Archive pour mars 2011

La finance responsable : un domaine féminin?

Mercredi 30 mars 2011

La finance responsable serait-elle un domaine plus féminin que d’autres secteurs? C’est la question que pose Yannick Roudault, auteur du livre l’Alter entreprise. Il remarque notamment que les pionniers de l’ISR et de la finance responsable, sont presque systématiquement des pionnières.

On peut donc s’interroger sur cette spécificité. Mais l’interrogation peut s’inverser : pourquoi les inégalités entre hommes et femmes perdurent-elles dans d’autres domaines?

Les pionnières de l’investissement responsable

En reprenant la (brève) histoire de l’investissement responsable en France, on relève quelques noms que nous avons déjà évoqués.

  • Sœur Nicole Reille est considérée comme la pionnière. Elle a créé, en 1983, le premier fonds d’investissement éthique français.
  • Geneviève Ferone a fondé, en 1997, la première agence de notation extra financière, Arese.
  • Nicole Notat a fondé l’agence de notation Vigeo qui reprend Arese.
  • Anne-Catherine Husson Traoré dirige Novethic, centre de recherche sur l’Investissement socialement responsable.
  • On peut également évoquer le nom de Maria Nowak, fondatrice en 1989 de l’Adie, association de microcrédit française (lire notre article).

« Un domaine qui offre peu de reconnaissance »

La finance responsable serait-elle un domaine féminin? On peut s’interroger. Trois types de questionnement peuvent être d’ailleurs soulevés et sont développées par Yannick Roudault dans l’article que nous citons.

Tout d’abord, les femmes seraient-elles plus préoccupées du sort que nous réservons à nos enfants? La finance responsable nous invite à réfléchir sur le temps long, au-delà du cour-termisme ambiant.

La question de l’engagement est une autre raison invoquée. La finance responsable est avant tout affaire de conviction personnelle.

Enfin, on peut se demander si ce n’est pas le caractère novateur de la finance durable qui l’aurait destiné aux femmes. « C’est un domaine qui offre peu de reconnaissance. C’est un sujet nouveau, alternatif, auxiliaire. La montée en puissance de l’approche globale propre à l’ISR et à la RSE est bien réelle, mais peu d’hommes en mesurent le potentiel. Ce n’est pas encore un sujet régalien», analyse Geneviève Ferone.

Inégalités entre hommes et femmes persistantes

La finance responsable est-elle un domaine féminin? Faute d’une étude sur le sujet, la question ne saurait être tranchée. On peut, en revanche, renverser le questionnement : la prédominance des femmes dans ce secteur ne met-elle pas en lumière leur sous représentation dans d’autres secteurs? N’est-elle pas l’exception qui confirme la règle?

En effet, les inégalités entre les hommes et les femmes persistent, comme le note l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse).

Au plus haut niveau des entreprises, les femmes sont très peu présentes. Elles ne sont que 6,8% dans les Comités exécutifs et les Comités de direction et 8,8% dans les Conseils d’administration. (d’après Novethic) Dans les entreprises du CAC 40, la part des femmes s’établit à 30,9% et leur part dans l’encadrement s’élève à 25,7%.

Vers des quotas de femmes dans les conseils d’administration

En janvier dernier, le Parlement a adopté un texte ouvrant une plus large place aux femmes dans les Conseils d’administration. Le texte instaure des quotas qui entreront en vigueur par étapes: 20% de femmes minimum dans les conseils d’administration des entreprises, établissements publics à caractères administratif, industriels et commerciaux d’ici janvier 2014, et 40% d’ici janvier 2017 (source: Nouvel Observateur et Assemblée nationale).

De plus, ces dernières années, des accords d’entreprise et des accords de branche ont été signés.

Cependant, l’inégalité entre les femmes et les hommes ne régresse pas, notent des experts.
Selon Daniel Lebègue, président de l’Orse : « Nous n’avons pas progressé depuis 5 ans. On plafonne à 9% de femmes dans les conseils d’administration, tandis que la Norvège s’est fixé un objectif de 40% de femmes au sein de ces instances d’ici 5 ans. S’il faut faire appel à une loi pour y parvenir, nous la soutiendrons, même si nous n’y étions pas favorables au départ ».

Certains secteurs, comme la banque, n’affichent pas les meilleures performances en matière d’égalité homme femme. « En cause : les stéréotypes, qui restent aujourd’hui encore tenaces. « Les choses n’avancent pas ! » constate Elisabeth Karako, responsable diversité BNP/Paribas. « Il ne suffit pas de mettre en place des actions ou des injonctions, il faut travailler sur les stéréotypes et les représentations pour que les gens soient convaincus et donnent du sens à l’égalité F/H ». (source: Novethic)

Certaines entreprises affichent un quota : la Société Générale par exemple, s’est ainsi fixé un objectif de 42% de femmes dans l’effectif total de cadres, selon Novethic.

Etika et la finance solidaire au Luxembourg

Dimanche 27 mars 2011

Pour l’épargnant, la banque est parfois perçue comme une sorte de boîte noire : pendant le temps où l’argent est placé, on ne sait pas forcément dans quel secteur il est investi*.

Pour remédier à ce possible manque de transparence, la finance solidaire se révèle utile, comme le suggère Magali Paulus, présidente d’Etika, organisation luxembourgeoise de finance alternative.

« La finance solidaire est un bon outil pour montrer que la transparence financière n’est pas une utopie, puisque l’épargnant sait précisément ce qui est fait de son argent. Elle pose la question de la responsabilité de l’épargnant, et ceci, au-delà des secteurs soutenus par son investissement, en le poussant à se poser la question du montant de son dividende ou de l’intérêt qui lui est versé: qu’est-ce qu’un taux « juste » et à partir de quand le taux ou le dividende devient-il trop lourd pour le porteur de projet? » (source: Les placements solidaires, Alternatives économiques)

Une plus-value sociale et environnementale

Dans le contexte luxembourgeois, place financière importante qui compte près de 200 établissements bancaires (source: luxembourg.lu), l’association Etika fait figure d’exception. Elle est la seule à proposer un produit d’épargne solidaire.

Son compte épargne alternative est un produit d’épargne de partage. L’épargnant perçoit 0,7% d’intérêt contre 0,9% pour un compte d’épargne traditionnel. Les 0,2% vont financer des projets ayant une plus-value sociale et écologique. La sécurité de ce produit est maximale et l’argent est disponible en permanence.

Ce compte épargne a été créé en 1996. Il est proposé conjointement par la Banque et caisse d’épargne de l’Etat (BCEE) et par Etika. La BCEE contrôle la viabilité économique des projets et Etika s’assure qu’ils ont bien une valeur ajoutée sociale et environnementale.

L’épargne solidaire dopée par la crise

Il y a actuellement 844 épargnants alternatifs, pour un pays de 500 000 habitants. Leur nombre a augmenté fortement après la crise financière de 2008.

« A l’origine de ce développement il y a certainement un mélange de raisons, dit Magali Paulus. La crise a inquiété beaucoup d’épargnants qui ont déposé leur argent dans des produits plus surs comme à la BCEE. Dans ce cas il est possible que ce ne soit pas une tendance durable, et que l’on retourne au „business as usual“. „Cela dit il y a aussi beaucoup de gens qui se sont informés lors de la crise et qui ont opté pour un investissement durable et transparent : ils veulent savoir ce qui se passe avec leur argent“». (source: Etika)

Développer l’économie solidaire au Luxembourg

Il est à noter que le Luxembourg s’est doté depuis 2010 d’un ministre délégué à l’économie solidaire. C’est le seul pays européen à disposer d’un tel ministère, remarque Etika.

Il a notamment lancé le projet Ecosolux. Il consiste à cartographier les acteurs de l’économie solidaire. L’objectif est de mieux connaître les acteurs de cette économie alternative et de développer ce réseau d’entrepreneurs.

* nous avions évoqué cette difficulté pour l’épargnant de savoir où son argent est investi, dans notre billet sur le poids carbone de l’épargne

Garrigue : soutenir des entrepreneurs solidaires en France et en Afrique

Mardi 22 mars 2011

Une fois n’est pas coutume. Je vais d’abord vous raconter une aventure entrepreneuriale. Après un doctorat en sociologie et des études de philosophie à Toulouse, Dominique Souaty enseigna de 1985 à 1990 à l’université de Brazzaville, au Congo. Il découvre alors la fabrication artisanale du savon. Il mène en parallèle ses cours à la faculté et son activité de fabrication et de vente de savon.

Finalement, son goût pour l’entrepreneuriat l’emporte. Il crée « Savon plus » à Brazzaville. L’entreprise se développe à partir de 1994. Avec la guerre civile en 1997 et 1998, son outil de travail est pillé à deux reprises. Il relance l’activité à Pointe noire (Congo). L’entreprise embauche 13 employés. Mais elle est pénalisée par son manque de fond de roulement…

C’est alors que Garrigue intervient. Cette coopérative alternative prend une participation dans le capital de Savon plus en 2005 (5000 euros, soit 5%). Elle apporte aussi 10 000 € en compte courant d’associé (source : Garrigue).

Financer des projets à forte utilité sociale

Des projets de ce genre, Garrigue en a soutenu 160 depuis sa création en 1985, créant 3600 emplois, selon leurs estimations.

Les projets appartiennent à des domaines tels que l’énergie renouvelable et l’environnement, l’agriculture biologique, le développement des territoires délaissés ou encore le commerce équitable. Garrigue finance également de petites entreprises en Afrique, en lien avec Tech-Dev, une association de solidarité internationale.

Les projets sont sélectionnés en fonction de quatre critères:

  • utilité sociale : le produit ou le service est « durable », c’est-à-dire répondant à une demande sociale et ne poussant ni à la consommation inutile ni au gaspillage et préservant ainsi l’environnement physique et humain sur le long terme.
  • respect de l’homme et de l’environnement
  • fonctionnement démocratique
  • viabilité économique

Souscrire des parts de capital de Garrigue

L’épargnant peut soutenir ces projets en souscrivant des actions Garrigue. Guarrigue bénéficie du label Finansol depuis 1985. La souscription minimale est une action à 77 euros.

Côté rémunération, aucun dividende n’est prévu à ce jour. Toutefois, ces actions bénéficient d’avantages fiscaux. « Ce placement bénéficie de la fiscalité sur l’investissement en actions non cotées : avantage Madelin (25% de réductions d’impôts sur le revenu pour les actions non cotées) ou loi TEPA (75% de déduction de l’ISF pour une souscription au capital d’une PME non cotées) ». (Source : Finansol)

Enfin, ce placement n’est pas exempt de risque. « Si les actions Garrigue ne se sont pas dépréciées depuis 15 ans, se maintenant à 77 €, Garrigue investit néanmoins ses actifs dans le capital d’entreprises non cotées dont la valeur peut fluctuer ou représenter un risque de perte », selon Finansol.

NB : à noter, hors champs, que “garrigue” désigne aussi une “formation végétale des régions méditerranéennes“, comme nous le rappelle la note Wikipédia consacrée au sujet. Dans l’histoire du projet, on découvre d’ailleurs que Garrigue est en lien avec les “Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire”, autrement appelé  “CIGALES”.

Mesurer le poids carbone des produits d’épargne

Vendredi 18 mars 2011

Une épargne responsable, c’est une épargne attentive, notamment, à l’impact environnemental des placements. On le sait peu: les placements polluent, comme les voitures ou les usines. Bien sûr, l’effet sur l’environnement est indirect. Selon que votre argent sera investi dans des entreprises plus ou moins polluantes, on pourra dire que le produit d’épargne a un impact plus ou moins négatif sur l’environnement.

C’est en partant de cette idée que le cabinet de conseil Utopies et un groupement d’acteurs français de l’environnement* ont créé un classement du poids carbone des produits d’épargne.

Les résultats sont publiés dans le livre de Stanislas Dupré, Que font-ils de notre argent? et sur le site associé.

Calculer l’empreinte carbone de votre épargne

Un site, Épargne climat, permet calculer l’empreinte carbone de vos produits d’épargne.

Le poids carbone désigne la quantité de CO2 induite par les placements. Ainsi, un investissement dans le secteur éolien induit une faible émission de CO2, alors qu’un investissement dans le secteur pétrolier induit une forte émission de CO2.

Par exemple, 5 000 euros placés pendant un an sur un Livret Développement Durable (LDD) affichera 1,3 tonne de CO2. Avec la même somme placée en action on grimpe à 6,6 tonnes.

Comment ces chiffres sont-ils calculés? La méthode consiste à évaluer les émissions de gaz à effet de serre directes (ex : usines) et indirectes (ex : utilisation des produits, fournisseurs) de chaque activité économique financée par les banques ou les produits d’épargne.

Les chercheurs ont collecté des données pour  savoir où l’argent des produits d’épargne était investi. Pour les multinationales, ils ont utilisé des statistiques fournies par le cabinet suisse Inrate. Pour les autres activités, ils sont partie d’une méthode de calcul employée par l’ATEPF (Association pour la transparence et l’étiquetage des produits financiers)

La méthodologie est détaillée sur le site Epargne climat (à télécharger).

Sensibiliser les épargnants

L’objectif de cette opération est avant tout de sensibiliser le public sur le rôle de leur épargne. « Les citoyens ne savent pas comment est employé l’argent qu’ils confient à leur banque ou à leur assurance, et leurs placements peuvent, malgré eux, participer à des dégâts environnementaux et sociaux. Il est temps de prendre conscience que nos choix d’épargne peuvent être un levier majeur pour agir sur la société et la transformer. », estime Juliette Renaud, chargée de campagne sur la Responsabilité des Acteurs Financiers aux Amis de la Terre.

Ces dernières années ont vu la montée en puissance d’un consommateur responsable, acheteur de produits de l’agriculture biologique et attentif à l’environnement. L’épargnant responsable est attiré par les produits d’épargne « verts », l’ISR et la finance solidaire. Son émergence est-elle programmée pour très bientôt?

*Ce classement a été conçu par le cabinet de conseil Utopies, en collaboration avec l’association écologiste Les amis de la Terre, l’ADEME (Agence de l’environnement et de la matrîse de l’énergie), le WWF et l’association Testé pour vous. Le classement a été réalisé avec l’aide de la soiciété suisse Inrate, spécialisée dans la notation des entreprises et qui estime le poids carbone des investissements de la banque suisse Pictet.

Ginkgo, un fonds pour réhabiliter des friches industrielles

Jeudi 17 mars 2011

Réhabiliter des friches industrielles et des sols pollués. Tel est l’objectif du fonds d’investissement Ginkgo, dans lequel s’associent notamment la Caisse des Dépôts et la Banque européenne d’investissement (BEI). Ce fonds d’investissement socialement responsable (ISR) est doté de 52,2 millions d’euros. Il vise le développement d’une quinzaine de projets en France et en Belgique (source: CDC).

Réhabiliter des terrains et dépolluer les sols

Il existe en France 250 000 terrains anciennement industriels et potentiellement pollués (source: Wikipedia et Institut de veille sanitaire). D’un côté, la ville se développe en occupant des terrains agricoles ou naturels. De l’autre, il reste dans la ville des terrains vagues et des friches industrielles inoccupés. Réhabiliter ces terrains est donc une réponse au manque de foncier.

C’est aussi une nécessité pour dépolluer l’environnement. Faire revivre des terrains pollués: telle est la vocation de Ginkgo, dont le nom est celui d’un arbre, le Ginkgo biloba, qui fut le premier à repousser sur le site irradié de Tchernobyl.

Le fonds Ginkgo est doté d’un capital de 52,2 M€, souscrit par la Caisse des Dépôts à hauteur de 15,6 M€, à parité avec la BEI. Il est d’une durée de 8 ans. La société de gestion s’engage à respecter les principes d’Investissement socialement responsable (ISR), notamment la prise en compte des questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) dans les processus d’analyse et de décision en matière d’investissements.

Répondre à la raréfaction du foncier

Le fonds a pour objectif d’acquérir, d’assainir et de développer des terrains. Il ciblera particulièrement les terrains les plus contaminés, délaissés par les promoteurs. Ginkgo prend en charge l’intégralité des risques environnementaux, dont il assure la maîtrise grâce à une équipe de professionnels.

« Le foncier constructible se raréfie, nous sentons les collectivités locales et territoriales de plus en plus sensibilisées à la problématique de l’étalement urbain, la réglementation devrait se durcir en matière de sols pollués et les techniques de dépollution, notamment les techniques du vivant, mûrissent depuis des années », estime Bruno Farber, directeur du fonds Ginkgo (source: Les Echos).

Outre la Caisse des Dépôts et la BEI, les autres investisseurs sont la Compagnie Benjamin de Rothschild et la Société fédérale de participations et d’investissements (SFPI) et la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW).

Qui sont les clients de l’ISR en France?

Mardi 15 mars 2011

Les investisseurs institutionnels sont traditionnellement les clients de l’ISR (Investissement socialement responsable). Pour autant, il ne faudrait pas négliger le poids des particuliers. Leurs investissements ont grimpé de 70% l’an dernier en France, selon une étude de Novethic sur l’ISR. Ils représentent 30% des 51 milliards investis dans l’ISR en France.

Un marché en forte croissance

Globalement, le marché de l’ISR est en forte croissance en France. Entre 2008 et 2009, ce marché est passé de 30 milliards d’euros à près de 51 milliards d’euros, soit une croissance de +70%. La progression avait été de 37% en 2008 et de 30% en 2007.

La part des particuliers en hausse

La part des particuliers augmente sensiblement. « Portée à la fois par la gestion collective et l’épargne salariale, la part de la clientèle de particuliers passe d’un quart à fin 2008 à un petit tiers à fin 2009. Les efforts des assureurs pour mettre en avant des offres d’assurance vie, placement privilégié des particuliers français, adossées à des supports ISR, ont sans doute contribué à cette croissance », explique Novethic.

Essor de l’épargne salariale

L’épargne salariale ISR connaît un véritable essor et voit ses encours presque doubler (+96%) entre 2008 et 2009, passant ainsi de 3,3 à 6,5 milliards d’euros. En comparaison, l’épargne salariale globale diversifiée a augmenté de 21% en 2009.

L’épargne salariale a notamment profité de l’obligation faite aux entreprises, depuis le 1er janvier 2010, de proposer au moins un fonds solidaire dans ses plans d’épargne.  (source: Novethic).

L’engagement des investisseurs institutionnels

La gestion ISR a été adoptée par des investisseurs institutionnels. Voici comment ils se répartissent:

  • Fonds publics: 25%
  • Caisses de retraite et de prévoyance, fonds de pension privée: 24%
  • Compagnies d’assurance privées: 16%
  • Entreprises: 13%
  • Sociétés d’assurance mutuelles: 12%
  • Fondations, organisations caritatives et religieuses, associations et ONG: 3%

Citons, en particulier, l’ERAFP (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) qui investit 100% de ses fonds en ISR. L’ERAFP revendique cette approche « tout ISR »: « A quoi sert-il d’investir dans un fonds d’énergies renouvelables si le reste du portefeuille actions est pondéré sur le secteur pétrolier? A quoi sert-il de critiquer une entreprise pour sa collaboration avec un Etat totalitaire si les obligations de cet Etat figurent dans votre portefeuille? », explique Philippe Desfossé, président de l’ERAFP (cité dans Investir « responsable », de Philippe Zaouati).

Dans son étude, Novethic désigne les sept acteurs français les plus impliqués à ce jour dans l’ISR: le groupe Agrica, BNP Paribas Assurance, la Caisse des Dépôts (CDC), l’Établissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP), le Fonds de Réserve pour lesRetraites (FRR), la MAIF et l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances (ANCV).

Les produits ISR restent méconnus

Même si le marché de l’ISR est en croissance, il est relativement restreint. De fait, les Français connaissent peu l’ISR. Seuls 4% sont capables de nommer et décrire un produit ISR, selon une enquête menée en octobre 2010*. Le manque d’information sur le sujet est crucial.

Néanmoins, les Français sont sensibles aux enjeux sociaux et environnementaux de l’Investissement socialement responsable. Protéger les Droits de l’Homme, protéger l’environnement, sont les priorités à privilégier selon cette étude.

La même étude a été réalisée au Royaume Uni. « Les attitudes des consommateurs français vis-à-vis de l’ISR sont assez similaires à celles des consommateurs britanniques. Au Royaume Uni, une plus importante priorité est certes donnée aux enjeux dit éthiques tels que l’exclusion des fabricants d’armes (61% au Royaume Uni comparé à 36% en France) ou le tabac (37% comparé à 31%) mais les enjeux de développement durable, qu’ils soient d’ordre social ou environnemental, restent la priorité essentielle aussi bien en France qu’au Royaume Uni. », estime Marion de Marcillac, responsable clientèle du bureau français d’EIRIS.

* enquête « La perception de l’ISR par les français », Ipsos pour Eiris. Eiris se définit comme une agence de recherche internationale sur la performance sociale, environnementale, éthique et de gouvernance des entreprises.

L’éveil de la finance islamique en France

Mercredi 9 mars 2011

Ces dernières années, la France s’est dotée d’un cadre pour développer la finance islamique. Sur le plan juridique, des instructions fiscales ont été publiées en 2010. Un Institut Français de Finance Islamique (IFFI) a vu le jour et des diplômes universitaires ont été créés.

Finance à préférence religieuse

Tout d’abord, qu’est-ce que la finance islamique? C’est une finance à préférence religieuse en accord avec les principes religieux musulmans.

« La finance islamique n’est donc pas sans rapport avec l’Investissement Socialement Responsable (ISR), qui, précisément, met en exergue un ensemble de préférences liées intrinsèquement à des idéologies: exclure certains secteurs, investir dans des projets conformes aux principes du développement durable…» (source: le Livre blanc Finance islamique et immobilier en France). Elle fait partie des investissements basés sur la foi, comme il en existe, par exemple, dans la religion catholique (lire notre article sur Sœur Nicole Reille, pionnière de l’investissement éthique)

La finance conforme à l’islam interdit le recours à l’intérêt, à la spéculation ou au hasard. Par ailleurs, certains secteurs d’investissement sont prohibés: des activités liées aux jeux de hasard, au tabac, à la pornographie, à l’alcool, à la filière porcine ou à l’armement offensif.

La finance islamique, sous sa forme moderne, est d’apparition récente. Les principes remonteraient aux années 1940. (source: wikipedia et Livre blanc de la Finance islamique)

Instructions fiscales

En France, quatre instructions fiscales ont été publiées le 24 août 2010. Elles portent sur les opérations dites « sukuk » (titre représentatif de la copropriété d’un actif tangible ou de l’usufruit de cet actif), « murabaha » (l’émetteur joue un rôle d’intermédiaire : un vendeur vend un actif à un financier islamique qui les revend à un investisseur moyennant un prix payable à terme), « ijara » (type de location-vente par lequel l’investisseur achète un équipement et le loue à une entreprise en crédit-bail) et « istisna’a » (contrat selon lequel une partie demande à une autre de lui construire un ouvrage contre rémunération. Le paiement est assuré au fur et à mesure de la construction). (source: Les Échos)

Ces dispositifs permettent de réaliser en France des opérations conformes au droit islamique. Ainsi, en octobre 2010, un sportif de haut niveau est devenu le premier client à acheter une maison par le biais d’un mécanisme d’achat-revente (“Murabaha“). (source: TF1 News)

Le premier fonds islamique de droit français a été créé en 2007 par BNP Paribas: EasyETF DJ Islamic Titans 100 (source: Le Nouvel Economiste).

Accueillir les investissements étrangers

Avant la publication, en 2010, des instructions fiscales finance islamique, un texte avait été rejeté en octobre 2009. Le 14 octobre 2010, le Conseil constitutionnel a censuré deux articles d’une proposition de loi adoptée par le Parlement. Les Sages ont estimé que ces deux articles étaient des “cavaliers”, c’est-à-dire qu’ils “étaient sans lien avec l’objet initial de la proposition de loi qui tendait à favoriser l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises”, a expliqué le Conseil dans un communiqué. (Le Monde et Assemblée nationale)

Le débat a aussi porté sur la question de la laïcité. Certains ont vu l’introduction de la finance islamique comme une menace pour la laïcité.

Pour le ministère de l’Économie, la finance islamique est un moyen de développement économique. Christine Lagarde souhaite que la France soit une « terre d’accueil pour les investissements étrangers » (source: Ministère de l’Economie). L’objectif est notamment d’attirer les investisseurs des pays du Golfe. La finance islamique représenterait 50 milliards, dont plus de la moitié sont gérés en Arabie Saoudite et en Malaisie (source: NE)

Des formations à la finance islamique

Un Institut Français de Finance Islamique (IFFI) a vu le jour en décembre 2009. Cette association a but non lucratif est présidée par Hervé de Charrette, ancien ministre (photo ci-contre). L’IFFI a pour vocation de « promouvoir et accompagner l’essor de la finance islamique, en France et dans le monde, de faire de Paris l’une des places financières les plus ouvertes à cette industrie, par son dynamisme et sa capacité d’innovation et de mobiliser le potentiel financier des investisseurs islamiques en faveur des entreprises et des collectivités territoriales françaises ».

L’IFFI a notamment pour mission de concevoir les programmes de formation à l’économie du monde musulman et à la finance islamique.

Deux universités proposent des diplômes « finance islamique »: Paris Dauphine et Strasbourg. A Paris Dauphine, a été ouvert un master de principes et pratique de la finance islamique. A Strasbourg, la formation est un Diplôme d’université Finance islamique.