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L’engagement actionnarial dans une stratégie ISR (2/2)

Mercredi 13 juillet 2011

Quels sont les objectifs de l’engagement actionnarial ? Quels sont les moyens mis en place par les investisseurs et les sociétés de gestion dans leur dialogue avec les entreprises ? C’est ce que nous verrons dans ce billet qui prolonge le précédent où nous avons défini l’engagement actionnarial.

Les objectifs de l’engagement actionnarial

L’engagement actionnarial peut répondre à différents objectifs, comme l’indique une étude du centre de recherche Novethic*:

1 – Optimiser la valeur

L’engagement actionnarial peut être un moyen, pour l’investisseur, de mieux maîtriser l’évolution de son investissement. Il s’applique aux entreprises sous performantes financièrement et les incite à des améliorations de leur gouvernance ou leurs pratiques environnementales ou sociales.

2 – Réduire le risque de réputation

On connaît le risque lié à une campagne médiatique négative. Les investisseurs sont sensibles à ce sujet: ils évitent d’investir dans des entreprises soumises au risque de réputation. L’engagement permet d’identifier ce risque et d’inciter les entreprises à améliorer leurs pratiques.

3 – L’engagement militant

Certains investisseurs mettent l’accent sur un thème particulier : défense des droits humains, protection de l’environnement, réduction de la pauvreté, etc. Pour eux, l’engagement actionnarial est un moyen d’agir dans ces domaines. L’ « engagement dans une optique militante est plutôt l’apanage des ONG et associations », souligne Novethic.

Les moyens de l’engagement

  • Dialogue avec l’entreprise

La démarche d’engagement suppose le dialogue avec l’entreprise. Des rencontres avec les dirigeants donnent lieu à des demandes concrètes. Le dialogue se poursuit sur le long terme, ce qui permet de mesurer les progrès accomplis.

Dans cet esprit de dialogue, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a lancé en 2010 un outil de dialogue avec les entreprises sur les questions de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : CorDial pour « Corporate Dialogue ».

Le FIR rassemble des acteurs de la chaine de valeur de l’ISR. La plateforme CorDial a pour but l’amélioration des pratiques RSE.

  • Droit de vote

Les Assemblées générales permettent aux actionnaire d’exercer leur droit de vote. L’AMF (Autorité des marchés financiers) observe une « montée en puissance des actionnaires ». L’exercice du droit de vote est un moyen direct de mettre en œuvre l’engagement de l’actionnaire.

  • Transparence

Les sociétés de gestion publient leur politique d’engagement, ce qui clarifie les rapports avec les entreprises. Par exemple, la société de gestion Meeshaert publie sa politique d’engagement actionnarial et le détail de ses votes pour chaque assemblée générale.

La réglementation prévoit que les sociétés de gestion « rendent compte de leurs pratiques en matière d’exercice des droits de vote dans des conditions fixées par le règlement général de l’Autorité des marchés financiers ». (Code monétaire et financier, article 533-22, 12 avril 2007)

  • Question en Assemblée générale

Poser une question (écrite ou orale) en Assemblée générale est une possibilité offerte à tous les actionnaires. L’entreprise garde le droit de sélectionner les questions si elles sont trop nombreuses.

  • Résolution

Déposer une résolution et la soumettre au vote des actionnaires est une procédure plus complexe.

« Selon l’article L.225-105 du Code de commerce, les actionnaires représentant 5% du capital de l’entreprise ont le droit de demander l’inscription de projets de résolutions à l’ordre du jour de l’assemblée générale des sociétés dont le capital est inférieur à 750 000 euros. Au-delà, le seuil est dégressif en fonction du capital de l’entreprise et s’établit à 0,5% du capital pour les plus grandes capitalisations boursières françaises. Une fois portées à l’ordre du jour, ces résolutions sont soumises au vote des actionnaires et le résultat des votes est contraignant. »

Le dépôt de résolution est plus courant aux États-Unis qu’en France car le seuil de dépôt est plus bas. En revanche, aux États-Unis ces résolutions sont seulement consultatives.

  • Désinvestissement

Le désinvestissement est la mesure ultime de l’engagement actionnarial. Si les autres démarches ont échoué, l’investisseur peut revendre ses actions, de façon plus ou moins provisoire et en communiquant sur ce choix.

* Ces données sont tirées de l’étude « Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse » réalisée en 2011 par Dominique Blanc, Aela Cozic et Samer Hobeika, du centre de recherche ISR de Novethic.*

Crédits photos : par Otto Phokus sur Flickr

Microcrédit : l’ADIE à la rencontre de ses clients

Mardi 14 juin 2011

L’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique) a organisé sa semaine du microcrédit, du 7 au 11 juin, dans toute la France. A cette occasion, j’ai poussé la porte de mon agence locale, au Mans. J’ai voulu en savoir plus sur les clients du microcrédit.

Annette Pachot, habitante du Mans, donne des cours de français à des étudiants étrangers, des personnes en situation d’illettrisme et des salariés souhaitant une remise à niveau. Sa structure s’intitule « Dire et écrire ». Elle nécessite des investissements : ordinateur, vidéo projecteur, etc. Annette obtient un prêt d’un montant de 1580€ auprès de l’ADIE. Parallèlement, elle est suivie régulièrement par un bénévole de l’association.

Accompagner les emprunteurs

L’accompagnement des créateurs d’entreprise est un des aspects importants du microcrédit en France. Le montage du projet, son démarrage et son accompagnement sont assurés par l’ADIE. L’aide couvre différentes disciplines : formation comptable ou bureautique, coaching en marketing, formation juridique ou de gestion, etc.

Jonas Missaye, aurait pu être footballeur professionnel, mais son parcours a fait de lui un photographe. C’est en animant le magazine d’un club de football qu’il réalisera ses premiers clichés. Il crée ensuite une structure spécialisée dans les photos de jeunes sportifs. Aujourd’hui, un studio au cœur du vieux Mans lui permet de développer sa sensibilité.

Récemment, Jonas a eu besoin de renouveler son matériel. Un prêt de 4200 € de l’ADIE l’aide à consolider ce projet.

Au Mans, l’ADIE a financé 130 micro entreprises sur les 24 derniers mois. L’association est composée de deux conseillers crédit et douze bénévoles.

Les clients sont :

  • des bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, ASS): 40%
  • des demandeurs d’emploi: 35%
  • des travailleurs pauvres et travailleurs indépendants: 25%

(source : ADIE)

En marge de l’économie

Selon Maria Nowak, fondatrice de l’ADIE, « les clients de l’ADIE sont essentiellement des chômeurs, des allocataires des minimas sociaux et des travailleurs pauvres avec une part importante de femmes, de jeunes, de seniors, de personnes d’origine immigrée, de gens du voyage, bref de tous ceux qui d’une façon ou d’une autre sont, plus que d’autres, en marge de l’économie et souffrent, plus que d’autres, de toutes sortes de discriminations. » (in L’Espoir économique)

Au niveau national, 14 249 microcrédits professionnels ont été accordés en 2009 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009, soit un montant moyen de 3400 euros.

De plus, 7884 microcrédits personnels ont été octroyés en 2010 pour un montant total de 17,4 millions d’euros en 2010, soit un montant moyen de 2200 euros. Le microcrédit personnel sert à couvrir une dépense liée à la recherche d’emploi: achat ou location de véhicule, permis de conduire, déménagement, formation.

Au niveau mondial, on compte 190 millions d’emprunteurs, dont 74% sont des femmes.

(source: baromètre de la microfinance)

La semaine du microcrédit avait lieu pour la septième année.

L’ADIE a été créée en 1989. Elle compte 130 antennes et 190 permanences sur le territoire national.

A lire: Le microcrédit en France: petit état des lieux

4 outils d’épargne solidaire pour soutenir de grandes causes

Vendredi 10 juin 2011

Pour soutenir une grande cause, les produits d’épargne solidaire jouissent d’un attrait croissant. Ce type d’épargne a vu son encours multiplié par cinq de 2004 à 2010, pour dépasser la barre des trois milliards d’euros*.

L’épargne solidaire est donc une alternative au don pour soutenir une association qui vient en aide aux autres. Par exemple, on peut aider Handicap International grâce au Livret agir du Crédit coopératif, ou bien Amnesty International grâce au Livret solidaire proposé par le Crédit municipal de Toulouse.

Épargne de partage

Cette épargne solidaire est dite « de partage ». Le mécanisme est simple: sur la base d’un livret d’épargne classique, l’épargnant choisit de partager une fraction des intérêts avec une association de son choix.

Nous vous présentons ici quatre produits d’épargne solidaire: le Livret Agir, le Livret d’épargne Pour les autres, le FCP Épargne solidaire, et Livret solidaire.

Livret Agir

Le livret Agir fonctionne comme un livret classique, mais il est assorti d’un mécanisme de partage. L’épargnant reverse 50% des intérêts à l’une de ces 21 associations :

Terre & Humanisme, Surfrider Foundation Europe, Solidarités Nouvelles face au Chômage, Solidarités, Réseau Cocagne, Mountain Riders, Handicap International, Habitat & Humanisme, France Nature Environnement (FNE), Fondation Energies pour le Monde, Fédération Artisans du Monde, Echo Mer, CCFD – Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Centre d’Action Sociale Protestant (CASP), Association Franc-Comtoise de Finances solidaires, Association des Paralysés de France (APF), Aquitaine Active, AIDES, Aide et Action, Agir abcd, Action contre la Faim.

La rémunération brute est de 2,65%. Elle est plus élevée que celle du Livret A car le gestionnaire participe à l’effort de solidarité en sur-évaluant le taux d’intérêt de référence.

Le risque est nul et l’argent est toujours disponible. Par ailleurs, ce livret bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est proposé par le Crédit coopératif.

Livret d’épargne Pour les autres

Ce livret fonctionne comme un livret classique, mais avec un mécanisme de partage. L’épargnant reverse 50, 75 ou 100% de ses intérêts à une de ces 9 associations:

Petits Princes, Médecins du Monde, Handicap International, Habitat & Humanisme, Croix-Rouge française, Cimade, Secours Catholique, Armée du Salut, Amnesty International, Aide et Action, Unicef.

Le taux de ce livret est de 2% brut. Le risque est nul et l’argent est toujours disponible. Ce placement bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est disponible dans les réseaux du Crédit mutuel et du CIC.

FCP Épargne solidaire

Le FCP Épargne solidaire est un placement de partage dont la moitié des gains annuels est réinvestie et l’autre moitié fait l’objet d’un don à une de ces 14 associations:

UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents et Amis de Personnes Handicapées Mentales), Pays de Rennes Emplois Solidaires (PRESOL), Œuvres Pontificales Missionnaires, Médecins du Monde, Institut Pasteur, Institut Curie, Handicap International, France Terre d’Asile, Fondation Saint-Matthieu, Fondation de France, Association des Paralysés de France (APF), Armée du Salut, Aide Médicale Internationale (AMI), Action contre la Faim..

Le portefeuille est constitué à plus de 90 % en obligations et titres monétaires. Il existe un risque de perte en capital en cas de hausse des taux d’intérêts, indique Finansol. L’argent est disponible à tout moment. Ce produit bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est proposé par le Crédit coopératif.

Livret solidaire

Ce livret se présente comme un livret classique, mais avec un mécanisme de partage. L’épargnant peut reverser 25, 50, 75 ou 100% à une des 6 associations partenaires:

Solidarités, Handicap International, Association des Paralysés de France (APF), Amnesty International, Agir abcd, Action contre la Faim..

Le taux de rémunération brute est de 2,7%. Le risque est nul et l’argent est disponible à tout moment. Ce produit d’épargne bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est disponible au Crédit municipal de Toulouse.

*source: baromètre de la finance solidaire.

La finance solidaire au Québec et la Caisse d’économie solidaire Desjardins

Vendredi 3 juin 2011

A la fin du XIXe siècle, le Québec compte 1,6 millions d’habitants, en majorité ruraux et francophones. Les conditions de vie sont difficiles. Les salaires sont bas et l’emploi est incertain.

L’accès à l’épargne est difficile. Les banques ne font affaire qu’avec les commerçants, les industriels et les familles fortunées.

Sténographe français à la Chambre des communes et ancien journaliste, Gabriel-Alphonse Desjardins est sensibilisé à ce problème. Il est notamment indigné par le comportement des usuriers qui pratiquent des taux d’intérêts pouvant aller jusqu’à 3000%.

Il se documente sur les modèles de banques populaires et de caisses rurales existant en Europe. Il réunit un groupe de concitoyens. Et c’est ainsi qu’il fonde sa caisse populaire, le 6 décembre 1900, à son domicile de Lévis. (source : Caisses Desjardins)

Depuis cette date, la finance solidaire est bien implantée au Québec. Aujourd’hui, le mouvement des Caisses Desjardins est le plus grand groupe financier coopératif du Canada. Il compte 5,8 millions de membres.

Syndicalisme et finance solidaire

Dans les années 1960, les travailleurs québécois sont confrontés à des difficultés pour emprunter auprès des banques traditionnelles.

Ils se regroupent, avec l’aide de leurs syndicats, pour inventer un outil financier, fondé sur l’épargne. En économisant quelques dollars par mois sur leur paie, ils se constituent un capital et élaborent des services financiers à travers des coopératives. (source : Guide des placements solidaires, Alternatives économiques)

En 2001, ces caisses fusionnent avec les Caisses Desjardins du Québec. L’une d’entre elles, la Caisse d’économie solidaire Desjardins, fondée en 1971, se consacre exclusivement à l’économie solidaire.

La Caisse d’économie solidaire Desjardins compte 10 247 membres individuels et 2 797 coopératives et associations. Elle gère une épargne de 540 millions de dollars canadiens (382 millions d’euros). (source: rapport annuel 2010)

La Caisse d’économie solidaire propose des produits d’épargne solidaires et responsables.

Placement à rendement social

Ces placements dit « à rendement social » permettent à l’épargnant de savoir où son argent est investi.

Les projets financés appartiennent aux domaines suivants :

  • des coopératives d’habitation, de travail, de solidarité, de transport ambulancier et de services funéraires
  • le financement de projets issus du milieu communautaire (logement, insertion sur le marché du travail, centre de la petite enfance, revitalisation et protection de l’environnement, etc.)
  • les prêts aux particuliers qui adhèrent à des programmes écologiques
  • le financement de projets culturels (théâtres, musées, médias communautaires, éditeurs, etc.)

Épargne solidaire

L’épargne solidaire proposée par la Caisse d’économie solidaire Desjardins a pour but d’alimenter un Fonds de soutien. Il soutient des syndicats en conflit de travail, des entreprises collectives ou des organismes communautaires, qui ont besoin temporairement d’un financement complémentaire au prêt traditionnel.

L’épargne solidaire est un montant d’argent placé pour lequel l’épargnant renonce à ses intérêts. Le capital peut être retiré à tout moment.

Le microcrédit en France : petit état des lieux

Lundi 16 mai 2011

Quand Djena, jeune femme de Montfermeil (Seine Saint-Denis), a voulu ouvrir sa boutique d’onglerie, les financements étaient difficiles à trouver. Une amie l’a alors mise en contact avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique). L’organisme de microcrédit lui a permis d’emprunter et de démarrer son entreprise.

A l’image de cette jeune femme, des milliers de personnes ont recours au microcrédit chaque année en France. C’est ce que nous indique le baromètre 2011 de la microfinance, publié à l’occasion du forum Convergences 2015, qui s’est déroulé début mai.

Le microcrédit est encore récent en France. Il commence à être mieux connu : 80% des Français en ont déjà entendu parlé (contre 71% en 2010), selon un sondage réalisé à l’occasion du forum Convergences 2015.

Le baromètre de la microfinance relève trois sortes de microcrédits pratiqués en France :

1 – Le microcrédit personnel

Ce type de microcrédit est un prêt destiné à l’acquisition d’un bien de consommation ou d’une formation dans le but d’améliorer les conditions de vie ou de travail des emprunteurs. On l’appelle aussi microcrédit social (ou à la consommation).

Le nombre de microcrédits personnels s’élève à 7 884 en 2010 (contre 457 en 2006). Le montant total des microcrédits personnels est de 17,4 millions d’euros, soit 2200 euros en moyenne par prêt.

Ces prêts sont utilisés principalement pour l’emploi et la mobilité (71%), le logement (13%) ou l’éducation et la formation (5%).

(source : Caisse des Dépôts, Bilan du microcrédit personnel, 2010, via le Baromètre de la microfinance).

2 – Le microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel est un prêt destiné à financer une activité économique.

En France, on en distingue deux types :

  • Le microcrédit bancaire est octroyé par des établissements bancaires, pour un montant inférieur à 25 000 euros.
  • Le microcrédit associatif est octroyé par des associations agréees à des chômeurs, titulaires de minimas sociaux et créateurs d’entreprise de moins de trois salariés. Ces prêts sont limités à 10 000 euros.

Le nombre de microcrédits professionnels se monte à 14 249 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009 (contre 7 713 microcrédits pour un montant de 21,8 millions d’euros en 2006).

Le montant moyen des prêts est resté stable à 3000 euros en moyenne.

(source : rapport Inspection Générale des Finances et Baromètre de la microfinance)

3 – Le microcrédit professionnel garanti par le Fonds de Cohésion Sociale (FCS)

Ces crédits professionnels sont garantis par le Fonds de cohésion sociale, via l’association France Active.

Le FCS est géré par la Caisse des Dépôts. Il est basé sur une régulation forte. Les emprunteurs sont accompagnés pour s’assurer que le microcrédit personnel est bien adapté à sa situation. Les établissements financiers agréés par le FCS bénéficient d’une garantie à hauteur de 50% sur la sinistralité constatée.

Plus de 3800 microcrédits ont été réalisés en 2010 par le réseau France Active pour un montant total de 113,6 millions d’euros.

De plus, 13 841 prêts à taux zéro ont été accordés dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise) pour un montant total de 77,9 millions d’euros, en 2010 (contre 8384 prêts Nacre en 2009, pour un montant de 45,4 millions d’euros). (source: Baromètre de la microfinance)

Performance de l’ISR: un sujet en débat

Mardi 10 mai 2011

Un investissement responsable est-il plus ou moins rentable qu’un autre ? La question revient souvent à propos de l’Investissement Socialement Responsable (ISR ). Ce questionnement est, bien sûr, fondamental : la performance d’un placement est un objectif important pour tout investisseur.

Mais, dans le cas de l’ISR, cet objectif se double d’une préoccupation éthique : le placement doit aussi être responsable.

Responsabilité et performance

Face à cette seconde priorité, les investisseurs se divisent en trois groupes. Pour les premiers, les choix éthiques l’emportent sur les considérations de performance. Pour d’autres, la performance ne saurait être sacrifiée à la performance. Enfin, un troisième type d’investisseurs veut concilier responsabilité et performance.

Des études contradictoires

Le sujet de la performance de l’ISR divise également les spécialistes.

Une étude souvent citée est celle de l’UNEP.FI (Programme des Nations-Unies pour l’Environnement Finance Initiative), en collaboration avec le cabinet Mercer, publiée en octobre 2007. Cette étude est globalement encourageante pour l’ISR.

Elle compile 20 travaux universitaires et 10 études réalisées par des intermédiaires financiers. Sur les 20 travaux universitaires, 10 concluent à un lien positif entre l’application des critères ISR et la performance, 7 ne révèlent aucun impact et 3 révèlent un impact négatif. Pour les 10 autres études, 8 d’entre elles montrent un impact positif et 2 un impact nul.

La performance de l’ISR en débat

En France, une étude de l’EDEHC Risk and Asset management Research Center a été publiée en 2008, signée par Noël Amenc. Elle est signalée par Philippe Zaouati, dans son livre Investir “responsable”.

Le bilan est plutôt décevant pour l’ISR : « les résultats de notre étude nous ont permis de constater qu’aucun des 62 fonds de notre échantillon, qui couvrait différentes zones d’investissement, ne parvenait à générer un alpha positif et significatif sur une période de six ans, et que les seuls alpha identifiés comme significatif étaient négatifs. »

A cet exemple en répond un autre. Il s’agit d’une étude d’Altedia, un consultant très actif dans le domaine de l’ISR, qui a publié une contre étude démontrant, à partir d’un panel de 139 fonds internationaux, que sur une période de un an, les fonds ISR avaient été plus nombreux à battre leurs indices de référence que les fonds classiques.

Ces études contradictoires prouvent qu’il existe un débat sur la performance de l’ISR. A ce jour, aucune n’a apporté de conclusion définitive sur le sujet.

Les indices boursiers ISR

Un autre élément permet de s’orienter dans ce débat de la performance de l’ISR : ce sont les indices boursiers « éthiques » ou ISR. A l’image des indices boursiers classiques, comme le Dow Jones, ils sont utilisés par la communauté financière.

  • Les indices Dow Jones Sustainability (DJS), créé en 1999, sont construits à partir des données fournies par la société de gestion suisse SAM
  • L’indice ASPI Eurozone est développé par l’agence de notation française Vigéo.
  • Les indices FTSE4GOOD sont construits à partir des notations de l’agence anglaise EIRIS.

Performance et reporting

S’il est difficile de répondre globalement à la question de la performance de l’ISR, en revanche, on peut étudier la performance d’un fonds ISR.

Ces données figurent dans le reporting concernant chaque fonds d’investissement. Vous retrouverez, notamment, ce reporting sur son site Internet. L’ensemble des 307 fonds ISR distribués en France est répertorié sur le site de Novethic.

Enfin, ajoutons un élément de réflexion : la notion d’ISR n’est pas unifiée. L’ISR est un enjeu de débats, qui opposent plusieurs visions de l’investissement responsable. Chaque investissement est une question de choix, laquelle repose sur une conception de l’épargne mais aussi de la société.

Transparence et ISR : un code pour informer le grand public

Lundi 11 avril 2011

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) intéresse le grand public*. Mais il reste des obstacles pour populariser ce type d’épargne.

Le problème est notamment la difficulté de donner une définition unique de l’ISR. C’est ce que soulignent les auteurs du Code de transparence pour les fonds ISR grand public.

Une information plus claire

Pour remédier à cette complexité, ce code demande aux gestionnaires de fonds plus de transparence et une information plus claire en direction du grand public.

Le code de transparence a été élaboré en France par l’AFG (Association Française de la Gestion financière) et par le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable). C’est une version du code européen de transparence pour les fonds ISR ouverts au public. La première version a été publiée en 2005 et elle a été revue en janvier 2010.

Répondre au grand public

Concrètement, ce Code de transparence se présente comme un questionnaire divisé en six rubriques. Les gestionnaires d’un fonds ISR répondent à toutes ces questions pour informer les investisseurs.

Les six rubriques sont :

  • Des données générales
  • Les critères d’investissement ESG
  • Le processus d’analyse ESG
  • L’évaluation, la sélection et la politique d’investissement
  • La politique d’engagement
  • La politique de vote.

Prenons un exemple : la Sicav « Libertés et solidarité », dont nous avons déjà parlé. Les codes de transparence correspondant à ce fonds sont disponibles sur le site de la Banque postale Asset management qui distribue ce produit d’épargne. Ces informations complètent les données purement financières.

Clarifier les contours de l’ISR

L’AFG publie sur son site la liste des fonds qui ont adhéré au Code de transparence. L’adhésion est obligatoire pour les fonds ISR ouverts au public.

Fin 2010, 241 fonds gérés par 43 sociétés de gestion avaient adhéré. Parmi eux, on comptait 155 fonds français ouverts au public, 32 fonds d’épargne salariale et 54 fonds étrangers.

Pour Paul de Marcellus, président du groupe de travail Code de transparence de la commission ISR de l’AFG, un des enjeux de l’ISR est de clarifier sa définition pour le grand public: « En ce qui concerne les particuliers, l’un des freins à l’ISR est son hétérogénéité, puisque l’approche française n’est pas basée sur l’exclusion. Les contours sont donc moins clairs que dans les pays anglo-saxons. Les trois critères de sélection ESG viennent enrichir les critères financiers mais sont source de questions pour les particuliers. Le code de transparence a été simplifié pour aider les particuliers à mieux comprendre l’ISR et son approche ». (source : Le Figaro)

* les chiffres montrent que la part des particuliers dans le marché de l’ISR est en hausse

Confiance, responsabilité sociale des entreprises et ISR

Mercredi 9 février 2011

Une des choses que la crise financière a changé, c’est le regard que porte le grand public sur les banques et les institutions financières. La confiance s’est érodée.

Cette crise de confiance apparaît dans plusieurs études, comme le dernier baromètre de Sciences Po, paru fin janvier.

Crise de confiance

Les banques sont les organisation auxquelles les Français font le moins confiance, juste après les partis politiques. Seuls 19% des gens ont « plutôt confiance » et 1% ont « très confiance » dans les banques. Le chiffre est en chute de 9% depuis le dernier baromètre. Par comparaison, la confiance dans les partis politiques est de 13%. Au sommet du classement, les hôpitaux (18%) et la police (64%).

Cette perte de crédit ne concerne pas que la France. L’agence américaine Edelman a testé la confiance dans les organisations auprès d’un panel mondial. Son Trust barometer 2011 met l’accent sur la nécessité pour les entreprises de regagner la confiance du public.

Selon cette étude, la confiance dans les banques a chuté aux États-Unis de 71% à 25% entre 2008 et 2011. L’étude a été menée auprès de 5000 personnes à haut niveau de diplôme et de revenu dans 23 pays.

Responsabilité sociale des entreprises

Cette étude interroge les personnes au sujet de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). La RSE entre dans la démarche de l’Investissement socialement responsable, comme nous le disions.

Les personnes sont questionnées au sujet de la fameuse phrase de l’économiste Milton Friedman: « la responsabilité sociale des entreprises c’est d’augmenter ses profits »*.

Les pays où on est le plus d’accord avec cette affirmation sont les Émirats arabes unis, le Japon, l’Inde ou la Corée du Sud. La notion de responsabilité sociale de l’entreprise est rejetée. L’accent est mis sur les performances plutôt que sur la responsabilité.

En revanche, la RSE est plus prisée par les pays européens : Italie, Allemagne et Espagne adhèrent peu au principe de liberté prôné par Friedman. La France tient une position intermédiaire. La plupart des pays en développement semblent dédaigner la RSE, à deux exceptions notables: la Chine et le Brésil.

Le filtre de la confiance

Dans sa conclusion, le rapport d’Edelman estime qu’une meilleure prise en compte de la dimension sociale de l’entreprise accroît la confiance des consommateurs.

Faire savoir qu’une entreprise est socialement responsable peut donc contribuer à renforcer le lien de confiance avec le grand public. La responsabilité sociale de l’entreprise fait partie des informations qui renforcent la confiance.

« La confiance est un filtre à travers lequel l’information est perçu et comprise », rappelle Richard Edelman, dirigeant de la société du même nom (source: Wall Street Journal). L’étude montre bien que la confiance est difficile à conquérir, mais facile à perdre. Pour les entreprises, il faut investir beaucoup pour gagner du crédit auprès des consommateurs.

Dans ce contexte, les partisans de l’Investissement solidaire (ISR) ont leur mot à dire. Pour eux, en effet, l’ISR est une tentative de répondre à cette crise de confiance par la responsabilité.

Confiance et responsabilité

Le lien entre confiance et responsabilité rejoint les préoccupation des épargnants qui veulent trouver un sens à leur épargne, comme le souligne Philippe Zaouati, dans Investir responsable: « A quoi vont servir concrètement les sommes que j’investis? Comment puis-je m’assurer que mon épargne est utilisée de façon saine? […] Comment puis-je concilier la rentabilité de mon épargne avec un rôle social, une incitation à construire une finance et une économie plus vertueuses? L’investissement socialement responsable est une tentative de réponse à ces questions légitimes, avec d’autres formes d’épargne comme la finance solidaire, le financement du microcrédit ou les fonds de partage. »

* Milton Friedman, très hostile à la notion d’ESR, a publié cette phrase en 1970, dans le New York Times. La voici reproduite en entier : « Les discussions sur les responsabilités sociales des entreprises sont caractéristiques d’un relâchement analytique et d’un manque de rigueur. Les hommes d’affaires qui tiennent ces propos sont à leur insu les marionnettes de forces intellectuelles qui ont rejeté les bases d’une société libre… Une entreprise n’a qu’une seule responsabilité: celle d’utiliser ses ressources et de s’engager dans des activités en vue d’augmenter les bénéfices du moment qu’elle respecte les règles du jeu, autrement dit qu’elle livre une concurrence ouverte et libre sans fraude. » (lien vers l’article, cité sur le site de l’Université du Michigan _ l’archive est payante sur le site du NYT).