L’implantation du microcrédit en Bosnie-Herzégovine est profondément liée à l’histoire de ce pays. Après la guerre qui l’a frappé, de 1992 à 1995, la microfinance a été un moyen de relancer une économie en ruine. Le microcrédit était alors perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté, mais aussi un outil de reconstruction post-conflit.
La microfinance s’est d’abord développée grâce au soutien de la Banque mondiale. Elle a apporté premiers financements en 1997 dans le cadre des LIP (Projets d’Initiatives Locales). (source: le Réseau européen de la microfinance).
L’essor rapide du microcrédit
Par la suite, le secteur s’est largement ouvert aux sociétés privées de microfinance. L’essor du microcrédit a été très important et très rapide. Il comptait comptait près de 200 000 clients en 2006, puis 400 000 clients en Bosnie-Herzégovine en 2008.
Pour un pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, cela constitue le deuxième plus fort taux de pénétration du microcrédit au monde. Seul le Bangladesh, sa terre d’origine, possède un pourcentage d’adoption supérieur.
Des clients confrontés à l’endettement
Après cette période de croissance rapide, le secteur va entrer en crise. De nombreux clients vont être confrontés au surendettement. La législation sera alors renforcée. Elle distingue les fondations de microcrédit à but non lucratif (MCF) et les entreprises de microcrédit en vue de bénéfices (MCC).
L’endettement des clients du microcrédit en Bosnie-Herzégovine revêt plusieurs formes.
Tout d’abord, nombreux ont souscrit plusieurs prêts dans différentes institutions de microcrédit. Selon une étude*, 58% des clients ont souscrit au moins deux prêts. 17% en ont souscrit plus de trois.
Une fraction des clients du microcrédit (17%) sont surendettés et une autre partie (11%) sont en passe de le devenir.
Un tiers des emprunteurs se portent garants pour d’autres. Ils sont d’autant plus enclins à se porter garants qu’ils ont contracté plus d’emprunts. Alors que 14% des clients qui n’ont souscrit qu’un prêt se portent garants pour un autre client, 70% de ceux qui ont plus de trois prêts le font. Beaucoup ne sont pas conscients du risque qu’ils prennent en se portant caution pour un autre.
Selon les auteurs de l’étude, plusieurs facteurs ont contribué au surendettement des clients du microcrédit:
- La détérioration des conditions économiques
- L’apparition d’une culture du crédit facile
- Le développement du secteur de la microfinance et la compétition acharnée entre les acteurs
L’impact du microcrédit en Bosnie-Herzégovine
Il n’est pas aisé d’évaluer l’impact du microcrédit sur l’économie de la Bosnie-Herzégovine.
La situation du pays en 1995 était dramatique après la guerre et les accords de Dayton. De fait, il est reconnu que le microcrédit a eu un effet positif dans la reconstruction de la société après le conflit. Il a permis aux habitants de recréer des réseaux de relations et d’échanges.
Sur le plan économique, les avis sont mitigés. Selon les évaluations de la Banque mondiale (en 2004), le premier plan d’initiative locale (Lip I) a permis de rétablir l’activité économique grâce au développement des microentreprises. Le second plan (Lip II) a créé ou maintenu 200 000 emplois et servis 98 852 clients du microcrédit, selon la Banque mondiale (citée dans Assessing microfinance: The Bosnia and Herzegovina case).
D’autres spécialistes se montrent critiques. Milford Bateman, économiste, est l’auteur de Why Doesn’t Microfinance Work? The destructive rise of local neoliberalism. Il est sévère avec la microfinance :
« Ce que l’on a surtout vu en Bosnie-Herzégovine, c’est la multiplication de petits marchands informels dans les rues percevant des revenus de misère… ce qui a poussé de nombreux commerçants établis à mettre la clé sous la porte. Au final, la microfinance a moins créé des emplois qu’elle n’a informalisé l’économie, au détriment, d’une part, du tissu des petites et moyennes entreprises qu’il aurait fallu au contraire soutenir et, d’autre part, des rentrées fiscales. » (source: Alternatives économiques)
* Cette étude est publiée sur le site du réseau européen de la microfinance.
photo: France diplomatie et CIA.














