Archive pour mars 2012

Le crowdfunding français dans la présidentielle

Vendredi 30 mars 2012

La présidentielle, c’est des candidat(e)s, des programmes, des petites phrases… Mais c’est aussi des débats lancés par des acteurs de la société et de l’économie. Ainsi, les professionnels de la finance participative ont interpellé les prétendant à l’Élysée, le 26 mars. Ils ont diffusé un « manifeste pour l’appui au financement participatif (crowdfunding) », signé par une trentaine de professionnels.

La finance participative, ou crowdfunding (financement par la foule), c’est un moyen de financer des projets d’entreprise sans intermédiaire ou de prêter de petites sommes entre particuliers. Concrètement, l’internaute se rend sur le site de la société de finance participative et il peut prêter de l’argent pour financer un projet. Avec des sommes investies moins importantes que pour le capital investissement ou les business angels, le crowdfunding se veut populaire.

Financer 15 000 projets

Cette forme d’investissement surfe sur la grande vague de la consommation collaborative. Prêt ou location de voiture, de logement, achat de vêtements ou de meubles d’occasion, échange de conseils, etc. Souvent pensées comme des réponses à la crise, ces expériences collaboratives sont foisonnantes, y compris dans le domaine financier où « il ne se passe quasiment pas une semaine sans qu’une nouvelle plate-forme, spécialisée ou multi-thématique, ne voit le jour », comme on le note chez Ulule, un des signataires du manifeste de la finance participative.

Les professionnels du crowdfunding annoncent plus de 6 millions d’encours cumulés permettant le soutien de près de 15 000 porteurs de projets en France et partout dans le monde. Les plateformes affichent des taux de croissance de 100 à 200% par an. Toutefois, le crowdfunding fait face à des difficultés, liées au cadre réglementaire, jugé trop contraignant par certains (source: Conso collaborative).

Attirer l’attention des candidats

Pour peser dans le débat présidentiel, les acteurs du crowdfunding  se sont réunis, le 26 mars, au Palais Brongniart, à Paris. Ils ont pour nom Babyloan, Ulule, FriendsClear, Babeldoor, Wiseed, KissKissBankBank, France Angels, Mail for Good, Izi-Collecte, etc. Pour pousser la logique participative jusqu’au bout, l’événement a été financé de façon participative, sur la plateforme Babeldoor.

L’objectif était d’attirer l’attention des dix candidats au premier tour de la présidentielle. Mais aucun n’est venu. Que faut-il en conclure ?

Les acteurs du crowdfunding avancent leur propositions. Ils souhaitent un cadre réglementaire plus souple pour favoriser le financement direct. Concrètement, voici ce qu’ils proposent:

  • faciliter la collecte et par conséquent la mutualisation de petits montants pour le financement d’un projet
  • assouplir les règles relatives à l’offre au public de titres financiers pour les adapter à un financement de petits montants individuels, en admettant qu’une communauté peut dépasser 100 (150) personnes sans risque si les montants sont raisonnables,
  • assouplir la réglementation en matières de prêts directs entre particuliers,
  • assouplir les règles en matières de collecte de fonds,
  • adapter le niveau d’information et de transparence exigé des émetteurs (ou des intermédiaires neutres que sont les plateformes web) pour tenir compte de la réalité des projets financés et de la réalité du besoin de protection des épargnants qui souhaitent s’engager
  • permettre aux intermédiaires, notamment les plateformes internet, de rester des acteurs neutres, favorisant seulement la mise en relation entre le projet et ses financeurs, sans exiger des opérateurs des niveaux d’information inadaptés et freinant en pratique le développement des projets,

Tout ceci dans le cadre d’une information transparente et accessible donnée aux épargnants quant au risque de non remboursement qu’ils prennent dans le cadre de prêts (rémunérés ou non) ou de fonds propres et quant au suivi des projets.

Au même moment, aux États-Unis, le Sénat a voté le 22 mars un assouplissement de la réglementation des appels publics à l’épargne. Ce coup de pouce au crowdfunding vise à relancer l’emploi et la création d’entreprise aux États-Unis.

Mais pourquoi, selon vous, les candidats à la présidentielle française ne semblent pas prêter attention aux acteurs de la finance participative ?

Photo: Babyloan

PhiTrust se renforce dans l’investissement à impact social

Mardi 27 mars 2012

Aujourd’hui, j’ai décidé de m’intéresser à PhiTrust, une société de gestion spécialisée dans l’investissement responsable. Cette société vient d’annoncer qu’elle renforçait ses moyens dans l’impact investing, ce type d’investissement qui vise un impact positif au-delà du résultat financier.

Ainsi, PhiTrust Active Investors vient de prendre une participation majoritaire dans la société de gestion de capital risque LC Capital, spécialisée dans le financement et l’accompagnement de sociétés non cotées technologiquement innovantes.

Impact social positif

L’impact investing, nous en avons déjà parlé. C’est un investissement qui se caractérise par son impact positif sur la société ou l’environnement. Le concept est donc voisin de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Mais il y a une petite nuance, comme l’explique un rapport de la banque JP Morgan : « on distingue l’impact investing de l’ISR, qui cherche généralement à minimiser l’impact négatif des entreprises plutôt que de chercher à créer un impact positif dans le domaine social ou environnemental».

Les entreprises qui créent un impact sur la société se rencontrent dans différents secteurs : l’agriculture, l’alimentation, les énergies renouvelables, le logement, la santé, l’éducation, etc. Consciente de l’utilité de ces initiatives, la Commission Européenne a présenté un projet de règlement pour inviter à la création de « fonds d’entrepreneuriat social européens » (ou FESE), souligne la société PhiTrust.

Création d’emplois

Pour l’heure, la société de gestion a investi dans dix-neuf entreprises sociales du secteur non coté en Europe et en Afrique (voir illustration).

Ces entreprises ont permis l’accès au travail de 552 personnes handicapées, la création de 1 744 emplois en insertion et le soutien à 26 587 micro entrepreneurs.

Ces sociétés appartiennent à ces secteurs :

  • Agriculture : Alter Eco, Isomir, La Laiterie du Berger ;
  • Environnement : Cameroun breuvages, La Varappe ;
  • Immobilier : Ethical property, Chenelet ;
  • Finance : Investisseur & Partenaire, ISF Solidaire, Micro Finance Solidaire, Per Micro ;
  • Services : Dialogue Social Enterprise, Ecodair, Reporters d’Espoirs ;
  • Technologie : Websourd, Wirecom, Tagattitude.

Engagement actionnarial

PhiTrust investit également dans des entreprises cotées en bourse via des OPCVM (Organisme de placement collectif en valeurs mobilières) gérés avec une stratégie d’engagement actionnarial. L’engagement vise à faire prendre conscience que de nombreux actionnaires souhaitent que les entreprises prennent en compte les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance dans leur stratégie. Il se traduit notamment par le dialogue avec l’entreprise et le vote lors des Assemblées générales.

PhiTrust Active Investors, société de gestion française agréée a été créée en 1999. Elle développe des stratégies d’engagement actionnarial visant à améliorer la gouvernance des entreprises cotées et à promouvoir des investissements conciliant performance financière, bonne gouvernance, respect de l’environnement et cohésion sociale. Elle compte une équipe de dix personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 722 600 euros en 2010 (source : Societe.com)

Illustration: Phitrust.

Après la fraude sur le marché européen du carbone, la confiance est rétablie

Mardi 20 mars 2012

La criminalité financière joue un rôle néfaste pour l’équilibre de nos sociétés. Cette forme de délinquance a contribué à aggraver la crise financière, comme nous le rappellent les auteurs du Rapport moral sur l’argent dans le Monde, 2011-2012. Cette publication, due à L’Association d’économie financière, avec le soutien de la Caisse des Dépôts (CDC), consacre un dossier complet à la lutte contre la criminalité et les délits financiers.

L’une des contributions revient sur des cas de fraude constatés dans le marché européen du carbone. Le marché d’échange de quotas d’émission de CO2 est « la pièce maîtresse de la politique climatique européenne », écrivent Pierre Ducret, PDG de CDC Climat et Olivier Sartor, chargé de recherche. Les autorités européennes ont fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux secteurs industriels et de l’énergie. Ainsi, 12 000 installations industrielles voient leurs émissions plafonnées. Les entreprises peuvent compenser leurs émissions de CO2 en acquérant des quotas de CO2.

Finance verte

Le marché européen du carbone est aussi nommé par l’acronyme anglais EU ETS : European Union Emission Trading Système (SCEQE : Système Communautaire d’Échange de Quotas d’Émission). Il est opérationnel et relativement efficace, depuis son lancement en 2005. Le système a ainsi permis la réduction des émissions de gaz à effet de serre en Europe de 11% entre 1990 et 2008.

Mais cet instrument de finance verte a fait l’objet d’une fraude à la TVA. Le volume de cette fraude a été estimé à 5 milliards d’euros en Europe, selon Europol. Les autorités françaises évaluent leurs pertes à 1,6 milliards.

Fraude à la TVA

Récemment, la justice française a prononcé, en janvier 2012, des peines contre des fraudeurs. Ces peines vont de un à cinq ans de prison ferme, assorties d’obligation de rembourser l’État français. D’autres poursuites concernent d’autres pays européens.

Concrètement, la fraude consistait à acheter des quotas de CO2 dans un autre pays. La transaction se faisait sans TVA, car les règles communautaires exemptaient de TVA les ventes de quotas d’un pays à l’autre. Le fraudeur revendait ensuite les quotas dans son pays, en y ajoutant la TVA. Puis, il la conservait au lieu de la rembourser à l’État. Le plus souvent, il se dissimulait derrière un intermédiaire.

La fraude à la TVA n’est pas une nouveauté dans l’échange de marchandise. Mais elle était inédite sur ce marché dématérialisé des quotas de CO2. La fraude à la TVA est bien connue notamment sur les marchés des téléphones portables, des puces informatiques et des vêtements. En Europe, elle représente 100 milliards d’euros par ans, selon Europol.

Des règles de TVA appropriées

Face à cette fraude, la Commission européenne a modifié en avril 2010 sa directive sur la TVA. Elle a demandé aux États de rendre l’acheteur (et non plus le vendeur) redevable du paiement de la TVA pour les transaction du marché du carbone. Par ailleurs, certains États ont modifié leurs régime de TVA. « La fraude a perduré là où ce régime a perduré », notent les auteurs de l’article.

Quelle influence sur le marché ?

Comment cette fraude à la TVA a-t-elle affecté le marché du carbone ? Les quotas font l’objet d’une cotation (en euros par tonne de CO2). Le cours a connu une hausse de février à juin 2009, au plus fort de la fraude. Elle n’a semble-t-il pas affecté négativement le marché dans l’immédiat.

Cependant, rappellent les auteurs de l’article « la fraude, si elle n’est pas correctement combattue, risque d’altérer plus fondamentalement la stabilité du marché du carbone.» Les doutes concernant le marché ont tendance à être contagieux.

Phishing

Outre cette fraude à la TVA, le marché européen du carbone a aussi subi en 2010 des vols de quotas perpétrés par des cybercriminels. La technique du phishing a été employée : elle consiste à usurper l’identité de confiance pour amener des personnes à livrer des informations confidentielles.

Le volet « criminalité » n’est bien sûr qu’un aspect très réducteur de la finance carbone. J’aurai l’occasion de revenir sur le sujet pour en parler de façon plus positive. Mais le rôle de la criminalité financière ne saurait être sous estimé car elle sape la confiance des acteurs et risque de les détourner du but poursuivi : la protection du climat.

Capital investissement et finance responsable : l’étude 2011

Vendredi 16 mars 2012

Vous connaissez sans doute le capital investissement (ou private equity) ? Si non, pour vous remettre à jour, sachez qu’il consiste à prendre des participations dans le capital de petites et moyennes entreprises, généralement non cotées. Ces investissements risqués et nécessitant un temps de placement long sont à suivre : ils peuvent générer une rentabilité importante. C’est pourquoi je vous en parle, outre l’opportunité d’une étude récente dont on dispose.

Les investisseurs en capital sont parfois perçus « comme recherchant une rentabilité très élevée et rapide de leurs capitaux au détriment des autres parties prenantes, en particulier des salariés qui paieraient un lourd tribut lors de leurs interventions », explique Xavier Mahieu dans son article « Le private equity, acteur méconnu de la finance durable »*.

La réalité n’est pas aussi sombre, comme le montre une étude réalisée en 2011 par Novethic auprès de sociétés de capital investissement françaises (Pratiques ESG des investisseurs en capital). Elle révèle un intérêt croissant des investisseurs en capital pour l’Investissement Socialement Responsable (ISR). En voici aussi les principaux enseignements…

Un processus d’investissement responsable

Selon Novethic, « le nombre de sociétés de capital investissement ayant initié une réflexion pour intégrer des critères ESG à court terme dans leurs processus d’investissement confirme que ce type d’acteurs porte un intérêt croissant à l’intégration de critères ESG dans leurs activités ».

Un tiers des sociétés de gestion ont formalisé une politique ou une charte explicitant la façon dont elles prennent en compte des critères ESG dans leurs investissements, sur les 74 ayant répondu à l’enquête de Novethic. Près de la moitié des sociétés déclarent former leurs salariés à la prise en compte des enjeux ESG.

La gouvernance et les critères sociaux sont le plus systématiquement pris en compte par les investisseurs en capital. « Pour nombre de sociétés de capital investissement, l’évaluation ESG se limite encore aux enjeux de gouvernance. Ils sont en effet davantage pris en compte dans les analyses que les enjeux environnementaux et sociaux, ce qui n’est pas surprenant étant donné la relation de proximité des sociétés de gestion avec la direction des entreprises », explique Novethic.

Les principes pour l’Investissement Responsable

En France, trente et une sociétés de capital investissement ont signé les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI). Ce cadre mis en place sous l’égide des Nations Unies permet aux investisseurs d’intégrer des considérations environnementales, sociales et de gouvernance dans les processus d’investissement. Les PRI publient notamment un guide destinés aux investisseurs en capital : « Le capital investissement responsable : guide des investisseurs institutionnels » (source : UN PRI).

Ce guide détaille les rôles des investisseurs et des sociétés de capital investissement. L’investisseur a un rôle qualifié de passif : il délègue à la société la gestion de l’investissement et du risque. C’est pourquoi il doit s’assurer que la société de gestion « dispose des politiques, des systèmes et de l’expertise nécessaires pour intégrer les considérations ESG dans ses décisions d’investissement et de suivi ».

De son côté, Novethic souligne que les investisseurs « pourraient ainsi inciter les sociétés de capital investissement à aller plus loin dans leurs démarches ESG, via le suivi d’indicateurs de performance et la demande d’un reporting associé ».

Les pratiques d’exclusion

Les sociétés de capital investissement n’hésitent pas à exclure des secteurs d’activité. Cela les distingue des sociétés de gestion d’actif françaises qui pratiquent peu l’exclusion.

Les investisseurs en capitaux excluent en priorité des secteurs tels que la pornographie, l’armement, le tabac, les jeux de hasard et l’alcool. Ils rejettent massivement le travail des enfants et le travail forcé. Cela dit, la plupart des investissements sont réalisés en France ou en Europe où la législation est suffisamment forte sur ces sujets.

L’impact des enjeux ESG sur la décision d’investir

L’évaluation ESG peut avoir un impact sur la décision d’investir. Dans 45% des cas, elle peut même conduire à refuser d’investir dans une société et dans 12% des cas elle peut conduire à revoir un investissement à la baisse.
En revanche, l’impact financier ne peut pas encore être clairement mesuré, dans 83% des cas… Certaines sociétés observent un meilleur climat social au sein des entreprises en portefeuille. Celles qui effectuent des mesures notent des améliorations d’indicateurs tels que le taux de rotation des effectifs, le taux d’accidents et leur gravité, l’indépendance des administrateurs, les émissions de CO2.

Mieux gérer les risques

L’évaluation de critères ESG est souvent orientée vers la gestion du risque. Elle vise « la prévention des risques importants ou de conformité vis-à-vis, soit des exigences réglementaires », souligne Novethic.
La meilleure gestion du risque est une motivation citée par 64% des sociétés interrogées. Viennent ensuite la volonté de répondre aux exigences des investisseurs (51%), le souci de réduire le risque de réputation de la société de gestion (46%) et d’améliorer la valorisation des participations (43%).

Les sociétés de capital investissement françaises sont regroupées au sein de l’AFIC (Association Française d’Investissement en Capital). L’AFIC compte 280 membres actifs, qui sont des sociétés de gestion et 200 membres associés, qui sont les professions parties prenantes à l’exercice du métier : conseils, auditeurs, intermédiaires financiers, banques, etc.

En France, les professionnels du capital investissement gèrent près de 80 milliards d’euros, selon l’AFIC.
L’AFIC regroupe les professionnels du développement durable dans le Club développement durable ou le club cleantech, réunissant des investisseurs impliqués notamment dans les énergies renouvelables.

* in La Finance durable, sous la direction de Pascal Grandin et Dhafer Saïdane.

Pays de la Loire : un emprunt socialement responsable

Mardi 13 mars 2012

Le Conseil régional des Pays de la Loire a lancé une émission d’obligations à caractère socialement responsable, d’un montant de 43 millions d’euros. Ce placement a été réalisé auprès d’investisseurs institutionnels (assureurs et caisses de retraites) répondant aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Cet emprunt financera le budget 2012 de la région. Les obligations, d’une valeur nominale de 100 000 euros, ont un taux fixe de 4% (source : Région Pays de la Loire).

« Développement équilibré et durable »

Cette émission obligataire s’inscrit dans la politique de la région en matière de développement durable. « En effet, au travers de la déclinaison des actions de son Agenda 21, la Région œuvre au quotidien et au travers de ses compétences (formation professionnelle, apprentissage, solidarités, développement des transports, environnement, logement social, constructions et rénovations HQE dans les lycées) pour assurer un développement équilibré et durable de son territoire », précise le communiqué de la banque HSBC, chef de file de l’opération.

En 2009, la région, dirigée par le Parti socialiste (PS), avait déjà lancé un emprunt de 80 millions d’euros, principalement auprès des particuliers (source : La Tribune).

“Véritable banque régionale d’investissement”

Parmi les projets prévus par cette région de l’ouest, citons en trois :

  • Banque régionale d’investissement : la région souhaite aider au financement des entreprises, soit en intervenant directement, soit par des partenariats avec des établissements financiers. « Projets industriels structurants, innovations technologiques de rupture, éco-projets, développement de l’économie sociale et solidaire, pêche durable, soutien aux collectifs de PME : la Région souhaite accélérer par son intervention financière de nombreux enjeux de mutation des entreprises. » explique Christophe Clergeau, 1er vice-président en charge de l’économie et de l’innovation.
  • Transport : financer le déplacement domicile travail : la région financera une partie de l’abonnement de salariés de la région se déplaçant sur les réseaux de trains régionaux. Le déplacement domicile-travail ne coûtera pas plus de 45 euros par mois pour un salarié, la région prenant en charge le supplément, après déduction des 50% pris en charge par l’employeur.
  • Économies d’énergie et énergies renouvelables : en 2010, la Région des Pays de la Loire s’est engagée à réduire de 30 % les consommations énergétiques, à augmenter de 30 % la part des énergies renouvelables et à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020.

La région Pays de la Loire s’est notamment investie dans le développement des énergies marines renouvelables.

Critique constructive

L’opposition régionale répond à ces projets par une critique qui se veut constructive. Ainsi, le groupe UMP (Union pour un Mouvement Populaire) soutient certains projet mais déclare ”nous avons voté contre ce budget qui ne réduit pas assez les dépenses inutiles et ne priorise pas nos investissements, ce que le CESER demande depuis plusieurs sessions. Ainsi il faut emprunter 252 millions pour boucler ce budget avec un remboursement annuel de dette atteignant 120 millions ! »

Conclusion:

La région Pays de la Loire a été la première, en 2009, à lancer un emprunt obligataire pour faire appel aux épargnants (L’Express). Elle a été suivie notamment par le Limousin, l’Auvergne et la région Rhonne-Alpes, en direction des particuliers et des investisseurs institutionnels.

Que pensez-vous de ce moyen pour les pouvoirs publics de faire appel à l’épargne populaire?

La Caisse des Dépôts finance l’économie verte

Jeudi 8 mars 2012

Pour le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), « l’économie verte est une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources » (source : Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication de la pauvreté (PNUE)).

Financer cette économie nécessite des stratégies de long terme. C’est notamment le rôle des acteurs publics comme la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Cette institution financière publique, crée en 1816, se définit comme un investisseur de long terme au service de l’intérêt général. Le développement durable figure parmi ses priorités stratégiques.

Ville durable

La ville et les transports sont responsables d’une part importante des émissions de gaz à effet de serre produits en France. L’enjeu est donc de construire des habitations plus respectueuses de l’environnement.

La CDC privilégie trois axes sont aujourd’hui privilégiés :

  • les éco-quartiers : la CDC a lancé un programme d’accompagnement et finance l’achat et la dépollution de terrains.
  • la performance énergétique des bâtiments et son financement : la CDC est financeur du logement social et propose des prêts aux organismes pour construire des bâtiments à Très Haute Performance Énergétique (THPE) et réhabiliter les logements les moins performants.
  • la construction à basse consommation : les normes les plus adaptées sont choisies pour les infrastructures, hôpitaux et universités.

Climat et économie du carbone

Pour lutter contre le réchauffement climatique, la communauté internationale a engagé une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (principalement le carbone) dans l’atmosphère. Un marché international des droits d’émission a été créé.

La CDC, avec sa filiale CDC Climat, s’engage sur ce marché de l’économie du carbone. Elle développe des services financiers et appuie, comme actionnaire, les acteurs de marché des actifs carbone (Sagacarbon, Bluenext).

CDC Climat souscrit à des fonds spécialisés dans cette économie du carbone: Fonds carbone européen, Fonds de crédits carbone pour l’après 2012, Fonds Capital Carbone Maroc.

Biodiversité

Pour lutter contre l’érosion de la biodiversité, la filiale CDC Biodiversité a créé en février 2008. Son rôle est de préserver la biodiversité et de la compenser lors de la construction d’infrastructures.

 

Énergies renouvelables

L’Europe a pour objectif que 20 % de l’énergie consommée en 2020 soit d’origine renouvelable.

Pour y parvenir, la CDC investit dans les énergies renouvelables : solaire photovoltaïque, biomasse, éolien, petit hydraulique.

Investissement Socialement Responsable

La CDC applique une politique d’Investissement Socialement Responsable. Ainsi, pour la gestion de ses portefeuilles financiers, elle prend systématiquement en compte les facteurs ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans ses processus de décision.

La CDC est signataire des Principes pour l’Investissement Responsable (PRI), qu’elle a contribué à lancer, sous l’égide des Nations Unies.

La Nef : société financière alternative et écologique

Vendredi 2 mars 2012

En France, les banques sont généralement de grands groupes au nom connu du public. En revanche, on connaît moins la Nef, cette Société financière anonyme coopérative.
Cette banque alternative ne vous accueillera pas dans ses bureaux au coin de votre rue, car elle n’a pas d’agences en dur. Mais vous pourrez vous renseigner sur  la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef) dans les agences du Crédit Coopératif, qui héberge ses activités.
Mais qu’est-ce qui caractérise cette coopérative de finances solidaires aux 26 000 sociétaires ?
La réponse est à chercher du côté des investissements financés par la Nef : ce sont majoritairement sur des projets écologiques. La Nef se singularise également par les valeurs qu’elle défend, et notamment la fraternité.

Des projets écologiques, sociaux et culturels

La Nef finance principalement des projets dans le domaine du développement durable et de l’écologie.
« En 2010, les épargnants ont réaffirmé leur volonté de soutenir le financement de projets respectueux de l’environnement. Parallèlement, 63 % des prêts débloqués ont concerné des projets du secteur de l’écologie ». (source : rapport d’activité)
Le secteur « Social » a représenté 29 % des prêts débloqués et le secteur culturel, 6%.
De plus, la Nef publie la liste de tous les prêts débloqués. Les projets financés sont détaillés. « À travers cette publication destinée à tous les sociétaires, chaque épargnant voit à quoi sert son argent », précise-t-on sur le site.

Parmi les dernières activités financées, citons Énergie partagée, dont nous avons déjà parlé. Cette association qui vise à la construction de projets dans les énergies renouvelables : éoliennes, panneaux photovoltaïques, etc. La Nef a joué un rôle moteur dans la financement de la Société en commandite par actions qui collecte des fonds pour l’association.

Terre de liens est un autre projet financé depuis quelques années. Il consiste à acquérir des terres agricoles pour les louer à des paysans pratiquant l’agriculture biologique. La Nef a un rôle d’associé commandité de la Foncière et membre du CA de l’association nationale. Terre de liens a collecté 8,5 M€ de capital en 2010 et permis l’installation de 25 fermes.

Des relations d’entraide par l’argent

L’histoire de la Nef remonte à la fin des années 1970. Un groupe d’hommes et de femmes veulent  « expérimenter entre eux des relations d’entraide par l’argent », explique-t-on sur le site. Ils créent une association, la Nouvelle Économie Fraternelle (Nef). Ils s’inspirent alors de banques dites éthiques ou alternatives existant en Allemagne et en Hollande.
L’objectif de cette association sera de soutenir des projets qui ne trouvent pas de financement dans les réseaux bancaires classiques. Premier projet soutenu, en 1980 ? L’installation d’une exploitation agricole en bio-dynamie.
Lors de cette première période, les adhérents de l’association agissent avec un esprit de solidarité très fort. « Les projets sont alors financés plus sur des critères de confiance que des critères économiques traditionnels (rentabilité, endettement, etc.), les sociétaires adhérents prennent une risque supporté par l’ensemble de la communauté associative », explique Victor Grange, chargé de crédit à la Nef, dans L’autre finance, de Daniel Bachet et Philippe Naszayi.

Quand l’association devient établissement financier

La loi bancaire de 1984 oblige l’association à changer de statut, car les associations ne peuvent plus collecter des fonds et les gérer. En 1988, la  Nef adopte un statut de coopérative. La Société financière anonyme coopérative de la Nef rassemble alors 650 coopérateurs. Le Crédit coopératif se porte garant de la gestion de ses activité, ce qui lui permet de devenir une société financière agréée.

De 2005 à aujourd’hui, la Nef va croître régulièrement : de 16 000 sociétaires en 2005 à 26 000 fin 2010. Les salariés passent de 16 en 2001 à 54 en 2010.
Des militants du débuts on est passé à un recrutement plus classique du milieu bancaire. « A la politique de ressources humaines des premiers temps, axé sur la cooptation, l’embauche suite aux stages, on substitue un recrutement davantage tourné vers des personnes issues du milieu bancaire traditionnels »,  explique Victor Grange.

L’économie, domaine où s’exerce la solidarité

La Nef exprime son respect des valeurs et notamment celles de liberté, égalité et fraternité :

  • Fraternité, au sens de solidarité entre les personnes et envers les générations futures ;
  • Liberté, au sens de respect de la personne, de la liberté d’esprit et des choix individuels ;
  • Égalité, dans le sens des principes coopératifs : double qualité des membres et répartition des pouvoirs.

La fraternité, contenue dans son nom, est une valeur centrale: « Pour la Nef, l’économie est le domaine d’activité humaine au sein duquel doit s’exercer la fraternité, au sens de coopération et de solidarité. Dans son action au quotidien, elle offre à chaque individu la possibilité de rentrer dans une relation d’entraide et d’exercer sa responsabilité sur les flux financiers. »
La transparence est une autre valeur mise en pratique. Comme nous l’avons vu, les projets financés sont publiés.
Les activités de la banque sont soutenus par une réflexion éthique. Un Comité d’Éthique a été créé en 2003. Il est composé de sociétaires et de personnalités représentatives des réseaux de l’économie sociale et solidaire.

Un projet de banque éthique européenne

Le projet de banque éthique a aussi une dimension européenne. La Nef est engagée dans la création d’un projet européen avec ses partenaires italiens (Banca Etica), espagnols (Fiare), belges (Crédal, Hefboom) et allemands (Oekogeno). Ce réseau est rassemblé au sein de la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthiques et Alternatives (FEBEA).
La Nef avait pour projet de fusionner avec l’italienne Banca Italia. Cette dernière n’a pas donné suite. « En 2010, après plus de trois années de travail en commun dans un projet de fusion, notre partenaire italien Banca Etica a décidé de ne pas donner suite, pour des raisons qui lui sont propres mais en lien direct avec la crise économique. »
Aujourd’hui, le projet de Banque éthique européenne est porté par la CFE (Coopérative pour une Finance Éthique), une entreprise extérieure à la Nef.

Ethifinance affine sa notation sociétale des Etats

Jeudi 1 mars 2012

Ethifinance affine sa notation sociétale des EtatsLes agences de notation financières ont beaucoup fait parler d’elles ces derniers mois, à propos de la crise de la zone euro. Ces agences évaluent le risque financier lié, par exemple, à la dette des États.

On parle un peu moins des agences de notation sociétale, encore appelées agences de notation extra financières. Elles évaluent les risques liées aux facteurs Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).

Ces notations sociétales des États sont destinées notamment aux investisseurs pour la gestion ISR (Investissement Socialement Responsable) de portefeuilles obligataires.

Dette souveraine et enjeux ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance)

Ethifinance, une agence de notation sociétale française, vient d’annoncer une évolution de sa méthodologie de notation ESG des États. Son outil, nommé Global Risk Rating, tiendra compte de l’historique des pays, mais aussi des tendances et des perspectives d’évolution, sur un ensemble de 87 indicateurs ESG.

Les investisseurs recherchent des informations concernant le risque financier lié aux dettes des États, mais aussi des informations extra financières. Selon Emmanuel de La Ville, Directeur Général d’EthiFinance, « certains investisseurs proactifs recherchent des outils permettant une analyse ESG fine et réactive pour leurs portefeuilles en dette souveraine. C’est pourquoi nous avons décidé de renforcer considérablement notre approche de l’analyse extra-financière des émetteurs étatiques, en intégrant à la fois une mesure des évolutions et une dimension prospective nécessaires à une bonne appréhension des enjeux ESG dans un contexte macroéconomique 2012 qui s’annonce douloureux pour certains Etats ».

Indicateurs sociaux et de gouvernance

La notation du Global Risk Rating concerne 106 pays : l’Europe et l’OCDE, les grands émergents du BRIC, 20 pays d’Asie, 18 pays d’Afrique, 17 pays d’Amérique et 10 pays du Moyen-Orient et du Maghreb.

En tête du classement, on trouve les pays scandinaves et germaniques. Norvège, Suède et Finlande occupent les trois premières places.

« La France connaît une dégradation pour se placer dans la seconde moitié du classement des pays de l’OCDE (18ème place), certains indicateurs sociaux et  de gouvernance ayant eu tendance à diminuer  et/ou moins progresser que  dans les autres pays de la zone », remarque Ethifinance.

Certains pays progressent comme le Chili, ou certains pays en développement tels que l’Indonésie ou  le  Costa Rica. «  Grâce à leurs efforts de transparence dans les politiques  publiques, à leur progression sur le plan social ainsi qu’à un découplage relatif entre leur trajectoire économique et la pression qu’ils exercent sur l’environnement, ces États se placent au-dessus de plusieurs champions économiques de l’OCDE ou des BRICs », souligne Ethifinance.

Pression budgétaire et indicateurs sociaux fondamentaux

En Europe, notamment, les observateurs notent l’imbrication entre des risques financiers, liés aux dettes, et des risques sociaux, environnementaux et de gouvernance.

Léo Gaborit, responsable du développement de Global Risk  Rating explique : « Alors  que  l’étau  des  agences  de notation  financière  se  resserre  sur  une  Europe  en  panne  de  croissance  et  qui  subit  une  forte  pression  budgétaire,  nous craignons  une  tendance  à  la  dégradation  de  certains  indicateurs  sociaux  fondamentaux  en  Europe.  Parallèlement,  les engagements  d’avant-crise  en  matière  de  protection  de  l’environnement  et  de  lutte  contre  le  changement  climatique risquent fort de passer à l’arrière plan des politiques publiques, alors même que ces paramètres constituent l’une des clés pour le développement des États sur le long terme. Dans ce contexte et compte tenu de la demande de nos clients, il nous semblait primordial de faire évoluer notre méthodologie afin de rendre compte des dynamiques à l’œuvre au sein des États ».

  • Ethifinance, fondée en 2003, est une agence de notation sociétale spécialisée sur la thématique de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Cette agence à statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qui emploie 10 personnes a réalisé un chiffre d’affaires de 800 000 euros en 2010.

photo: La Tribune