Archive pour octobre 2011

Le microcrédit en Bosnie-Herzégovine affecté par la crise

Mercredi 26 octobre 2011

role_microcredit_BosnieL’implantation du microcrédit en Bosnie-Herzégovine est profondément liée à l’histoire de ce pays. Après la guerre qui l’a frappé, de 1992 à 1995, la microfinance a été un moyen de relancer une économie en ruine. Le microcrédit était alors perçu comme un outil de lutte contre la pauvreté, mais aussi un outil de reconstruction post-conflit.

La microfinance s’est d’abord développée grâce au soutien de la Banque mondiale. Elle a apporté premiers financements en 1997 dans le cadre des LIP (Projets d’Initiatives Locales). (source: le Réseau européen de la microfinance).

L’essor rapide du microcrédit

Par la suite, le secteur s’est largement ouvert aux sociétés privées de microfinance. L’essor du microcrédit a été très important et très rapide. Il comptait comptait près de 200 000 clients en 2006, puis 400 000 clients en Bosnie-Herzégovine en 2008.

Pour un pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, cela constitue le deuxième plus fort taux de pénétration du microcrédit au monde. Seul le Bangladesh, sa terre d’origine, possède un pourcentage d’adoption supérieur.

Des clients confrontés à l’endettement

Après cette période de croissance rapide, le secteur va entrer en crise. De nombreux clients vont être confrontés au surendettement. La législation sera alors renforcée. Elle distingue les fondations de microcrédit à but non lucratif (MCF) et les entreprises de microcrédit en vue de bénéfices (MCC).

L’endettement des clients du microcrédit en Bosnie-Herzégovine revêt plusieurs formes.

role_microcredit_Bosnie_economieTout d’abord, nombreux ont souscrit plusieurs prêts dans différentes institutions de microcrédit. Selon une étude*, 58% des clients ont souscrit au moins deux prêts. 17% en ont souscrit plus de trois.

Une fraction des clients du microcrédit (17%) sont surendettés et une autre partie (11%) sont en passe de le devenir.

Un tiers des emprunteurs se portent garants pour d’autres. Ils sont d’autant plus enclins à se porter garants qu’ils ont contracté plus d’emprunts. Alors que 14% des clients qui n’ont souscrit qu’un prêt se portent garants pour un autre client, 70% de ceux qui ont plus de trois prêts le font. Beaucoup ne sont pas conscients du risque qu’ils prennent en se portant caution pour un autre.

Selon les auteurs de l’étude, plusieurs facteurs ont contribué au surendettement des clients du microcrédit:

  • La détérioration des conditions économiques
  • L’apparition d’une culture du crédit facile
  • Le développement du secteur de la microfinance et la compétition acharnée entre les acteurs

L’impact du microcrédit en Bosnie-Herzégovine

Il n’est pas aisé d’évaluer l’impact du microcrédit sur l’économie de la Bosnie-Herzégovine.

La situation du pays en 1995 était dramatique après la guerre et les accords de Dayton. De fait, il est reconnu que le microcrédit a eu un effet positif dans la reconstruction de la société après le conflit. Il a permis aux habitants de recréer des réseaux de relations et d’échanges.

Sur le plan économique, les avis sont mitigés. Selon les évaluations de la Banque mondiale (en 2004), le premier plan d’initiative locale (Lip I) a permis de rétablir l’activité économique grâce au développement des microentreprises. Le second plan (Lip II) a créé ou maintenu 200 000 emplois et servis 98 852 clients du microcrédit, selon la Banque mondiale (citée dans Assessing microfinance: The Bosnia and Herzegovina case).

D’autres spécialistes se montrent critiques. Milford Bateman, économiste, est l’auteur de Why Doesn’t Microfinance Work? The destructive rise of local neoliberalism. Il est sévère avec la microfinance :

« Ce que l’on a surtout vu en Bosnie-Herzégovine, c’est la multiplication de petits marchands informels dans les rues percevant des revenus de misère… ce qui a poussé de nombreux commerçants établis à mettre la clé sous la porte. Au final, la microfinance a moins créé des emplois qu’elle n’a informalisé l’économie, au détriment, d’une part, du tissu des petites et moyennes entreprises qu’il aurait fallu au contraire soutenir et, d’autre part, des rentrées fiscales. » (source: Alternatives économiques)

* Cette étude est publiée sur le site du réseau européen de la microfinance.

photo: France diplomatie et CIA.

Google investit dans l’énergie éolienne

Lundi 24 octobre 2011

Google a annoncé, le 11 octobre, le lancement d’un champ d’éoliennes en mer, au large de la côte est des États-Unis. Le projet est dénommé « Atlantic Wind Connection ». Il est évalué à 5 milliards de dollars (soit un peu plus de 3,6 milliards d’euros). Rick Needham, chef des opération de Green business chez Google le décrit comme une « autoroute de l’énergie propre ».

Il prévoit l’installation d’éoliennes et de 565 km de câbles pour acheminer l’électricité produite. L’ensemble alimentera quatre des états les plus peuplés des États-Unis : le New Jersey, le Maryland, le Delaware et la Virginie.

Les travaux doivent débuter en 2013, après l’accord du gouvernement. Ils devraient durer jusqu’en 2020. (AFP)

Google mise sur les énergies renouvelables

Plusieurs partenaires sont associés pour financer le projet. Google participe à hauteur de 37,5%. Le fonds suisse Good Energies Investment Investors apportera également 37,5%. La maison de commerce japonaise Marubeni apportera 15%. Aucun financement gouvernemental n’est prévu.

Le groupe Google a déjà investi par le passé dans les énergies renouvelables. Il investit notamment dans l’énergie solaire, via la société eSolar, et l’énergie géothermique, via AltaRock.

Une des problématiques de Google est la consommation d’énergie. Les serveurs et autres data centers consomment de grosses quantité d’énergie.

Des data centers plutôt énergivores

Pour donner une idée de la quantité d’électricité consommée par ces immenses locaux où des ordinateurs fonctionnent en permanence, on peut se baser sur une étude européenne. Elle estime que les data centers consomment en France environ 4 Terawattheures (Twh) par an, soit 1 % de la consommation totale d’électricité hexagonale (cité par Raphaëlle Besse Desmoulières sur le blog bilan carbone). Cette étude date de 2007, avant le développement du cloud computing (stockage de données à distance) et des smartphones.

Les sociétés qui exploitent ces datas center se modernisent pour réduire leur consommation d’énergie. Les serveurs consomment beaucoup d’énergie et il faut également les refroidir en permanence.

Des investissements restent à réaliser

Le Green Grid est un groupement que rassemble 170 entreprises de ce secteur dans le monde. Il travaille à proposer des solutions pour mesurer et améliorer l’efficacité énergétiques des centres informatiques.

Selon son président, Mark Monroe, de gros investissements sont encore à réaliser pour améliorer l’impact énergétique des datas centers :

« Si les grands acteurs tels que Google, Microsoft, Facebook se donnent les moyens d’évoluer tous les 2, 3 ans, ce n’est pas le cas des sociétés traditionnelles. » D’ailleurs, « si les entreprises sont contraintes par la régulation, on ne constate pas de réels investissements dans le Green. » (source: silicon.fr)

photos: Google et New York Times.

Rencontre avec Antoine Sorange, responsable de l’analyse extra-financière chez Amundi (2/2)

Mardi 18 octobre 2011

Un logiciel pour aider à la décision

Antoine Sorange nous fait une démonstration de l’utilisation du logiciel SRI. Il montre à l’écran un résumé de l’analyse extra financière d’une valeur, en l’occurrence Peugeot.

Ce résumé est matérialisé par un triple réseau de cercles visualisant les notes dans les domaines environnemental, social et de gouvernance (ESG). L’analyste peut modifier les notes d’une entreprise grâce au logiciel, à condition de le justifier au moyen d’une note de synthèse. La décision de l’analyste est souveraine, même si les analystes en débattent également entre eux.

Pour les analystes extra-financiers, le logiciel SRI est avant tout un lanceur d’alertes. Il détecte notes qui posent problème. « Par exemple, sur une valeur, deux agences de notations vont donner deux notes divergentes. L’outil va alors émettre une alerte. Pour nous, l’important sera de creuser ce critère en particulier, de rencontrer l’entreprise pour se faire une opinion. »

Ce travail d’enquête se poursuit afin de confirmer la notation de certaines entreprises. « Si, par exemple, une valeur est très bien notée, on va chercher à comprendre pourquoi et interroger l’entreprise. A contrario si une autre est très mal notée, par exemple avec la note E qui signifie exclusion des portefeuilles, et qu’elle représente 3% des indices, on va analyser en profondeur avant de demander au gérant d’exclure cette valeur. En effet, les fournisseurs de données ont des questionnaires très génériques, pas toujours adaptés aux entreprises. Parfois également les entreprises peuvent avoir une mauvaise note parce qu’elles n’ont pas pris le temps de publier certaines données ».

Des rencontres avec les entreprises

L’analyse extra-financière implique des rencontres avec les entreprises pour des compléments d’information. Ces rencontres ont pour but d’en savoir plus.

analyse extra-financière Amundi

« Les analystes rencontrent les entreprises sur des questions environnementales ou sociales. Cela aboutit parfois à la modification des « fiches valeurs » des entreprises.

L’équipe Corporate Governance d’Amundi rencontre également les entreprises, elle travaille en lien avec les analystes extra-financiers « L’équipe de corporate governance, qui est proche de la nôtre, a pour mission de définir et faire évoluer la politique de vote d’Amundi et de voter aux assemblées. Le premier axe d’engagement est le vote. Cette équipe pratique aussi le dialogue pré assemblée. Avant de voter contre une résolution, elle contacte l’entreprise et parfois on aboutit à une solution consensuelle avec l’entreprise, parfois non et dans ce cas on vote contre. »

Une politique d’engagement

Enfin, l’équipe d’analystes va continuer sa politique d’engagement et l’amplifier. Des rencontres avec les entreprises auront pour but de les sensibiliser à des questions environnementales ou sociales. « Le troisième axe qu’on va développer, ce sera de l’engagement au sens exact du terme. On va cibler un sujet, parce qu’on ne pourra pas traiter tous les sujets environnementaux et sociaux, et des entreprises et faire de l’engagement auprès de ces entreprises. »

Enfin, le regard des médias et du grand public sur son métier laisse Antoine Sorange frustré. « Le grand public a perdu confiance dans le monde financier. Pourtant, nous sommes convaincus que ce qu’il se passe dans la gestion d’actif reste très sain. Il y a des règles, mais également un contrôle de risque. Et puis l’ISR n’est-il pas un moyen de redonner confiance au grand public parce qu’il est connecté aux enjeux industriels, à l’emploi, au lien social et plus généralement à la notion de long terme ?».

Photo : L’équipe d’analyse extra-financière d’Amundi. Crédit photo :Bérangère Lomont.

* L’analyse ISR était regroupé sous le nom d’IDEAM, filiale d’Amundi. Depuis octobre 2011 cette équipe a été rebaptisée le département ISR d’Amundi. Précision: Amundi est une filiale du groupe Crédit Agricole, auquel appartient BforBank.

Exclure le tabac d’un portefeuille ISR

Mardi 18 octobre 2011

actions-exclure-tabac-portefeuille-bourseLe prix du tabac vient d’augmenter en France. La hausse de 6 %, voulue par le Gouvernement, devrait rapporter 600 millions d’euros à l’État.

Derrière cette mesure fiscale, il y a un problème de santé publique, des questions économiques, mais aussi des interrogations éthiques. L’éthique préoccupe notamment l’investisseur : doit-il exclure de son portefeuille les entreprises du secteur du tabac pour ne pas favoriser une industrie qu’il juge nocive ?

L’exclusion, à l’origine de l’ISR

Exclure un secteur économique est une démarche typique de l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Ainsi, les pionniers de l’ISR l’ont pratiquée. Les Quakers, au États-Unis au XVIIIe siècle, ont ainsi très tôt décidé de ne pas investir dans la vente d’armes et le trafic d’esclaves. Aujourd’hui, cette approche a cours aux États-Unis, en Scandinavie, en Grande-Bretagne. En France, elle est minoritaire.

Les avocats de l’exclusion du tabac insistent sur la nocivité du produit. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France, avec environ 66 000 décès chaque année.

La fiscalité est un moyen (souvent imparfait) de juguler la consommation. Chaque année l’État perçoit 10 milliards d’euros de taxes sur les ventes de tabac. L’essentiel va dans les caisses de la Sécurité sociale. Le coût social du tabac, à savoir les coûts supportés par la collectivité (dépenses de santé, campagnes de prévention, perte de revenus et de production, etc.), est estimé lui aussi à 10 milliards d’euros. Il y a quinze millions de fumeurs en France (source : Tabac info service).

Exclure le tabac : une conviction

Ne pas investir dans le tabac est une question de conviction. En France, certains gérants ISR ont choisi d’exclure le tabac de leurs portefeuilles. La Financière de Champlain, par exemple, pratique l’exclusion de secteurs en n’investissant pas dans les entreprises dont plus de 5 % du Chiffre d’affaires provient de l’armement, l’alcool, la pornographie, les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) ou le tabac.

Ces exclusions sectorielles sont conjuguées à d’autres exclusions et à des critères positifs, détaillées dans le Livre blanc de cette société de gestion. L’un de ses fonds, Performance responsable répond à cette approche d’exclusion.

Risque de la performance

Pour les gérants, la réflexion éthique est mise en balance avec une réflexion sur la performance. C’est ce qu’expliquent David Diamond, responsable de l’ISR et Mathilde Moulin, analyste ISR*:

« Il convient de prendre en compte dans la réflexion la demande réelle du client, qui n’est pas forcément prêt à accepter le risque sur la performance, induit par l’exclusion de l’univers d’investissement de secteurs entiers ».

En réponse à ce souci, ils proposent de remplacer l’exclusion par une sélection selon certains critères :

« ne pas exclure de facto l’ensemble d’un secteur, mais d’introduire un filtre sur des critères clés de responsabilité tel l’information des consommateurs et les pratiques commerciales et de ne sélectionner que les groupes disposant d’un positionnement excellent, en absolu et non en relatif, sur ces critères ».

Un fonds qui a du vice

Si le débat sur la performance est si tendu, c’est que les secteurs tels que le tabac ou l’alcool sont réputés pour offrir un retour sur investissement intéressant. Les produits addictifs exercent un attrait sur le consommateur.

Partant de ce constat, l’Américain Dan Ahrens a eu l’idée de créer un fonds basé sur des placements non éthiques. C’est le Vice Fund, créé en 2002.

Il investit sur le tabac, l’alcool, l’armement, et les jeux d’argent. En somme, c’est l’exact contraire d’un Investissement Socialement Responsable.

Aux dernières nouvelles, ce « fonds du vice » se porterait à merveille, sur performant l’indice des 500 principales valeurs américaines, le S&P 500 (L’Expansion).

Investir en connaissance de cause

Mais ces chiffres ne troublent l’investisseur responsable. John R. Talbott, auteur d’ouvrages sur la finance, reconnaît que les produits addictifs, comme l’alcool et le tabac, offrent de bonnes performances financières, mais il n’en fait pas de « bons » investissements pour autant :

« Mais voulez-vous vraiment être propriétaire d’une entreprise qui vend des produits addictifs mortels ? Je peux pardonner aux fumeurs qui contractent un cancer du poumon ou aux buveurs qui détruisent leur foie, parce que ces produits créent une forte dépendance, et que, dans ce cas, le libre arbitre humain ne fonctionne pas correctement. Mais je ne pourrais jamais pardonner aux investisseurs rationnels qui choisissent de posséder des parts d’entreprises qui vendent ces produits. Leur décision, même si elle me paraît irrationnelle, est prise en pleine connaissance de cause ».

(J. R. Talbott_ Les 86 plus gros mensonges sur Wall Street)

Lettre ISR Allianz global investors, mars 2011

Copyrights : incurable_hippie sur Flickr

Rencontre avec Antoine Sorange, responsable de l’analyse extra-financière chez Amundi (1/2)

Jeudi 13 octobre 2011

antoine_sorange_responsable_analyse_extra-financiere_Amundi

Récemment, j’ai rencontré Antoine Sorange, qui dirige l’équipe d’analyse extra-financière dAmundi*. Au cours de cet entretien, j’ai voulu mieux cerner en quoi consiste ce métier qui est au cœur de l’Investissement Socialement Responsable (ISR).

L’entretien s’est déroulé le 30 septembre au 44e étage de la tour Montparnasse, dans les bureaux sobres de l’équipe d’analystes extra-financiers d’Amundi, un des dix plus gros asset manager au monde, gérant 700 milliards d’euros, dont 18 milliards en ISR.

Antoine Sorange, qui dirige l’équipe de huit analystes extra-financiers, a évoqué divers aspects de ce métier très technique et qui suppose une forte conviction en faveur du développement durable.

L’ISR, une question de caractère

Quand on demande à Antoine Sorange comment il est devenu analyste extra-financier, il l’explique par son caractère qui le pousse à vouloir découvrir de nouveaux horizons.

Ce diplômé en physique découvre la finance à la fin des années 1990. « J’ai étudié une année à Londres et des banques venaient dans les amphis chercher des physiciens. Il y a cette culture là-bas de faire travailler des physiciens ou des matheux dans la finance ».

Il travaille tout d’abord à la recherche quantitative, puis il devient gérant ISR. « J’ai géré des portefeuilles pendant quatre ans. À l’issue de ces quatre ans, j’ai décidé de m’intéresser encore plus à la partie extra-financière. C’est ce qui m’a intéressé le plus, parce que c’est ce qui donne une vision plus large du monde. On aborde des sujets techniques d’émission de CO2, de consommation d’eau ou de Droits de l’Homme, de gouvernance, etc. ».

Ce qui l’intéresse le plus dans son métier ? « C’est la diversité. On apprend tous les jours. Le développement durable fait appel à différentes disciplines. L’environnement, le social, la gouvernance sont des sujets extrêmement variés. Et le développement durable lui-même évolue. Ce n’est pas un métier où on fait tous les jours la même chose. Et il faut essayer de convaincre les entreprises, les gérants, les clients. »

L’analyste extra-financier et le développement durable

Pour définir la tâche de l’analyste extra-financier, il est important de tracer son périmètre d’action. L’ISR, on le sait, est la traduction financière du développement durable. Cette notion, qui évolue au cours du temps, doit être définie.

« Avant de faire une analyse, on définit ce qu’est le développement durable. On va lire des textes onusiens, de l’OCDE, des lois, des normes, etc. Une fois qu’on a défini le développement durable, on va voir comment ça s’applique dans chaque secteur d’activité. Par exemple, les enjeux de développement durable dans le pétrole ne sont pas les mêmes que dans la banque ou l’alimentation. Une fois qu’on a compris cela, on passe à l’étude des entreprises. Comment chaque entreprise se positionne face aux enjeux de développement durable de son secteur ».

Noter les entreprises sur des critères ESG

Concrètement, le travail des analystes consiste à noter les entreprises. L’équipe d’Amundi suit en permanence 2 600 valeurs.

Une note de A à G est transmise aux gérants ISR (les autres gérants ont aussi accès aux notes). Les meilleures (de A à C) sont sélectionnées et les plus mauvaises sont rejetées. Les gérants ISR d’Amundi rejettent systématiquement les sociétés notées E, F et G.

Les analystes confrontent plusieurs sources d’information. Ces données leur permettent de produire leur notation sur des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).

« On travaille sur des données publiques uniquement. On travaille avec les rapports de développement durable des entreprises, pour celles qui en publient (en France la loi les oblige à le faire, mais ce n’est pas le cas partout dans le monde). On rencontre les entreprises. On travaille aussi avec les agences de notation extra-financière qui nous aident à préparer le travail. On collabore avec les Organisations Non Gouvernementales. Cet ensemble de données publiques va nous permettre de faire une analyse. Par exemple, une entreprise certifiée ISO 14 001, c’est un gage de qualité ».

Toutes ces données sont compilées grâce à un logiciel. Antoine Sorange me rappelle qu’au début des années 2000, les analystes travaillaient avec des tableurs. Le travail était plus rudimentaire, d’autant plus que les entreprises fournissaient moins d’informations.

« On a développé un outil d’aide à la décision, nommé Sustainable Rating Integrator (SRI). Il va collecter toutes ces données, avec un traitement mathématique que nous avons mis en place avec l’équipe de recherche quantitative. Cet outil va croiser toutes les données et émettre des signaux quand des fournisseurs de données ne sont pas d’accord entre eux. Cela nous amène à creuser des questions. Il s’agit d’un outil d’analyse et de gestion. Dès qu’on a validé une note, elle est aussitôt disponible pour les gérants ISR. »

* L’analyse ISR était regroupée sous le nom d’IDEAM, filiale d’Amundi. Depuis octobre 2011 cette équipe a été rebaptisée le département ISR d’Amundi. Précision : Amundi est une filiale du groupe Crédit Agricole, auquel appartient BforBank.

Les Français et l’ISR: les épargnants en quête d’information

Jeudi 13 octobre 2011

semaine_investissement_socialement_responsableLes critères environnementaux et sociaux ont une place importante dans les décisions d’investir des Français, même s’ils sont peu à connaître précisément le concept d’ISR. C’est une des conclusions de l’étude sur la perception de l’ISR par les Français, réalisée par l’Ipsos pour Eiris* à l’occasion de la Semaine de l’ISR. L’enquête a été publiée dans Les Echos. Elle révèle un réel besoin d’information et de pédagogie.

L’ISR : un concept peu connu des Français

Quand on interroge les Français sur ce qu’est l’ISR, seuls 8% savent précisément de quoi il s’agit. L’an dernier la même enquête montrait que seuls 4% des Français étaient capables de nommer et décrire un produit ISR. Même si la question n’est pas exactement la même, on peut percevoir une prise de conscience. 28% ont déjà entendu parler de l’ISR mais ne sauraient le définir et 64% n’en ont jamais entendu parler.

Pour autant, les critères environnementaux et sociaux ont une importance dans les décisions de placement. Pour 60% des investisseurs ils occupent une place très importante (14%) ou importante (46%). De plus, 45% des sondés pensent accorder à l’avenir une place croissante aux critères environnementaux, sociaux et éthiques.

Des épargnants cohérents avec leurs choix de consommateurs

L’ISR est perçu comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur et de citoyen (selon 55% des sondés). De plus, l’ISR permet de donner un sens à son épargne (46%). Il être un moyen d’utiliser l’épargne pour peser sur le comportement des entreprises (41%).

En revanche, les motivations financières n’apparaissent pas primordiales. Seuls 14% pensent que les placements ISR sont plus performants à long terme et 20% qu’ils limitent les risques.

Si l’on pose les mêmes questions à des épargnants prêt à investir en ISR, les arguments sont repris avec plus de force. Ainsi, 86% voient l’ISR comme un moyen d’être cohérent avec ses autres choix de consommateur, 84% comme un moyen de donner un sens à son épargne et 72% comme un moyen de peser sur les entreprises.

Une forte demande d’information

Pour 75% des sondés, il n’y a pas assez d’information sur l’ISR. 66% jugent qu’on a du mal à comprendre comment les placements ISR pèsent sur le comportement des entreprises. De plus, l’information transmise manque de transparence (57%). Les épargnants prêts à investir en ISR relèvent les mêmes manques d’information sur le sujet.

Les épargnants tentés par l’exclusion

Parmi les différentes approches (ou familles) de l’ISR, le best in class est majoritaire. Pourtant, ce n’est pas celle qui séduit le plus les personnes interrogées.

epargne_approche_investissement_socialement_responsable

L’exclusion tente « beaucoup » 36% des sondés. Elle devance l’approche thématique (26%), l’engagement (20%), le best in class (19%) et l’épargne solidaire (13%).

Mais si on considère les personnes qui sont « beaucoup » ou « assez » tentées, c’est l’approche thématique qui arrive en tête avec 68%. Elle devance le best in class (67%), l’exclusion (64%), l’engagement 58% et le solidaire (44%).

*Eiris se définit comme une agence de recherche internationale sur la performance sociale, environnementale, éthique et de gouvernance des entreprises.

Mamakiba : le m-banking aide les futures mères du Kenya

Mercredi 12 octobre 2011

Accoucher à la clinique : beaucoup de femmes africaines ne peuvent se le permettre faute de pouvoir réunir l’argent nécessaire. Mamakiba, une société basée au Kenya, cherche à remédier à ce problème. Elle utilise le m-banking, transfert d’argent par téléphone mobile.

Mamakiba fonctionne comme un calculateur d’économie. Grâce à ce service, les femmes peuvent économiser, pendant le temps de leur grossesse, les sommes nécessaires à l’accouchement et aux quatre visites prénatales préconisées par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). (source: Laurence Allard, sociologue, auteure de Mythologie du portable).

Mamakiba utilise un service de m-banking populaire au Kenya : M-Pesa. Ce service permet d’échanger de l’argent via son téléphone mobile. Créée en 2007 par Safaricom et Vodafone, M-Pesa compte 10 millions de clients sur les 18 million d’abonnés au mobile dans le pays.

M-banking et calculateur d’économies

Les clientes de Mamakiba sont notamment des femmes de la région de Nairobi, disposant d’un compte M-Pesa. Grâce au calculateur d’économie, elles peuvent accumuler l’argent nécessaire à leur accouchement.

Le téléphone mobile leur permet de prévoir quelles sommes elles doivent réunir, et quels montants elles doivent déposer par période. Le service leur permet de prépayer les frais de clinique. Le paiement sera effectué après l’accouchement. Le montant de l’opération et le solde du compte sont notifiés par SMS.

Des innovations de ce genre se multiplient autour du m-banking, comme l’a expliqué la sociologue Laurence Allard, lors d’une présentation sur « Le mobile et ses usages : une nouvelle révolution sociale”, à la Cantine, à Paris, le 28 septembre*. Plusieurs applications sont possibles, dans la lignée de Mamakiba. Cela pourrait être, par exemple, des programmes d’éducation à la santé transmis par SMS. Ces services pourraient avoir un coût réduit ou être payé par des sponsors.

Moyen d’échange pour personnes non bancarisées

Le mobile banking, ou m-banking est le terme utilisé pour désigner les paiements ou transactions effectuées via un téléphone portable ou un assistant personnel (PDA: Personal Digital Assistant). Le m-banking est notamment un moyen d’échange dans des régions où les personnes ne sont pas bancarisées.

M-Pesa est une application effectue des transferts de petites sommes d’argent. Ce service, utilisé par près de 10 millions de Kenyans, opère des transferts d’argent pour l’équivalent de 11% du PIB du pays. (The Economist)

* lire un compte rendu sur le blog sans contact

photo: from mobactu

Novethic décerne ses labels et prône la pédagogie sur l’ISR

Jeudi 6 octobre 2011

Novethic_decerne_labels_investissement_socialement_responsableC’est presque devenu un rituel. Chaque mois d’octobre, depuis 2009,  Novethic attribue ses labels aux fonds ISR (Investissement Socialement Responsable). La Semaine de l’ISR se profile. Elle aura lieu pour la deuxième année, du 10 au 16 octobre.

Cette année, Novethic, centre de recherche et média dédié à l’ISR, a décerné son label à 156 fonds sur 184 candidats parmi les quelque 300 fonds se revendiquant ISR en France. L’ an passé, 142 fonds sur 182 l’avaient reçu et en 2009, lors de la première édition, 92 sur 121.

Le nombre de fonds labellisés augmente. Novethic l’explique ainsi:

« c’est essentiellement parce que, bon an mal an, la transparence progresse chez les offreurs de fonds ISR. La mise à disposition d’information extra-financière semble être progressivement industrialisée et intégrée à l’actualisation des reporting financiers ».

Besoin de pédagogie

L’institut Novethic insiste sur le besoin de pédagogie. Elle doit notamment s’exercer au niveau de la distribution dans les réseaux bancaires.

« La pédagogie sur l’ISR et la spécificité de ce mode de gestion qui consiste à intégrer à l’analyse financière des critères ESG passe non seulement par une visibilité sur les sites des sociétés de gestion mais aussi par une distribution effective dans les réseaux qui proposent des produits financiers aux clients particuliers. Progressivement les fonds labellisés ont gagné les sites Internet des réseaux de distribution. C’est le cas notamment des groupes Caisse d’Épargne, Crédit Agricole, HSBC et LCL ».

La collecte de l’ISR reste positive (+2,7% au premier semestre 2011). Toutefois, les Français qui ont de l’épargne privilégient les livrets (+15 milliards d’euros en huit mois).

Percée de l’engagement

Novethic a récompensé cinq fonds de la mention « engagement » pour une démarche d’activisme actionnarial. Cette démarche monte en puissance. En 2010, seul un fonds avait obtenu cette mention.

Vingt-quatre fonds ont reçu la mention « indicateurs ESG » car ils effectuent une mesure de leur performance extra-financière. Voici les  quatre critères pour l’attribution du label:

1. Analyse Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG)

Pour être labellisé, un gérant de fonds doit prendre en compte les enjeux ESG, processus auquel peuvent s’ajouter des critères éthiques d’exclusion de titres ou de secteurs.

2. Transparence du processus

Le souscripteur doit pouvoir comprendre les caractéristiques extra-financières du fonds et leurs impacts sur la gestion du produit. Le gérant doit s’appuyer pour cela sur le Code de transparence AFG-FIR qui doit être clairement accessible.

3. Reporting extra-financier de qualité

Le reporting mensuel et/ou trimestriel d’un OPCVM ISR doit avoir une dimension complémentaire à celle des reportings des fonds non ISR.

4. Publication de la composition intégrale du portefeuille

La Semaine de l’ISR

La semaine de l’ISR aura lieu, du 10 au 16 octobre, pour la deuxième année, sous le haut patronage du ministère de l’Ecologie et du développement durable.

La Semaine de l’ISR a pour but de populariser l’ISR auprès du grand public. Des événements seront organisés dans toute la France par des acteurs de l’ISR.