L’investissement socialement responsable (ISR) est un secteur encore jeune et en croissance. Cette dynamique fait son chemin dans l’opinion. Des ONG, relayées par les médias, font connaître le principe de l’ISR.Ce débat est aussi à l’œuvre chez les investisseurs et les gérants ISR.
Il y a quelques jours, l’ancien footballeur Éric Cantonna appelait à retirer son argent des banques. Son idée, lancée sur un média régional, a prit une ampleur étonnante. Traduite en vingt langues, la vidéo de l’entretien a été reprise et commentée par des médias du monde entier.
Cette anecdote illustre bien la dynamique de l’opinion. Et elle montre qu’il y a actuellement un fort intérêt pour les thèmes économiques et l’idée de responsabilité.
De plus, les leaders d’opinion jouent un rôle important. Qui sont-ils? Rarement des sportifs! Ce sont principalement les syndicats, les associations de consommateurs et le mouvement alter-mondialiste.
Les ONG, notamment, ont un fort crédit auprès de l’opinion. Les exemples d’actions sont nombreux.
Le rôle des leaders d’opinion
Citons le boycott des consommateurs lors du scandale de Nike sur le travail des enfants. L’impact sur l’opinion publique s’est traduit sur la réputation de la marque. « Les scandales de sweatshops* de Nike ont fait l’objet de plus de 1500 reportages et autres commentaires. Ses usines asiatiques ont été passées à la loupe par les caméras de presque toutes les organisations de médias, de CBS à ESPN, le réseau sport de Disney. Pour couronner le tout, la compagnie a fait l’objet d’une série BD Donnesbury et du documentaire de Michaël Moore, The Big One. » (Naomi Klein, No Logo).
C’est ainsi que l’idée de responsabilité sociale fait son chemin dans l’opinion. Elle se traduit ensuite au niveau des entreprises, des Etats et des organisations internationales. Cette dynamique est également à la base de l’Investissement socialement responsable. L’ISR évalue les entreprises sur des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance.
Une certaine conception de l’ISR
La dynamique est aussi portée par les sociétés de gestion ISR. Il y a quelques jours, on pouvait lire une interview de Jean-François Descaves, président de la Financière de Champlain, dans Le nouvel économiste.
Dans cet entretien, il développe sa conception de l’ISR. Il s’inscrit dans la tradition de l’ISR « éthique » (voir notre article). L‘ISR éthique consiste ne pas investir dans certains secteurs.
Cette orientation distingue la Financière de Champlain de la plupart des gestionnaires ISR en France. Ceux-ci pratiquent le modèle « best in class », qui consiste à préférer les meilleures entreprises du point de vue de la responsabilité sociale. « Une petite structure comme la Financière de Champlain peut se permettre ce qu’un gestionnaire à la tête d’un portefeuille de plusieurs milliards d’euros, dont les performances sont tenues de ne pas s’éloigner durablement de celles des grands indices, ne peut pas s’autoriser», explique M. Descaves.
Autre point important: « 95% de la recherche conduite dans ce domaine pour guider les choix des investisseurs se fait sur le mode déclaratif ». Concrètement, les agences de notations dites extra financières adressent des questionnaires aux entreprises. Sur la base de ces informations, elles les évaluent sur les critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance. La notation s’établit également à partir des données récoltées sur les sites des entreprises et dans les rapports annuels. Ce mode de fonctionnement « déclaratif » a pour effet de mettre en valeur les bonnes pratiques et de masquer les défauts des entreprises.
Investir d’avantage dans la recherche
Pour obtenir plus d’informations, les sociétés devraient investir plus dans la recherche. « Le modèle le plus pertinent et que l’on pourrait souhaiter voir se développer est celui d’acteurs capables d’aller se frotter à la vie quotidienne des entreprises. Ce que nous recherchons en nous lançant dans de véritables enquêtes sur le terrain pour entrer en contact avec les différentes parties prenantes de l’entreprise, fournisseurs, salariés, utilisateurs et autres. Cela permet d’obtenir une vision de la proximité ou du décalage entre le discours des dirigeants et la réalité de l’entreprise. Pour que l’ISR soit guidé par ce principe de réalité, il faudrait que les grandes agences de notation disposent de suffisamment de ressources pour ne pas se contenter des informations mises à leur disposition. »
En conclusion, l’Investissement socialement responsable doit être perçu dans sa dynamique. Encore peu connu de l’opinion, il demande à être popularisé. Les professionnels ont aussi à faire connaître les principes d’une gestion reposant sur des critères extra financiers.
* littéralement: « usine de la sueur »
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Mots-clefs : investissement, responsable, socialement




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