Archive pour le mot-clef ‘écologie’

La finance carbone : vers une économie soutenable

Lundi 23 avril 2012

« Le régime de croissance fondée sur la surconsommation occidentale, financée par la fuite dans l’endettement débridé et combinée à la dépendance excessive de la croissance émergente vis-à-vis de l’exportation, a révélé qu’il était insoutenable. »

Tel est le constat effectué par l’économiste Michel Aglietta, dans un article, Financer la croissance soutenable. Il y démontre la nécessité de passer d’un modèle d’économie insoutenable écologiquement à un modèle soutenable en utilisant des outils parmi lesquels il y a la finance carbone.

La finance carbone est un sujet encore assez méconnu. Son objectif est de réduire les émissions dans l’atmosphère de gaz à effet de serre*, et notamment de CO2, en favorisant des investissements moins polluants.

Les dégradations de l’environnement induites par le changement climatique auront des conséquences sur les générations avenir et rendent la croissance de l’économie non soutenable. C’est pourquoi les générations d’aujourd’hui doivent s’adapter pour éviter des conséquences négatives pour les générations futures.

Les marchés du CO2 sont un des outils pour réduire l’émission de gaz à effet de serre. Le principe est d’obliger les entreprises de certains secteurs industriels à réduire leurs émissions de CO2. Un organisme distribue aux entreprises des quotas correspondant à leurs émissions. L’entreprise qui dépasse les quotas devra acheter des quotas d’émission à une entreprise qui a moins pollué.

Les marchés du carbone s’organisent autour de trois grands mécanismes, comme l’écrivent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis dans leur étude  Les Marchés carbone expliqués. Ces trois mécanismes sont

  • la création d’un marché carbone international,
  • la Mise en œuvre conjointe (MOC) et le Mécanisme
  • pour un développement propre (MDP).

Le marché européen du carbone

Il existe plusieurs marchés du carbone. Le marché européen est le plus développé.

Le marché européen du carbone, l’EU ETS (European Union Emission Trading System), a été lancé en 2005. Il inclut les 27 États de l’UE.

L’EU plafonne les émissions de CO2 dans le secteur énergétique (production d’électricité et de chaleur, raffinage, combustion) et les industries lourdes (production d’acier, de ciment, de verre et de papier). Plus de 10 000 installations industrielles sont concernées. Récemment, les compagnies aériennes ont été introduites dans l’EU ETS.

Le marché européen du carbone (EU ETS) fonctionne par échange de quotas d’émission de carbone. Une entreprise qui a besoin de quotas (parce qu’elle pollue plus) peut en acheter sur le marché. Une entreprise qui dispose d’un surplus (parce qu’elle pollue moins) peut en revendre.

D’autres marchés du carbone

Le développement de plusieurs marchés de quotas est actuellement à l’étude, expliquent Anaïs Delbosc et Christian de Perthuis. Les projets les plus avancés se trouvent aux États-Unis – où le programme RGGI, pour Regional Greenhouse Gas Initiative, est entré en vigueur en janvier 2009 — en Nouvelle-Zélande, en Australie et au Japon.

La mise en œuvre conjointe (MOC)

Ce mécanisme consiste à mettre en œuvre des projets visant à réduire l’émission de gaz à effet de serre. La mise en œuvre est dite conjointe car elle suppose la participation de deux pays parmi la liste des 38 concernés par le protocole de Kyoto, traité international signé en 1997 et visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces pays incluent notamment les pays les plus industrialisés, principalement en Europe. Les États-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto.

Les projets sont vérifiés par des certificateurs indépendants. Ils génèrent des unités de réductions des émissions (URE) correspondant aux réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Ils entraînent des transferts de quotas d’un pays à l’autre.

Le mécanisme pour un développement propre (MDP)

Ce mécanisme est identique à celui dela MOC, à la différence que les projets sont réalisés dans des pays qui n’appartiennent pas aux 38 pays de la liste du protocole de Kyoto.

Ces projets ont pour but de promouvoir l’investissement dans les pays en développement et d’encourager l’utilisation de technologies faiblement émettrices. La plupart de ces projets sont réalisés en Asie.

Le prix du carbone

Le développement du marché du carbone a permis de faire apparaître un prix du carbone. Sa valeur fluctue au fil du temps, à l’instar par exemple du prix des matières premières ou des actions.

Le prix du carbone a connu une baisse sur la période 2008-2012, passant de 20-30 € la tonne à 9€ en février 2012, selon Tendance carbone, le bulletin mensuel du marché européen du carbone, édité par CDC Climat, BlueNext et MetNext. Cette baisse s’expliquerait notamment par le ralentissement de la production industrielle en Europe et par l’incertitude concernant la rareté des quotas au-delà de 2020.

Complexe dans sa mise en œuvre, le marché du carbone se fixe donc un objectif à long terme : protéger les conditions de vie des générations futures en sauvegardant le climat.

 

 

* Le protocole de Kyoto, adopté en 1997, fixe comme objectif pour les 38 pays les plus industrialisés du monde une réduction de 5 % de leurs émissions globales de 6 gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, HFC, PFC, SF6) par rapport aux niveaux observés en 1990.

La Nef : société financière alternative et écologique

Vendredi 2 mars 2012

En France, les banques sont généralement de grands groupes au nom connu du public. En revanche, on connaît moins la Nef, cette Société financière anonyme coopérative.
Cette banque alternative ne vous accueillera pas dans ses bureaux au coin de votre rue, car elle n’a pas d’agences en dur. Mais vous pourrez vous renseigner sur  la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef) dans les agences du Crédit Coopératif, qui héberge ses activités.
Mais qu’est-ce qui caractérise cette coopérative de finances solidaires aux 26 000 sociétaires ?
La réponse est à chercher du côté des investissements financés par la Nef : ce sont majoritairement sur des projets écologiques. La Nef se singularise également par les valeurs qu’elle défend, et notamment la fraternité.

Des projets écologiques, sociaux et culturels

La Nef finance principalement des projets dans le domaine du développement durable et de l’écologie.
« En 2010, les épargnants ont réaffirmé leur volonté de soutenir le financement de projets respectueux de l’environnement. Parallèlement, 63 % des prêts débloqués ont concerné des projets du secteur de l’écologie ». (source : rapport d’activité)
Le secteur « Social » a représenté 29 % des prêts débloqués et le secteur culturel, 6%.
De plus, la Nef publie la liste de tous les prêts débloqués. Les projets financés sont détaillés. « À travers cette publication destinée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent », précise-t-on sur le site.

Parmi les dernières activités financées, citons Énergie partagée, dont nous avons déjà parlé. Cette association qui vise à la construction de projets dans les énergies renouvelables : éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc. La Nef a joué un rôle moteur dans la financement de la Société en commandite par actions qui collecte des fonds pour l’association.

Terre de liens est un autre projet financé depuis quelques années. Il consiste à acquérir des terres agricoles pour les louer à des paysans pratiquant l’agriculture biologique. La Nef a un rôle d’associé commandité de la Foncière et membre du CA de l’association nationale. Terre de liens a collecté 8,5 M€ de capital en 2010 et permis l’installation de 25 fermes.

Des relations d’entraide par l’argent

L’histoire de la Nef remonte à la fin des années 1970. Un groupe d’hommes et de femmes veulent  « expérimenter entre eux des relations d’entraide par l’argent », explique-t-on sur le site. Ils créent une association, la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef). Ils s’inspirent alors de banques dites éthiques ou alternatives existant en Allemagne et en Hollande.
L’objectif de cette association sera de soutenir des projets qui ne trouvent pas de financement dans les réseaux bancaires classiques. Premier projet soutenu, en 1980 ? L’installation d’une exploitation agricole en bio-dynamie.
Lors de cette première période, les adhérents de l’association agissent avec un esprit de solidarité très fort. « Les projets sont alors financés plus sur des critères de confiance que des critères économiques traditionnels (rentabilité, endettement, etc.), les sociétaires adhérents prennent une risque supporté par l’ensemble de la communauté associative », explique Victor Grange, chargé de crédit à la Nef, dans L’autre finance, de Daniel Bachet et Philippe Naszayi.

Quand l’association devient établissement financier

La loi bancaire de 1984 oblige l’association à changer de statut, car les associations ne peuvent plus collecter des fonds et les gérer. En 1988, la  Nef adopte un statut de coopérative. La Société financière anonyme coopérative de la Nef rassemble alors 650 coopérateurs. Le Crédit coopératif se porte garant de la gestion de ses activité, ce qui lui permet de devenir une société financière agréée.

De 2005 à aujourd’hui, la Nef va croître régulièrement : de 16 000 sociétaires en 2005 à 26 000 fin 2010. Les salariés passent de 16 en 2001 à 54 en 2010.
Des militants du débuts on est passé à un recrutement plus classique du milieu bancaire. « A la politique de ressources humaines des premiers temps, axé sur la cooptation, l’embauche suite aux stages, on substitue un recrutement davantage tourné vers des personnes issues du milieu bancaire traditionnels »,  explique Victor Grange.

L’économie, domaine où s’exerce la solidarité

La Nef exprime son respect des valeurs et notamment celles de liberté, égalité et fraternité :

  • Fraternité, au sens de solidarité entre les personnes et envers les générations futures ;
  • Liberté, au sens de respect de la personne, de la liberté d’esprit et des choix individuels ;
  • Égalité, dans le sens des principes coopératifs : double qualité des membres et répartition des pouvoirs.

La fraternité, contenue dans son nom, est une valeur centrale: « Pour la Nef, l’économie est le domaine d’activité humaine au sein duquel doit s’exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d’entraide et d’exercer sa responsabilité sur les flux financiers. »
La transparence est une autre valeur mise en pratique. Comme nous l’avons vu, les projets financés sont publiés.
Les activités de la banque sont soutenus par une réflexion éthique. Un Comité d’Éthique a été créé en 2003. Il est composé de sociétaires et de personnalités représentatives des réseaux de l’économie sociale et solidaire.

Un projet de banque éthique européenne

Le projet de banque éthique a aussi une dimension européenne. La Nef est engagée dans la création d’un projet européen avec ses partenaires italiens (Banca Etica), espagnols (Fiare), belges (Crédal, Hefboom) et allemands (Oekogeno). Ce réseau est rassemblé au sein de la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthiques et Alternatives (FEBEA).
La Nef avait pour projet de fusionner avec l’italienne Banca Italia. Cette dernière n’a pas donné suite. « En 2010, après plus de trois années de travail en commun dans un projet de fusion, notre partenaire italien Banca Etica a décidé de ne pas donner suite, pour des raisons qui lui sont propres mais en lien direct avec la crise économique. »
Aujourd’hui, le projet de Banque éthique européenne est porté par la CFE (Coopérative pour une Finance Éthique), une entreprise extérieure à la Nef.

L’innovation verte récompensée aux Green Business Awards

Vendredi 30 septembre 2011

Green Business Award 2011Faire le tour du monde en avion grâce à l’énergie solaire. C’est le défi de Solar Impulse, aéroplane de la taille d’un airbus mais qui ne pèse pas plus qu’une voiture. Ce projet est sans doute celui qui a le plus captivé les spectateurs des Green Business Awards BFM, jeudi soir à l’espace Pierre Cardin, à Paris.

Jules Verne moderne

Solar Impulse était hors compétition, mais son fondateur, Bertrand Piccard a impressionné par sa vision de Jules Verne moderne.

« Si l’on réussit à faire le tour du monde grâce au solaire, on ne pourra plus dire qu’on ne peut pas faire rouler une voiture avec ce moyen. » Pour l’aéronaute suisse, l’avion propulsé au solaire renoue avec les pionniers de l’aviation et place l’innovation au cœur de la révolution écologique.

Du green dans tous les secteurs

Et des innovations il y en avait lors de cette soirée. Ce qui nous a frappés, c’est la grande variété des entreprises et des secteurs économiques présents.

Ceux qui pensent que le green business se résume à l’éolien ou au photovoltaïque on pu le noter, c’est l’ensemble de l’économie qui verdit. La construction des bâtiments, l’imprimerie, la pose de parquets, le recyclage des déchets, l’agencement des lieux de travail : ce sont quelques uns des domaines qui ont été mis en lumière.

Mais, en passant, j’aimerais exprimer juste un regret, ou plutôt un souhait. Le regret, c’est de constater que l‘Investissement Socialement Responsable (ISR) n’était pas représenté dans cette cérémonie. Il me semble qu’il aurait été intéressant d’expliquer comment tous ces projets écologiques ont pu être financés. L’ISR est la traduction financière du développement durable : cela n’apparaissait pas hier soir.

L’ISR a sa place

Mais si on peut former un souhait, c’est que pour sa troisième édition des Green business award, BFM TV fasse une place à l’ISR. Une façon de montrer qu’il n’y a pas de production et de consommation durables sans une épargne responsable.

Voici les projets récompensés:

  • La société Biofluides environnement a remporté le prix de l’innovation technologique. Elle utilise des procédés innovants pour le traitement de l’eau.
  • Sinteo a remporté l’award de la création d’entreprise. Cette société, créée en 2007, conseille des grandes entreprises pour la réduction de leur empreinte carbone.
  • Steria et Schneider electric ont obtenu ex-æquo l’ « Award green workplace ». Leur lieu de travail est remarquable en raison de sa faible consommation d’énergie.
  • La société Caractère a remporté le prix de l’évolution stratégique dans la catégorie des PME et PMI. Cet imprimeur situé dans le Cantal offre une haute qualité de produit et une garantie en matière de développement durable.
  • Le prix de l’évolution stratégique, dans la catégorie des grandes entreprises est revenu à Tarkett. Cette société pose des parquets partout dans le monde.

Les Green business awards étaient organisés pour la deuxième année par BFM TV, le 29 septembre 2011. Ses partenaires étaient l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Énergie), le cabinet Ernst & Young, et les sociétés Kyocera et Skoda. Le jury était composé de professionnels du développement durable et de journalistes. Il était présidé par Francis Mer, ancien ministre de l’économie et des finances et actuel président du conseil de surveillance de Safran.

6 secteurs pour investir sur la thématique écologique

Mardi 30 août 2011

Les valeurs sur les thématiques écologiques attirent l’attention croissante des investisseurs. Si vous souhaitez en savoir plus, je vous conseille de visiter le comparateur de fonds du site de BforBank. Il répertorie notamment 52 fonds du secteur écologie.

Le comparateur vous donne accès à la fiche technique de chaque fonds: caractéristiques, indicateurs de risque, performances et frais.

Ces thématiques dites « vertes » commencent à devenir attractives. Prenons l’exemple des énergies renouvelables (ENR). Ce secteur gagne en compétitivité car l’énergie devient de moins en moins coûteuse à produire. «Le coût global des énergies renouvelables est actuellement supérieur aux prix des énergies conventionnelles, mais, dans certaines conditions, il est déjà compétitif », écrit le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans son dernier rapport (cité par Les Echos).

La thématique environnementale offre ainsi une large de palette d’investissements possible. Passons-les en revue* :

1. Les énergies renouvelables : ce secteur inclut le solaire et en particulier le photovoltaïque, mais aussi l’éolien, l’énergie hydraulique, la biomasse et l’énergie géothermique (Wikipedia). L’investissement dans ce secteur peut se faire en installant, par exemple, des panneaux photovoltaïques dans son habitation. Mais il peut également passer par des fonds qui ont pour thématique les énergies renouvelables.

2. L’immobilier HQE : cet immobilier Haute Qualité Environnementale désigne l’introduction de critères de développement durable pour la conception, la construction, le fonctionnement et la déconstruction des bâtiments. Il est à noter que l’HQE coexiste avec des labels comme l’HPE (Haute performance énergétique) ou le BBC (Bâtiment basse consommation). L’investissement dans l’immobilier suppose donc de se familiariser avec ces normes.

3. L’agriculture biologique : c’est un secteur stratégique, car le besoin en produits alimentaires de qualité est criant. L’agriculture biologique en France doit encore se développer. Le plan « agriculture biologique: horizon 2012 » s’était fixé pour objectif d’attendre 6% de la surface agricole utile (SAU) dédiée au bio, c’est-à-dire de tripler la SAU actuelle. (source : Ministère de l’environnement)

Pour investir dans le bio, vous pouvez par exemple, vous intéresser à la foncière Terres de liens ou à l’association Garrigue. Vous pouvez également opter pour l’originalité et acheter une vache ou ralentir l’argent, c’est-à-dire choisir de soutenir l’agriculture locale.

4. La gestion de l’eau : l’eau sera un enjeu majeur pour les années qui viennent, en France et dans le monde. Nous sommes actuellement dans la Décennie internationale d’action « l’Eau source de vie » (2005-2015), menée sous l’égide des Nations Unies.

Les entreprises innovantes dans le secteur de l’eau peuvent constituer des investissements d’avenir. Récemment, nous avions évoqué un exemple de traitement de l’eau : Grameen Veolia Eau, un « social business » qui assainie de l’eau dans des régions où elle est contaminée par de l’arsenic.

5. Le traitement des déchets : trier les déchets est une habitude responsable qui commence à être ancrée chez les particuliers, mais aussi les entreprises. Éviter le gaspillage et retraiter les déchets devient un enjeu important.

Le secteur est vaste, allant de la grosse entreprise comme Veolia à des petites associations de collecte des déchets comme Récol ’Terre, dont nous avons déjà parlé.

« Choisir ce thème en tant qu’épargnant, c’est avoir la conviction que le traitement des déchets sera incontournable et donc source de rentabilité future », estiment Aude Sarda et Nadia Dhaoidi*.

6. L’innovation : plus généralement, des entreprises proposent des solutions innovantes dans le domaine du développement durable. Les innovations sociales ou liées aux infrastructures ou à la dématérialisation sont des pistes à suivre pour l’épargnant.

* Nous suivons en partie le classement adopté par Aude Sarda et Nadia Dhaoidi dans leur livre Epargner éthique.