Archive pour janvier 2011

Le microcrédit aide-t-il vraiment les pauvres?

Samedi 29 janvier 2011

Le microcrédit aide-t-il vraiment les pauvres? La question est cruciale, car cette forme de prêt a suscité beaucoup d’espoir mais également de vives déceptions. C’est le cas en Inde, où la microfinance connaît des soubresauts, comme nous l’écrivions.

Quel est l’impact réel du microcrédit? Il est difficile de répondre à la question, faute d’études sur le sujet. « Plusieurs études sur l’impact des produits typiques de la microfinance sont en cours […], mais une seul est terminée, celle de Spandana, en Inde », explique Esther Duflo *, titulaire de la chaire « Savoir contre pauvreté » du Collège de France. Elle a participé à l’étude de Spandana, institution de microcrédit (télécharger l’étude en anglais).

L’impact du microcrédit

L’étude réalisée par Spandana, publiée en 2009, s’est étalée sur près de deux ans. Elle a été menée dans 104 quartiers de la ville d’Hyderabad, en Inde. La société Spandana a ouvert une antenne dans 52 de ces quartiers.

Le produit évalué dans l’étude est un microcrédit en groupe, avec responsabilité solidaire et remboursement hebdomadaire. Le profil des clients est bien défini : ce sont des femmes de 18 à 59 ans, capables de se lancer dans une activité. Ce microcrédit est un prêt en groupe. Les personnes sont solidaires les unes des autres. Si l’une des personnes ne peut pas rembourser une semaine, les autres s’engagent à avancer l’argent à sa place.

Les femmes constituent elles-mêmes les groupes de six à dix personnes. Le fait de laisser les femmes constituer elles-mêmes les groupes a pour effet d’éliminer les clientes les plus risquées. Les clientes utilisent les informations qu’elles détiennent sur leurs partenaires potentielles pour sélectionner les meilleures recrues.

Un impact sur la création d’activité

L’étude a mesuré un impact de ce microcrédit sur la création d’activité. Au bout de deux ans, le pourcentage de ménages qui ont souscrit un emprunt est passé de 19% à 27%. Dans le même temps, le pourcentage de ceux qui ont créé une entreprise est passé de 5,7% à 7%. « Le nombre d’entreprises a donc augmenté de 1,3 points grâce à 8,3 points de pourcentage d’emprunts supplémentaires: nous pouvons donc estimer qu’environ un microcrédit sur six conduit au lancement d’une nouvelle activité », explique Esther Duflo.

Une consommation plus disciplinée

Le microcrédit a un impact sur la consommation. Le produit proposé par Spandana laisse les clients libres d’investir leur argent où ils le souhaitent. Certains l’ont attribué à la création d’activité, d’autres à la consommation, d’autres au remboursement d’une dette.

On observe que les ménages qui lancent une activité sont ceux qui épargnent le plus. Chez eux, la consommation diminue.

De plus, chez les ménages qui ont souscrit un emprunt, la consommation de biens durables augmente de 19% tandis que la consommation en bien, définis par les clients, comme des « biens de tentation », diminue de 11%. « Il semble que les clients utilisent leurs emprunts pour acheter des télévisions, des réfrigérateurs, des bicyclettes, et que, pour les rembourser, ils diminuent leur consommation de produits superflus: le crédit leur permet d’enclencher une dynamique d’épargne », constate Esther Duflo.

Pas d’effet sur l’éducation et la santé

L’étude menée par Spandana ne détecte aucun « aucun effet constaté sur l’éducation, la santé, le pouvoir de décision des femmes ou tout indicateur autre que l’impact strictement économique». Cela ne veut pas dire que les effets ne se feront pas sentir à long terme, mais cela montre bien que le microcrédit ne saurait remplacer les interventions dans ces domaines.

La conclusion d’Esther Duflo est que le microcrédit remplit juste sa fonction : offrir une possibilité d’emprunter aux entrepreneurs coupés du marché du crédit.

Du prêt au don

Maria Nowak, présidente de l’ADIE (Association Française pour le Droit à l’Initiative Économique), va dans le même sens. Le microcrédit ne peut à lui seul résoudre les problèmes, nous dit-elle dans L’Espoir économique, son dernier livre.

Selon elle, le microcrédit ne peut aider les personnes en très grande difficulté, dans la mesure où « le crédit est aussi une dette, qu’il faut rembourser après l’avoir fait fructifier, alors que les personnes qui se trouvent dans des situations de pauvreté absolue ne sont pas toujours en mesure de le faire. Dans les situations les plus difficiles, elles ont besoin de don et non de prêt. »

* dans La politique de l’autonomie (Lutter contre la pauvreté II).

Pour prolonger : vous pouvez lire la note expliquant le microcrédit sur Wikipédia; ainsi que l’article du Monde de janvier 2010, « Microcrédit, miracle ou désastre ?, par Esther Duflo« .

Des outils pour améliorer sa culture financière

Mardi 25 janvier 2011

L’éducation financière est une des conditions d’une épargne responsable. En effet, il est difficile de choisir un produit d’épargne et d’équilibrer son budget sans disposer de la culture financière suffisante.

A en croire les spécialistes, améliorer les connaissances financières des Français est une nécessité absolue.

Des raisons d’améliorer notre culture financière

On a assisté à une évolution des systèmes et des produits financiers ces vingt dernières années. La part de l’épargne bancaire des ménages (livrets, comptes ou plans d’épargne, etc.) a diminué, tandis que la détention indirecte d’actions par les ménages (OPCVM, FCPE, assurance-vie en unité de compte) n’a cessé de croître, comme l’explique Erik Pointillart*, vice-président de l’Institut pour l’Éducation Financière du Public (IEFP). Cela implique des risques et une responsabilité accrus.

De plus, les produits financiers sont plus nombreux et plus complexes. Les intermédiaires financiers sont tenus d’informer les clients. Les documents transmis sont souvent rédigés dans un langage difficile à appréhender.

Des obstacles à vaincre

L’accès à la culture économique se heurte en France à des préjugés culturels, estime Erik Pointillart. « L’argent est un sujet qui reste culturellement relativement tabou en France. […] De la même façon, certains placements financiers souffrent d’une mauvaise image qui les associe souvent indûment à l’idée de risque démesuré ou les affuble d’une qualification très négative de spéculation. »

Toutefois, soulignons que la faible culture économique n’est pas une spécialité française. Selon l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique), la plupart des pays sont concernés. « Au Japon par exemple, 71 % des adultes interrogés ignoraient tout des placements en actions et obligations. »

Du côté des professionnels, tous ne sont pas prêts à jouer un rôle d’information et d’éducation des consommateurs sur les produits financiers.

Des outils pour s’informer

Pour s’informer sur la finance, l’IEFP a lancé un site internet : lafinancepourtous.com. Il donne des solutions pour équilibrer son budget. Il définit les principaux termes, explique les produits financiers. Il fournit des dossiers sur la banque, la crise financière, la finance verte ou la finance durable, etc.

L’Autorité des Marchés Financiers (AMF) donne des informations destinées aux particuliers. De nombreux guides sont à consulter, comme les Règles d’or de l’investisseur particulier. On trouvera de nombreux guides pédagogiques sur leur site.

Le site Les clés de la banque a été lancé par la Fédération Bancaire Française (FBF). On y trouvera les thèmes liés à la banque et à l’épargne. On pourra consulter le dossier « à lire avant d’épargner » ou Dix conseils pratiques pour gérer son compte bancaire.

* cité d’après le Rapport Moral sur l’Argent dans le Monde, 2008

Moi, la Finance et le Développement durable

Vendredi 21 janvier 2011

Moi, la finance et le développement durable est un documentaire qui nous introduit dans le monde de la finance durable de façon ludique et pédagogique.

Il alterne des entretiens d’experts financiers et des scènes de la vie quotidienne traitées de façon humoristique. La réalisatrice, Jocelyne Lemaire Darnaud développe l’idée que l’épargnant peut devenir un acteur de son épargne.

Si vous avez vu ce film, n’hésitez pas à nous livrer votre point de vue!

Humour réfléchi

Le film débute par une question que peut se poser tout épargnant : « Tout a commencé un jour par un appel de ma banque. On me proposait de placer de l’argent sur un livret développement durable. Mais quand j’ai posé la question : développement de quoi ? Et durable pour qui ? On n’a pas su me répondre ! Alors, j’ai pris ma caméra ! » raconte la cinéaste.

Ménagère de moins de cinquante ans

Le film allie sérieux et humour. Les entretiens d’experts financiers, principalement dans le domaine de l’ISR (Investissement socialement responsable) et de la finance solidaire, sont entrecoupés de scènes où la réalisatrice se met en scène dans sa vie quotidienne. La cuisine d’une « ménagère de moins de cinquante ans », comme elle se désigne, est un bon endroit pour observer le monde de la banque.

Dans plusieurs scènes, la réalisatrice fait le ménage. « C’est ma façon de faire de l’humour réfléchi ! Par exemple quand je dépoussière le piano, c’est un clin d’oeil aux agences de notation. C’est une façon de dire aux spectateurs qu’eux aussi peuvent mettre des notes aux entreprises et ajouter des fausses notes dans le système un peu trop huilé des agences de notation… Je lave beaucoup dans ce film aussi… Vous l’aurez remarqué ! »

Tour de magie

Ce procédé illustre le décalage profond de l’individu avec le monde de la finance: un univers compliqué auquel il ne comprend pas grand chose.

Plusieurs scènes montrent un magicien qui fait apparaître et disparaître un billet, une pièce de monnaie ou qui transforme une pièce en verre d’eau dans lequel apparaît un poisson rouge. Le mouvement de l’argent est ainsi assimilé à un tour de magie. L’argent, qui peut se transformer en n’importe quel bien, peut aussi disparaître ou réapparaître.

Placement éthique

Ce documentaire interroge les principaux acteurs de l’ISR.

Geneviève Férone est présentée comme la pionnière de l’ISR en France. Elle reconnaît toutefois que soeur Nicole Reille est la vraie pionnière, puisque c’est elle qui la première a décidé de créer un fonds de placement éthique. Geneviève Férone, elle, a fondé en 1997 l’ARESE, première agence française de notation sociale et environnementale.

Bombes à sous-munitions

Le film pose la question : comment savoir où ma banque investit l’argent que je lui confie? Il rapporte un cas concret: Handicap international et Amnesty international ont mené une campagne pour obliger AXA à retirer ses investissements dans les bombes à sous-munitions. AXA, accusé de participer par son investissement à favoriser des bombes qui mutilent des personnes: la campagne a eu un impact sur l’image de l’entreprise. C’est ce qui l’a contraint à retirer progressivement ses engagements dans le secteur incriminé (plus d’information sur le site d’Amnesty International).

« Mon but est de montrer à quel point nous sommes ignorants de notre propre rôle. Quand j’ai découvert que je confiais mon argent à une banque qui finance des bombes à sous-munitions, j’ai été écœurée. Nous ne le savons pas, sachons-le et prenons nos responsabilités. Il faut savoir que les bombes à sous-munitions, non seulement tuent et mutilent des enfants, mais ravagent les terres, et empêchent de les cultiver. », raconte la cinéaste.

Le rôle de l’épargnant

Le film interroge le rôle des agences de notation ISR et notamment celui de Vigeo. Cette agence, dont la présidente est Nicole Notat, utilise principalement les informations publiées par les entreprises. Ces documents, téléchargeables sur leurs sites Internet, sont un catalogue de bonne pratiques. Les entreprises communiquent sur ce qu’elles font bien dans les domaines environnementaux, sociaux et de gouvernance. Elles ne communiquent pas sur ce qu’elles font mal. Les critiques considèrent donc que les notations sont donc tronquées.

Apparaissent également dans ce film plusieurs personnes que nous avons déjà évoquées sur ce blog : Anne-Catherine Husson-Traoré (photo ci-contre), Directrice générale de Novethic (lire notre article), Yann Louvel, des Amis de la Terre (notre article) et Jean-François Descaves, de la Financière de Champlain (notre article).

Le film confronte les points de vue de différents acteurs de l’ISR et du financement solidaire. Loin de conclure, il nous pose cette question: puisque, directement ou indirectement, notre argent est investi sur le marché, au nom de quoi est-ce que je ne pourrais pas demander à ma banque : que faites-vous de mon argent?

Les Amis de la Terre : une vision exigeante de l’ISR

Mercredi 19 janvier 2011

L’Investissement socialement responsable (ISR) fait l’objet d’un débat, comme nous l’avons vu. Récemment, une critique est venue des Amis de la Terre, une association de protection de l’environnement.

Cette ONG a publié, en septembre dernier, son rapport « Investissement socialement responsable: l’heure du tri ». Elle y conteste les choix effectués par Novethic dans l’attribution de son label ISR.

La valse du développement durable

Selon les Amis de la Terre, Novethic n’est pas assez sélectif : 92 fonds sur 121 proposés ont obtenu le label en 2009.

De plus, 71 fonds contiennent dans leurs portefeuilles d’actifs au moins une des 15 entreprises pointées du doigt par les Amis de la Terre pour leurs pratiques sociales et environnementales jugées « désastreuses » : Total, BP, Areva, France Télécom, BNP Paribas, AXA, etc.

Soazic Rivoalan, rédactrice du rapport des Amis de la Terre, explique: « Avec l’Investissement socialement responsable, banques et assurances entrent dans la valse du développement durable. Malheureusement, elles n’ont pas changé leurs pratiques réelles et se sont limitées à promouvoir un affichage qui n’a pas de sens. Elles vendent à leurs clients des fonds soi-disant socialement responsables mais il s’avère qu’ils ne le sont pas. Détenir des actions de Total, Shell, Areva ou de BNP Paribas est-il socialement responsable ? Pour les Amis de la Terre, la réponse est clairement non. L’appellation ISR est donc totalement illégitime pour une immense majorité des produits d’épargne ainsi nommés par les banques et les assurances elles-mêmes ».

« Comment choisir mon épargne? »

En complément à cette critique, l’ONG a publié un guide « éco-citoyen »: « Comment choisir mon épargne? » Ils ont également lancé le site financeresponsable.org.

Dans son guide, Les Amis de la Terre passent en revue des placements classiques et les placements ISR et solidaires.

Ils y soulignent le « pouvoir de l’épargnant ». L’épargne est vue comme un moyen d’agir sur la société. Elle peut être un levier pour changer de modèle économique, sociétal et environnemental. Ce guide comporte également des conseils pour les épargnants.

Enfin, le guide recommande la suppression de l’appellation ISR : « dans la situation actuelle, ce terme n’a aucune légitimité car il ne correspond pas à la réalité », estime les Amis de la Terre.

Les objectifs du label ISR Novethic

Novethic a répondu aux Amis de la Terre en justifiant les objectifs de son label.

Les deux principaux objectifs sont « de pousser les promoteurs de fonds ISR à plus de transparence en leur demandant de mettre en ligne sur leur site Internet non seulement des explications claires sur leur processus de gestion ISR mais aussi la composition intégrale et compréhensible de leurs portefeuilles; […] et d’inciter les grands réseaux bancaires et assurantiels à commercialiser les fonds ISR en formant leurs chargés de clientèle et en construisant un marketing ad hoc », explique Anne-Catherine Husson-Traoré, Directrice générale de Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts.

Selon elle, le label pousse le marché de l’ISR à s’améliorer.

« Le pari du label Novethic est  d’encourager les acteurs à faire mieux parce que nous sommes très conscients que le monde de l’ISR est loin d’être parfait. Nous savons que le « Best in class », sélection des entreprises les mieux notées sur des critères ESG,  est difficile à proposer aux clients parce qu’il ne répond probablement pas aux attentes d’investisseurs en quête d’éthique ou voulant mettre en accord ses placements avec ses convictions écologiques ou politiques. Mais nous pensons qu’avant de «l’enterrer», il faut laisser une chance à l’ISR de se développer pour obtenir les moyens de s’améliorer. »

Pour prolonger : relire la note de ce blog « Novethic : label et site d’information pour populariser l’ISR« ; vous pouvez également consulter l’article publié sur le site BforBank « Un label pour le grand public » (cf Les Echos).

Soutenir la FIDH grâce à la Sicav Libertés et solidarité

Vendredi 14 janvier 2011

La FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) est une Organisation non gouvernementale dont la vocation est d’agir pour le respect des Droits de l’Homme*. Elle rassemble 164 ligues dans 100 pays dans le monde (source: FIDH).

Un des moyens de soutenir la FIDH est de souscrire la Sicav Libertés et Solidarité. La moitié des revenus sont reversés sous forme de dons à la FIDH.

La Sicav Libertés et solidarité est à la fois:

Fonds ISR

Cette Sicav a été lancée en 2001. Elle est distribuée par la Banque Postale Asset Management. Elle a les caractéristiques de l’ISR : sélection d’investissements selon des critères extra financiers et exclusion de certains secteurs d’investissement.

Elle est composée à 80% en obligations et à 20% en actions d’entreprises internationales. Les émetteurs sont choisis selon leur engagement et leurs pratiques en matière de développement durable, déclinés selon des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).

De plus, la sélection des titres exclut toute entreprise implantée au Myanmar (Birmanie) ou qui entretient des relations commerciales avec des fournisseurs ou des sous-traitants de ce pays ainsi que les entreprises liées au secteur de l’armement. (source: Novethic)

La FIDH est impliquée dans le processus ISR. Elle réalise la sélection des émetteurs, notamment grâce aux données fournies par l’agence Eiris, explique Novethic.

Une épargne de partage

La Sicav Libertés et Solidarité est aussi une épargne de partage. La moitié des revenus distribuables est reversée à la FIDH sous forme de dons. Ainsi près de 190 000 euros de dons ont été reversés à la FIDH en 2009 (source : Les Placements solidaires, Alternatives économiques).

Les informations sont disponibles sur le site de la Banque Postale Asset Management. On y retrouve la présentation du processus ISR du fonds, la réponse au Code de Transparence AFG-FIR-Eurosif, le rapport extra-financier trimestriel ainsi que la liste des émetteurs en portefeuille.

Le risque de ce placement est évalué au niveau 4, selon une échelle allant de 1 à 9 (1: faible, 9: élevé). La fiscalité des dividendes et des plus-values des Sicav s’applique à ce fonds. La partie du dividende donnée permet une réduction d’impôt de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable. (source: Finansol)

La Banque Postale propose cinq fonds ISR, dont deux sont des placements solidaires. Le site de la Banque Postale Asset Management comporte une section ISR bien fournie, juge Novethic (pour plus d’informations voir notre article ISR et finance solidaire: deux approches distinctes).

* La FIDH est une ONG internationale qui défend tous les droits, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Elle inscrit son action dans le champ juridique et politique afin de renforcer les instruments internationaux de protection des droits humains et de veiller à leur application. (source: FIDH)

Malaise dans la microfinance en Inde

Mardi 11 janvier 2011

« Dans les années 1970, quand j’ai commencé à travailler sur ce qui allait s’appeler  »microcrédit », un de mes objectifs était d’éliminer la présence d’usuriers qui s’enrichissent sur le dos des pauvres. En 1983, j’ai fondé la Grameen Bank pour proposer de petits prêts que les gens, surtout des femmes pauvres, pourraient utiliser pour se sortir de la pauvreté. A cette époque, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour le microcrédit donnerait lieu à sa propre espèce d’usuriers. »

Voici ce qu’écrivait Muhammad Yunus, le 6 janvier dernier, en réaction à la crise qui sévit dans la microfinance en Inde.

Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix en 2006, est connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank. Le microcrédit consiste à attribuer des prêts de faible montant à des entrepreneurs qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques.

Un mauvais virage

Si M. Yunus réagit, c’est que la microfinance a sans doute pris un mauvais virage, comme il l’écrit. Plusieurs suicides de débiteurs pressés de rembourser des crédits ont eu lieu dans l’état de l’Andhra Pradesh, en Inde, fin 2010 (source: Bloomberg).

Les pratiques de certaines sociétés de microfinance sont dénoncées. Elles proposent des prêts à taux élevés et des méthodes de recouvrement agressives.

En réaction, le gouvernement de l’Andhra Pradesh a imposé, en octobre dernier, des mesures très contraignantes à ces sociétés. Les nouvelles règles leur imposent de prélever les remboursements sur un rythme mensuel et non plus chaque semaine, les obligent à recevoir ces remboursements dans un lieu public pour éviter toute pression au domicile des emprunteurs, etc. (source: Les Echos; NB le lien aboutit à un contenu payant).

Le secteur de la microfinance a connu un formidable essor, notamment en Inde. Le pays compte plus de 400 sociétés de microcrédit. Cette concurrence peut conduire certains emprunteurs à empiler les crédits.

De plus, des sociétés proposent des taux d’intérêt trop élevés, dépassant souvent les 25 ou les 30 %.

Enfin, certaines se comporteraient comme les usuriers et utiliseraient toutes sortes de moyens de pression pour contraindre les emprunteurs à rembourser.

Quand la microfinance entre en bourse

Le groupe SKS Microfinance illustre le tournant pris par le secteur. Cette société, fondée par l’entrepreneur social, Vikram Akula, est leader du secteur. Selon lui, la microfinance a un but lucratif. C’est ce qui l’a conduit à introduire sa société en bourse. L’action, émise à 985 roupies en août dernier, s’est envolée au-delà des 1400 roupies, avant de redescendre en-dessous de 700 roupies. Une société qui prête aux pauvres peut-elle être rentable au point de rémunérer des actionnaires? Tout le monde n’en est pas aussi convaincu que Vikram Akula.

Dans le même temps, Muhammad Yunus lui-même subit des critiques. Des allégations qu’ils rejette et qui pourraient bien être dues à l’inimitié que lui vouent certains politiciens de son pays, le Bangladesh (source: The Economist).

Dans son article du Herald Tribune, Muhammad Yunus estime que la microfinance a pris un mauvais virage quand on est passé d’organisations à but non lucratif, à des sociétés commerciales.

Yunus recommande de revenir au modèle économique d’origine, fondé sur le non profit. Il conseille également de limiter le taux du prêt. Enfin, les pays où le microcrédit se développe devraient se doter d’une autorité de régulation de la microfinance.

* International Herald Tribune, repris par Yunus centre.

Novethic: label et site d’information pour populariser l’ISR

Vendredi 7 janvier 2011

Fin 2010, Novethic a attribué son Label ISR à 142 fonds d’Investissement socialement responsable (ISR). Ce label, mis en place en 2009, vise notamment à mieux faire connaître aux épargnants les produits ISR. Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, développe des activités de recherche et d’information.

Novethic a été créé en 2001. Il se définit lui-même par deux fonctions:

  • c’est un centre de recherche sur la Responsabilité Sociale et Environnementale des entreprises (RSE) et sur l’Investissement socialement responsable (ISR)
  • c’est un média spécialisé dans le développement durable.

Le Label Novethic ISR

Le Label Novethic ISR est attribué depuis 2009. Il a été remis en 2010 à 142 fonds proposés par 32 centres de gestion.

L’ISR est peu connu en dehors du cercle des investisseurs institutionnels. Ce label permet aux épargnants d’identifier ces produits d’épargne.

Ce label répond à trois objectifs:

  • Inciter les promoteurs de fonds ISR à plus de transparence. Il leur est demandé de mettre en ligne sur leur site Internet des explications sur leur processus de gestion ISR et aussi la composition de leurs portefeuilles.
  • Inciter les réseaux de banque et d’assurance à commercialiser les fonds ISR. Pour cela, ils doivent former leurs chargés de clientèle et construire des outils de marketing. Les sociétés ont ainsi pu communiquer sur le label novethic ISR.
  • Garantir qu’une analyse ESG (Environnemental, sociale et de gouvernance) est effectuée sur 90 % de l’actif du portefeuille et que celle-ci a un impact sur la sélection. « Cela ne signifie pas que le label ISR Novethic offre la garantie que les fonds dits ISR sont des produits exempts de toute entreprise susceptible de poser un problème, mais qu’il est attribue a des produits financiers pour lesquels la critériologie ISR est solide, cohérente et intégrée dans la gestion du fonds a un niveau élevé », précise Novethic.

Un site spécialisé sur le développement durable

Novethic.fr est un site d’information spécialisé sur le développement durable. Les sujets qui y sont traités concernent l’ISR, mais aussi l’environnement ou la discrimination dans l’entreprise.

Les enquêtes sont réalisées par des journalistes. Les articles sont accessibles librement sur le site.

Novethic lance des sites thématiques. L’un, dédié au réchauffement climatique, a vu le jour en novembre 2009. Un autre, sur la discrimination au travail, a été lancé en avril 2010.

Le site compte 150 000 visiteurs et 50 000 abonnés à sa lettre d’information, selon novethic.fr. Il s’accompagne de publications : Repère RSE, sur la responsabilité sociale et environnementale et l’Essentiel de l’ISR, sur l’Investissement socialement responsable.

Novethic, dont l’équipe compte une dizaine de personnes, propose aussi des études et organise des conférences.

Anne-Catherine Husson-Traoré est Directrice générale de Novethic. Jean-Pierre Sicard a créé Novethic et il en est aujourd’hui le président.

Pour compléter : vous pourrez lire aussi la note « Le label ISR Novethic décerné à 142 fonds« , publiée sur le blog Bourse.