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Un tour d’Europe de l’épargne de partage

Vendredi 15 juin 2012

Et si le partage était une solution à la crise ? On se souvient, en 2011, quand les États-Unis ont perdu leur note AAA et que la crise de la dette européenne s’est ravivée, le financier américain Warren Buffett a déclaré qu’il était prêt à payer plus d’impôts. L’idée du partage apparaissait donc, pour lui, comme un remède possible aux bouleversements de notre temps.

Cette idée est soutenue également lors des Ateliers de la finance responsable, qui se sont tenus le 12 juin à Paris. Les solutions d’épargne de partage à travers l’Europe y ont été présentées. « Le partage consenti plus que l’austérité généralisée m’apparaît comme l’une des solutions à la crise, même si l’idée semble étrangement absente des débats », explique Vincent Auriac, d’Axylia conseil, spécialisé en ISR (Investissement Socialement Responsable) et en philanthropie, qui organisait l’événement.

Les Ateliers de la finance responsable

Les Ateliers de la finance responsable, dont c’était la sixième édition, ont permis de présenter les produits d’épargne de partage en Europe. L’épargne de partage consiste, pour l’épargnant (ou, parfois, l’établissement financier), à reverser une partie de son revenu en faveur d’une organisation charitable. L’ensemble des produits d’épargne de partage ont été recensés : près de 500 livrets, comptes, cartes bancaires, fonds orientés vers le partage.

Les Ateliers de la finance responsable ont réunis cents professionnels, dont des responsables d’associations caritatives et des représentants de toutes les banques françaises et leurs homologues européens. Les débats se sont tenus dans l’auditorium Jean XXIII de la Mutuelle Saint-Christophe, un lieu qui rappelait que c’est au sein des congrégations religieuses qu’a débuté l’histoire de la finance solidaire et de partage. C’est peut-être ce lieu qui a inspiré des échanges fructueux et passionnés entre les représentants du monde monde financier et les responsables d’associations de tous horizons : Habitat et Humanisme, CCFD Terre solidaire, réseau Cocagne, ou Secours Catholique.

L’épargne de partage en Europe

Ces ateliers ont esquissé un tour d’Europe de la finance altruiste. On peut ainsi observer une grande variété d’épargne de partage avec des mécanismes de partage diversifiés. On peut ainsi :

  • reverser une fraction des intérêts de son épargne,
  • donner quelques centimes à chaque opération réalisée avec sa carte bancaire,
  • réaliser un don correspondant à une fraction des droits d’entrée sur un produit d’épargne, etc.

L’épargne de partage se déploie sur quatre types de produits d’épargne : les cartes bancaires, les livrets et les comptes, les fonds de placement et l’assurance-vie.

 

Les livrets et les comptes

Le livret d’épargne de partage est le pionnier des produits de partage. Apparu en 1974 en Allemagne, on en compte aujourd’hui 146 dans onze pays européens. Ils ont générés 5 millions de dons en 2010, dont 2,7 millions en France, 900 000 euros aux Pays-Bas et 800 000 euros en Grande-Bretagne.

Le principe de ces livrets repose sur le partage des intérêts : on reverse tout ou partie de ses intérêts en faveur d’une ou plusieurs associations choisies. Parfois, l’établissement financier participe au don.

La France représente plus de la moitié des dons européens sur ces produits. Le Crédit coopératif fait figure de leader. Les grands groupes bancaires sont entrés récemment sur ce marché des livrets d’épargne de partage.

 

Les cartes bancaires

La cartes bancaire de partage est récente, mais elle s’est développée rapidement. Apparue en 1988 en Grande-Bretagne, on en compte 156 en Europe. Les mécanismes de don sont divers : versement d’un pourcentage du montant de chaque achat, distribution d’une somme fixe à chaque opération ou don de tout ou partie de la cotisation de la carte.

Les cartes bancaires de partage sont très répandues en Grande-Bretagne et en France. Elles ont permis de collecter 11 millions d’euros en 2010, dont 4,3 millions en Grande-Bretagne , 2 millions en France et 2 millions en Espagne.

En France, des cartes bancaires portent le double logo de la banque et d’une association. Ce co-branding permet de regrouper les membres d’une communauté se reconnaissant des mêmes valeurs.

 

Les fonds de placement

Le premier fonds de partage européen est né en Allemagne, en 1976. On en dénombre aujourd’hui 110 dans douze pays européens, dont 41 en France. Il ont collecté 68 millions d’euros de dons en 2010. A lui seul, le fonds britannique Children’s Investment Fund a récolté 50 millions d’euros. Au total, la Grande-Bretagne a ainsi collecté 51,6 millions de dons, contre 7,8 millions pour la Suède, 4,3 millions pour la France et 2 millions pour la Suisse.

Les fonds suédois, en particulier, sont plutôt généreux. Le partage se fait sur l’actif net du fonds (2% en général) et non sur les revenus.

 

L’assurance-vie

L’assurance-vie est un géant de l’épargne, mais qui partage peu. Alors que 6200 milliards d’euros y étaient investis en Europe fin 2010 (dont 1000 milliards en France), moins de 100 millions d’euros étaient logés dans des contrats de partage, générant 150 000 euros de dons.

Il existe plusieurs freins à la mise en place de contrats d’assurance-vie de partage. La complexité est souvent mise en avant. Par ailleurs, le partage se fait souvent sur les droits d’entrées. Or, pour les contrats de grosse taille, la concurrence amène à réduire ces frais à zéro.

On compte 18 contrats de ce type en Europe, dont 10 en France.