Dans notre précédente note, nous évoquions le Forum de l’économie positive, qui se déroulait au Havre les 13 et 14 septembre. Jacques Attali, l’un des organisateurs de l’évènement, y développait sa vision de cette économie basée sur l’altruisme.
Dans ce billet nous allons présenter des entrepreneurs présents lors de la conférence et qui démontrent, aux quatre coins de la planète, qu’une telle économie est en train de se mettre en place de façon concrète.
L’homme qui a nettoyé l’Estonie
Rainer Nolvak est un entrepreneur estonien de 46 ans. Il y a cinq ans, révolté par le nombre de détritus qui salissent son pays, il décide d’agir. Il va d’abord utiliser des outils de géolocalisation pour repérer les décharges illégales. Puis, après une préparation de huit mois, il utilisera la force des réseaux sociaux pour mobiliser 50 000 Estoniens. Ensemble, ils nettoyeront l’intégralité de leur pays en cinq heures. Depuis, avec son association Let’s do it world, il a réussi à mobiliser des foules dans plusieurs pays pour des actions de nettoyage.
En France, c’est Julien Gee qui a repris le témoin de Rainer Nolvak. Il a créé une carte de France des décharges illégale avec une équipe de bénévoles. Il mobilise des volontaires pour une opération de nettoyage qui aura lieu dans plusieurs départements le 22 septembre.
Monsieur Toilettes
Jack Sim s’est taillé un joli succès grâce à sa bonne humeur et son ton percutant pour parler d’un sujet a priori peu ragoûtant : les toilettes. Cet homme d’affaire singapourien se consacre à un défi gigantesque : 2,6 milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à des toilettes, avec tous les problèmes de santé et de pollution que cela engendre. Il a su montrer l’intérêt d’une stratégie qui consiste à s’intéresser au besoins des pauvres. Elle permet non seulement d’améliorer leur existence mais également d’ouvrir de nouveaux marchés. Pour encourager l’achat d’un WC il faut rendre l’objet désirable. Quand Jack Sim le compare à un sac Vuitton il fait rire mais rappelle aussi que ce qui provoque un achat, c’est le statut social auquel il est attaché.
Sport santé
A l’origine, ce sont deux professeurs d’éducation physique et sportive. Ils ne se voyaient pas rentrer dans le cadre de l’Education nationale. Au lieu de cela, ils ont décidé de faire faire du sport à des personnes en situation de fragilité : des personnes âgées dépendantes résidant dans des institutions. D’abord accueillie avec scepticisme, leur idée est plébiscitée par les personnes âgées. L’équipe de Siel bleu s’est aussi tournée vers les entreprises. Elle propose des exercices physiques d’échauffement à pratiquer en début de journée. L’effet est de réduire le nombre d’accidents du travail et d’arrêts de travail, ainsi que d’augmenter le bien être au travail.
Finance positive
L’économiste Bernard Lietaer a démontré l’utilité de développer des monnaies locales. En 1984, il en existait deux, dont le Wir, en Suisse. Il y en a plus de 5000 aujourd’hui. Ce sont des systèmes de nature coopérative.
Faisal Rahman est un financier basé à Londres. Il a intégré Fair finance, une société basée sur le crédit social dans l’Est de Londres. Il propose des conseils financiers et du microcrédit pour les plus pauvres.
Ruben Dieudonné est le directeur de Microcred Sénégal, du groupe PlaNet finance. Il explique le fonctionnement du microcrédit au Sénégal. Les emprunteurs sont souvent des entrepreneurs qui œuvrent dans le secteur informel. Autrement dit, ils ne peuvent produire une comptabilité en bonne et due forme mais, d’un autre côté, leurs entreprises sont parfaitement viables. Pour leur prêter, il convient donc de bien les connaître et d’établir avec eux une relation de confiance réciproque.
Sauvegarder la nature
Sebastiao Salgado est un photographe brésilien, né en 1944. Il s’est lancé un défi : faire revivre la Forêt Atlantique au Brésil. Cette forêt était abondante pendant l’enfance du photographe. Sa famille y possédait une parcelle de terre. Progressivement, les arbres ont été abattus, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que 7% de la surface d’origine. Salgado a créé une réserve naturelle et un institut. Le replantage s’est fait, avec des espèces d’arbres diverses. La forêt reprend ses droits, et des espèces d’animaux reviennent y vivre.
Le cinéaste Luc Jacquet est célèbre depuis qu’il a réalisé La Marche de l’Empereur, Oscar du meilleur film documentaire en 2006. Ce film, réalisé en Antarctique, fait prendre conscience des effets du réchauffement climatique. Depuis, avec sa fondation wild touch, ce scientifique de formation prépare de nouveau films et web documentaires destinés à soutenir des programmes de conservation de la nature.
Commerce équitable
François-Ghislain Morillion est un diplômé de HEC qui a voulu entreprendre autrement, au début des années 2000. Après avoir observé une cinquantaine d’entreprises sociales à travers le monde, il décide de se lancer dans l’aventure avec son associé, Sébastien Kopp. Son défi: créer une paire de basket plus respectueuse de l’environnement, avec des conditions de travail plus acceptables pour les employés et les sous traitants. Ils lancent alors la marque Veja au Brésil, où le projet est ancré. Les baskets sont fabriquées avec du coton biologique, du caoutchouc sauvage d’Amazonie et du cuir tanné au naturel. Pour la partie commercialisation en France et en Europe, l’entreprise emploie des personnes en insertion. En 2011, Veja a vendu 120 000 paires de baskets dans des boutiques de mode de 21 pays en Europe.
Pourquoi ce forum international a-t-il eu lieu… au Havre précisément ? Le Havre est une ville portuaire, ouverte sur le monde. Elle forme aussi avec la capitaleun axe « Paris-Rouen-Le Havre » qui vise à faire de la capitale française une véritable métropole maritime. Le Havre s’est également orientée vers l’économie verte, avec le développement de l’éolien off shore.












