Archive pour février 2011

Ralentir l’argent : Woody Tasch et le “slow money”

Lundi 28 février 2011

L’argent va trop vite. Trop de titres sont échangés à vitesse accélérée au gré de décisions à court terme. C’est le constat posé par Woody Tasch, investisseur et fondateur du mouvement « slow money ». Il propose une autre façon d’investir : moins obsédé par le rendement rapide, et soucieux de financer l’économie locale, et en particulier l’agriculture.

D’ailleurs, c’est en se penchant vers la terre qu’on comprend mieux la philosophie « slow money ». « L’agriculture industrielle considère le sol comme un support pour les plantes que l’on gave de substances chimiques synthétiques de manière à en optimiser le rendement. Pour la finance industrielle, les entreprises sont un support permettant le gavage des capitaux et la maximisation du rendement », explique Woody Tasch.

Slow money, slow food, slow life

La référence à l’agriculture va bien au-delà d’une simple métaphore. La philosophie de « l’argent lent » vise à soutenir l’agriculture biologique et les petites entreprises alimentaires. Améliorer la qualité des aliments est un des objectifs.

« Slow money » est inspiré du « slow food », autre mouvement international qui lui cherche à préserver la cuisine régionale de qualité. Plus globalement, il s’inscrit dans une philosophie de « vie lente », en réaction à l’accélération de notre rythme de vie. Slow art, slow management, slow money, slow food: l’idée se décline dans tous les aspects de l’existence (source: Largueur.com).

Aider les petites entreprises alimentaires

C’est en 2008 qu’a été fondée « Slow money », une organisation non gouvernementale américaine dont le but est de réorienter les capitaux vers de petites entreprises alimentaires.

Woody Tasch a publié un livre, Inquiries into the nature of slow money: Investing as if food, farm and fertility mattered (Enquête sur la nature de l’argent lent: investir comme si la nourriture, les exploitations agricoles et la fertilité avaient de l’importance).

Sur son site, l’association appelle à s’inscrire pour adhérer aux principes « slow money » et rejoindre leurs groupes d’investisseurs. L’objectif est qu’un million d’Américains investissent 1% de leur patrimoine dans les entreprises alimentaires locales dans les dix prochaines années.

Ralentir l’argent

Parmi les principes du mouvement « slow money », il y a l’idée de «ramener l’argent sur terre ». Il faut également « ralentir l’argent », car il circule trop vite, les entreprises sont trop grandes et la finance trop complexe, estime Wody Tasch.

De plus, ses disciples envisagent un changement de paradigme de l’économie. Au XXe siècle, l’économie a permis de grandes accumulations de capitaux. Des investisseurs se sont enrichis selon le principe « acheter au plus bas, vendre au plus haut et remettre la philanthropie à plus tard ». Le XXIe siècle en économie sera l’ère d’un capitalisme qui prendra en compte le long terme, le bien commun, et la responsabilité écologique.

Par sa démarche, « slow money » se rapproche un peu de Terre de liens, dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Ces deux initiatives nous invitent à reconsidérer le but de l’investissement.

Favoriser la diversité

Le type d’investissement proposé par Woody Tash peut promettre « un modeste 3%, peut-être 6% certaines années. Mais il a un objectif plus vaste. Le vrai dividende, selon lui, c’est la diversité. Dans une ère d’agriculture industrielle, où on plante la même variété de maïs sur des hectares, où des millions de porcs sont élevés avec les mêmes caractéristiques génétiques, les petites fermes locales sont l’ultime refuge. Elles préservent les semences traditionnelles, et les espèces rares; elles renforcent les sols avec des nutriments organiques et créent des marchés locaux qui mettent en contact direct les producteurs et les consommateurs. » (Wall Street Journal)

Pour compléter : une vidéo avec Woody Tasch expliquant son “mouvement” durant une conférence

Protéger le client du secteur financier : l’Autorité de contrôle prudentiel

Vendredi 11 février 2011

Dans le secteur financier, l’asymétrie entre le client et le vendeur est très élevée. L’épargnant manque souvent d’informations, d’autant que la culture financière des Français est peu développée, comme nous le disions précédemment sur ce blog.

C’est pour cela qu’a été créée l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), le 9 mars 2010 (source: Ministère de l’Économie). Son rôle est de superviser les banques et les assurances, et de protéger les consommateurs. Cette autorité résulte de la fusion de quatre entités existantes*.

L’ACP constitue, avec l’AMF (Autorité des marchés financiers), l’un des deux instruments de supervision des banques en France.

Contrôler les pratiques commerciales des banques

L’ACP dispose de moyens pour contrôler les pratiques des banques et assurances. Elle effectue des « contrôles sur pièces et sur place des pratiques commerciales », comme l’explique Fabrice Pesin, secrétaire général adjoint de l’APC, dans le Rapport moral sur l’argent dans le Monde 2010.

La documentation peut être analysée, « en particulier les communications mettant trop en avant les chances de gain et minimisant les risques de perte sont susceptibles d’être sanctionnées au titre de leur caractère trompeur ».

L’APC emploie 900 agents. Elle effectue une veille des pratiques commerciales, notamment sur les nouveaux produits apparaissant sur le marché et les campagnes publicitaires afin de prévenir d’éventuelles dérives.

Informer les consommateurs

L’ACP a lancé un service d’information grand public. Il comprend en fait :

  • un site Internet, Assurance Banque Info Service
  • un numéro d’appel national, le 0 811 901 801 (coût d’un appel local depuis un poste fixe)
  • une adresse postale à destination du public: Assurance Banque Epargne Info Service _

61, rue Taitbout 75009 Paris.

Ce service a été lancé le 28 juin 2010, conjointement avec l’AMF.

Surveiller certaines pratiques

Récemment, l’APC est intervenue au sujet de la mobilité bancaire. La ministre de l’économie, Christine Lagarde, a demandé à l’ACP de réaliser un audit du respect des engagements pris par les banques en matière de mobilité bancaire. Il sera publié en juillet prochain.

Il est reproché aux banques de ne pas faire suffisamment pour faciliter la mobilité bancaire de leurs clients. Les banques ont mis en place un service de mobilité bancaire, mais il est peu connu des clients et l’information est difficile à trouver sur Internet (source: ministère de l’Économie).

L’ACP publie également des avis sur certaines pratiques. Par exemple, elle a émis des réserves sur les ventes avec primes en assurance vie. Elle a renforcé sa vigilance sur la commercialisation d’instruments financiers complexes.

* L’ACP résulte de la fusion de quatre entités: la Commission bancaire, l’Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles (ACAM), le Comité des entreprises d’assurance (CEA) et le Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement (CECEI). L’article L.612-1 du Code monétaire et financier prévoit que « l’ACP, autorité administrative indépendante, veille à la préservation de la stabilité du système financier et à la protection des clients, assurés, adhérents et bénéficiaires des personnes soumises à son contrôle. »

Pour prolonger : relire la note “Quand et comment saisir le médiateur de l’AMF?” (Ed. Francis Lefebvre).

Confiance, responsabilité sociale des entreprises et ISR

Mercredi 9 février 2011

Une des choses que la crise financière a changé, c’est le regard que porte le grand public sur les banques et les institutions financières. La confiance s’est érodée.

Cette crise de confiance apparaît dans plusieurs études, comme le dernier baromètre de Sciences Po, paru fin janvier.

Crise de confiance

Les banques sont les organisation auxquelles les Français font le moins confiance, juste après les partis politiques. Seuls 19% des gens ont « plutôt confiance » et 1% ont « très confiance » dans les banques. Le chiffre est en chute de 9% depuis le dernier baromètre. Par comparaison, la confiance dans les partis politiques est de 13%. Au sommet du classement, les hôpitaux (18%) et la police (64%).

Cette perte de crédit ne concerne pas que la France. L’agence américaine Edelman a testé la confiance dans les organisations auprès d’un panel mondial. Son Trust barometer 2011 met l’accent sur la nécessité pour les entreprises de regagner la confiance du public.

Selon cette étude, la confiance dans les banques a chuté aux États-Unis de 71% à 25% entre 2008 et 2011. L’étude a été menée auprès de 5000 personnes à haut niveau de diplôme et de revenu dans 23 pays.

Responsabilité sociale des entreprises

Cette étude interroge les personnes au sujet de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). La RSE entre dans la démarche de l’Investissement socialement responsable, comme nous le disions.

Les personnes sont questionnées au sujet de la fameuse phrase de l’économiste Milton Friedman: « la responsabilité sociale des entreprises c’est d’augmenter ses profits »*.

Les pays où on est le plus d’accord avec cette affirmation sont les Émirats arabes unis, le Japon, l’Inde ou la Corée du Sud. La notion de responsabilité sociale de l’entreprise est rejetée. L’accent est mis sur les performances plutôt que sur la responsabilité.

En revanche, la RSE est plus prisée par les pays européens : Italie, Allemagne et Espagne adhèrent peu au principe de liberté prôné par Friedman. La France tient une position intermédiaire. La plupart des pays en développement semblent dédaigner la RSE, à deux exceptions notables: la Chine et le Brésil.

Le filtre de la confiance

Dans sa conclusion, le rapport d’Edelman estime qu’une meilleure prise en compte de la dimension sociale de l’entreprise accroît la confiance des consommateurs.

Faire savoir qu’une entreprise est socialement responsable peut donc contribuer à renforcer le lien de confiance avec le grand public. La responsabilité sociale de l’entreprise fait partie des informations qui renforcent la confiance.

« La confiance est un filtre à travers lequel l’information est perçu et comprise », rappelle Richard Edelman, dirigeant de la société du même nom (source: Wall Street Journal). L’étude montre bien que la confiance est difficile à conquérir, mais facile à perdre. Pour les entreprises, il faut investir beaucoup pour gagner du crédit auprès des consommateurs.

Dans ce contexte, les partisans de l’Investissement solidaire (ISR) ont leur mot à dire. Pour eux, en effet, l’ISR est une tentative de répondre à cette crise de confiance par la responsabilité.

Confiance et responsabilité

Le lien entre confiance et responsabilité rejoint les préoccupation des épargnants qui veulent trouver un sens à leur épargne, comme le souligne Philippe Zaouati, dans Investir responsable: « A quoi vont servir concrètement les sommes que j’investis? Comment puis-je m’assurer que mon épargne est utilisée de façon saine? […] Comment puis-je concilier la rentabilité de mon épargne avec un rôle social, une incitation à construire une finance et une économie plus vertueuses? L’investissement socialement responsable est une tentative de réponse à ces questions légitimes, avec d’autres formes d’épargne comme la finance solidaire, le financement du microcrédit ou les fonds de partage. »

* Milton Friedman, très hostile à la notion d’ESR, a publié cette phrase en 1970, dans le New York Times. La voici reproduite en entier : « Les discussions sur les responsabilités sociales des entreprises sont caractéristiques d’un relâchement analytique et d’un manque de rigueur. Les hommes d’affaires qui tiennent ces propos sont à leur insu les marionnettes de forces intellectuelles qui ont rejeté les bases d’une société libre… Une entreprise n’a qu’une seule responsabilité: celle d’utiliser ses ressources et de s’engager dans des activités en vue d’augmenter les bénéfices du moment qu’elle respecte les règles du jeu, autrement dit qu’elle livre une concurrence ouverte et libre sans fraude. » (lien vers l’article, cité sur le site de l’Université du Michigan _ l’archive est payante sur le site du NYT).

Soutenir les Jardins de Cocagne par l’épargne solidaire

Jeudi 3 février 2011

« Le Jardin de Cocagne du Puy-Durand, à Pouzauges, m’a permis de reprendre le dessus et de revenir à la vie active. J’ai perdu mon mari il y a cinq ans. Je suis tombée dans une profonde dépression. Je ne remontais pas la pente. Moi qui étais habituée à travailler, j’ai dû cesser toute activité. Mais une chose est sûre : il ne faut pas rester chez soi, seul, à tourner en rond. J’ai entendu parler du jardin par mon assistante sociale. Elle m’a aidée à monter un dossier pour y entrer. Je suis arrivée en juin 2008. Je le quitterai au terme des deux ans, la durée maximale autorisée. Ce chantier d’insertion a été une phase de transition indispensable. J’ai découvert le maraîchage. C’est un métier difficile mais qui me plaît. On cultive de beaux légumes. C’est valorisant. »

Patricia, 50 ans, jardinière, est employée au Jardin de Cocagne de Pouzauge, en Vendée (source: Ouest France). Ce chantier d’insertion fait partie du réseau Cocagne, qui regroupe des exploitations maraîchères biologiques à travers la France.

Jardinage et insertion professionnelle

Le premier Jardin de Cocagne a été créé en 1991, à Besançon, par Jean-Guy Henkel. D’autres verront rapidement le jour. Le succès est tel que les Jardins de Cocagne se dotent d’une structure d’envergure nationale, le réseau Cocagne, créé en 1999.

Aujourd’hui on en compte 107 Jardins de Cocagne. Ils emploient 3500 jardiniers maraîchers. Ce sont des hommes et des femmes de tout âge, en situation précaire et rencontrant des difficultés professionnelles ou personnelles (allocataires du RSA, sans revenus, sans domicile, chômeurs de longue durée ou n’ayant jamais travaillé)*.

Panier de légumes solidaire

Les jardiniers sont entourés par des travailleurs sociaux qui ont un rôle d’accompagnement professionnel, mais aussi d’animation du réseau.

Les Jardins assurent la production des légumes mais aussi la vente. Les légumes sont vendus auprès des adhérents du réseaux Cocagne. Ils bénéficent chaque semaine d’un panier de légumes en échange d’un abonnement hebdomadaire de 12 à 15 euros et d’une cotisation annuelle de 15 à 30 euros. Le réseau compte 20 000 adhérents.

Compte épargne insertion

Un moyen de soutenir le réseau Cocagne est d’ouvrir un Compte épargne insertion à la NEF (Nouvelle économie fraternelle). Une partie des intérêts est reversée au réseau Cocagne.

C’est un compte à terme, avec une durée fixe d’immobilisation de 25 mois à 10 ans. La rémunération va de 2% (25 mois) à 4% (10 ans). La sécurité est totale: les dépôts et le taux de rémunération sont garantis.

Ce produit d’épargne a été créé en 1996 et bénéficie du label Finansol depuis 1999 (consulter sa fiche).

Livret Agir Cocagne

Le Crédit coopératif propose le livret Agir Cocagne. Il fonctionne comme un livret d’épargne classique, mais avec un mécanisme de partage des revenus. L’épargnant choisit de reverser 50% des intérêts au réseau Cocagne.

La rémunération est de 2,65% brut par an. C’est un produit sans risque et l’épargne est disponible à tout moment. Ce livret a été créé en 2002 et a reçu le label Finansol en 2003. Le livret Agir permet de soutenir d’autres associations.

Livret Jeune Agir

Le livret Jeune Agir est un livret Jeune, donc réservé aux 12-25 ans. Il permet de faire don chaque année de 50, 75 ou 100 % des revenus générés par le livret.

La rémunération est de 3% nets annuels. Ce produit est sans risque et l’épargne est disponible à tout moment. Ce livret a été créé en 2000 et bénéficie du label Finansol depuis 2000.

On peut également soutenir le réseau Cocagne en devenant bénévole. Vous êtes le bienvenu pour donner un coup de main au désherbage ou à la livraison, une ressource particulière en compta, écriture, plomberie. Et vous pouvez également faire un don. Enfin, précise le site, un moyen de soutenir le réseau Cocagne est d’en parler et de faire connaître son action.

*source : Les Placements solidaires, Alternatives économiques