L’engagement actionnarial est un moyen, pour un investisseur, d’influer sur une entreprise pour qu’elle améliore ses pratiques dans les domaines Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG). C’est une approche liée à l’ISR (Investissement Socialement Responsable), comme nous le verrons dans ce billet et le suivant, où nous définirons d’abord l’engagement actionnarial, puis les objectifs et les moyens d’actions dont disposent les investisseurs.
Inciter les entreprises à s’améliorer
La fondation suisse Ethos est spécialisée dans l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Parmi ses moyens d’action, elle a recours à l’engagement actionnarial.
Une de ses réussites est sa campagne « Stop Chairman-CEO », menée en 2005. L’objectif était de faire cesser le cumul des fonctions de président et de directeur général dans certaines entreprises. Autrement dit, il s’agissait d’agir sur un des trois types de critères ESG, la gouvernance.
Ethos et cinq caisses de pension suisses ont ainsi présenté une résolution lors de l’Assemblée générale de la société Nestlé. Elle demandait la modification des statuts pour empêcher le cumul des deux fonctions de président et de directeur général.
Le résultat n’a pas été entièrement concluant, puisque les actionnaires ont voté contre à 51%, avec 36% de votes pour et 13% d’abstention. Mais le dirigeant, Peter Brabeck, a compris le message envoyé par les actionnaires. Il a annoncé qu’il s’engageait à quitter sa fonction de directeur général dans les deux ans, ce qu’il a fait en 2008. (source l’étude de Novethic Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse*)
Dialoguer avec les dirigeants
Cette action menée par Ethos est un exemple d’engagement actionnarial dans une visée ISR.
Mais l’engagement actionnarial peut prend d’autres formes, comme nous le verrons: dialogue régulier avec les dirigeants de l’entreprise, communication publique sur l’engagement, questions posées en Assemblée générale, désengagement et revente des actions, etc. C’est une démarche structurée qui inclut une réflexion sur les objectifs et un reporting des actions menées. Son but est d’inciter les entreprises à avoir une conduite plus éthique et à s’améliorer dans les domaines environnemental et/ou sociétal ou sur le plan de la gouvernance.
Engagement et activisme
Pour définir l’engagement actionnarial, il faut tout d’abord préciser que ce terme est employé en concurrence avec celui d’activisme actionnarial. Le terme d’activisme a une connotation négative auprès des investisseurs, car il sous entend une volonté d’influer brutalement sur la gouvernance, souvent dans le but de générer un profit à court terme.
Nous préférerons le terme d’engagement actionnarial, en suivant la terminologie de l’institut de recherche Novethic, qui a publié une étude sur le sujet*.
Selon sa définition, « l’engagement actionnarial désigne le fait pour un investisseur de prendre position sur des enjeux ESG et d’exiger des entreprises visées qu’elles améliorent leurs pratiques dans la durée. ».
Dialogue constructif
Par exemple, cette opposition entre engagement et activisme est exprimée par la société Edmond de Rothschild Asset Management, dans sa politique d’engagement ESGP** du fonds Tricolore rendement, publiée sur son site. Elle définit sa politique d’engagement comme privilégiant « le dialogue constructif et une
participation active à la politique de vote à l’activisme ». Cette stratégie d’engagement se veut plus positive que l’opposition frontale avec l’entreprise.
Un phénomène d’origine anglo-saxonne
L’engagement actionnarial s’est d’abord développé aux États-Unis. Les communautés religieuses en ont fait un instrument pour exclure certains secteurs d’investissements, jugés contraires à leurs valeurs. En se regroupant ces communautés ont pu exercer une pression sur les entreprises grâce à l’engagement actionnarial.
En Europe, l’engagement est plutôt en vogue en Grande-Bretagne et dans les pays du nord de l’Europe. Les pays comptabilisant le plus d’encours soumis à une approche d’engagement sont le Royaume-Uni (830 milliards d’euros en 2009), les Pays-Bas (307 milliards d’euros), la Norvège (195 milliards d’euros) et la Suède (119 milliards d’euros), loin devant la France (6 milliards d’euros). Au total, l’engagement totalise 1500 milliards d’euros en Europe, soit 30% des 5000 milliards comptabilisés en ISR, au sens large du terme. (source: Novethic)
* Engagement actionnarial, une approche ISR prometteuse est une étude réalisée en 2011 par Dominique Blanc, Aela Cozic et Samer Hobeika, du centre de recherche ISR de Novethic.
** ESGP signifie Environnemental, Social, Gouvernance et Parties prenantes
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