Archive pour juin 2011

ISR: le débat de la matérialité financière

Mardi 28 juin 2011

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est-il plus rentable ou moins rentable qu’un autre ? Cette question, que nous avons déjà abordée, est de celles qui font débat dans le monde de l’ISR. Elle nous amène à introduire le concept de « matérialité » de l’ISR.

L’ISR, on le sait, est une méthode de gestion qui intègre, en plus de critères financiers, des critères extra financiers. Ils prennent en compte l’impact d’une entreprise dans les domaines Environnemental, Social et de Gouvernance (ESG). Tous ces critères n’ont pas forcément une traduction directe sur les résultats financiers de l’entreprise. Une approche matérialiste va, au contraire, ne retenir que les critères qui ont un impact financier.

« Pour les tenants les plus stricts de la matérialité, seuls sont pertinents les critères qui ont une forte probabilité, démontrée statistiquement, d’avoir une influence sur les profits d’une entreprise », explique Philippe Zaouati, dans Investir responsable.

Corrélation entre financier et extra financier

Le concept de matérialité est apparu dans une étude publiée en 2004 par la fondation suédoise Mistra et le cabinet anglo-saxon SustainAbility.

Leur étude, intitulée Values for money, suggère que les valeurs de l’ISR peuvent être mises en avant non seulement pour elles-mêmes, mais aussi en vue du profit financier. La matérialité est donc un argument à faire valoir par les agences de notation extra financières.

En démontrant qu’il existe un lien entre les critères extra financiers et la performance financière elles rendent l’ISR plus attractif aux yeux des investisseurs. Dans l’esprit de leurs auteurs, le concept de matérialité avait surtout pour but d’améliorer le travail des agences d’analyse extra financière.

« Les agences ont besoin, avant tout, pour les auteurs, d’une augmentation de capital pour investir dans du personnel, de la méthode et des outils et d’une véritable intégration de l’expertise extra financière à une expertise financière pour arriver à développer les outils de mesure permettant de déterminer la corrélation « positive » entre certains critères sociétaux et la performance financière. »

Matérialité ou activisme actionnarial

Une objection à cette idée de matérialité est venue de Peter Kinder, un des fondateurs de la première agence d’analyse extra financière aux États-Unis, cité par Stéphanie Giamporcaro-Saunière dans sa thèse*.

Selon ce pionnier de l’ISR, la matérialité occulte un aspect important de l’investissement responsable, notamment aux États-Unis : c’est l’activisme actionnarial.

Compromis entre l’argent et les valeurs

Cet activisme consiste, pour l’investisseur à prendre part activement à la gouvernance de l’entreprise. Or, l’activisme actionnarial n’a pas forcément pour visée la recherche de la performance financière.

Dans la lignée des pionniers de l’ISR, l’activisme actionnarial a souvent pour objectif d’améliorer le monde en changeant l’entreprise de l’intérieur. Il n’est donc pas compatible avec l’idée de matérialité.

Par ailleurs, la recherche de la matérialité détourne de l’objectif de l’ISR, qui est de trouver un bon compromis entre profit et responsabilité.

« La croyance des acteurs impliqués ne porte plus sur la possibilité du compromis entre l’argent et les valeurs mais sur la capacité des valeurs à se transformer en valeur ajoutée financière comme le suggère explicitement le titre : « Values for Money ». »

Le piège de la matérialité financière

En Europe aussi, la matérialité a soulevé des critiques. Christoph Butz (Pictet Asset Management) et Jean Laville (Fondation Ethos) ont mis en garde contre ce qu’ils appellent « le piège de la matérialité financière ».

Selon eux, certaines conséquences de l’action d’une entreprise ne sont pas mesurables en terme financier. Ces externalités ont un impact sur la société ou sur l’environnement, même si elles n’ont pas de matérialité.

« Le problème réside dans le fait que l’approche de la matérialité ne tient pas compte du concept économique fondamental des externalités. Pour la plupart des «biens» dont se préoccupe le développement durable (ressources naturelles intactes, atmosphère exempte de gaz à effet de serre, société juste, etc.) il n’y a tout simplement pas de marché ou, s’il existe comme pour les gaz à effet de serre, il en est encore à ses balbutiements. »

Ces critiques ont été reprises notamment par l’association Les Amis de la Terre dans leur récent rapport sur l’ISR (nous en avions parlé).

* « L’investissement socialement responsable entre l’offre et la demande : Analyse et enjeux de la construction sociale d’une épargne politique » (Université René Descartes Paris V, 2006)

Suivre son argent à la trace avec la banque Triodos

Jeudi 23 juin 2011

L’association Récol’Terre collecte des déchets dans la région wallonne de la Belgique : papier-carton, bouteilles en plastique, boîtes de conserve, etc. Cette SAFS (Société Anonyme à Finalité Sociale) recycle ces déchets, d’origine ménagère ou industrielle. Elle emploie 31 travailleurs en insertion. Elle est agréée par les pouvoirs publics pour sa plus-value sociale.

Pour financer ses activités, Récol’Terre a fait appel à la banque Triodos. Elle a contracté plusieurs crédits d’investissement pour l’achat de camions et de compacteurs.

Social, éthique et finance

Récol’Terre est une des nombreuses activités financées par cette banque basée aux Pays-Bas et très présente en Belgique. Elle est aussi implantée en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne.

La banque Triodos est considérée comme une pionnière des banques éthiques. Elle a été créée en 1980. Elle finance des projets qui ont une plus-value sociale, environnementale ou culturelle. Son nom, Triodos, vient du Grec signifiant « trois chemins ». Il incarne la rencontre du social, de l’éthique et de la finance.

Suivre son argent à la trace

Cette banque propose de suivre son argent à la trace. Les épargnants peuvent ainsi savoir quels secteurs sont financés. Ils peuvent éventuellement partir à la rencontre des centaines de projets financés par leur banque. Une carte interactive sur le site Internet permet de visualiser l’emplacement géographique de ces projets. Un lien les conduit vers le site Internet de chaque entreprise.

Transparence et gouvernance

Pêle mêle, citons le Collectif des femmes, qui accompagne des migrantes ; Bruxelles nous appartient, association d’histoire orale qui collecte des récits sur la ville ; Sealease, une entreprise qui propose des navires contrats de leasing avec une charte environnementale. Tous ces projets ont bénéficié d’un crédit ou d’un financement de la banque Triodos. Cette transparence est une des particularités de cette banque.

La gouvernance fait aussi l’objet d’attention, notamment en ce qui concerne la rémunération des dirigeants. Les plus hauts dirigeants ne gagnent pas plus de 7,5 fois les plus petits salaires (source : Financial Times).

Des banques éthiques

Enfin, attardons-nous sur l’expression « banque éthique ». Il serait difficile de définir de façon rigoureuse ce qu’est une banque éthique. L’expression « finance éthique » était employée, par exemple, par Nicole Reille, dans les années 1980. Mais, ensuite, on a préféré parler d’Investissement Socialement Responsable (ISR).

Une banque éthique présente quelques caractéristiques marquées:

  • investir dans des secteurs à forte plus-value (sociale, environnementale, culturelle, etc.),
  • pratiquer la transparence,
  • avoir une gouvernance saine

En 2004, Novethic considérait que « Triodos rentre dans le cercle encore restreint des banques éthiques européennes telle que la Co-operative Bank en Grande-Bretagne ou encore la Gemeinschaftsbank en Allemagne ». (source)

A ces trois banques, le Financial Times ajoute en 2011 la Co-operative Financial Services en Grande-Bretagne et la banque italienne Etica (article cité plus haut).

On pourrait sans doute ajouter la Nef en France. Toutes ces banques ont des caractéristiques voisines.

Copyrights :  ToNToN CoPT sur Flickr

Tookets : la monnaie virtuelle et solidaire

Mardi 21 juin 2011

Ces derniers temps, la monnaie virtuelle est un secteur en pleine ébullition. Les projets foisonnent sur Internet, portés par la dynamique des réseaux sociaux.

C’est en tirant parti de cet élan créatif autour de ces nouvelles monnaies qu’est née Tookets, une monnaie virtuelle associative et solidaire, au dire de ses concepteurs. Le Tookets permet de transmettre une promesse de don à une association.

Le processus implique trois types d’acteurs :

  • les entreprises,
  • leurs clients et leurs salariés,
  • les associations

Une entreprise lance, par exemple, un programme pour fidéliser ses clients. A chaque achat, le client est récompensé par un certain nombre de Tookets, comme avec une carte de fidélité. Ces Tookets accumulés vont être crédités sur le compte d’une association que le client aura choisie. L’association pourra alors récupérer le montant, transformé en euros. La valeur du Tookets est établie à un centime d’euro.

Promesse de don

Cette monnaie virtuelle a été conçue par Immersive Lab, une société de développement web, et Tookam, la banque en ligne du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne (CAPG)*.

« Le Tookets matérialise une «promesse de don» d’une entreprise à une association. Ainsi, une entreprise peut établir un programme d’action solidaire et émettre des TOOKETS qu’elle offrira à ses clients ou à ses salariés, libre à eux de les céder ensuite à l’association de leur choix. », explique Jean Philippe, Directeur général du CAPG.

Projets solidaires et locaux

Cette monnaie virtuelle affiche aussi une dimension locale. Née dans le Sud-Ouest, elle vise à soutenir des associations locales. La Caisse régionale du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne a lancé un programme en direction de ses employés. Ce programme de 1,7 millions de Tookets a permis d’aider des entreprises, la plupart locales : Surfrider Fundation Europe, Les Banques Alimentaires du Béarn, du Pays Basque, du Gers et des Hautes-Pyrénées, les Adapei 64, 65 et 32, Un maillot pour la vie et De l’eau pour le Sahel.

* Précision: Bforbank appartient au groupe Crédit agricole.

Défendre la liberté de la presse grâce à un produit financier

Vendredi 17 juin 2011

La liberté de la presse est en danger dans de nombreux pays. Il est possible de la soutenir grâce à un produit financier. Le « responsAbility Press Freedom Voncert» est conçu avec cet objectif. Il a été créé par la banque suisse Vontobel et la société responsAbility, spécialiste de l’investissement social.

Fonds pour le développement des médias

Concrètement, ce produit financier structuré consiste à investir dans un fonds de prêt pour le développement des médias dans le monde, le Media Development Loan Fund (MDLF).

Le MDLF est une organisation non gouvernementale basée à New York et fondée en 1995. Il travaille en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est. Depuis sa création, il a financé 77 médias dans 26 pays (source: MDLF).  Il compte un Français dans son Conseil d’administration : le journaliste Bernard Poulet, auteur d’une étude sur la crise de la presse, La Fin des journaux.

Produit structuré

Le responsAbility Press Freedom Voncert est un certificat tracker (définition: La Finance pour tous). C’est un produit structuré libellé en francs suisses. Il est constitué à 20% un prêt à MDLF et à 80% une réplication du marché des capitaux en francs suisses échéance cinq ans (source: Agefi, via ResponsAbility).

Ce placement a une durée de 5 ans. Un premier Voncert a été lancé en 2006 est arrivé à maturité, enregistrant sur 5 ans une progression de 11,9%.

Placement éthique

Ce produit financier s’inscrit dans la lignée des placements éthiques. Le rapport financier n’est pas la seule motivation des investisseurs.

« Il y a quelques très riches clients qui ne cherchent pas seulement le retour sur investissements. Nous constatons une hausse de la demande de la part d’investisseurs institutionnels, mais aussi de particuliers, en faveur de placements à caractère social », déclarait la porte-parole de la banque Vontobel (source: Tsr.ch)

Le groupe bancaire Vontobel distribue également des produits ISR (Investissement Socialement Responsable) par l’intermédiaire de sa société de gestion, Vontobel AM (source: Novethic).

Consulter la brochure de présentation.

Microcrédit : l’ADIE à la rencontre de ses clients

Mardi 14 juin 2011

L’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique) a organisé sa semaine du microcrédit, du 7 au 11 juin, dans toute la France. A cette occasion, j’ai poussé la porte de mon agence locale, au Mans. J’ai voulu en savoir plus sur les clients du microcrédit.

Annette Pachot, habitante du Mans, donne des cours de français à des étudiants étrangers, des personnes en situation d’illettrisme et des salariés souhaitant une remise à niveau. Sa structure s’intitule « Dire et écrire ». Elle nécessite des investissements : ordinateur, vidéo projecteur, etc. Annette obtient un prêt d’un montant de 1580€ auprès de l’ADIE. Parallèlement, elle est suivie régulièrement par un bénévole de l’association.

Accompagner les emprunteurs

L’accompagnement des créateurs d’entreprise est un des aspects importants du microcrédit en France. Le montage du projet, son démarrage et son accompagnement sont assurés par l’ADIE. L’aide couvre différentes disciplines : formation comptable ou bureautique, coaching en marketing, formation juridique ou de gestion, etc.

Jonas Missaye, aurait pu être footballeur professionnel, mais son parcours a fait de lui un photographe. C’est en animant le magazine d’un club de football qu’il réalisera ses premiers clichés. Il crée ensuite une structure spécialisée dans les photos de jeunes sportifs. Aujourd’hui, un studio au cœur du vieux Mans lui permet de développer sa sensibilité.

Récemment, Jonas a eu besoin de renouveler son matériel. Un prêt de 4200 € de l’ADIE l’aide à consolider ce projet.

Au Mans, l’ADIE a financé 130 micro entreprises sur les 24 derniers mois. L’association est composée de deux conseillers crédit et douze bénévoles.

Les clients sont :

  • des bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, ASS): 40%
  • des demandeurs d’emploi: 35%
  • des travailleurs pauvres et travailleurs indépendants: 25%

(source : ADIE)

En marge de l’économie

Selon Maria Nowak, fondatrice de l’ADIE, « les clients de l’ADIE sont essentiellement des chômeurs, des allocataires des minimas sociaux et des travailleurs pauvres avec une part importante de femmes, de jeunes, de seniors, de personnes d’origine immigrée, de gens du voyage, bref de tous ceux qui d’une façon ou d’une autre sont, plus que d’autres, en marge de l’économie et souffrent, plus que d’autres, de toutes sortes de discriminations. » (in L’Espoir économique)

Au niveau national, 14 249 microcrédits professionnels ont été accordés en 2009 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009, soit un montant moyen de 3400 euros.

De plus, 7884 microcrédits personnels ont été octroyés en 2010 pour un montant total de 17,4 millions d’euros en 2010, soit un montant moyen de 2200 euros. Le microcrédit personnel sert à couvrir une dépense liée à la recherche d’emploi: achat ou location de véhicule, permis de conduire, déménagement, formation.

Au niveau mondial, on compte 190 millions d’emprunteurs, dont 74% sont des femmes.

(source: baromètre de la microfinance)

La semaine du microcrédit avait lieu pour la septième année.

L’ADIE a été créée en 1989. Elle compte 130 antennes et 190 permanences sur le territoire national.

A lire: Le microcrédit en France: petit état des lieux

4 outils d’épargne solidaire pour soutenir de grandes causes

Vendredi 10 juin 2011

Pour soutenir une grande cause, les produits d’épargne solidaire jouissent d’un attrait croissant. Ce type d’épargne a vu son encours multiplié par cinq de 2004 à 2010, pour dépasser la barre des trois milliards d’euros*.

L’épargne solidaire est donc une alternative au don pour soutenir une association qui vient en aide aux autres. Par exemple, on peut aider Handicap International grâce au Livret agir du Crédit coopératif, ou bien Amnesty International grâce au Livret solidaire proposé par le Crédit municipal de Toulouse.

Épargne de partage

Cette épargne solidaire est dite « de partage ». Le mécanisme est simple: sur la base d’un livret d’épargne classique, l’épargnant choisit de partager une fraction des intérêts avec une association de son choix.

Nous vous présentons ici quatre produits d’épargne solidaire: le Livret Agir, le Livret d’épargne Pour les autres, le FCP Épargne solidaire, et Livret solidaire.

Livret Agir

Le livret Agir fonctionne comme un livret classique, mais il est assorti d’un mécanisme de partage. L’épargnant reverse 50% des intérêts à l’une de ces 21 associations :

Terre & Humanisme, Surfrider Foundation Europe, Solidarités Nouvelles face au Chômage, Solidarités, Réseau Cocagne, Mountain Riders, Handicap International, Habitat & Humanisme, France Nature Environnement (FNE), Fondation Energies pour le Monde, Fédération Artisans du Monde, Echo Mer, CCFD – Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Centre d’Action Sociale Protestant (CASP), Association Franc-Comtoise de Finances solidaires, Association des Paralysés de France (APF), Aquitaine Active, AIDES, Aide et Action, Agir abcd, Action contre la Faim.

La rémunération brute est de 2,65%. Elle est plus élevée que celle du Livret A car le gestionnaire participe à l’effort de solidarité en sur-évaluant le taux d’intérêt de référence.

Le risque est nul et l’argent est toujours disponible. Par ailleurs, ce livret bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est proposé par le Crédit coopératif.

Livret d’épargne Pour les autres

Ce livret fonctionne comme un livret classique, mais avec un mécanisme de partage. L’épargnant reverse 50, 75 ou 100% de ses intérêts à une de ces 9 associations:

Petits Princes, Médecins du Monde, Handicap International, Habitat & Humanisme, Croix-Rouge française, Cimade, Secours Catholique, Armée du Salut, Amnesty International, Aide et Action, Unicef.

Le taux de ce livret est de 2% brut. Le risque est nul et l’argent est toujours disponible. Ce placement bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est disponible dans les réseaux du Crédit mutuel et du CIC.

FCP Épargne solidaire

Le FCP Épargne solidaire est un placement de partage dont la moitié des gains annuels est réinvestie et l’autre moitié fait l’objet d’un don à une de ces 14 associations:

UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents et Amis de Personnes Handicapées Mentales), Pays de Rennes Emplois Solidaires (PRESOL), Œuvres Pontificales Missionnaires, Médecins du Monde, Institut Pasteur, Institut Curie, Handicap International, France Terre d’Asile, Fondation Saint-Matthieu, Fondation de France, Association des Paralysés de France (APF), Armée du Salut, Aide Médicale Internationale (AMI), Action contre la Faim..

Le portefeuille est constitué à plus de 90 % en obligations et titres monétaires. Il existe un risque de perte en capital en cas de hausse des taux d’intérêts, indique Finansol. L’argent est disponible à tout moment. Ce produit bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est proposé par le Crédit coopératif.

Livret solidaire

Ce livret se présente comme un livret classique, mais avec un mécanisme de partage. L’épargnant peut reverser 25, 50, 75 ou 100% à une des 6 associations partenaires:

Solidarités, Handicap International, Association des Paralysés de France (APF), Amnesty International, Agir abcd, Action contre la Faim..

Le taux de rémunération brute est de 2,7%. Le risque est nul et l’argent est disponible à tout moment. Ce produit d’épargne bénéficie d’une fiscalité avantageuse. Il est disponible au Crédit municipal de Toulouse.

*source: baromètre de la finance solidaire.

Gouvernance et investissement socialement responsable

Mardi 7 juin 2011

Gouvernance : le mot est ancien*, français à l’origine, mais il a fait un détour par l’anglais « governance » pour revenir dans notre langue à la fin des années 1980 (Le Petit Robert). Sorte de mot fourre-tout, la gouvernance a une signification polyvalente (source : Union européenne) qui relève à la fois de l’économie et de la politique.

La gouvernance désigne la manière de gouverner, l’exercice du pouvoir pour gérer les affaires nationales. Elle s’applique aussi pour la méthode de gestion d’une entreprise (définition: Wikipedia).

C’est ce deuxième domaine qui nous intéressera.

ISR et bonnes pratiques de gouvernance

La gouvernance est directement liée à la notion d’Investissement Socialement responsable (ISR). « Dans la démarche d’investissement socialement responsable, les bonnes pratiques de gouvernance visent à intégrer au mieux, dans la prise de décision des dirigeants d’une entreprise, l’intérêt à moyen et long terme de l’entreprise et de l’ensemble de ses parties prenantes, c’est-à-dire les investisseurs, les salariés, les clients, les fournisseurs, mais aussi la société civile (les communautés locales, les riverains, les ONG, les médias, etc…) » (Le Guide de l’ISR).

La gouvernance est une des trois familles de critères entrant dans la définition de l’ISR. Ces trois types de critères sont :

  1. La dimension environnementale
  2. Les critères sociaux ou sociétaux
  3. La gouvernance

Ces trois types de critères se résument par l’acronyme ESG.

Gouvernance et rémunération des dirigeants

Le thème de la gouvernance des entreprises est souvent abordé sous l’angle de la rémunération des dirigeants. Mais le sujet est bien plus vaste, comme nous le montre l’étude Panorama des pratiques de gouvernance des sociétés cotées françaises, publiée par le cabinet d’audit Ernst & Young en octobre 2010.

Ce rapport étudie 230 sociétés cotées, dont les sociétés du CAC40.

Il évalue notamment :

  • la composition des conseils d’administration et la régulation des pouvoirs dans l’entreprise
  • le fonctionnement des conseils
  • la rémunération des administrateurs (montant des jetons de présence)
  • les moyens consacrés au gouvernement des entreprises
  • la conformité et contrôle interne : la plupart des entreprises du panel se réfèrent au code AFEP – MEDEF, qui propose des principes de gouvernement d’entreprise.
  • la communication aux actionnaires et aux partenaires : transparence des informations.

La crise change le regard sur la gouvernance

Dans les années 2000, plusieurs scandales financiers ont impliqué des dirigeants: l’affaire Enron, l’affaire Worldcom ou l’affaire Parmalat.

Ces histoires ont touché des millions d’actionnaires. Elles ont poussé les gouvernements à légiférer.

La crise financière de 2008 a remis la gouvernance sur le devant de la scène. La rémunération des dirigeants est devenue un sujet sensible. Les gouvernements agissent pour encadrer ces rémunérations.

Pour Philippe Zaouati, auteur de Investir responsable, ces affaires établissent un lien direct entre gouvernance et ISR:

« Quelle est donc la relation entre ces affaires, les lois qu’elles ont suscitées et l’investissement socialement responsable ? Cette relation se résume en un mot : la gouvernance. Parmi les trois grandes familles de critères extra financiers (ESG) qu’analysent les gérants ISR, la gouvernance est sans aucun doute celui qui est le plus naturel pour des professionnels de la gestion d’actif. »

* Le terme « gouvernance » était employé en Artois et en Flandre pour désigner le bailliage, c’est-à-dire une circonscription administrative et la charge qui y était liée (source: wikipedia et Petit Robert).

Copyrights  : Wagner T. Cassimiro “Aranha” sur Flickr

La finance solidaire au Québec et la Caisse d’économie solidaire Desjardins

Vendredi 3 juin 2011

A la fin du XIXe siècle, le Québec compte 1,6 millions d’habitants, en majorité ruraux et francophones. Les conditions de vie sont difficiles. Les salaires sont bas et l’emploi est incertain.

L’accès à l’épargne est difficile. Les banques ne font affaire qu’avec les commerçants, les industriels et les familles fortunées.

Sténographe français à la Chambre des communes et ancien journaliste, Gabriel-Alphonse Desjardins est sensibilisé à ce problème. Il est notamment indigné par le comportement des usuriers qui pratiquent des taux d’intérêts pouvant aller jusqu’à 3000%.

Il se documente sur les modèles de banques populaires et de caisses rurales existant en Europe. Il réunit un groupe de concitoyens. Et c’est ainsi qu’il fonde sa caisse populaire, le 6 décembre 1900, à son domicile de Lévis. (source : Caisses Desjardins)

Depuis cette date, la finance solidaire est bien implantée au Québec. Aujourd’hui, le mouvement des Caisses Desjardins est le plus grand groupe financier coopératif du Canada. Il compte 5,8 millions de membres.

Syndicalisme et finance solidaire

Dans les années 1960, les travailleurs québécois sont confrontés à des difficultés pour emprunter auprès des banques traditionnelles.

Ils se regroupent, avec l’aide de leurs syndicats, pour inventer un outil financier, fondé sur l’épargne. En économisant quelques dollars par mois sur leur paie, ils se constituent un capital et élaborent des services financiers à travers des coopératives. (source : Guide des placements solidaires, Alternatives économiques)

En 2001, ces caisses fusionnent avec les Caisses Desjardins du Québec. L’une d’entre elles, la Caisse d’économie solidaire Desjardins, fondée en 1971, se consacre exclusivement à l’économie solidaire.

La Caisse d’économie solidaire Desjardins compte 10 247 membres individuels et 2 797 coopératives et associations. Elle gère une épargne de 540 millions de dollars canadiens (382 millions d’euros). (source: rapport annuel 2010)

La Caisse d’économie solidaire propose des produits d’épargne solidaires et responsables.

Placement à rendement social

Ces placements dit « à rendement social » permettent à l’épargnant de savoir où son argent est investi.

Les projets financés appartiennent aux domaines suivants :

  • des coopératives d’habitation, de travail, de solidarité, de transport ambulancier et de services funéraires
  • le financement de projets issus du milieu communautaire (logement, insertion sur le marché du travail, centre de la petite enfance, revitalisation et protection de l’environnement, etc.)
  • les prêts aux particuliers qui adhèrent à des programmes écologiques
  • le financement de projets culturels (théâtres, musées, médias communautaires, éditeurs, etc.)

Épargne solidaire

L’épargne solidaire proposée par la Caisse d’économie solidaire Desjardins a pour but d’alimenter un Fonds de soutien. Il soutient des syndicats en conflit de travail, des entreprises collectives ou des organismes communautaires, qui ont besoin temporairement d’un financement complémentaire au prêt traditionnel.

L’épargne solidaire est un montant d’argent placé pour lequel l’épargnant renonce à ses intérêts. Le capital peut être retiré à tout moment.

Trois façons de devenir un épargnant solidaire

Mercredi 1 juin 2011

Épargner pour soi mais aussi pour soutenir des projets à forte utilité sociale : tel est l’objectif de l’épargne solidaire. Elle permet d’investir pour l’emploi, le logement social ou des projets dans les pays en développement. On comptait 700 000 épargnants solidaires* en France en 2010.

Pour devenir un épargnant solidaire, il y a trois portes d’entrée :

  1. un établissement financier, en souscrivant un produit d’épargne solidaire
  2. un financeur solidaire, en investissant directement au capital d’une entreprise solidaire
  3. votre entreprise, en souscrivant un plan d’épargne solidaire

1. Souscrire via un établissement financier

Les établissements bancaires proposent des produits d’épargne solidaire. Ils diffèrent des produits d’épargne classique, car ils redistribuent une partie des intérêts en faveur d’une cause de votre choix.

Voici deux exemples de produits d’épargne solidaire dont nous avons déjà parlé sur ce blog :

Livret Agir : Le Livret Agir (Crédit Coopératif) fonctionne comme un livret d’épargne classique mais avec un mécanisme de partage des revenus. L’épargnant choisit de reverser 50% des intérêts à une association comme, par exemple, le réseau Cocagne.

Sicav libertés et solidarité : Un des moyens de soutenir la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) est de souscrire la Sicav Libertés et Solidarité. La moitié des revenus sont reversés sous forme de dons à la FIDH.

2. Souscrire au capital d’un financeur solidaire

Vous pouvez devenir un épargnant solidaire en investissant en direct au capital d’une entreprise solidaire. Voici deux exemples de financeurs solidaires:

Garrigue : Garrigue est une coopérative alternative qui finance des projets dans des domaines tels que l’énergie renouvelable et l’environnement, l’agriculture biologique, le développement des territoires délaissés ou le commerce équitable.

Terre de Liens : Terre de liens est une foncière qui acquiert des terres cultivables pour les louer à des agriculteurs bio. C’est aussi une association, créée en 2003, qui accompagne les futurs paysans.

3. Souscrire via son entreprise : l’épargne salariale solidaire

Vous pouvez souscrire à un plan d’épargne salariale solidaire, que ce soit un Plan d’Épargne Entreprise (PEE) ou un Plan d’Épargne Retraite (PERCO). La loi du 17 février 2001 oblige désormais les entreprises qui offrent à leurs salariés un plan d’épargne retraite collectif (ou Perco) à faire figurer dans leur offre un Fonds Commun de Placement d’Entreprise Solidaire (FCPES). (source : Finansol)

Les FCPES sont des fonds dont 5 à 10% des capitaux sont investis dans des entreprises agréées solidaires. Pour être solidaire, une entreprise doit remplir une de ces deux conditions :

  • avoir un tiers de ses employés qui relèvent de conditions particulières ((emplois jeunes, CIE, personnes handicapées ou en insertion)
  • ou les dirigeants de l’entreprise sont élus directement ou indirectement par les salariés, les adhérents ou les sociétaires, et leur rémunération est inférieure à 4 fois le smic (ou 7 fois, pour les entreprises de 20 salariés ou plus).

A noter : Un guide des placements solidaires figure sur le site de Finansol.

Rappel : La finance solidaire consiste à soutenir des projets à forte utilité sociale, environnementale et culturelle. Elle permet de mettre en relation des épargnants souhaitant investir dans des activités à forte utilité sociale et des porteurs de projets n’ayant pas suffisamment accès aux financements classiques.

* source: baromètre de la finance solidaire.