L’économie durable n’est-elle qu’une notion gentillette et verte, détachée de l’économie réelle et financière ? Certes non, et ce blog contribue à en parler régulièrement, depuis novembre 2010. La finance intègre par exemple désormais les risques touchant la biodiversité.
Un cas concret pour débuter. En avril 2012, une marée noire se produisait au large de la Nouvelle Orleans, au sud des États-Unis, engageant la responsabilité de la société BP. La pollution engendrée a affecté l’écosystème, menaçant plusieurs espèces, dont des baleines, des dauphins, des lamantins et de nombreux oiseaux.
Les conséquences financières ont été chiffrées à 90 milliards de dollars, selon un document du Biodiversity and Ecosystem Service Work Stream (BESWS) de l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP FI), dont je rependrai des citations dans ce billet*. Ce chiffre inclut la capitalisation boursière, les opérations de nettoyage et les versements compensatoires. Le cours de l’action de BP a perdu 55% entre avril 2010 et juin 2010.
Bien sûr, cette marée noire est un cas extrême illustrant l’impact financier de la biodiversité. La biodiversité désigne la diversité naturelle des organismes vivants : diversité des écosystèmes, des espèces et des populations. Son importance croissante est attestée par des conventions internationales, comme la convention de Rio sur la diversité biologique, signée en 1992. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP FI) fait coopérer 200 institutions financières pour promouvoir les liens entre l’environnement et les performances financières. La protection de la biodiversité est un de ses axes de travail. Il vise à faire prendre en compte les enjeux de la biodiversité par le milieu financier.
La biodiversité est perçu par les financiers sous l’angle du risque. Il peut prendre différentes formes : risque de réputation, risque opérationnel, risque lié à la législation et à la responsabilité des entreprises.
Risque de réputation
La dégradation de la biodiversité causée par une entreprise se traduit souvent par des retombées médiatiques négatives. Cela affecte la réputation de l’entreprise mise en cause. Ce risque est placé en tête par les responsables d’institutions financières, selon le rapport cité plus haut.
Une enquête du ministère de l’Environnement montre que 85% des entreprises sont motivées à agir en faveur de la biodiversité pour des questions d’image (voir schéma).
Risque opérationnel
Certains secteurs sont directement confrontés au risque lié à la biodiversité. C’est le cas de l’exploitation du pétrole et du gaz. Le forage pétrolier et gazier migre vers des eaux de plus en plus profondes, ce qui peut générer des répercussions sur les écosystèmes marins. Des explorations pétrolières et gazières sont menées en Amazonie, grande zone de biodiversité. L’enjeu est de veiller au respect des normes et de respecter le droit des peuples autochtones.
Les problèmes liés à l’approvisionnement en eau concernent le secteur minier et l’hydroélectricité.
Le secteur de la pêche est affecté par l’épuisement des stocks. « À l’échelle mondiale, les pertes réelles cumulées de bénéfices nets, résultat de la mauvaise gestion des pêches à l’échelle internationale sur la période 1974-2007, s’élèvent à 2,2 billions de dollars », précise l’étude.
La foresterie et l’agro-industrie sont d’autres secteurs touchés par les risques liés à la perte de biodiversité.
Législation et responsabilité
Les entreprises peuvent être reconnues responsables de dégâts causés à l’environnement. Par exemple, une directive de l’Union européenne sur la responsabilité environnementale, prévoit que les établissements financiers sont tenus d’évaluer la responsabilités de leurs clients à l’égard des services écosystémiques.
Comment les institutions financières et les investisseurs peuvent-ils prendre en compte la biodiversité ?
- Les banques
Elle est de plus en plus considérée, notamment par les banques et les gestionnaires d’actifs signataires des PRI (Principes pour l’Investissement Responsable**). Ils intègrent le risque de réputation lié au financement de projet. Certains intègrent les risques environnementaux et sociaux dans leur stratégie.
Par exemple, la Rabobank, spécialisée dans l’agroalimentaire, a défini cinq principes, dont celui d’une gestion responsable des ressources naturelles. Ils déclinent à travers de mesures telles que la prévention de la dégradation et de l’érosion des sols, la réduction de la pollution de l’eau, la prévention de la surpêche, la réduction des dégâts causés à l’écosystème marin et plus généralement la préservation des zones présentant une haute valeur de conservation et de la biodiversité.
- Les investisseurs
« Pour bon nombre de sociétés de placement, les services écosystémiques ne constituent pas des risques ou des perspectives significatifs », relèvent les auteurs du rapport. Cette situation est appelée à évoluer pour une meilleure approche de la biodiversité.
Certains investisseurs, comme le fond de pension australien VicSuper, intègrent les risques liés à la biodiversité la la sélection et la gestion de plusieurs actions. L’objectif est notamment d’assurer de meilleurs rendements à long terme pour ses bénéficiaires.
* «Le capital naturel : un mythe ? Intégrer la biodiversité et les services écosystémiques (BES) dans la finance », Ivo Mulder et Paul ClementsHunt.
** Les initiales correspondent à la traduction anglaise de Principles for Responsible Investment (PRI).
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Mots-clefs : banques, biodiversité, entreprises, investissement, monde





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