnue comme la pionnière de l’investissement éthique dans notre pays.

Et lorsque sa communauté, la Congrégation Notre Dame, a voulu placer son argent en bourse dans les années 1980, elle s’est posée une question similaire à celle des Quakers : comment mettre en adéquation mes valeurs avec mes investissements ?

* sources: Encyclopédia Universalis, Wikipedia et L’origine et le développement de l’investissement socialement responsable (éditions de l’organisation).

photo: George Fox (wikipedia)

Le microcrédit en France : petit état des lieux

Lundi 16 mai 2011

Quand Djena, jeune femme de Montfermeil (Seine Saint-Denis), a voulu ouvrir sa boutique d’onglerie, les financements étaient difficiles à trouver. Une amie l’a alors mise en contact avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique). L’organisme de microcrédit lui a permis d’emprunter et de démarrer son entreprise.

A l’image de cette jeune femme, des milliers de personnes ont recours au microcrédit chaque année en France. C’est ce que nous indique le baromètre 2011 de la microfinance, publié à l’occasion du forum Convergences 2015, qui s’est déroulé début mai.

Le microcrédit est encore récent en France. Il commence à être mieux connu : 80% des Français en ont déjà entendu parlé (contre 71% en 2010), selon un sondage réalisé à l’occasion du forum Convergences 2015.

Le baromètre de la microfinance relève trois sortes de microcrédits pratiqués en France :

1 – Le microcrédit personnel

Ce type de microcrédit est un prêt destiné à l’acquisition d’un bien de consommation ou d’une formation dans le but d’améliorer les conditions de vie ou de travail des emprunteurs. On l’appelle aussi microcrédit social (ou à la consommation).

Le nombre de microcrédits personnels s’élève à 7 884 en 2010 (contre 457 en 2006). Le montant total des microcrédits personnels est de 17,4 millions d’euros, soit 2200 euros en moyenne par prêt.

Ces prêts sont utilisés principalement pour l’emploi et la mobilité (71%), le logement (13%) ou l’éducation et la formation (5%).

(source : Caisse des Dépôts, Bilan du microcrédit personnel, 2010, via le Baromètre de la microfinance).

2 – Le microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel est un prêt destiné à financer une activité économique.

En France, on en distingue deux types :

  • Le microcrédit bancaire est octroyé par des établissements bancaires, pour un montant inférieur à 25 000 euros.
  • Le microcrédit associatif est octroyé par des associations agréees à des chômeurs, titulaires de minimas sociaux et créateurs d’entreprise de moins de trois salariés. Ces prêts sont limités à 10 000 euros.

Le nombre de microcrédits professionnels se monte à 14 249 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009 (contre 7 713 microcrédits pour un montant de 21,8 millions d’euros en 2006).

Le montant moyen des prêts est resté stable à 3000 euros en moyenne.

(source : rapport Inspection Générale des Finances et Baromètre de la microfinance)

3 – Le microcrédit professionnel garanti par le Fonds de Cohésion Sociale (FCS)

Ces crédits professionnels sont garantis par le Fonds de cohésion sociale, via l’association France Active.

Le FCS est géré par la Caisse des Dépôts. Il est basé sur une régulation forte. Les emprunteurs sont accompagnés pour s’assurer que le microcrédit personnel est bien adapté à sa situation. Les établissements financiers agréés par le FCS bénéficient d’une garantie à hauteur de 50% sur la sinistralité constatée.

Plus de 3800 microcrédits ont été réalisés en 2010 par le réseau France Active pour un montant total de 113,6 millions d’euros.

De plus, 13 841 prêts à taux zéro ont été accordés dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise) pour un montant total de 77,9 millions d’euros, en 2010 (contre 8384 prêts Nacre en 2009, pour un montant de 45,4 millions d’euros). (source: Baromètre de la microfinance)

Performance de l’ISR: un sujet en débat

Mardi 10 mai 2011

Un investissement responsable est-il plus ou moins rentable qu’un autre ? La question revient souvent à propos de l’Investissement Socialement Responsable (ISR ). Ce questionnement est, bien sûr, fondamental : la performance d’un placement est un objectif important pour tout investisseur.

Mais, dans le cas de l’ISR, cet objectif se double d’une préoccupation éthique : le placement doit aussi être responsable.

Responsabilité et performance

Face à cette seconde priorité, les investisseurs se divisent en trois groupes. Pour les premiers, les choix éthiques l’emportent sur les considérations de performance. Pour d’autres, la performance ne saurait être sacrifiée à la performance. Enfin, un troisième type d’investisseurs veut concilier responsabilité et performance.

Des études contradictoires

Le sujet de la performance de l’ISR divise également les spécialistes.

Une étude souvent citée est celle de l’UNEP.FI (Programme des Nations-Unies pour l’Environnement Finance Initiative), en collaboration avec le cabinet Mercer, publiée en octobre 2007. Cette étude est globalement encourageante pour l’ISR.

Elle compile 20 travaux universitaires et 10 études réalisées par des intermédiaires financiers. Sur les 20 travaux universitaires, 10 concluent à un lien positif entre l’application des critères ISR et la performance, 7 ne révèlent aucun impact et 3 révèlent un impact négatif. Pour les 10 autres études, 8 d’entre elles montrent un impact positif et 2 un impact nul.

La performance de l’ISR en débat

En France, une étude de l’EDEHC Risk and Asset management Research Center a été publiée en 2008, signée par Noël Amenc. Elle est signalée par Philippe Zaouati, dans son livre Investir “responsable”.

Le bilan est plutôt décevant pour l’ISR : « les résultats de notre étude nous ont permis de constater qu’aucun des 62 fonds de notre échantillon, qui couvrait différentes zones d’investissement, ne parvenait à générer un alpha positif et significatif sur une période de six ans, et que les seuls alpha identifiés comme significatif étaient négatifs. »

A cet exemple en répond un autre. Il s’agit d’une étude d’Altedia, un consultant très actif dans le domaine de l’ISR, qui a publié une contre étude démontrant, à partir d’un panel de 139 fonds internationaux, que sur une période de un an, les fonds ISR avaient été plus nombreux à battre leurs indices de référence que les fonds classiques.

Ces études contradictoires prouvent qu’il existe un débat sur la performance de l’ISR. A ce jour, aucune n’a apporté de conclusion définitive sur le sujet.

Les indices boursiers ISR

Un autre élément permet de s’orienter dans ce débat de la performance de l’ISR : ce sont les indices boursiers « éthiques » ou ISR. A l’image des indices boursiers classiques, comme le Dow Jones, ils sont utilisés par la communauté financière.

  • Les indices Dow Jones Sustainability (DJS), créé en 1999, sont construits à partir des données fournies par la société de gestion suisse SAM
  • L’indice ASPI Eurozone est développé par l’agence de notation française Vigéo.
  • Les indices FTSE4GOOD sont construits à partir des notations de l’agence anglaise EIRIS.

Performance et reporting

S’il est difficile de répondre globalement à la question de la performance de l’ISR, en revanche, on peut étudier la performance d’un fonds ISR.

Ces données figurent dans le reporting concernant chaque fonds d’investissement. Vous retrouverez, notamment, ce reporting sur son site Internet. L’ensemble des 307 fonds ISR distribués en France est répertorié sur le site de Novethic.

Enfin, ajoutons un élément de réflexion : la notion d’ISR n’est pas unifiée. L’ISR est un enjeu de débats, qui opposent plusieurs visions de l’investissement responsable. Chaque investissement est une question de choix, laquelle repose sur une conception de l’épargne mais aussi de la société.

Ralentir l’argent : Woody Tasch et le “slow money”

Lundi 28 février 2011

L’argent va trop vite. Trop de titres sont échangés à vitesse accélérée au gré de décisions à court terme. C’est le constat posé par Woody Tasch, investisseur et fondateur du mouvement « slow money ». Il propose une autre façon d’investir : moins obsédé par le rendement rapide, et soucieux de financer l’économie locale, et en particulier l’agriculture.

D’ailleurs, c’est en se penchant vers la terre qu’on comprend mieux la philosophie « slow money ». « L’agriculture industrielle considère le sol comme un support pour les plantes que l’on gave de substances chimiques synthétiques de manière à en optimiser le rendement. Pour la finance industrielle, les entreprises sont un support permettant le gavage des capitaux et la maximisation du rendement », explique Woody Tasch.

Slow money, slow food, slow life

La référence à l’agriculture va bien au-delà d’une simple métaphore. La philosophie de « l’argent lent » vise à soutenir l’agriculture biologique et les petites entreprises alimentaires. Améliorer la qualité des aliments est un des objectifs.

« Slow money » est inspiré du « slow food », autre mouvement international qui lui cherche à préserver la cuisine régionale de qualité. Plus globalement, il s’inscrit dans une philosophie de « vie lente », en réaction à l’accélération de notre rythme de vie. Slow art, slow management, slow money, slow food: l’idée se décline dans tous les aspects de l’existence (source: Largueur.com).

Aider les petites entreprises alimentaires

C’est en 2008 qu’a été fondée « Slow money », une organisation non gouvernementale américaine dont le but est de réorienter les capitaux vers de petites entreprises alimentaires.

Woody Tasch a publié un livre, Inquiries into the nature of slow money: Investing as if food, farm and fertility mattered (Enquête sur la nature de l’argent lent: investir comme si la nourriture, les exploitations agricoles et la fertilité avaient de l’importance).

Sur son site, l’association appelle à s’inscrire pour adhérer aux principes « slow money » et rejoindre leurs groupes d’investisseurs. L’objectif est qu’un million d’Américains investissent 1% de leur patrimoine dans les entreprises alimentaires locales dans les dix prochaines années.

Ralentir l’argent

Parmi les principes du mouvement « slow money », il y a l’idée de «ramener l’argent sur terre ». Il faut également « ralentir l’argent », car il circule trop vite, les entreprises sont trop grandes et la finance trop complexe, estime Wody Tasch.

De plus, ses disciples envisagent un changement de paradigme de l’économie. Au XXe siècle, l’économie a permis de grandes accumulations de capitaux. Des investisseurs se sont enrichis selon le principe « acheter au plus bas, vendre au plus haut et remettre la philanthropie à plus tard ». Le XXIe siècle en économie sera l’ère d’un capitalisme qui prendra en compte le long terme, le bien commun, et la responsabilité écologique.

Par sa démarche, « slow money » se rapproche un peu de Terre de liens, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Ces deux initiatives nous invitent à reconsidérer le but de l’investissement.

Favoriser la diversité

Le type d’investissement proposé par Woody Tash peut promettre « un modeste 3%, peut-être 6% certaines années. Mais il a un objectif plus vaste. Le vrai dividende, selon lui, c’est la diversité. Dans une ère d’agriculture industrielle, où on plante la même variété de maïs sur des hectares, où des millions de porcs sont élevés avec les mêmes caractéristiques génétiques, les petites fermes locales sont l’ultime refuge. Elles préservent les semences traditionnelles, et les espèces rares; elles renforcent les sols avec des nutriments organiques et créent des marchés locaux qui mettent en contact direct les producteurs et les consommateurs. » (Wall Street Journal)

Pour compléter : une vidéo avec Woody Tasch expliquant son “mouvement” durant une conférence