Ralentir l’argent : Woody Tasch et le « slow money »

L’argent va trop vite. Trop de titres sont échangés à vitesse accélérée au gré de décisions à court terme. C’est le constat posé par Woody Tasch, investisseur et fondateur du mouvement « slow money ». Il propose une autre façon d’investir : moins obsédé par le rendement rapide, et soucieux de financer l’économie locale, et en particulier l’agriculture.

D’ailleurs, c’est en se penchant vers la terre qu’on comprend mieux la philosophie « slow money ». « L’agriculture industrielle considère le sol comme un support pour les plantes que l’on gave de substances chimiques synthétiques de manière à en optimiser le rendement. Pour la finance industrielle, les entreprises sont un support permettant le gavage des capitaux et la maximisation du rendement », explique Woody Tasch.

Slow money, slow food, slow life

La référence à l’agriculture va bien au-delà d’une simple métaphore. La philosophie de « l’argent lent » vise à soutenir l’agriculture biologique et les petites entreprises alimentaires. Améliorer la qualité des aliments est un des objectifs.

« Slow money » est inspiré du « slow food », autre mouvement international qui lui cherche à préserver la cuisine régionale de qualité. Plus globalement, il s’inscrit dans une philosophie de « vie lente », en réaction à l’accélération de notre rythme de vie. Slow art, slow management, slow money, slow food: l’idée se décline dans tous les aspects de l’existence (source: Largueur.com).

Aider les petites entreprises alimentaires

C’est en 2008 qu’a été fondée « Slow money », une organisation non gouvernementale américaine dont le but est de réorienter les capitaux vers de petites entreprises alimentaires.

Woody Tasch a publié un livre, Inquiries into the nature of slow money: Investing as if food, farm and fertility mattered (Enquête sur la nature de l’argent lent: investir comme si la nourriture, les exploitations agricoles et la fertilité avaient de l’importance).

Sur son site, l’association appelle à s’inscrire pour adhérer aux principes « slow money » et rejoindre leurs groupes d’investisseurs. L’objectif est qu’un million d’Américains investissent 1% de leur patrimoine dans les entreprises alimentaires locales dans les dix prochaines années.

Ralentir l’argent

Parmi les principes du mouvement « slow money », il y a l’idée de «ramener l’argent sur terre ». Il faut également « ralentir l’argent », car il circule trop vite, les entreprises sont trop grandes et la finance trop complexe, estime Wody Tasch.

De plus, ses disciples envisagent un changement de paradigme de l’économie. Au XXe siècle, l’économie a permis de grandes accumulations de capitaux. Des investisseurs se sont enrichis selon le principe « acheter au plus bas, vendre au plus haut et remettre la philanthropie à plus tard ». Le XXIe siècle en économie sera l’ère d’un capitalisme qui prendra en compte le long terme, le bien commun, et la responsabilité écologique.

Par sa démarche, « slow money » se rapproche un peu de Terre de liens, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Ces deux initiatives nous invitent à reconsidérer le but de l’investissement.

Favoriser la diversité

Le type d’investissement proposé par Woody Tash peut promettre « un modeste 3%, peut-être 6% certaines années. Mais il a un objectif plus vaste. Le vrai dividende, selon lui, c’est la diversité. Dans une ère d’agriculture industrielle, où on plante la même variété de maïs sur des hectares, où des millions de porcs sont élevés avec les mêmes caractéristiques génétiques, les petites fermes locales sont l’ultime refuge. Elles préservent les semences traditionnelles, et les espèces rares; elles renforcent les sols avec des nutriments organiques et créent des marchés locaux qui mettent en contact direct les producteurs et les consommateurs. » (Wall Street Journal)

Pour compléter : une vidéo avec Woody Tasch expliquant son « mouvement » durant une conférence

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5 commentaires, blog Epargne résponsable sur “Ralentir l’argent : Woody Tasch et le « slow money »”

  1. [...] Ralentir l’argent : Woody Tasch et le “slow money” / un point d’Eric Mainville sur le blog “Epargne responsable”, sur l’initiative de “Woody Tasch investisseur et fondateur du mouvement « slow money »”, qui “propose une autre façon d’investir : moins obsédé par le rendement rapide, et soucieux de financer l’économie locale, et en particulier l’agriculture”. [...]

  2. [...] Ralentir l'argent : Woody Tasch et le “slow money” « Epargne … C'est en 2008 qu'a été fondée « Slow money », une organisation non gouvernementale américaine dont le but est de réorienter les capitaux vers de petites entreprises alimentaires. Woody Tasch a publié un livre, … Source: blog.bforbank.com [...]

  3. [...] Slow money : le slow money (argent lent), sur le modèle du slow food, invite à repenser l’investissement. On investit sur le long terme, généralement dans des entreprises agricoles proches de chez soi. Locavesting et slow money se posent la même question : comment faire vivre l’économie locale en investissant ? [...]

  4. [...] Ralentir l’argent : Woody Tasch et le “slow money” | Epargne responsable L’argent va trop vite. [...]

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