En France, l’Investissement Socialement Responsable se résume souvent au best in class. Cette vision pragmatique de l’ISR consiste à noter les entreprises pour sélectionner les meilleures selon des critères de développement durable. Elle représente 80% du marché hexagonal.
Pour aller au-delà, il faut se rendre à l’étranger. C’est ce qu’a fait Vincent Auriac, d’Axylia Conseil. Ce gérant de 46 ans conseille des sociétés et des associations pour leur investissement responsable.
Il a découvert dans les années 1990 ce qu’on appelait alors les placements éthiques. Il a rencontré des congrégations religieuses pionnières, en ce domaine et notamment soeur Nicole Reille. Puis, il a côtoyé des gérants de fonds ISR à l’étranger : en Belgique, en Suisse, en Norvège mais aussi aux États-Unis et au Canada.
Il a découvert une plus grande variété de pratiques de l’ISR. Entre ceux qui pratiquent l’ « exclusion », ceux qui investissent dans le business vert ou ceux qui mesurent l’impact de leur investissement sur la société, c’est chaque fois un univers différent.
Ces observations, Vincent Auriac les a compilées dans une classification en six familles. Il l’a présentée lors des Ateliers de l’investissement responsable qu’il organise chaque année depuis 2008. Les voici, commentées par lui, lors d’un entretien que j’ai eu avec lui.
Les élèves de la notation
« Cette approche de notation s’est beaucoup développée en Europe. Le premier à l’avoir développé est le cabinet suisse SAM.
Le principe est de ne pratiquer aucune exclusion, et d‘identifier dans chaque secteur les sociétés les plus efficaces dans la prise en compte du développement durable.
Les agences de notation extra financière regardent les objectifs que se fixent les entreprises, les moyens qu’elles se donnent pour les réaliser et les résultats qu’elles obtiennent par rapport aux objectifs qu’elles se sont fixés. Toutes les entreprises sont notées selon ce triptyque objectifs, moyens, résultats.
Les gérants sélectionnent les meilleures dans chacun des secteurs de la cote boursière. Selon l’exigence, certains gérants prennent les 10% les meilleures ou les 30% les meilleures. Les entreprises sont analysées sur des critères liés à l’Environnement, le Sociétal et la Gouvernance (ESG). Ceci est décliné avec une centaine de critères. Les agences attribuent ainsi des notes qu’on peut ramener à des notes sur vingt ».
Les pionniers du monde idéal
« En France très peu de fonds pratiquent l’exclusion.
Il y a des exclusions normatives, comme font par exemple les Suédois. C’est le fait d’exclure des sociétés qui ne respectent pas des normes internationales, des grandes conventions internationales. Par exemple, une loi française récente (Légifrance) tend à l’élimination des armes à sous munitions, suite à la convention d’Oslo, en 2007.
Il y a des exclusions plus « à l’Américaine »: elles consitent à exclure certains secteurs comme l’alcool ou le tabac.
Mais les gérants qui le pratiquent en France n’osent quasiment pas en parler. Ainsi j’ai discuté avec la gérante d’un très gros fonds, excluant les sociétés qui ne respectent pas les Droits de l’Homme. Or, cet élément était peu explicité dans la communication du fonds.
Le terme « pionniers du monde idéal » a été choisi parce que les pionniers de l’ISR ont commencé par pratiquer l’exclusion. Les tout premiers furent les Quakers aux États-Unis. Ils voulaient mettre en accord leur religion avec leur manière de gérer leur argent. Cela rejoint l’approche de la finance islamique qui, au nom de la charia, refuse l’alcool, le porc et les placements à intérêt.
Quand au « monde idéal », le terme signifie que les personnes intéressées par ces investissements ont une vision politique du monde, au sens noble du terme. Ils se disent qu’un monde idéal pour eux est un monde où on respecte l’environnement, où on ne fume pas, où on respecte les Droits de l’Homme. Ils excluent donc de leur investissement toute société qui enfreint ces principes. L’exclusion porte une vision du monde, une cohérence avec ses convictions personnelles ».
Les techniciens de l’environnement
« Les fonds thématiques sont surtout liés à l’environnement et à l’écologie.
Les premiers sont apparus dans les années 1990 à la suite du Sommet de Rio, en 1992. Cette conférence des Nations Unies a focalisé l’attention sur les questions environnementales.
En conséquence, dans le domaine de l’ISR, des Sicav de sociétés liées à l’environnement ont été créées. Mais à l’époque, l’éolien ou le photovoltaïque n’existaient pratiquement pas. Il y avait donc peu d’entreprises pour constituer des fonds thématiques.
Depuis, les choses ont bougé. Il y a eu le rapport Stern, en 2006, sur le changement climatique. Ces fonds ont alors connu un nouvel essor.
On le note, cette catégorie de fonds connaît une accélération au moment de grosses catastrophes internationales liées à l’environnement. On peut penser que Fukushima aura un impact sur le développement de ce genre de fonds ».
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Mots-clefs : alcool, armes à sous munitions, business vert, développement durable, Droits de l'Homme, Fukushima, gouvernance, Investissement socialement responsable, Nicole Reille, placement éthique, politique, société, Sommet de Rio, Tabac, Vincent Auriac




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