Archive pour mai 2011

Le microcrédit en France : petit état des lieux

Lundi 16 mai 2011

Quand Djena, jeune femme de Montfermeil (Seine Saint-Denis), a voulu ouvrir sa boutique d’onglerie, les financements étaient difficiles à trouver. Une amie l’a alors mise en contact avec l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique). L’organisme de microcrédit lui a permis d’emprunter et de démarrer son entreprise.

A l’image de cette jeune femme, des milliers de personnes ont recours au microcrédit chaque année en France. C’est ce que nous indique le baromètre 2011 de la microfinance, publié à l’occasion du forum Convergences 2015, qui s’est déroulé début mai.

Le microcrédit est encore récent en France. Il commence à être mieux connu : 80% des Français en ont déjà entendu parlé (contre 71% en 2010), selon un sondage réalisé à l’occasion du forum Convergences 2015.

Le baromètre de la microfinance relève trois sortes de microcrédits pratiqués en France :

1 – Le microcrédit personnel

Ce type de microcrédit est un prêt destiné à l’acquisition d’un bien de consommation ou d’une formation dans le but d’améliorer les conditions de vie ou de travail des emprunteurs. On l’appelle aussi microcrédit social (ou à la consommation).

Le nombre de microcrédits personnels s’élève à 7 884 en 2010 (contre 457 en 2006). Le montant total des microcrédits personnels est de 17,4 millions d’euros, soit 2200 euros en moyenne par prêt.

Ces prêts sont utilisés principalement pour l’emploi et la mobilité (71%), le logement (13%) ou l’éducation et la formation (5%).

(source : Caisse des Dépôts, Bilan du microcrédit personnel, 2010, via le Baromètre de la microfinance).

2 – Le microcrédit professionnel

Le microcrédit professionnel est un prêt destiné à financer une activité économique.

En France, on en distingue deux types :

  • Le microcrédit bancaire est octroyé par des établissements bancaires, pour un montant inférieur à 25 000 euros.
  • Le microcrédit associatif est octroyé par des associations agréees à des chômeurs, titulaires de minimas sociaux et créateurs d’entreprise de moins de trois salariés. Ces prêts sont limités à 10 000 euros.

Le nombre de microcrédits professionnels se monte à 14 249 pour un montant total de 49,2 millions d’euros en 2009 (contre 7 713 microcrédits pour un montant de 21,8 millions d’euros en 2006).

Le montant moyen des prêts est resté stable à 3000 euros en moyenne.

(source : rapport Inspection Générale des Finances et Baromètre de la microfinance)

3 – Le microcrédit professionnel garanti par le Fonds de Cohésion Sociale (FCS)

Ces crédits professionnels sont garantis par le Fonds de cohésion sociale, via l’association France Active.

Le FCS est géré par la Caisse des Dépôts. Il est basé sur une régulation forte. Les emprunteurs sont accompagnés pour s’assurer que le microcrédit personnel est bien adapté à sa situation. Les établissements financiers agréés par le FCS bénéficient d’une garantie à hauteur de 50% sur la sinistralité constatée.

Plus de 3800 microcrédits ont été réalisés en 2010 par le réseau France Active pour un montant total de 113,6 millions d’euros.

De plus, 13 841 prêts à taux zéro ont été accordés dans le cadre du dispositif Nacre (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d’Entreprise) pour un montant total de 77,9 millions d’euros, en 2010 (contre 8384 prêts Nacre en 2009, pour un montant de 45,4 millions d’euros). (source: Baromètre de la microfinance)

Les Cigales : des clubs d’investissement locaux et solidaires

Vendredi 13 mai 2011

Un café librairie est un bon endroit pour parler de la finance autrement. C’est sans doute ce que se sont dit les fondateurs de la Cigales « Merienn Menez Are », à Scrignac (Finistère).

L’acronyme Cigales, qui s’écrit toujours avec un « s », signifie Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire. C’est un club de citoyens qui mettent leur épargne en commun pour financer des petites entreprises.

« C’est également un lieu de convivialité, de rencontres et d’auto-formation à l’économie », rappellent les membre de Merienn Menez Are, « les fourmis des monts d’Arrée ». (via Ouest France)

Investir et accompagner des entrepreneurs

Récemment créée, cette Cigales se donne du temps avant d’investir dans un projet à local et solidaire. « Les critères financiers d’investissement réalistes sont conjugués à des critères sociaux », précise-t-on.

La dizaine de membres apportera régulièrement de l’argent pour investir. Le montant moyen d’investissement pour une Cigales est de 26 euros par mois.

Ces clubs d’investissement regroupent en moyenne 15 membres. On comptait 125 clubs actifs en 2009.

Les entreprises « cigalées » sont des SARL (68%), des SCIC/SCOP (18%), des associations (14%). (source: Fédération des Cigales).

Action locale et solidaire

Pour les Cigales, le soutien humain est aussi important, si ce n’est plus, que l’aide financière. La dimension de club joue son rôle. Les entrepreneurs peuvent bénéficier d’un accompagnement de la part de citoyens investis dans l’action locale et solidaire.

Une Cigales a une durée de vie de 5 ans, renouvelable une fois. Ses caractéristiques financières et fiscales sont les suivantes:

  • sécurité : le risque est élevé, il est lié à l’activité des entreprises financées.
  • disponibilité : la durée de placement conseillée est de cinq ans.
  • rémunération : elle varie selon les projets.
  • fiscalité : l’investisseur a droit à une réduction d’impôt équivalente à 25% de l’investissement réalisé. (source: Finansol)

La Fédération des Cigales est une association loi 1901, agréée entreprise solidaire et jeunesse et éducation populaire. Elle a pour objet l’animation et le développement du mouvement constitué par les Cigales. Elle est membre de Finansol, qui labellise les projets et les produits d’épargne solidaires.

NB : le mouvement des Cigales a été à l’origine de la création de Garigue, coopérative qui finance des entreprises.

Performance de l’ISR: un sujet en débat

Mardi 10 mai 2011

Un investissement responsable est-il plus ou moins rentable qu’un autre ? La question revient souvent à propos de l’Investissement Socialement Responsable (ISR ). Ce questionnement est, bien sûr, fondamental : la performance d’un placement est un objectif important pour tout investisseur.

Mais, dans le cas de l’ISR, cet objectif se double d’une préoccupation éthique : le placement doit aussi être responsable.

Responsabilité et performance

Face à cette seconde priorité, les investisseurs se divisent en trois groupes. Pour les premiers, les choix éthiques l’emportent sur les considérations de performance. Pour d’autres, la performance ne saurait être sacrifiée à la performance. Enfin, un troisième type d’investisseurs veut concilier responsabilité et performance.

Des études contradictoires

Le sujet de la performance de l’ISR divise également les spécialistes.

Une étude souvent citée est celle de l’UNEP.FI (Programme des Nations-Unies pour l’Environnement Finance Initiative), en collaboration avec le cabinet Mercer, publiée en octobre 2007. Cette étude est globalement encourageante pour l’ISR.

Elle compile 20 travaux universitaires et 10 études réalisées par des intermédiaires financiers. Sur les 20 travaux universitaires, 10 concluent à un lien positif entre l’application des critères ISR et la performance, 7 ne révèlent aucun impact et 3 révèlent un impact négatif. Pour les 10 autres études, 8 d’entre elles montrent un impact positif et 2 un impact nul.

La performance de l’ISR en débat

En France, une étude de l’EDEHC Risk and Asset management Research Center a été publiée en 2008, signée par Noël Amenc. Elle est signalée par Philippe Zaouati, dans son livre Investir “responsable”.

Le bilan est plutôt décevant pour l’ISR : « les résultats de notre étude nous ont permis de constater qu’aucun des 62 fonds de notre échantillon, qui couvrait différentes zones d’investissement, ne parvenait à générer un alpha positif et significatif sur une période de six ans, et que les seuls alpha identifiés comme significatif étaient négatifs. »

A cet exemple en répond un autre. Il s’agit d’une étude d’Altedia, un consultant très actif dans le domaine de l’ISR, qui a publié une contre étude démontrant, à partir d’un panel de 139 fonds internationaux, que sur une période de un an, les fonds ISR avaient été plus nombreux à battre leurs indices de référence que les fonds classiques.

Ces études contradictoires prouvent qu’il existe un débat sur la performance de l’ISR. A ce jour, aucune n’a apporté de conclusion définitive sur le sujet.

Les indices boursiers ISR

Un autre élément permet de s’orienter dans ce débat de la performance de l’ISR : ce sont les indices boursiers « éthiques » ou ISR. A l’image des indices boursiers classiques, comme le Dow Jones, ils sont utilisés par la communauté financière.

  • Les indices Dow Jones Sustainability (DJS), créé en 1999, sont construits à partir des données fournies par la société de gestion suisse SAM
  • L’indice ASPI Eurozone est développé par l’agence de notation française Vigéo.
  • Les indices FTSE4GOOD sont construits à partir des notations de l’agence anglaise EIRIS.

Performance et reporting

S’il est difficile de répondre globalement à la question de la performance de l’ISR, en revanche, on peut étudier la performance d’un fonds ISR.

Ces données figurent dans le reporting concernant chaque fonds d’investissement. Vous retrouverez, notamment, ce reporting sur son site Internet. L’ensemble des 307 fonds ISR distribués en France est répertorié sur le site de Novethic.

Enfin, ajoutons un élément de réflexion : la notion d’ISR n’est pas unifiée. L’ISR est un enjeu de débats, qui opposent plusieurs visions de l’investissement responsable. Chaque investissement est une question de choix, laquelle repose sur une conception de l’épargne mais aussi de la société.

Convergences 2015 : les projets solidaires primés

Jeudi 5 mai 2011

Convergences 2015 est un forum de réflexion destiné à établir des convergences entre acteurs publics, privés et solidaires. Il a pour but de promouvoir une économie tournée vers un plus grand impact social.

Le Forum Convergences 2015 s’est déroulé du 3 au 5 mai à l’Hôtel de Ville de Paris. Lancé en 2008, il réunit des acteurs de l’économie sociale et solidaire autour de débats, en partenariat avec le journal Le Monde. A cette occasion a été remis le prix Convergences 2015. Six projets étaient nominés : trois concernaient la France et trois autres l’international.

Les prix ont été remis à  :

  • Pesinet,qui détecte et guérit les maladies infantiles au Mali
  • Crésus, qui lutte contre le sur-endettement des ménages en France.

Pesinet : guérir les maladies infantiles au Mali

L’association Pesinet a lancé en 2010 un programme pour détecter et guérir les pathologies infantiles à Bamako, au Mali, en partenariat avec le ministère de la Santé. Le suivi concerne 390 enfants.

Une fois par semaine, des agents de santé visitent les familles des enfants concernés. Celles-ci s’engagent à payer chaque mois un abonnement à faible coût. Le service est intégré à l’environnement sanitaire local et géré par des personnes recrutées sur place.

Crésus: lutter contre le surendettement

L’association Crésus (Chambre Régionale du Surendettement Social) s’attaque au surendettement des ménages par la prévention.

Crésus repère et accompagne des personnes en voie de surendettement. En partenariat avec des banques, elle prend contact avec ces personnes, analyse leur budget et les accompagne pour éventuellement rééchelonner des crédits. Il y aurait 783 000 ménages surendettés en France, selon Crésus.

Crésus est un réseau d’associations situées dans 14 régions françaises. La première association est née en Alsace il y a près de 17 ans.

Les autres projets nominés :

Emmaüs défi : la téléphonie solidaire

Emmaüs est parti de ce constat : le téléphone mobile est devenu une nécessité et il coûte cher aux personnes les plus démunies. Ce projet fournit des cartes de téléphone mobile à des personnes en grande précarité, au tarif de 5 euros de l’heure. Ce projet expérimenté depuis 2009 bénéficie à 500 personnes. Il est réalisé en association avec la société SFR.

Jardin de la voie romaine

Ce projet fait partie du réseau Cocagne, dont nous avons déjà parlé. C’est un chantier d’insertion par le maraîchage biologique, situé dans la Beauce. Il bénéficie du soutien de l’entreprise Vinci qui met à disposition des terres inexploitées en bordure d’autoroute. Le chantier emploie des personnes en situation de précarité qui cultivent et commercialisent des légumes biologiques.

Geres : isoler des habitats himalayens

Le Geres (Groupe Énergies Renouvelables Environnement et Solidarité) et le cabinet ENA consulting ont lancé un projet pour améliorer l’isolation d’habitats dans l’Himalaya indien. Un millier de bâtiments doivent être isolés grâce à des techniques solaires. Les travaux seront financés grâce aux crédits carbone dégagés par le projet.

PlaNet Finance : productrices de karité au Ghana

L’ONG PlaNet finance a lancé un projet pour aider des productrices de karité au Ghana, où près de 600 000 femmes participent à la récolte et à la production. Il s’agit d’aider 3000 femmes grâce au microcrédit, la formation et les technologies de l’information.

Un investissement pour améliorer la société

Mardi 3 mai 2011

Investir sur des projets visant à résoudre des problèmes sociaux : tel est le principe d’un nouveau produit d’investissement qui vient de voir le jour en Grande-Bretagne. Il permettra d’agir dans des secteurs comme la lutte contre la criminalité, l’aide aux personnes sans domicile ou l’éducation des jeunes en difficulté. Cet investissement à impact social intéresse le président Obama qui va les expérimenter aux États-Unis.

Ces produits financiers se nomment « social-impact bonds » (SIB), ce qui peut se traduire par obligations à impact social. Un SIB est un contrat avec les pouvoirs publics qui s’engagent à payer en échange de résultats avérés.

Investir pour améliorer la société

Par exemple, un programme de lutte contre la récidive des délinquants vient d’être lancé en septembre 2010 en Grande-Bretagne. Pour mettre en place ce projet, Social Finance, une société basée à Londres a vendu un total de 5 millions de Livres sterling (environ 5,6 millions d’euros) à 17 investisseurs, dont la Fondation Rockefeller. (source: Time)

  • Le programme durera 8 ans
  • Il a pour objectif de réduire le taux de récidive d’au moins 7.5% dans une population de délinquants
  • Il concerne 3000 prisonniers condamnés à de courtes peines.

Si les objectifs sont remplis les investisseurs récupéreront leur capital augmenté d’un bénéfice.

Trouver de bons critères de mesure

Parier sur le succès d’actions sociales a séduit Barack Obama. Celui-ci a décidé de lancer des « pay for success bonds » pour un montant de 100 millions de dollars (The Economist).

Payer pour le succès : l’adaptation US du concept britannique est résolument optimiste. Ces actions pilotes concerneront plusieurs sujets dont la recherche d’emploi, l’éducation, la justice des mineurs et l’aide aux enfants handicapés. (source: La Maison blanche)

Certains observateurs ont souligné une difficulté : pour mettre en place des SIB, il faut choisir les bons critères de mesure. Sinon, l’argent public pourrait servir à financer des programmes non pertinents du point de vue de leur impact social. (New York Times)

Au-delà du résultat de tel ou tel programme, les observateurs pensent que ces produits d’investissement inciteront les pouvoirs publics à porter plus d’attention aux résultats de leurs actions. Et si l’aiguillon économique pouvait servir à améliorer l’action publique et avoir un impact positif sur la société ?