Archive pour juin 2012

Les individus fortunés et l’investissement durable

Mardi 26 juin 2012

Les riches s’intéressent-ils à l’investissement responsable ? Comment ceux qu’on appelle aussi les individus fortunés (IF) manifestent-ils leur préoccupation pour le développement durable au travers de leurs placements ?

Il apparaît que les individus fortunés accordent une place croissante à l’investissement durable, selon une étude d’Eurosif, forum européen de l’investissement durable.

Cette étude nous permet tout d’abord de définir ce qu’est un individu fortuné. On le désigne aussi sous l’acronyme anglais HNWI (High Net Worth Individual). Il dispose d’au moins 1 million de dollars à investir. Cette population s’élève à 11 millions de personnes sur la planète avec 42 000 milliards de dollars investissables, selon le rapport sur la richesse dans le monde, présenté ce mois-ci par Capgemini*.

 

Sur cette population d’Individus fortunés, Eurosif s’est intéressé aux 3,4 millions d’Européens (dont 404 000 Français). Eurosif estime le marché de l’investissement durable pour les IF à 729 milliards euros en 2010, soit 11% de l’investissement total des Européens. Il était de 540 milliards en 2008. Il est à noter qu’Eurosif préfère parler d’investissement durable (sustainable investment) plutôt que d’Investissement Socialement Responsable (ISR), considéré comme « plus approprié dans le contexte du marché des Individus fortunés ».

La part de leur portefeuille dans les investissement durable est variable. Pour 45% d’entre eux, elle représente plus de 5% de leur portefeuille. Les investissements sont réalisés principalement en Europe (34%), en Amérique du Nord (21%) et dans les pays émergents (12%).

 

La motivation des investisseurs

 

Pour les investisseurs fortunés, les motivations sont avant tout la recherche d’une opportunité financière (38%), ainsi qu’une meilleure gestion du risque (19%) grâce à l’intégration de critères ESG. En revanche, la dimension philanthropique n’apparaît centrale que pour 10% des personnes.

Les IF pensent que l’investissement durable est un bon rempart contre la crise financière. Eurosif, sur la base de nombreuses études, observe toutefois qu’il est impossible de prévoir si un investissement durable aura une performance supérieure. Les interrogations sur la performance de l’ISR restent en débat.

 

Quelles stratégies d’investissement ?

 

Les stratégies d’investissement durable se répartissent en trois groupe, selon Eurosif.

 

1. Investissement thématique

Les investissements thématiques sont choisis par 60% des individus fortunés. Ils consistent à investir selon une thématique liée à l’environnement. Les plus fréquentes sont l’eau, la lutte contre le changement climatique, les énergies renouvelables, la santé et la nutrition.

 

2. Sélection (screening)

Le screening, ou sélection consiste à sélectionner les meilleures valeurs selon des critère ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Le screening peut également être négatif : on parle alors d’exclusion. On exclut des entreprises, des secteurs, voire des pays selon des critères environnements ou sociaux. Par exemple, on décidera de ne as investir dans le tabac ou dans des entreprises qui ne respectent pas certaines normes internationales. Le screening positif est adopté par 50% des investisseurs, le screening négatif par 35% d’entre eux.

 

3. Community investing

Ces investissements s’effectuent en direction de populations délaissées par les services financiers classiques. Par exemple, on investira pour soutenir la création d’entreprise dans un quartier défavorisé. Ce type d’investissement concerne 22% des individus fortunés.

On peut notamment penser au Giving pledge, programme réunissant une soixantaine de milliardaires s’engageant à donner une partie de leur fortune. Ils se sont regroupés autour des Américains Bill Gates et Waren Buffett.

(Précision : le total des pourcentage dépasse 100 en raison des réponses multiples).

 

L’Asie prend le pouvoir

 

Pour élargir le focus, signalons que pour la première fois l’Asie-Pacifique dépasse l’Amérique du Nord en nombre d’individus fortunés. On en compte 3,37 millions en Asie-Pacifique contre 3,35 en Amérique du Nord. Les États-Unis, le Japon et l’Allemagne représentent à eux seul 53,3% de cette population, selon Capgemini.

 

* On peut aussi consulter le rapport Global Wealth 2012, du Boston Consulting Group ; par ailleurs, le magazine Forbes tient à jour sa liste des personnes les plus riches du monde.

Le microcrédit en France : quel impact sur l’emploi ?

Jeudi 21 juin 2012

Le microcrédit est-il une solution pour créer des emplois en France ? C’est la question que je me suis posée en découvrant le baromètre 2012 de la microfinance, publié par Convergence 2015, qui regroupe 200 organisations en Europe sur les enjeux de l’entrepreneuriat social, de la microfinance et du développement durable.

 

Création d’entreprise et inclusion bancaire

 

Le microcrédit est avant tout un outil financier permettant l’accès au crédit à des personnes qui en sont privées. Il favorise l’inclusion bancaire dans notre pays où, malgré un taux de bancarisation de 99%, l’accès à tous les services bancaires reste inégal.

Le microcrédit professionnel est destiné à la création d’entreprise. Il se définit comme un prêt, bancaire ou extra-bancaire, inférieur à 25 000 euros, assorti obligatoirement d’un d’accompagnement. En France, cet accompagnement est proposé principalement par trois réseaux : l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Économique), France Active et France Initiative.

 

57 000 emplois créés ou consolidés en 2011

 

Quelques chiffres. En 2011, la microfinance a aidé à la création 19 000 entreprises et au soutien de 12 000 entreprises.

Ces entreprises ont créé ou consolidé 57 000 emplois. Leurs créateurs sont le plus souvent des hommes (62%), des chômeurs (65%) et 43% ont un baccalauréat ou un diplôme de l’enseignement supérieur.

Les entreprises créées interviennent dans ces secteurs :

  • commerce et réparation: 38%
  • services aux entreprises et aux particuliers: 27%
  • hôtels et restaurants: 12%
  • construction BTP: 11%

En France, les trois grands acteurs du microcrédit sont l’Adie, France Active et France Initiative. Comment mesurent-il leur impact sur l’emploi ?

 

L’Adie

 

En 2011, l’Adie a franchi la barre des 100 000 microcrédits signés depuis sa création en 1989.

L’Adie réalise une mesure de son impact sur l’emploi, en faisant appel à Cerise, un réseau d’échange sur la microfinance dans les pays du sud et en Europe.

« Les résultats de l’audit soulignent la grande diversité et la très forte représentation d’un public exclu (non seulement allocataires de minima sociaux, mais aussi migrants, gens du voyage, jeunes, femmes, seniors, personnes handicapées, personnes illettrées, en interdit bancaire, etc.). A ces personnes, sont offerts des services de prêts de qualité : proximité, transparence, alliés à un accompagnement structurant et personnalisé (mobilisation de bénévoles, services en ligne, standard téléphonique) », relève l’Adie. (source : rapport annuel 2011)

 

France Active

 

France Active, créée en 1988, est une association pionnière de l’économie solidaire en France. Elle annonce 25 000 emplois créés ou consolidés en 2011 « grâce au soutien de l’État, du Fonds social européen, des régions, des départements et de la Caisse des Dépôts ». Une majorité de ces emplois sont créés dans des entreprises solidaires. Le réseau France Active assure le financement et l’accompagnement des entrepreneurs sociaux dans les secteurs de l’insertion par l’activité économique, le handicap, l’environnement, la formation, etc.

France Active propose également des microcrédits bancaires garantis aux créateurs d’entreprises. Ce microcrédit, avec un taux d’intérêt réduit (inférieur à 5%) permet un recours au crédit sans recours excessif aux cautions solidaires, ce qui favorise la pérennité du projet, indique France Active. France Active se développe avec ses représentants régionaux, comme le Fondes Pays de Loire, qui mobilise l’épargne locale pour soutenir l’emploi dans sa région.

 

(source : rapport annuel 2011)

 

France Initiative

 

France Initiative annonce la création ou le maintien de 35 000 emplois en 2011. Parmi les entrepreneurs financés, 67% étaient demandeurs d’emploi, 23% avaient moins de 30 ans. Parmi les créateurs d’entreprises, 35% sont des femmes, soit 6 000 personnes. « Ce pourcentage croît lentement mais de manière continue depuis plusieurs années, indique France Initiative. Il concrétise les efforts de promotion et de valorisation par l’exemple de l’entrepreneuriat féminin menés par les plateformes et les coordinations régionales, notamment à travers l’organisation de concours régionaux ». Les secteurs aidés vont du commerce (32%) aux services aux particuliers (20%) en passant par l’hôtellerie restauration (15%) et la construction (12%).

L’accompagnement est privilégié dans les 238 plateformes réparties sur le territoire. Elles font intervenir les acteurs économiques au niveau local : les collectivités locales, les chefs d’entreprise, les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métiers et de l’artisanat, les banques, les professionnels du chiffre et du droit (experts- comptables, avocats). (source : rapport annuel 2011)

Un tour d’Europe de l’épargne de partage

Vendredi 15 juin 2012

Et si le partage était une solution à la crise ? On se souvient, en 2011, quand les États-Unis ont perdu leur note AAA et que la crise de la dette européenne s’est ravivée, le financier américain Warren Buffett a déclaré qu’il était prêt à payer plus d’impôts. L’idée du partage apparaissait donc, pour lui, comme un remède possible aux bouleversements de notre temps.

Cette idée est soutenue également lors des Ateliers de la finance responsable, qui se sont tenus le 12 juin à Paris. Les solutions d’épargne de partage à travers l’Europe y ont été présentées. « Le partage consenti plus que l’austérité généralisée m’apparaît comme l’une des solutions à la crise, même si l’idée semble étrangement absente des débats », explique Vincent Auriac, d’Axylia conseil, spécialisé en ISR (Investissement Socialement Responsable) et en philanthropie, qui organisait l’événement.

Les Ateliers de la finance responsable

Les Ateliers de la finance responsable, dont c’était la sixième édition, ont permis de présenter les produits d’épargne de partage en Europe. L’épargne de partage consiste, pour l’épargnant (ou, parfois, l’établissement financier), à reverser une partie de son revenu en faveur d’une organisation charitable. L’ensemble des produits d’épargne de partage ont été recensés : près de 500 livrets, comptes, cartes bancaires, fonds orientés vers le partage.

Les Ateliers de la finance responsable ont réunis cents professionnels, dont des responsables d’associations caritatives et des représentants de toutes les banques françaises et leurs homologues européens. Les débats se sont tenus dans l’auditorium Jean XXIII de la Mutuelle Saint-Christophe, un lieu qui rappelait que c’est au sein des congrégations religieuses qu’a débuté l’histoire de la finance solidaire et de partage. C’est peut-être ce lieu qui a inspiré des échanges fructueux et passionnés entre les représentants du monde monde financier et les responsables d’associations de tous horizons : Habitat et Humanisme, CCFD Terre solidaire, réseau Cocagne, ou Secours Catholique.

L’épargne de partage en Europe

Ces ateliers ont esquissé un tour d’Europe de la finance altruiste. On peut ainsi observer une grande variété d’épargne de partage avec des mécanismes de partage diversifiés. On peut ainsi :

  • reverser une fraction des intérêts de son épargne,
  • donner quelques centimes à chaque opération réalisée avec sa carte bancaire,
  • réaliser un don correspondant à une fraction des droits d’entrée sur un produit d’épargne, etc.

L’épargne de partage se déploie sur quatre types de produits d’épargne : les cartes bancaires, les livrets et les comptes, les fonds de placement et l’assurance-vie.

 

Les livrets et les comptes

Le livret d’épargne de partage est le pionnier des produits de partage. Apparu en 1974 en Allemagne, on en compte aujourd’hui 146 dans onze pays européens. Ils ont générés 5 millions de dons en 2010, dont 2,7 millions en France, 900 000 euros aux Pays-Bas et 800 000 euros en Grande-Bretagne.

Le principe de ces livrets repose sur le partage des intérêts : on reverse tout ou partie de ses intérêts en faveur d’une ou plusieurs associations choisies. Parfois, l’établissement financier participe au don.

La France représente plus de la moitié des dons européens sur ces produits. Le Crédit coopératif fait figure de leader. Les grands groupes bancaires sont entrés récemment sur ce marché des livrets d’épargne de partage.

 

Les cartes bancaires

La cartes bancaire de partage est récente, mais elle s’est développée rapidement. Apparue en 1988 en Grande-Bretagne, on en compte 156 en Europe. Les mécanismes de don sont divers : versement d’un pourcentage du montant de chaque achat, distribution d’une somme fixe à chaque opération ou don de tout ou partie de la cotisation de la carte.

Les cartes bancaires de partage sont très répandues en Grande-Bretagne et en France. Elles ont permis de collecter 11 millions d’euros en 2010, dont 4,3 millions en Grande-Bretagne , 2 millions en France et 2 millions en Espagne.

En France, des cartes bancaires portent le double logo de la banque et d’une association. Ce co-branding permet de regrouper les membres d’une communauté se reconnaissant des mêmes valeurs.

 

Les fonds de placement

Le premier fonds de partage européen est né en Allemagne, en 1976. On en dénombre aujourd’hui 110 dans douze pays européens, dont 41 en France. Il ont collecté 68 millions d’euros de dons en 2010. A lui seul, le fonds britannique Children’s Investment Fund a récolté 50 millions d’euros. Au total, la Grande-Bretagne a ainsi collecté 51,6 millions de dons, contre 7,8 millions pour la Suède, 4,3 millions pour la France et 2 millions pour la Suisse.

Les fonds suédois, en particulier, sont plutôt généreux. Le partage se fait sur l’actif net du fonds (2% en général) et non sur les revenus.

 

L’assurance-vie

L’assurance-vie est un géant de l’épargne, mais qui partage peu. Alors que 6200 milliards d’euros y étaient investis en Europe fin 2010 (dont 1000 milliards en France), moins de 100 millions d’euros étaient logés dans des contrats de partage, générant 150 000 euros de dons.

Il existe plusieurs freins à la mise en place de contrats d’assurance-vie de partage. La complexité est souvent mise en avant. Par ailleurs, le partage se fait souvent sur les droits d’entrées. Or, pour les contrats de grosse taille, la concurrence amène à réduire ces frais à zéro.

On compte 18 contrats de ce type en Europe, dont 10 en France.

L’investissement socialement responsable en Belgique

Mardi 5 juin 2012

Aujourd’hui j’ai décidé de me pencher sur le marché de l’Investissement responsable en Belgique. Ce marché est dans le peloton de tête des pays européens, avec un volume total de 13,21 d’euros placés dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR), selon le rapport sur l’ISR en Belgique publié par le Réseau Financement Alternatif.

Le développement de l’ISR en Belgique a été accompagné par les pouvoirs publics. L’ISR bénéficie d’une reconnaissance au niveau législatif. Ainsi, le Plan fédéral de développement durable lui fait une place : « Les placements éthiques allient des valeurs financières traditionnelles à des considérations d’ordre éthique, social et environnemental lors de l’achat, de la gestion et de la vente de titres ainsi que lors de l’exercice de droits qui y sont liés, tel le droit de vote. Il s’agit d’un thème de développement durable par excellence. »

 

Une reconnaissance de l’ISR

 

Depuis, plusieurs propositions ont été faites pour créer une norme légale de l’ISR. « Selon l’exposé des motifs, une multitude de produits d’investissement sont offerts sur le territoire belge sous la dénomination “socialement responsable”, “éthique”, ”durable”, ”vert”, ”écologique”, etc., alors qu’il n’existe aucun cadre légal, aucune supervision ni contrôle légaux », expliquent les auteurs du rapport sous la direction de Bernard Bayot, directeur du Réseau Financement Alternatif.

Pour l’heure, cette question d’une norme minimale ISR reste en débat en Belgique. Ainsi, le jugement reste finalement mesuré : « La reconnaissance de l’ISR s’est considérablement accrue au cours des sept dernières années. Il est aujourd’hui inclus dans les stratégies publiques, même si la mise en œuvre de celles-ci tarde ».

 

Le marché de l’ISR en Belgique

 

Le volume de l’ISR s’élève à 13,21 milliards d’euros, selon le rapport déjà cité. Une autre étude, réalisée par Eurosif, chiffre à 24,4 milliards d’euros le montant total de l’ISR « core » et à 169,3 milliards l’ISR « broad ». Selon Eurosif, l’ISR « core » réunit l’exclusion, le « best in class » et les fonds thématiques. L’ISR « broad » rassemble l’exclusion simple ou l’engagement. Ces deux études doivent être lues en parallèles.

Le marché belge de l’ISR propose plus de 300 produits d’épargne, dont une trentaine de produits solidaires.

L’offre se compose principalement de fonds (93%). Plusieurs approches sont pratiquées.

 

ISR et ISRD

 

L’ensemble de ces approches sont explicitées sur le site de l’Association Belge des Asset Managers (BEAMA). Plutôt que d’ISR, ce site parle d’ISRD, Investissement Socialement Responsable et Durable.

Les approches de l’ISRD pratiquées sont :

  • le best in class, sélection de valeurs sur des considérations environnementales, sociales et de gouvernance ;
  • la perspective thématique ;
  • l’exclusion normative ;
  • l’exclusion éthique ;
  • l’engagement des actionnaires.

 

Enfin, les comptes épargne représentent 3% du total. Les autres formules d’épargne regroupent les initiatives publiques, les coopératives et les groupes d’épargne de proximité.

La valeur des produits d’épargne solidaire représente 1,13 milliard d’euros, soit environ 9 % de l’encours total des produits ISR en Belgique.