La finance responsable serait-elle un domaine plus féminin que d’autres secteurs? C’est la question que pose Yannick Roudault, auteur du livre l’Alter entreprise. Il remarque notamment que les pionniers de l’ISR et de la finance responsable, sont presque systématiquement des pionnières.
On peut donc s’interroger sur cette spécificité. Mais l’interrogation peut s’inverser : pourquoi les inégalités entre hommes et femmes perdurent-elles dans d’autres domaines?
Les pionnières de l’investissement responsable
En reprenant la (brève) histoire de l’investissement responsable en France, on relève quelques noms que nous avons déjà évoqués.
- Sœur Nicole Reille est considérée comme la pionnière. Elle a créé, en 1983, le premier fonds d’investissement éthique français.
- Geneviève Ferone a fondé, en 1997, la première agence de notation extra financière, Arese.
Nicole Notat a fondé l’agence de notation Vigeo qui reprend Arese.- Anne-Catherine Husson Traoré dirige Novethic, centre de recherche sur l’Investissement socialement responsable.
- On peut également évoquer le nom de Maria Nowak, fondatrice en 1989 de l’Adie, association de microcrédit française (lire notre article).
« Un domaine qui offre peu de reconnaissance »
La finance responsable serait-elle un domaine féminin? On peut s’interroger. Trois types de questionnement peuvent être d’ailleurs soulevés et sont développées par Yannick Roudault dans l’article que nous citons.
Tout d’abord, les femmes seraient-elles plus préoccupées du sort que nous réservons à nos enfants? La finance responsable nous invite à réfléchir sur le temps long, au-delà du cour-termisme ambiant.
La question de l’engagement est une autre raison invoquée. La finance responsable est avant tout affaire de conviction personnelle.
Enfin, on peut se demander si ce n’est pas le caractère novateur de la finance durable qui l’aurait destiné aux femmes. « C’est un domaine qui offre peu de reconnaissance. C’est un sujet nouveau, alternatif, auxiliaire. La montée en puissance de l’approche globale propre à l’ISR et à la RSE est bien réelle, mais peu d’hommes en mesurent le potentiel. Ce n’est pas encore un sujet régalien», analyse Geneviève Ferone.
Inégalités entre hommes et femmes persistantes
La finance responsable est-elle un domaine féminin? Faute d’une étude sur le sujet, la question ne saurait être tranchée. On peut, en revanche, renverser le questionnement : la prédominance des femmes dans ce secteur ne met-elle pas en lumière leur sous représentation dans d’autres secteurs? N’est-elle pas l’exception qui confirme la règle?
En effet, les inégalités entre les hommes et les femmes persistent, comme le note l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse).
Au plus haut niveau des entreprises, les femmes sont très peu présentes. Elles ne sont que 6,8% dans les Comités exécutifs et les Comités de direction et 8,8% dans les Conseils d’administration. (d’après Novethic) Dans les entreprises du CAC 40, la part des femmes s’établit à 30,9% et leur part dans l’encadrement s’élève à 25,7%.
Vers des quotas de femmes dans les conseils d’administration
En janvier dernier, le Parlement a adopté un texte ouvrant une plus large place aux femmes dans les Conseils d’administration. Le texte instaure des quotas qui entreront en vigueur par étapes: 20% de femmes minimum dans les conseils d’administration des entreprises, établissements publics à caractères administratif, industriels et commerciaux d’ici janvier 2014, et 40% d’ici janvier 2017 (source: Nouvel Observateur et Assemblée nationale).
De plus, ces dernières années, des accords d’entreprise et des accords de branche ont été signés.
Cependant, l’inégalité entre les femmes et les hommes ne régresse pas, notent des experts.
Selon Daniel Lebègue, président de l’Orse : « Nous n’avons pas progressé depuis 5 ans. On plafonne à 9% de femmes dans les conseils d’administration, tandis que la Norvège s’est fixé un objectif de 40% de femmes au sein de ces instances d’ici 5 ans. S’il faut faire appel à une loi pour y parvenir, nous la soutiendrons, même si nous n’y étions pas favorables au départ ».
Certains secteurs, comme la banque, n’affichent pas les meilleures performances en matière d’égalité homme femme. « En cause : les stéréotypes, qui restent aujourd’hui encore tenaces. « Les choses n’avancent pas ! » constate Elisabeth Karako, responsable diversité BNP/Paribas. « Il ne suffit pas de mettre en place des actions ou des injonctions, il faut travailler sur les stéréotypes et les représentations pour que les gens soient convaincus et donnent du sens à l’égalité F/H ». (source: Novethic)
Certaines entreprises affichent un quota : la Société Générale par exemple, s’est ainsi fixé un objectif de 42% de femmes dans l’effectif total de cadres, selon Novethic.










